‹ De l'emploi du Persulfate de Soude dans le Traitement du TétanosChapitre 12 sur 21 · SE · texte numérisé non relu

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De tous ces faits expérimentaux, on peut, avec MM. Lumière et Chevrotier, tirer un certain nombre de conclusions intéressantes :

a) Le persulfate de soude pur et fraîchement pré-" paré, mêlé à la toxinñe tétanique, en neutralise les effets, et les animaux auxquels on injecte ce mélange ne prennent pas de contractures,

Les cobayes en expérience pesaient en moyenne 500 gr. et la neutralisation complète de la toxine a pu être obtenue par l'addition de 10, de 7 et même 3 centigrammes de persulfate de soude à dix fois la dose mortelle de toxine.

b) La neutralisation ne s'obtient pas si l’on injecte séparément au cobaye, à quelques minutes d'inter- - valle, soit au même membre, soit à deux membres différents, la toxine tétanique et la dose suffisante pour la neutraliser. :

c) D’une façon constante, les animaux traités survivent aux témoins. Cette survie, dans une maladie qui évolue expérimentalement chez le cobaye en 3 ou 4 jours, a varié de 4 à 30 jours.

d) Le persulfate de soude a une action favorable constante sur les contractures tétaniques. Tandis que sur les témoins, les contractures gagnent rapidement tous les muscles, chez les injectés, au contraire, elles se limitent longtemps au membre qui a reçu la toxine, et ce n’est que plus tard, quelques heures avant la mort, que les autres muscles sont atteints.

Chez les chiens, où le mal évolue plus lentement, cette action favorable sur les contractures est encore

plus manifeste, et les animaux traités continuent à se mouvoir et à s’alimenter, alors que les témoins sont paralysés depuis longtemps.

Cette action est des plus nettes dans les expériences III et IV rapportées plus haut, où il s'agissait d’une chèvre et d’un cheval.

C) Etude clinique.

Nous allons étudier, dans ce chapitre, l’action du persulfate sur le tétanos humain.

Nous reproduisons ën-extenso quatre observations de tétanos où le médicament fut employé d’une facon systématique. Il sera donc facile de suivre en même temps que l’évolution de la maladie, les effets du traitement aux diverses périodes.

OBSERVATION I A. GÉLIBERT, Lyon Médical, 15 décembre 1901.

Eugène L..., 6 ans, route d’Heyrieux, 160. Ses antécédents héréditaires ou personnels n’offrent rien à signaler.

Le # juin 1900, en s'amusant à grimper sur un arbre, à un endroit où l’on jette les détritus d’une fabrique de colle, il s’est fait une piqûre à la partie moyenne de la jambe gauche.

Le 12 juin, l'enfant accuse une légère douleur dans la jambe qui est un peu rouge au niveau de la piqûre. On

soulève alors la petite croûte noirâtre qui recouvrait la plaie et l’on retire en même temps un petit fragment de bois de 2 centimètres environ de longueur, qui était planté dans l'épaisseur des muscles. On fait sortir par pression quelques gouttes de pus et on applique un pansement antiseptique. La guérison apparente est obtenue dès le lendemain.

Le 16 juin, l'enfant qui jusque-là avait toujours été gai, devient maussade et se plaint de maux de dents. Dans la journée, il a plusieurs vomissements ; la nuit, il dort très peu et sa mère l'entend grincer des dents à plusieurs reprises.

Le 17 et le 18, les grincements de dents deviennent fréquents et l’enfant se plaint toujours de douleurs dans la mâchoire, dans le ventre et dans les reins ; il est très agité et semble avoir de la fièvre.

Le 19 juin, le malade qui jusque-là avait continué péniblement à boire et à manger, se plaint de ne plus pouvoir ouvrir la bouche : l’écartement des mâchoires n’est en effet ; pas suffisant pour laisser passer une petite cuillère. Dans la nuit, l’enfant a été très agité et n’a pu goûter un instant de repos.

Le 20 juin, en présence de l’aggravation de l’état général, on se décide à appeler un médecin.

Nous sommes alors en présence d’un enfant dont tous les muscles de la face, ainsi que les muscles masticateurs sont atteints de contractures, ce qui lui donne un facies bizarre avec un rire forcé dont il ne peut se départir.

La colonne vertébrale est rigide, l’enfant commence à ne plus pouvoir s'asseoir sur son lit. Le ventre est dur et rétracté : tous les muscles de la paroi abdominale sont contracturés. 1

Les membres supérieurs sont libres ; les membres inférieurs ont encore des mouvement très étendus ; mais, si on

prie l’enfant de marcher, on voit qu’il lance ses pieds en avant sans s'appuyer sur les talons et qu’il est obligé de faire des efforts constants pour garder l'équilibre.

Le pouls bat à 120. Température 38°1.

Par moments, l'enfant a des accès de contractures qui lui arrachent des cris. Ces spasmes se renouvellent chaque fois qu’on attire son attention ou lorsqu'il veut faire un mouvement.

Le docteur Nicolas, appelé en consultation, confirme notre diagnostic de tétanos.

Bien que les contractures aient fait leur apparition depuis quatre jours, on fait une injection de sérum antitétanique. et l’on donne 3 grammes de chloral.

Le 21 juin, la rigidité musculaire s’est accentuée : tous les muscles du tronc et des membres sont atteints de contractures. Les accès spasmodiques sont plus fréquents, et pendant ces accès qui durent plusieurs minutes, l'enfant est en opisthotonos, il ne repose sur le plan du lit que par la tête et les talons. Il a pris un teint plombé. Température,

La famille, qui a vu mourir dans son entourage plusieurs tétaniques, demande encore une consultation avec le docteur Gangolphe, qui, en présence de cet état général grave, de la légère ascension thermique qui assombrit le pronostic, nous autorise à essayer des injections de persulfate de soude. Nous injectons le soir même 10 centimètres cubes d’une solution à 5 °}.. |

22 juin. Depuis quatre jours, l’enfant n’avait pas un seul instant de repos ; à la suite de l'injection, il a dormi une heure d’un sommeil paisible. On fait une seconde piqûre à 10 heures du matin et une troisième à 4 heures du soir.

23 juin. Le malade a moins souffert : il a pu dormir quatre heures de suite pendant la nuit.

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