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OBSERVATIONS

OBSERVATION I (Personnelle).

Mme V'° Liébert, notre mère, 62 ans, n’avait jamais eu de maladies sérieuses jusqu’à il y a trois ans environ. Ses indispositions, assez fréquentes, s'étaient toujours bornées à des crampes d’estomac ou à des douleurs vagues expliquées facilement par un tempérament éminemment nerveux. Ses antécédents héréditaires et personnels ne présentent rien d’intéressant,

La malade a toujours exercé une profession sédentaire, ses travaux de couture absorbent tout son temps et à plusieurs reprises on lui a conseillé l'exercice et le régime végétarien pour parer à la présence de quelques graviers dans les urines. On n’a jamais cependant noté aucune crise de lithiase hépatique ou rénale.

En juillet 1902, sans que rien ne fasse prévoir cet accident, notre mère fut prise de violentes douleurs dans le genou droit, tandis que l’article se tuméfiait et que les mouvements y décelaient de forts craquements. Le repos absolu aidé d’applications chaudes triompha en quelques jours de cette manifestation arthritique,

En octobre de la même année, la lésion se reproduit et, bien que moins facile à juguler cette fois, cède cependant au

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repos absolu aidé de quelques pointes de feu. Ïl va sans dire que dès la première manifestation un régime lacto-végétarien assez sévère avait élé institué et chaque jour la malade prenait 1 gr. bo d'iodure.

En janvier 1903, à la suite d'une bronchite banale, les deux genoux se tuméfient successivement et, au bout de quelques jours de violentes douleurs, on constate une augmentation notable des régions périarticulaires, L’enveloppement ouaté, le salicylate de méthyle sont employés à l'extérieur, en même temps que le salicylate de soude est prescrit à la dose de 5 grammes. L’échec est complet et peu à peu les deux articulations frappées s’immobilisent, tandis qu’à leur périphérie, deviennent chaque jour plus appréciables des sortes de stalactites fibreuses engainant tout l’article dans une véritable gangue inextensible,

À la fin de mars, la maladie avait atteint son maximum et créé des lésions qui ne devaient pas rétrocéder dès longtemps. Pendant un an, malgré tous les traitements, l’état demeura stationnaire ou plutôt empira, car les articulations tibio-tarsiennes d'abord, métacarpo-phalangiennes ensuite se prirent à leur tour avec gonflement énorme des synoviales tendineuses périarticulaires.

Le salicylate inutile avait été abandonné, les compresses bouillantes, les bains de sable chaud, les pointes de feu, l’iodure, l’arsenic, tout demeura sans résultat et les vagues tentatives de marche essayées à deux reprises ne firent que démontrer l’inanité égale de ces traitements divers.

Pendant tout ce temps les muscles subissaient une atrophie

considérable et si à toutes ces lésions on ajoute un æœdème

persistant des deux membres inférieurs on aura l’état de la malade en janvier 1904.

C'est à ce moment qu’en désespoir de cause et sur les conseils du Dr Degouy d'Amiens, je résolus d'essayer le traitement électrique que j'appliquai moi-même. L'effet dépassa toute espérance. À la troisième séance toute douleur avait disparu et moins de quinze jours après la malade s’essayait à ses premiers pas. Pendant un an entier le traitement a été continué sans relâche, d’abord les séances furent longues et journalières, elles s’espacèrent de plus en plus par la suite et au bout de trois mois ne furent plus qu’hebdomadaires.

À plusieurs reprises, depuis lors, nous avons repris trois ou quatre jours les applications, quand les articulations à la suite de fatigues trop fortes redevenaient douloureuses ou semblaient sur le point de refuser à nouveau tout service.

Libre de notre temps nous avons toujours employé dans ce cas des intensités faibles, 25 à 30 milliampères, prolongeant nos séances jusqu'à une heure et plus et nous servant presque exclusivement d’un bain électrode où était immergé l’un ou l’autre membre.

Sans doute la guérison n’a pas été parfaite, nous n'avons pas obtenu la restitution ad integrum complète, mais on peut se rendre compte de l'efficacité de la méthode en sachant qu'une femme âgée (62 ans) atteinte d'une affection aussi peu curable que le rhumatisme polyarticulaire chronique, demeurée clouée au lit pendant un an entier et sur qui ont échoué toutes les ressources de la thérapeutique ordinaire, peut aujourd’hui sans fatigue excessive rester levée douze ou treize heures par jour, aller, venir faire son ménage, monter des escaliers et ne pas s'abstenir, avec l’aide d’une simple canne, de promenades qui

souvent dépassent 1 ou 2 kilomètres,

OBSERVATION II (Personnelle).

Léonard G..., 43 ans, cordonnier, entre à l'hôpital d'Amiens le 5 février 190, incapable de continuer plus longtemps son métier. Dans ses antécédents personnels rien de particulier jusqu’à l’âge de 4o ans. À cette époque il nous déclare avoir eu une attaque de rhumatisme aigu dans les membres supérieurs et avoir séjourné alors huit jours (8 !) à l'hôpital de Villers (Somme) d'où il sortit guéri. Mais bientôt les douleurs reparurent l'obligeant à suspendre son travail à des intervalles de plus en plus rapprochés et en laissant après elles des déformations de plus en plus caractéristiques aux membres supérieurs.

A l'examen nous retrouvons aux deux mains l’ensemble des lésions correspondant au type d'extension de Charcot : Extension de la phalangette sur la phalangine, flexion de la phalangine sur les phalanges, extension des phalanges sur la tête des métacarpiens et déviation en masse des phalanges sur le bord cubital.

Les articulations métacarpo-phalangiennes sont le siège d’un épaississement qui atteint à l'index le volume d’un noyau de pêche, les mouvements sont limités pour tous les doigts à une amplitude de 2 centimètres.

Les deux coudes sont sains : pour les épaules le moindre mouvement ÿ provoque des craquements perceptibles à distance; mêmes phénomènes aux genoux, les autres articulations

sont saines.

Poumons et cœur normaux, artères dures et athéromateu-

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ses, face vultueuse, foie débordant de 1 doigt les fausses côtes, signe de la temporale, tremblement alcoolique.

Le lendemain de son entrée nous lui commençons le traitement par les courants continus : chaque main est placée dans un bain où aboutit un seul pôle grâce à un conducteur bifurqué, l’électrode indifférente est placée entre les omoplates.

Après deux séances de quarante minutes à 30 mA, la flexion des doigts devient possible. Les quatre séances suivantes sont prolongées une heure avec 25 mA et à ce moment la main a repris son jeu naturel, la flexion et l'extension sont presque parfaites, inclinaison sur le bord cubital a persisté, mais les douleurs ont totalement disparu pendant les mouvements. Malgré nos avis, le malade heureux du résultat quitte l'hôpital

pour reprendre son travail,

OBSERVATION IIT (Personnelle).

Iidephonse R..., 37 ans, entre à l'hôpital d'Amiens, le re" juin 1905. Son père, 68 ans,est bien portant; sa mère, 66 ans, est atteinte depuis quinze ans de rhumatisme déformant qui a ankylosé les mains et qui rend la marche impossible. Dons ses antécédents on relève plusieurs accès de lithiase biliaire ainsi qu'une scarlatine bénigne à l’âge de 20 ans. Le malade a accompli sans un jour d'hôpital trois années de service militaire,

À 24 ans, la maladie débute par le pied droit dont les diverses articulations se prennent progressivement ; la marche reste possible, mais l’œdème accompagne la fatigue. Les mains sont

ensuite envahies, puis les genoux sont frappés et en moins de

seize mois le patient devient un véritable infirme. Pendant tout ce temps, l'iodure, le salicylate de soude, le carbonate de lithyne sont successivement employés sans succès.

Il y a un an l'application d’un appareil plâtré au genou droit n’a servi qu’à rendre totale l’ankyloseà ceniveau. Actuellement le malade présente le type caractéristique et rhumatisant polyarticulaire chronique, et nous allons résumer ses principales déformations.

Epaules. — a) Droite : Ankylose partielle. Craquements multiples ;

b) Gauche : Ankylose totale. L'omoplate suit tous les dépla-

cements de l’humérus.

Poignets. — Gauche : Ankylose totale en demi-supination.

Droit : Ankylose complète.

Mains. — a) Gauche : Presque normale sauf flexion en bloc au niveau des articulations métacarpo-phalangiennes. Le pouce présente une tubérosité métacarpo-phalangienne avec craquements : première phalange en flexion, deuxième en extension.

b) Droite : Déjetée en masse sur le bord cubital, métacarpe en extension, doigts en flexion ; craquements jusque dans les plus petits articles, têtes métacarpiennes énormes, pouce comme à la main gauche. Mouvements difficiles.

Hanches. — Normales.

Genoux. — Ils sont globuleux, de la dureté de l’os, les rotules sont immobiles.

À gauchela flexion à angle droit est la seule possible, l’extension est impossible, l’atrophie musculaire est considérable et

les mouvements hésitants sans l’aide de la main.

Gous-de-pied, — Droit: Ankylose en bonne position,

oo

Gauche : Léger empâtement péri-articulaire, mobilité normale.

Pieds. — Droit : Orteils en coup de vent vers le bord externe.

Gauche : Orteils normaux sauf le premier dévié vers le bord externe. |

Que pouvait-on opposer à de semblables lésions constituées depuis bientôt douze ans ? Tous les procédés pharmacologiques avaient été employés sans résultat, l'hÿdrothérapie, la révulsion sous toutes ses formes n'avaient pas enrayé la lésion etil était à penser que l'électricité subirait le même échec. Le traitement fut entrepris sans aucune conviction de notre part plutôt pour consoler le malade que pour obtenir une guérison estimée impossible,

Pendanttrois mois, chaque jour nous fimes des séances répétées de trois quarts d'heure à une heure de durée à 30 mA, employant de préférence les bains électrodes, seul mode d’application facile à des lésions aussi étendues et nous fûmes largement payé de nos efforts.

Certes la guérison ne fut pas obtenue, mais après cet espace de temps le malade, infirme à son arrivée, pouvait avec une canne faire de courtes promenades dans le jardin de l'hôpital ; la flexion des mains était devenue possible et l'articulation du poignet avait recouvré quelques-uns de ses mouvements.

Encouragé par ces résultats, nous allions continuer le traite-

ment quand le patient quitta brusquement l'hôpital.

OBSERVATION IV (personnelle).

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