A MA MÈRE
A mes Frères CHARLES et LOUIS
: P.-E. VIGNÉ.
Z mon President de Thèse Monsieur le Professeur GRASSET
A Monsieur le Professeur CAVALIER
Médecin en chef de l'asile des Aliénés de Montpellier. Chevalier de la Légion d’honneur.
A Monsieur le Professeur-agrégé MAIRET
Médecin-adjoint de l’Asile.
A Monsieur BERANGER-FERAUD
Directeur du service de santé de la Marine, Membre correspondant de l’Académie de Médecine,
Officier de la Légion d'honneur.
P.-E. VIGNÉ.
SRE LAS
À Messieurs PILATTE et COMBEMALE
Internes de l’Asile des Aliénés de Montpellier
A mon Camarade GROGNIER
Mon Collègue dans la Marine
A mes Amis Thomas BOULOUYS, Adrien RECOULES, Léon LAMOLLE
Médecins de la Marine.
P.-E. VIGNÉ.
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Pendant un séjour de deux ans à la Guadeloupe (Antilles- Françaises), je fus chargé, durant quelque temps, du service des aliénés du Camp-Jacob.
À mon arrivée dans la colonie, j'avais été frappé, comme tous mes collègues, de l’état précaire et misérable dans lequel se trouvait ce service : près d’une centaine de malades des deux sexes étaient logés dans une case nullement disposée à cet effet et dont le moindre défaut était l’insuffisance absolue quant à l’espace; un tuyau unique surmonté d'une pomme d’arrosoir, manquant le plus souvent d’eau ou la fournissant à une pression insignifiante, c'était là tous les moyens hydrothérapiques dont disposait le médecin chargé du service. En revanche, il pouvait se servir de quelques anneaux de fer disposés aux pieds des lits de camp dans la salle commune ; de deux étroits cabanons sans air et sans lumière qui, avec la camisole de force, représentaient les moyens de contention. Inutile de dire que les familles riches ou aisées de l’île se gardaient bien d'envoyer là leurs malades ; ou bien, elles les conservaient, ou bien les dirigeaient sur Saint-Pierre-Martinique qui possède un asile assez confortablement installé. La presque totalité des pensionnaires appartenait à la classe pauvre de la colonie, nègres misérables, quelques métis et une quantité assez considérables d’Indiens coolies. Cependant depuis déjà quelques
années, l'Administration coloniale s'était émue de cet état de choses ; le Conseil Général avait voté les fonds nécessaires à la construction, au Camp-Jacob, un peu au-dessous de l’ancien, d’un nouvel asile qui réunirait les principales conditions des asiles de la Métropole. Les travaux avaient été poussés avec beaucoup d'activité, et un an après mon arrivée dans la colonie, ils étaient assez avancés pour permettre l'installation des malades. Néanmoins l’hydrothérapie manquait encore; les travaux de canalisation qui devaient amener l’eau à l’Asile et permettre l’installation d’une salle de bains étaient à l’état de projet. Le médecin de la marine chargé du service demeurait privé de cette ressource d'autant plus précieuse et plus indispensable, que la population de l’Asile comptait, à ce moment, un nombre assez considérable de maniaques agités et d’épileptiques. Sans doute,les moyens de contention avaient été perfectionnés ; l’anneau de fer avait complètement disparu et des cellules assez vastes et bien aérées avaient remplacé l’étroit cabanon de l’Asile primitif. Mais c'était encore à la contention seule, que le médecin chargé du service était, le plus souvent, obligé d’avoir recours contre les malheureux maniaques dans la période d’agitation; quelques-uns de mes prédécesseurs, moins sceptiques que d’autres en matière thérapeutique, avaient essayé, dans ces circonstances, de suppléer à l’hydrothérapie en utilisant les agents de la médication sédative que pouvait leur fournir la pharmacie encore bien incomplète du nouvel Asile.
L’opium et ses alcaloïdes, la médication bromurée rationnellement employée, le chloral à faibles et à fortes doses ne leur avaient donné que des effets à peu près négatifs et le découragement était presque toujours survenu au bout d’un
temps plus ou moins long, ainsi que l’indiquaient formelle-
ment les quelques observations consignées par eux sur le re-
x) gistre médical de l’établissement. Loin de me laisser abattre, cette lecture nefitqu’exciter ma curiosité etje me misà l’œuvre, résolu de contrôler moi-même ces décourageants résultats, et d’en rechercher, si possible, les causes. A quoi, en effet, attribuer la presque absolue inactivité de substances médicamenteuses et de médications que les thérapeutes aliénistes les plus recommandables assurent avoir rendu et rendre encore d’immenses services dans la période d’agitation des différentes vésanies? Telle était la question qui s’imposait à mon esprit et que je ne perdis pas un seul instant de vue dans le cours de mes expériences.
Et d’abord je m'aperçus que cette inactivité signalée par mes prédécesseurs était loin d’être absolue, qu’elle n’était même qu'apparente.
Seule, la médication opiacée me parut inactive. L’extrait thébaïque à la dose de 10 à 15 centigrammes, les injections notablement concentrées de chlorydrate de morphine administrées au commencement de la période d’agitation n’en atténuèrent point les différents phénomènes, n’en abrégèrent point la durée et ne prévinrent en rien les crises futures ; j’ai consigné ces résultats dans deux observations détaillées annexées au présent travail (Observations I et IT).
La médication chloralique me fut un peu plus favorable ;je donnai le chloral à la dose de 4, 6 ét 8 grammes, toujours au début de la période d’agitation de la manie et de l’épilepsie. Voici ce qu’il advint: dans les commencements, les résultats furent complètement négatifs ; je continuai à chloraliser mes malades, même pendant la période de tranquillité relative ; alors les phénomènes aigus s’amendèrent d’une façon sensible; les crises furent abrégées, mais des accidents gastro-intestinaux survinrent tellement intenses que je fus obligé d'arrêter presque brutalement la chloralisation. J'avais perdu tous les fruits de ma médication. Les
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accès revinrent plus nombreux et plus aigus, des vomissements presque incoercibles survinrent; je renonçai au ‘chloral. J'ai écrit, à la fin de ce travail, l’histoire d’un de ces malades, intéressante à plus d’un titre (voir Obs. IT).
J'avais, en même temps, traité par le bromure, un épileptique franchement impulsif et qui était devenu la terreur de l’Asile : je l’administrai à la dose croissante de 4 à 12 grammes ; la sédation se fit longtemps attendre et fut encore précédée d’éruptions et de troubles digestifs qui ne me laissèrent point sans inquiétude, mais le malade put sortir du cabanon et être livré à l’unique surveillance d’un gardien (voir Observation IV). Tout cela était loin de me satisfaire.
J'eus alors l'idée de m'adresser à la médication vomitive. Ce que je recherchaiïs, en effet, c'était une sédation sûre et relativement prompte, pouvant compenser les moyens hydrothérapiques absents et atténuer ce qu'ont de pénibles et de douloureux les moyens de contention ; dans ce but et à l'exemple de certains aliénistes, je voulus utiliser les phénomènes de dépression, et de prostration propres à la plupart des médicaments vomitifs. Je donnai donc l’ipéca à la dose de À gr. 20 associé à D centigrammes de tartre stibié, je montai jusqu’à 1 gr. 50 de l’un et 10 centigrammes de l’autre. Cette médication fit merveille d’abord, mais elle me parut suffisamment dangereuse pour ne l’employer que dans certaines conditions bien déterminées, l'observation V montre pourquoi.
En résumé, tous ces résultats n'étaient pas bien brillants, ils étaient loin surtout d'égaler ceux que l’on trouve à chaque instant décrits dans les livres classiques.
Quelle était, ainsi que je me le demandais au début, la cause de cette quasi-inactivité de substances notoirement actives ? |
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Cette cause, je crus la voir dans la race à laquelle apparlenaient mes malades.
On l’a vu au commencement de cette introduction. presque tous: les pensionnaires de l'asile appartenaient à la race nègre ou à la race métisse, quelques-uns étaient coolies. Il résultait que les modifications apportées par la race à l’action des substances médicamenteuses sur l’organisme étaient évidentes et me paraissaient assez puissantes pour être prise en considération dans mon travail.
L’opium, le chloral, le bromure, c’est-à-dire les sédatifs du système nerveux encéphalique, n’agissaient pas ou presque pas sur les vésaniques de race colorée dans la période d’agitation ; la médication stibiée, les vomitifs, au contraire, c'est-à-dire les dépressifs du grand sympathique, produisaient sur eux, avec une sûreté et une promptitude frappantes, cette sédation tant désirée, et cela à n’en pas douter, d’une façon indirecte, en exercant d’abord sur le grand sympathique une action dépressive, dont le contre-coup se faisait sentir sur le système nerveux encéphalique.
Comme on le voit, les considérations les plus intéressantes naissaient de cet ordre d'idées. Dans un précédent travail, que je me propose de présenter au concours pour le prix de médecine navale, j'ai essayé d'exposer quelques modifications apportées par la race aux différentes vésanies en général, à l'idiotie et à l’imbécillilé en particulier ; mais pour cela, le temps me fit défaut. Je dus renoncer bientôt à toutes recherches dans cet ordre d'idées: les nécessités du service m’obligèrent à quitter l'asile au bout de peu de temps. Je ne tardai pas à rentrer en France. Je me contente donc de signaler en passant le fait et l’interprétation, trop heureux si quelqu'un de mes collègues de la marine, plus compétent et plus expérimenté que moi, s’emparant de cette idée, peut en démontrer la vérité et en tirer
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