SEW YORK
Exposé. — L'exécution du souterrain de la rivière Hudson est fort intéressante en ce sens qu'elle a été poursuivie pendant de longues années avant qu'il soit fait usage de la méthode du bouclier. Elle est par suite essentiellement propre à montrer la comparaison entre celte méthode et les procédés anciens, et il a, pour ce motif, paru intéressant d'insister un peu plus longuement sur les travaux antérieurs à l'adoption du bouclier.
Ce souterrain avait pour but de réunir la ville de New-York aux nombreuses lignes de chemins de fer, venant du Sud et de l'Ouest, qui aboutissent à New-Jersey, sur l'autre rive de l'Hudson et d'éviter les retards et les difficultés qu'entraîne l'emploi de ferryboats. Les premiers essais furent tentés en 1874, mais le travail arrêté par des procès ne commença réellement qu'en 1879. Une Compagnie fut constituée, sous le nom de Hudson tunnel Railroad C°, au capital de 10 millions de dollars (50 000000 fr.) ; elle avait comme président M. de Wilt C. Haskin, auteur du projet ; le directeur des travaux était M r J. F. Andersen et les ingénieurs conseils MM. Spielman et Brush.
Au point où la rivière devait être franchie, elle offre une lai^geur d'environ 1 600 m. Sur une longueur de 300 m. à partir de New-Jersey, la profondeur moyenne des eaux à marée basse est de 3 m. ; à 975 m. au delà, cette profondeur atteint par une pente uniforme son maximum de 19 m., puis elle diminue rapidement à 7, 60 m., cote qu'elle conserve jusqu'au quai de New-York.
Le lit de la rivière est entièrement recouvert de vase, sous laquelle se trouve, du côté de New- York, une couche de gros sable de 6 m. d'épaisseur, puis un banc de gros gravier. Le souterrain doit traverser ces deux dernières couches. A partir d'une distance de 183 m. du quai de New- York, et sur une longueur de 488 m. la vase recouvre une assise de rocher, à une profondeur de 24 à 27 m. au-dessous des basses eaux; l'épaisseur de la vase y est au moins de 8,50 m. Plus à l'ouest, cette épaisseur dépasse 30 m. Cette vase est très fine et forme quand elle contient 1/3 d'eau (ce qui se produit sous la pression de l'air}, un tuf compact, tenace, ayant la consistance du mastic; elle pèse alors 1750 kg. par mètre cube; elle est presque imperméable à l'air et à l'eau, bien qu'elle se délite facilement, sous un courant d'eau, en raison du sable qu'elle renferme. Celte matière se contracte beaucoup en séchant, et, aux endroits longtemps exposés à l'air, elle laisse évaporer l'eau, s'effrite et tombe.
Le souterrain était projeté en partant delà quinzième rue à Jersey City, pour aboutir à Morton street à New-York ; il devait avoir 5 500 pieds (1 676 m.) de puits à. puils. Le radier du côté de Jersey devait être à 13,70 m. au-dessous du niveau moyen des eaux, et à 19,80 m. du côté de New-York: il descendait avec une pente de 20 mm. sur 2400 pieds j31,50 m/; la pente se réduisait ensuite à 8 pouces par 100 pieds (0,0075 m.) sur \ 800 pieds (548, 60 m.) et était suivie d'une rampe de 30 mm. sur le reste du parcours jusqu'à New-York. Les voies d'accès devaient avoir une inclinaison de 20 mm.
Système Haskin. — L'emploi de l'air comprimé en souterrain avait élé proposé en 1830 par lord Cochrane; M. Chesborough et d'autres ingénieurs américains auraient étudié la question et M. Sooy Smith aurait pris un brevet vers 1870. Quoi qu'il en soit, sauf le petit travail exécuté à Anvers vers 1879, on peut dire que la tentative faite à la rivière de l'Hudson a été la première. Malheureusement son auteur, M. Iluskin, espérait de l'air comprimé bien plus qu'il n'en obtint, et l'expérience coûta fort cher. Il pensait qu'il n'y aurait aucune difficulté à maintenir la pression de l'air dans le souterrain et s'imaginait, qu'une fois la fouille
vierla fouille était faite sur 15 pieds (4,57 m.) de largeur, 6 pieds (1,83 m.) de hauteur et 4 pieds (1,22 m.) de longueur.
Dès le début, il se forma dans la vase, sous l'action de l'air, de petits trous, gros comme des trous d'épingle ; puis il se déclara de légères fissures qui, le lendemain, devenaient de véritables fentes par où l'air s'échappait, pendant que la vase se détachait en mottes de quelques pouces à 1 pied (0,30 m.) de diamètre. La situation s'aggrava rapidement, les fissures s'étendirent jusqu'au terrain meuble entraîné par le fonçage du puits ; l'air s'échappait et l'eau commençait à couler en délayant la vase ; il fallut se décider à abandonner le travail et à laisser les éboulements se produire de façon à pouvoir travailler dans un terrain bien tassé.
M. Andersen conseilla alors l'emploi d'une méthode qui lui avait réussi pour la réparation de cylindres de fondations de ponts brisés parle choc des navires. Il avait mis dans ces cylindres un revêtement métallique en fer, composé de morceaux assez petits pour pouvoir passer par les sas à air et raccordés ensuite entre eux par des nervures et des boulons. Il commanda des tôles pour une galerie de 6 pieds 4 pouces de diamètre (1,93 m.) ; elles devaient avoir i/2 pouce (0,013 m.) d'épaisseur, une largeur de 2 pieds 6 pouces (0,76 m.) et une longueur de 4 pieds (1.22 m.) avec des cornières à ailes de 3 pouces (0,076 m.) rivées sur les bords. Pendant leur fabrication, dans le but de soulager le toit des galeries, dans la traversée de la partie du terrain bouleversé par le fonçage du puits, une fouille de 30 pieds (9,14 m.) de largeur et de 9 pieds (2,74 m.) de profondeur au-dessous des hautes eaux fut exécutée à la surface sur une longueur de 20 pieds (6,10 m.), à partir de la paroi du puits en se dirigeant ?ers la rivière. Dans le fond de cette fouille fut placée une grande toile, relevée de quelques pieds contre les parois du puits; puis de grosses poutres de 30 pieds (9,14 m.) de longueur destinées à maintenir et à porter le remblai.
Les plaques de fer avaient été commandées au diamètre de 6 pieds 4 pouces seulement (1,93 m.) parce que l'ingénieur en chef M. Brush, avait émis l'idée qu'il fallait commencer avec une très petite section pour démontrer la possibilité du travail et l'élargir
précipita à raison de 50 gallons (227 lit.) par minute. Il fallut rétablir l'air comprimé et dégager la porte par le trou du regard dont on avait brisé le verre. Le travail fut repris le 13 janvier et le 16 un premier anneau de 4 pieds (1,22 m.) de longueur était posé. Le second fut terminé le lendemain. Une série d'anneaux de 2 pieds 6 pouces (0,76 m.; de longueur et dont le diamètre allait en croissant de 18 pouces (0,45 m.) furent placés de môme. Au bout de 30 pieds (9,14 m.) le diamètre atteignait 19 pieds (5,79 m.). C'est au cours de ce travail que M. Haskin renonça à l'idée d'un souterrain unique et décida de faire deux souterrains parallèles à voie unique, qui furent appelés « souterrains jumeaux ».
Le désir d'aller très vite empêcha d'apporter à ce travail tout le soin désirable. Les anneaux n'étaient réunis les uns aux autres qu'au sommet et étaient libres du bas dans la partie en gradins ; les plaques du bas manquaient dans les anneaux 1,10 et 11. Enfin pour tout revêtement il n'y avait qu'un peu de béton sur les gradins inférieurs. Cette façon de procéder constituait une imprudence et le désordre du terrain, qui en résulta, devait avoir les plus graves conséquences. L'installation du puits comportait en dehors du sas à air de 6 pieds (1,83 m.) de diamètre et 14 pieds },ïl m.) de longueur, deux compresseurs et une pompe Deane sur le plancher du puits, avec une chaudière à la surface. Les compresseurs étaient : un compresseur Clayton de il chev. marchant à 35 tours et un compresseur Ingersoll de 8 chev. faisant 55 tours à la minute. La vapeur produite par la chaudière à 75 livres par pouce carré (5,3 kg.) était utilisée sur les pistons à 34 livres (2,4 kg.). Les compresseurs pouvaient aspirer par vingtquatre heures 83 000 pieds cubiques (2 342 m 3 ) d'air, qu'ils refoulaient à la pression de 18 livres (1,3 kg.). Ils assuraient ainsi environ 125 pieds cubiques (3,500 m 3 ) d'air frais par heure à chaque ouvrier.
Exécution du souterrain. — A l'extrémité de ce premier parcours de 30 pieds, qui fut considéré comme une entrée provisoire, commença l'attaque du souterrain du Nord. Il devait comporter un revêtement métallique par anneaux de 2 pieds 6 pouces
(0,76 m.) bien boulonnés entre eux et une maçonnerie de briquet à l'intérieur. Chaque anneau était formé de 14 plaques de 3/8 pouce (0,01 m.) d'épaisseur ; les 6 plaques de la partie supérieure avaient environ 3 pieds (0,91 m.) de longueur et pesaient chacune 170 livres (77 kg.) ; les 8 plaques d'en bas avaient environ 6 pieds (1,83 m.) de longueur et pesaient chacune 320 livres (145 kg.). Le poids total d'un anneau était donc de 3 580 livres (1 624 kg.). Ce poids comprenait les cornières à ailes de 3 pouces (0,076 m.) fixées sur les bords avec des rivets d'un 1/2 pouce (0,013 m.) espacés de 6 pouces (0,15 m.) d'axe en axe. Les plaques étaient réunies à joints croisés par des boulons de 3/4 de pouce (0,018 m.) espacés de 9 pouces (0,23 m.) d'axe en axe. Le revêtement intérieur était exécuté en maçonnerie de briques dures avec mortier de ciment composé de 2 parties de ciment pour 3 de sable ; «on épaisseur était de 2 pieds (0,61 m.). Le diamètre extérieur étant de 22 pieds (6,72 m.), le diamètre libre à l'intérieur du revêtement se trouvait de 18 pieds (5,50 m.).
La vase était, en général, assez ferme pour pouvoir, à l'avancement, être découpée par gradins, répondante un talus de 45°. Il y avait, en général, 5 anneaux en cours de montage. Les 4 plaques de couronnes posées les premières devaient seules être maintenues par quelques étais, qui étaient d'ailleurs supprimés dès que la partie basse était en place ; le revêtement se maintenait sans aucun boisage, sous l'action de l'air comprimé, une fois qu'il était boulonné aux anneaux précédents. Les pièces de bois de 4 pouces sur 6 (0,10 m. X 0,15 m.) qui étaient placées en travers de la galerie, appuyées sur les nervures, n'avaient en effet d'autre but que de porter le plancher de service.
L'ingénieur en chef, M. Brush, fit une expérience pour montrer que l'air comprimé servait à soutenir le revêtement. A ce moment, la profondeur était de 54 pieds (16,45 m.) au-dessous des hautes mers au bas delà galerie et, par conséquent, de 32 pieds (9,75 m.) en haut puisque le diamètre extérieur était de 22 pieds (6,70 m.). La pression de l'air était environ de 18 livres par pouce carré (1,3 kg.), c'est-à-dire à peu près égale à la charge moyenne. Il donna l'ordre de laisser tomber la pression ; en quelques heures la charge latérale du terrain fit fléchir de 2 pouces (0,05 m.) les
poutres servant de support à la plate-forme. Mais aussitôt que la pression se releva le resserrement prit fin.
Le déblai n'était pas évacué par le sas. La moitié environ était délayée avec de l'eau à raison de 1 partie d'eau pour 4 parties de vase, et le mélange liquide était chassé au dehors par un tuyau sous l'effet de la pression. L'autre moitié était reportée à l'arrière dans la partie terminée du souterrain ; avec cette charge la galerie avait un poids égal au volume de vase qu'elle remplaçait et H. flastin espérait qu'en raison de cet état d'équilibre la vase se tasserait également sur sa surface extérieure et la protégerait contre toute déformation.
Galerie du Nord. — Le travail se poursuivit régulièrement dans ces conditions du 9 février au 23 juin 1880. A cette date, les plaques de sommet du 99 e anneau à 281 pieds (85,80 m.) du puits étaient en cours de pose. Le revêtement en briques était arrêté au 95 e anneau à 270 pieds (82,29 m.;. Dans tout ce parcours le souterrain passait sous un warf construit dans la rivière, et était relativement protégé.
Cependant, au 9 e anneau, il avait rencontré les fondations du vieux quai dont il avait fallu enlever 3 pieds (0,91 m.) de la partie arrière. Il y eut alors de fréquentes fuites d'air qui s'élanchaient avec de la vase fraîche. La plus dangereuse se produisit le 27 février. La pression tomba de 18 à 12 livres (1,3 kg. à 0,84 kg.) quoique le nombre de tours du compresseur Clayton eût été porté de 18 à 120. On s'en rendit maître en une heure ; l'eau avait déjà fait irruption en deux endroits contre le puits, et, d'autre part, à la surface, près d'une maison à 30 pieds (9,14 m.) du puits il s'était formé un trou de 9 pouces (0,23 m.) de diamètre par où le sable et l'eau jaillissaient sous la poussée de Fair à environ 6 pieds (1,83 m.) au-dessus du sol.
U y eut toujours des mouvements dans la vase, qui tordaient °u déplaçaient le revêtement métallique avant l'exécution de la Maçonnerie, à laquelle il était impossible de donner une épaisseur régulière. L'alignement et le nivellement étaient par suite défectueux; le radier fut à certains moments 6 pieds (1,83 m.) trop bas et l'écart latéral atteignit 2 pieds (0,61 m.). Ces défauts furent
de la voûte les parois du caisson se prolongeaient sur 12 pieds (3,66 m.) de hauteur formant une boîte qui fut remplie de ferrailles et de déblais pour aider à la descente. L'ensemble était suspendu à de fortes poutres placées à la surface, par 12 tiges à vis en fer île 3 pouces (0,76 m.) de diamètre. La chambre de travail communiquait avec l'extérieur par deux cheminées munies de sas à air, l'une de 2 pieds 1/2 (0,076 m.) pour les matériaux, l'autre de 5 pieds (1,52 m.) en bas et de 6 pieds (1,83 m.) en haut pour les ouvriers.
Reconstruction de la partie éboulée. — Quand le caisson fut arrivé à une profondeur de 39 pieds (11,89 m.) et que Ton eut retrouvé les corps, il restait à faire trois opérations distinctes : l°le raccordement avec le sas à air du puits; 2° la construction dune chambre solide; 3° le raccordement avec les souterrains pour reprendre l'avancement. Il fallut y apporter beaucoup d'habileté et d'énergie.
Première opération. — La première porte du sas fut tout d'abord réparée; la seconde, qui était faussée, dut être enlevée et redressée. Quand tout fut remis en ordre, la pression fut rétablie, sans toutefois dépasser une charge de 10 livres (0,7 kg.), en raison du mauvais état du sol. Les ouvriers exécutèrent alors, en partant du sas, une fouille de 4 pieds (1,22 m.) de diamètre qu'ils poursuivirent jusqu'à la paroi du caisson, immergé à 3 pieds (0,91 m.) du puits. Cette paroi fut découpée sur le même diamètre et la fouille blindée avec un anneau en fer de 4 pieds (1,22 m.) de longueur, cloué d'une part au bordage du caisson et d'autre part solidement boulonné au sas qu'il recouvrait de 6 pouces (0,1 S m.). La pression put êlre portée à 15 livres (1,05 kg.). En perçant le bordage intérieur du caisson de 4 pouces (0,10 m.) d'épaisseur et la feuille de plomb, la communication fut établie entre le puits et le caisson.
Deuxième opération. — Il a été dit que sur la largeur de 8 pieds (2,44 m.) correspondant à deux anneaux, la maçonnerie était montée sur 4 pieds (1,22 m.) de hauteur. Le couteau du caisson était arrêté à 14 pieds (4,27 m.) au-dessus. Le travail de reprise en sous-œuvre et la construction de la maçonnerie sous le caisson
résultait une économie de main-d'œuvre, qui permettait de mettre plus de monde à l'avancement.
M. Sooy Smith reconnut enfin la nécessité de construire des sas dans les galeries mômes. Au moment où ce travail fut fait, la galerie Sud avait 450 pieds de longueur (137,15 m), et la galerie Nord 448 pieds (136,55 m.). Il devenait nécessaire, en raison de la pente, d'avoir à l'avancement une pression beaucoup plus élevée que la pression hydrostatique dans les parties hautes près du puits, notamment dans la galerie Sud qui, par suite des tassements, se trouvait 5 pieds (1,52 m.) trop basse. En outre, les pertes, à travers les briques poreuses dans une chambre à air aussi longue, devenaient importantes. 11 fit construire dans les deux galeries, à 425 pieds '129,54 m.) du puits, des cloisons en briques de 4 pieds (1,22 m.) d'épaisseur, renforcées par des poutres encastrées dans la maçonnerie du souterrain. Dans chacune de ces cloisons furent placés deux sas à air, assez grands pour contenir chacun tous les ouvriers occupés à l'avancement ; l'un de ces sas, destiné à servir de refuge en cas d'accident, restait toujours ouvert du côté du front de taille. La grande sécurité qui en résultait, justifiait l'excédent de dépenses. Cependant, quand on installa dans le tunnel Nord pour graduer la pression, une secondecloisonà280 pieds (85,34 m.) de la première et par suite à 705 pieds (21 4,88 m.) du puits, on n'y mit qu'un sas. A ce moment, le mouvement des terres était assez lent pour donner la confiance qu'avec du sang-froid les hommes auraient tout le temps de gagner la première écluse. Néanmoins s'il y avait eu une irruption d'eau, et si les hommes avaient perdu la tète, un grave accident aurait pu se produire.
Quand ces cloisons eurent été construites, le 17 août 1881, la partie entre le puits et la première cloison fut laissée à l'air libre. Mais contrairement aux prévisions, la pression tomba très lentement. Quand les ouvriers pénétrèrent dans la galerie Sud, ils remarquèrent qu'à 65 pieds 19,81 m/ de la cloison, 490 pieds (149,35 m.) du puits, les boulons travaillaient, et ils reconnurent qne la pression tombait par suite de pertes d'air, dues au défaut d'étanchéilé de la cloison, quoique les compresseurs donnassent à toute vitesse. Il fallut refermer le sas du puits pour élancher les fuites. Celle fausse manœuvre entraîna la chute de quelques
SOUTERRAIN SOUS LliUDSON UK»
plaques et la galerie se remplit de vase sèche. Quand elle fut bien tassée, le travail put être repris.
En mai 1882, le travail se poursuivait avec une pression de 30 à3o livres (2,1 kg. à2,5kg.) àl'attaque et de 20 à 25 livres (1,4 kg. à 1,8 kg.) entre les deux cloisons. L'avancement était de 3 pieds (0,91 m.) à 3 pieds 10 pouces (1,17 m.) par jour. En mars, un léger accident s'était produit. Quelques plaques de toit avaient cédé, de manière qu'il ne restait plus de place pour la maçonnerie. Le blindage fut simplement consolidé par une maçonnerie provisoire, et l'exécution du revêtement définitif n'eut lieu que lorsque l'avancement fut à 20 à 30 pieds plus loin, et que la vase fut assez tassée sous la pression de l'eau pour pouvoir reprendre le travail sans danger. A partir de ce moment, l'épaisseur du revêtement fut portée de 24(0,61 m.) à 30 pouces (0,76 m.) en raison de la plus grande profondeur. L'avancement atteignait 562 pieds (171,29 m.) dans la galerie Sud, où il avait été arrêté, faute de facilités pour évacuer les déblais, et 960 pieds (293,60 m.) dans la galerie Nord. Le mode d'évacuation des déblais n'était plus le même. A partir de la cloison la plus voisine de l'attaque, les wagons étaient remorqués par des chevaux, qui les amenaient jusqu'au puits, d'où ils étaient montés par une grue. Les chevaux supportaient très bien la pression de 20 livres ^1,4 kg.) entre les deux cloisons.
Ce moyen plus rapide d'évacuation ne put toutefois être appliqué que lorsque les galeries eurent été définitivement réunies au puits en décembre 1881. Ce travail était très délicat, car, par suite des nombreux bouleversements antérieurs, le terrain n'était plus qu'un mélange de cendres et de vases sans consistance. Dès que la fouille du bas fut attaquée, l'eau monta tout à coup ; mais, en augmentant la pression et en mettant une charge de vapeur sur le tuyau vertical du puisard, la maçonnerie put être achevée et soudée à la paroi du puits. On put alors démolir cette dernière et enlever les sas.
Côté New-York. — Du côté de New-York, le travail fut commencé en 1881. Profitant de l'expérience acquise du côté de New- Jersey, M. Smith descendit de suite un caisson. Ce dernier traversa
112 EMPLOI DU BOUCLIEIt
rigole au-dessous du couteau, puis on provoquait la descente en laissant tomber la pression. L'assèchement se faisait, soit à l'aide d'un tuyau de 4 pouces (0,10 m.) par le simple effet de la pression, soit par une pompe centrifuge qui refoulait l'eau au dehors. Quand le caisson fut à fond, un radier en maçonnerie fut établi sur des plaques de tôle. La maçonnerie fut immédiatement montée pour deux souterrains, au lieu de faire une arche unique pour les deux voies comme sur l'autre rive. Dans le mur séparatif furent insérés 3 tuyaux verticaux de 1 pied (0,30 m.) de diamètre, remplis de pierres cassées, qui sortaient de puisards à pierre sèche sous le radier. On espérait, à l'aide de ces tuyaux, pouvoir assécher le front d'attaque.
La grosse question était de savoir ce que donnerait le procédé Haskin dans les sables et graviers, que le souterrain devait traverser sur environ 400 pieds (152 in.). La paroi Ouest du caisson fut attaquée à l'emplacement de la galerie Nord en y forant des trous de 2 pouces (0,03 m.) sur tout le périmètre du souterrain à ouvrir et en insérant des tôles de 18 pouces (0,45 m.) au lieu de la dimension de 24 pouces (0,61 m.) adoptée sur l'autre rive ; on put alors enlever la cloison et commencer la fouille. Cette pre. mièrc opération réussit assez bien parce que le caisson avait entraîné avec lui une couche de vase moins perméable que le sable ; mais, dès que la fouille eut atteint le sable, il fallut blinder le front d'attaque ; l'emploi d'un masque en bois, rendu imperméable avec de la vase fut sans effet et il devint indispensable de le remplacer par un masque métallique, solidement buté, et de ne laisser à découvert que de très petites surfaces à la fois. Malgré ces précautions, l'eau et le sable envahirent plusieurs fois la galerie en disloquant le revêtement.
Le 16 mai 1882, au moment où M. Sooy Smith se retira, la galerie avait une longueur totale de 20 pieds (6,10 m.) dont 12 (3,66 m.) avec le revêtement en maçonnerie de 2 pieds (0,61 m.) d'épaisseur complètement terminés.
Nouvelle entreprise. — A celle date, M. Sooy Smith fut remplacé par MM. S. Finch et G. W. Raymond.
Le travail se poursuivit quelque temps avec régularité ; au pre-
Ces vérins étaient essayés à une pression de 2 t. par pouce carré de surface de piston (283 kg. par centimètre carré) et pouvaient développer chacun un effort de 100 t. (907 185 kg.).
Grue de montage des segments. — Il a été dit que M. Great-
Kg. 86. — Elévation
- Coupe longitudinale
head avait prévu une grue de celle nature en IN7G pour le souterrain de Woolwich. Celle de l'Hudson a été la première réellement construite.
Elle se composait de trois resses hydrauliques montées ur un bftli roulant sur des rails posés sur des tasseaux fixés aux nervures du revêtement, exactement sur le diamètre horizontal du souterrain. Ce biti se composait de trois poutres horiwolales, réunies à leurs extrémités par une poutre à laquelle étaient •Hachés les galets de roulement. Sur le bâti on trouvait d'abord deux presses hydrauliques en fonte de 6 pieds (1,83 m.) de longueur et 6 pouces 1/2 (0,165 m.) de diamètre. Les pistons plongeurs
portaient des poulies de 17 pouces de diamètre (0,43 m.). Ui axe horizontal de 7 pouces (0,18 m.) de diamètre traversait h bâti dans son milieu ; il portait un large tambour de 2 pieds 1/ (0,69 m.) de diamètre, claveté entre les deux presses. Chaqu< presse portait une oreille, venue de fonte, à laquelle s'allachai une chaîne qui passait sur les poulies et le tambour, ce qu permettait de faire tourner Taxe dans un sens ou dans l'autre.
A l'extrémité de Taxe et perpendiculairement à lui élait mont( un vérin dont le piston pouvait se mouvoir dans les deux directions et qui avait pour objet de monter ou d'abaisser un bras er forme de poutre à treillis, qui se terminait par quatre bras convergents pour saisir les segments.
Cet appareil pouvait prendre un segment, le soulever en raccourcissant le bras, ramener en tournant en face de sa position sur la circonférence et en allongeant le bras le mettre à sa place.
La grue de montage, comme le bouclier, avait été construit par M. Arrol de Glasgow.
Revêtement métallique. — Le revêtement métallique en fonte avait 19 pieds 6 pouces (5,94 m. de diamètre extérieur et environ 18 pieds (5,48 m.) de largeur libre dans œuvre comme la maçonnerie à laquelle il faisait suite.
Chaque anneau de 18 pouces .'0,457 m.} se composait de neul segments de 1 pouce 1/4 (0,032 m. d'épaisseur, avec des nervures de 1 pouce 1/2 d'épaisseur 0,038 m. et de 7 à 9 pouces 0,18 m. à 0,23 m. i de hauteur. Les cinq segments du bas pesaient 10 1/2 cwt (533,43 kg/ chacun; ils étaient suivis à droite et à gauche d'un segment de 8 cwt (406,42 kg. , puis d'un de 7 1/2 cwt (381 kg.\ Enfin, au sommet, on plaçait une clef pesant 2 cwt (11G kg.). Le poids total élait donc de 85 1/2 cwt 4 350 kg.) On verra plus loin que ce poids élait au-dessous de la moyenne, aussi y a-t-il eu un assez grand nombre de ruptures sous la poussée des vases.
Les joints horizontaux comportaient une fourrure en bois dur créosote. Les joints transversaux avaient une porlée à l'extérieur et étaient bourrés à l'intérieur avec une corde de chanvre et du ciment de Portland. Ces joints étaient assemblés avec des boulons de 1 pouce 1/4 de diamètre (0,032 m.).
SOUTERRAIN SOUS L'IIUDSON 119
Kécution du travail. — Le montage du bouclier sur place
dans un mauvais terrain fut une opération très pénible ; mais,
une fois en marche, le travail se fit assez régulièrement, à raison
de 7 pieds (2,13 m.) par jour au début, puis de 10 pieds (3,05 m.).
La vase était si plastique que, mùme avec une pression d air de
35 livres par pouce carré (2,4 kg.}, elle sortait naturellement à
travers les portes, avec dix fois la vitesse du bouclier; quand il
avançait, elle se moulait comme dans un appareil à fabriquer la
brique (fig. 85, , et, après la course qui durait de 10 à 20 minutes,
il n'y avait plus qu'à ramasser les blocs et à les charger en wagon.
L'avancement dans la galerie nord, côté de New- Jersey, vers le mois de juin 1890 à 2050 pieds (624,83 m.), fut poussé en un an à environ 3 800 pieds I 158 m. A ce monent, il était au point bas du souterrain et abordait la rampe de 2 p. 100 vers New-York. Il arrivait à la partie où la rivière avait une profondeur Je 60 à 64 pieds (18,29 à 19,51 m. , ne laissant au-dessous du souterrain qu'une faible couche de 5 pieds (1,52 m.) de vase, et les entrepreneurs avaient sollicité l'autorisation de déposer, au fond de la rivière, une couche d'argile pour se protéger, autorisation qu'ils avaient obtenue à condition de ne pas déposer plus de 2 (MM) yards cubiques 1 500 m 3 ; d'argile et de ne pas excéder une épaisseur de 15 pieds (4,27 m.\
Malheureusement les 1500 000 dollars (7 500 000 fr.) apportés dans l'affaire par la compagnie anglaise étaient épuisés, et, le 22 août 4891, le travail fut encore une fois arrùté. Il avait été dépensé depuis le commencement 3000000 de dollars (15000 000 fr.) pour exécuter environ 4 (MM) pieds (1 219 m.}. Il restait encore àfaire, pour ce seul souterrain à voie unique, sans compter la seconde galerie elles approches, 1 600 pieds (487,67 m.) environ de galerie qui étaient estimés 300 dollars par pied (5 000 fr. par m.}.
Travail à l'air comprimé. — M. Moir, envoyé par le constructeur du bouclier M. Arrol pour suivre le travail, s'est beaucoup occupé des conditions du travail à l'air comprimé. Au rooment où il arriva, les hommes mouraient à raison de 4 par roois sur une équipe de 45 à 50 hommes, soit une mortalité de 25 p. 400. Dans le but d'améliorer cette situation, il fit un sas à
rasser avant de le comprimer ; avec cette précaution il n'y aurait probablement besoin d'envoyer qu'un moindre cube d'air comprimé par homme. Il vit saigner un homme dont le sang était si épais et si noir qu'il fallait opérer une pression pour le faire sortir, tant il était peu fluide. M. Moir estimait qu'en tout cas, il fallait soumettre chaque homme à l'examen du médecin, avant de l'admettre, et distribuer du café chaud avant la sortie de l'air comprimé; mettre à la disposition des ouvriers une chambre chaude pour s'habiller et un vêlement supplémentaire pour traverser l'écluse.
Après l'introduction du sas de traitement et de toutes ces précautions, le nombre de décès tomba à deux en quinze mois sur une équipe de 120 hommes.
Conclusions. — Le souterrain de la rivière Hudson est surtout remarquable comme étant la première grande galerie exécutée à l'air comprimé.
Il ressort de l'exposé ci-dessus que la méthode simple d'Haskin a été impuissante pour le travail sous la rivière, que le système du pilote d'Andersen a bien permis de faire de l'avancement, mais avec une grande lenteur, puisque M. Smith ne fit qu'environ 1 200 pieds en un an et demi ; qu'enfin la méthode du bouclier permit d'avancer avec beaucoup plus de sécurité et fit plus que doubler la vitesse.
Par contre, le revêtement en fonte parait avoir été fait trop légèrement ; il se fissura et dut être consolidé avec des tirants provisoires, tandis que la partie exécutée en maçonnerie n'éprouva aucune avarie.