CHAPITRE V
Indications pour l’emploi des substances activées chez les différentes espèces
Indications. -- Dans toutes les espèces animales domestiques, la médication par les aliments irradiés est spécifique de toutes les formes de rachilisme au sens le plus étendu.
Chaque fois que le bon fonctionnement de l’organisme est compromis par une diminution de son calcium, chaque fois qu’il a besoin pour une construction ou une réparalion cellulaire de ce minéral d'importance fondamentale, c’est le meilleur moyen actuellement connu de lui permettre l’utilisation des sels presque toujours suffisants dans la ration. La vitamine antirachitique augmente même l'assimilation et la fixation du calcium en dehors de tout état pathologique: des expériences faites en France et en Amérique ont montré que son administration à de jeunes sujets hâte le dévelop-
pement squelettique, leur donne de la taille et renforce leur système osseux.
Carnivores. — On sait avec quelle fréquence vraiment extraordinaire le jeune chien est atteint de rachitisme. La faute en est au régime contre nature auquel il est fréquemment soumis par la fantaisie de propriétaires qui se croient avertis. Il est d'usage de tenir les jeunes à l'abri de toute alimentation carnée, c’est croit-on, un des plus sûrs moyens de les préserver de la terrible maladie du jeune âge. Le jeune chien affaibli par l'insuffisance de sa ration ou son déséquilibre, ne se développe pas, l'hypothrepsie puis le rachitisme l’atteignent successivement; sa démarche est caractéristique, il vacille, reste couché presque en permanence. S'il tente de manifester ce qui lui reste de gaîté naturelle, ses membres arqués el tuméfiés ne peuvent plus le soutenir, il titube quelques pas et choit; on rit de « sa maladresse » si drôle, L’entourage ne s'aperçoit pas du lamentable état physiologique de son élève; s'il résiste à la cachexie, il devient une victime bien préparée des premières infections qu’il va subir.
L'élevage du chat est tout aussi difficile dans de si mauvaises conditions. Maïs le caprice plus grand de celle espèce moins asservie, lui permet de compléter le régime qui lui est offert, en général aussi déficient que celui du chien.
L'addition d'aliments activés fait des élèves normaux, vigoureux. On devra prémunir particulièrement les races prédisposées, les chiens de grande taille et les chats délicats des pays étrangers.
S'il s’agit de traiter un rachitisme clinique, les ali-
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ments activés apportent la vitamine D sous sa forme la plus maniable et la plus active, et en même temps, les éléments déficients, calcium et phosphore. Leur emploi est à conseiller contre les anémies symptomatiques, de pair avec le traitement de la cause reconnue (hémorragie, affections viscérales diverses, affections du sang, parasites). Les aliments activés sont, en outre, un remarquable tonique pour les carnivores. L'expérience a montré qu’ils donnent d'excellents résultats dans l’élevage des carnivores sauvages entretenus en captivité (renards argentés).
Bovins. — Le traitement est à ordonner dans tous les
cas de décalcification, fréquente dans cette espèce. On
lPemploie contre les ostéites des animaux de travail, l’ostéomalacie, les ostéoarthrites des vaches laitières, etc.
Dans les terrains pauvres en chaux, qui sont en même temps très acides, l’ostéomalacie règne à l’état permanent sur le cheptel bovin (Liénaux et Hendrickx). Les aliments activés permettent aux animaux traités d'utiliser tout le phosphore et tout le calcium de leur ration, en augmentant suffisamment le taux d’assimilation de ce principe indispensable.
Pendant la gestation et la lactation, les vaches peuvent être préservées de tous les accidents aitribuables à la décalcification. Celle-ci est constante, elle est due à l'épuisement des réserves, uniquement représentées par’ le système osseux, utilisées à la construction du squelette du jeune, ou entraînées par une sécrétion lactée très abondante et prolongée. Les aliments activés évi-
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teront les accidents de paraplégie ante ou post partum, dont l’origine est dans la décalcification du squelette, aussi bien que les fractures spontanées (Forbes, Hert, Mac Collum, Humphrey).
On pratique de plus en plus l'élevage des jeunes, surtout des veaux, en les allaitant artificiellement dès leur plus jeune âge. Les rations utilisées sont à base de lait écrémé et de farines diverses employées comme adjuvants : dans tous les cas, cette alimentation, même si elle apporte un nombre suffisant d'unités nutritives, pèche de façon absolue au point de vue des vitamines. C'est un véritable régime carencé, il donne les résultats que l’on sait, des élèves que leur développement anormal signale sur les marchés à l’acheteur compétent, et qui constituent une catégorie spéciale de moindre prix. La vitamine antirachitique, ajoutée aux régimes artificiels, peut suppléer à leur défaut: elle augmente la densité des tissus ,précipite la croissance en activant l’assimilation, renforce le tonus musculaire, et donne à la viande une couleur plus foncée.
Porc. — Le porc est tout à fait sensible au rachitisme. le régime, auquel on le soumet bien souvent dans un but économique peu rationnel, est nettement carencé en vi- . tamines, et déséquilibré en sels minéraux (lait écrémé, petit lait, régime ‘des eaux grasses). D'autre part, la rapidité de son développement le prédispose au rachitisme. La maladie présente un aspect typique: déformations considérables des rayons osseux et de la tête, (. “est la maladie du reniflement,
Les recherches d’Auger, à l'Ecole Vétérinaire de Lyon,
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ont mis en évidence les résultats surprenants des aliments activés dans le traitement de cette dernière maladie, à des stades réputés incurables avant leur emploi. Dans loutes les espèces, le rétablissement de l’équilibre phosphocalcique par la vitamine D aboutit à la cure rapide du pica, aberration du goût ou maladie du lécher, et des troubles de dénutrition dont il est suivi.
Cheval. — Le cheval présente de sombreux états pathologiques caractérisés par la décalcification de son squelette. Ces affections ont une physionomie commune, et sont subordonnées à des conditions analogues, mais on les a tenues longtemps pour absolument différentes d’après leurs manifestalions assez variables il est vrai. Il semble à l'heure actuelle qu'on puisse les grouper sous une désignation commune, en adoptant les conclusions très séduisantes du Professeur Liénaux, de Cure- ghem. E
Ses travaux ont mis en évidence la constante insuffisance de la chaux dans l’éthologie du rachitisme, et fait de cette maladie une diathèse emprassant toutes les maladies du squelette caractérisées par la décalcification du tissu osseux. I] l’identifie avec l’ostéitisme.
Le rachitisme, l'ostéomalacie, la maladie du son, ont leur origine dans l'insuffisance constante de la chaux dans la ration, ou ce qui revient au même dans l’excès relatif de l’acide phosphorique. L'analyse chimique des Acide phosphorique
Chaux ne doit pas être plus grand que 1/2, sous peine d’engendrer la décalcification,
rations a démontré que le rapport
L’acide phosphorique dont l'influence est la plus grande n’a pas seul le pouvoir décalcifiant: tous les autres acides sont capables des mêmes effets, et l’on a constaté depuis longtemps que l'acide lactique et l’acide oxalique peuvent engendrer des troubles rachitiques.
En cherchant à préciser les causes de l’ostéitisme, état. grave sur le compte duquel on peut mettre de très nombreux accidents, on a depuis longtemps noté l'influence de la composition défectueuse de la ration: on a incriminé l'acidité des prairies (Drouin), en particulier des pâturages marécageux (les plantes y contiennent de l'acide silicique). De même en étudiant les lésions osseuses de chevaux ostéitiques, divers auteurs avaient saisi la ressemblance de cette affection avec l’ostéomalacie. L’histologie décela une raréfaction de la substance osseuse. Les os devenus fragiles se déforment, se brisent facilement. Les analogies sont nombreuses entre l’ostéitisme, la maladie du son, l’ostéomalacie, le rachitisme (Magnin, Minière, Basset).
Liénaux accuse d'autre part une ration trop forte en grains: « Le régime intensif basé sur l'usage des aliments concentrés: graines, farines, son, tourteaux, est également nuisible de multiples facons. Pauvre en chaux, riche en acide phosphorique, il apporte en outre une forte dose de matières albuminoïdes dont le soufre se mue en acide sulfurique au sein des tissus ».
Les grains d'avoine et d'orge qui sont servis entourés de leurs glumes sont en outre assez riches en acide silicique (ainsi que le riz paddy). Aussi le régime intensif, à l'encontre de ce que l’on pense généralement, crée-til lui aussi la menace de rachitisme et d’ostéomalacie, de leur administration que par leur innocuité, et par l’as-
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animaux de prendre les aliments moins riches tels que herbes, foin, en quantité suffisante pour relever le taux de la chaux ingérée. Ce régime est d'autant plus nuisible au point de vue qui nous intéresse, qu'il provoque un développement plus précoce des jeunes élèves. L’augmentation du poids agit en convergence avec la diminution de la consistance des os pour extérioriser le mal. Beaucoup d'éleveurs ont assisté à ces conséquences du forçage sans en soupçonner la cause.
« L'alimentation prédominante au bon foin est celle qui se prête le mieux à l'élaboration d’une ossature solide. »
Le rachitisme et l’ostéomalacie (et l’ostéitisme) ne seraient que des modalités particulières de l’acidose, si l’on donne à ce terme le sens proposé par Forbes en l’élargissant à tous les états organiques caractérisés par une prédominance des acides sur les bases (qu’elle soit due à un excès d’acide ou à une insuffisance de base).
Les manifestations de l’ostéitisme sont particulièrement fréquentes chez le cheval de pur sang anglais. Le régime auquel il est soumis en vue de son utilisation spéciale, comporte une ration très concentrée constituée avant tout par des grains, en particulier de l’avoine. Le
acide phosphorique rapport - est dans l’avoine de 1/0,14, chaux or on sait que ce rapport doit être de 1/2 au plus pour éviter la décalcification du squelette. Le foin est consom-
mé en quantité trop faible pour compenser, ainsi qu'il se fait dans des rations normalement équilibrées, l'excès d'acide de l’avoine, par son apport calcique élevé (jusqu'à 1/8),
Observations
Ainsi que nous l’avons signalé, nous nous sommes appliqués surtout à l’étude des aliments irradiés chez le cheval. Le laboratoire d'Actinobiologie de Villefranchesur-Saône a eu Pobligeance de mettre à notre disposition les aliments activés nécessaires que quelques vétérinaires et quelques éleveurs ont bien voulu expérimenter. Nous rapportons ici leurs observations.
Le produit utilisé dose cent unités physiologiques rat pour quinze grammes de substance activée (une cuille- ’ée à soupe).
OBSERVATION I (M. AuGer. Ecole Nationale Vétérinaire de Lyon)
Etalon de race belge, alezan, âgé de 5 ans, acheté en mai 1927. Poids à l’achat 940 kilogs. Au bout de trois mois le cheval commence à maigrir bien que fortement nourri et soumis à un travail normal. En décembre 1927, le poids est réduit à 820 kilogs. Examiné à ce moment, le cheval se déplace difficilement, il souffre manifestement des deux membres antérieurs et il présente d’ailleurs des signes manifestes d’os-
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téite phalangienne. Des formes phalangiennes apparaissent à gauche. Traité par la méthode habituelle (cautérisation sur les paturons), laissé au repos on obtient une amélioration passagère mais la claudication reparaît dès janvier 1928 ; des farines activées sont alors distribuées à deux reprises : amélioration manifeste et prolongée permettant l’utilisation. Au début de 1929, la marche du sujet paraît de nouveau gênée, un produit à base de cholestérol ergostériné activé et dosé est distribué à la dose de 300 unités physiologiques rat par jour pendant 15 jours), une amélioration se montre rapidement, elle persiste encore ; actuellement le cheval donne toute satisfaction.
OBSERVATION II (M. le Vétérinaire Commandant MAIRE, 9% Cuirassiers)
Jument de pur sang anglais âgée de 8 ans. Cette jument soumise pendant longtemps au régime alimentaire des chevaux à l’entraîinement est atteinte d’ostéitisme de façon suivie, se traduisant par Ia raïdeur des mouvements et par des exostoses, en particulier une forme phalangienne.
Le traitement à l’aide des farines activées commencé en août 1928 est continué jusqu’en janvier 1929. A cette époque, une amélioration très sensible est constatée : liberté des allures, arrêt de l’évolution, des exostoses, la jument reprend son complet service sans indisponibilités.
OBSERVATION III (Communiquée par M. le Docteur-Vétérinaire GUILLoT, à Alençon).
Poulain de pur sang, né le 17 mai 1928.
Le père et la mère sont l’un et l’autre des animaux très robustes, de fort modèle,
Au haras, où ce sujet est né, les géniteurs, très fortement nourris en aliments concentrés, prennent très peu d’exercice. On peut attribuer à ces conditions d’élevage très artificielles les constatations faites dans cet établissement : gestations prolongées dépassant de trois et même quatre semaines la durée normale, fœtus volumineux (1 mètre, 1 m. 10 à la naissance).
Le poulain qui fait l’objet de cette observation, a présenté immédiatement après sa naissance une asthénie à peu près complète (décubitus latéral, mouvements très faibles des membres et de l’encolure, impossibilité de la station). On ne peut incriminer aucun traumatisme pendant l’accouchement, celui-ci s'étant produit normalement en présence du personnel de surveillance. Le diagnostic étant. hésitant, on se contente pendant trois jours de piqûres d’huile camphrée, tandis que le sujet est nourri au biberon avec le lait de sa mère.
On administre alors pendant trois jours, matin et soir, une cuillerée à soupe (15 grammes) de farines irradiées, les jours suivants, une cuillerée à soupe le matin seulement ; les progrès furent lents. Le 23 juin, le sujet mis debout se maintint en équilibre, le 30 juin, il put faire quelques pas. Les progrès furent ensuite plus rapides. Depuis l’animal n’a jamais été malade, c’est actuellement un « yearling » de taille normale chez lequel un œil averti relève à peine une légère raideur de la colonne vertébrale perceptible aux allures vives. Le poulain ne sera peut-être pas susceptible de faire un cheval de course, mais il pourra sans doute faire un bon cheval d’armes ou de service.