HET
mune rurale du Rhône, avec le diagnostic d’épilepsie. Les seuls renseignements fournis à son sujet étaient qu'il prenait, depuis son enfance, des crises épileptiques de plus en plus nombreuses, et qui, voici quelque temps, revenaient un jour chaque semaine, jusqu'à 3 fois en 24 heures, pendant un mois et demi environ, pour cesser pendant un mois et demi également, et reparaître de même ensuite. Aucun autre antécédent pathologique n'avait été signalé.
L'interrogatoire et l'examen étaient particulièrement difficiles, le malade étant atteint de surdité, de bégaiement intense et de déchéance intellectuelle. Il était en état de contracture généralisée, prédominante aux muscles des membres inférieurs, du dos et de la nuque ; raide comme une barre, il lui était impossible de s’asseoir. La ponction lombaire négative, l’absence de température fébrile éliminaient le diagnostic d’affection méningée aiguë.
On aurait pu être tenté, en l’absence de toute donnée sur l’évolution de ces contractures, de mettre tous les symptômes observés sur le compte des lésions encéphaliques de l'enfance, :
Mais, dès l’entrée, nous étions frappés par la participation des muscles de l'abdomen, durs comme du bois,'et par ce fait que l’excitation des masses musculaires, par exemple pour la recherche des réflexes (qui étaient exagérés) produisait une recrudescence de la rigidité, d’ailleurs sans grande douleur.
Quelques symptômes à peine ébauchés — aspect un peu sardonique de la physionomie, trismus léger, parfois dysphagie rappelant le spasme hydrophobique — éveillaient par leur réunion l’idée d’un tétanos fruste possible ; et la constatation d’une tachycardie à 110, avec instabilité du pouls, nous incitait, elle aussi, à orienter le diagnostic dans ce sens.
ie
En la cherchant, nous finissons enfin par trouver une porte d’entrée, une petite plaie, presque cicatrisée, très superficielle, non suppurée, large à peine comme une pièce de 50 centimes, à la face interne du genou gauche. Ultérieurement, nous apprîimes que cette plaie avait été occasionnée par une chute survenant une vingtaine de jours avant l'entrée, sur la terre, et que les contractures avaient débuté par les deux membres inférieurs, .avec un peu de constipation, une quinzaine de jours plus tard, c’est-à-dire environ une semaine avant que le malade n’entrât à l'hôpital.
Le diagnostic étiologique ainsi précisé, nous faisons un pronostic bénin malgré l’accélération du pouls et la parti- cipation de la face et du pharynx, à cause de l'absence de fièvre, de l’atténuation des symptômes et de la 1OneNenE de l’incubation.
Le traitement consiste :
1° En 4 injections de 15 cc. de sérum antitétanique faites pendant la première semaine, une tous les 2 jours, dont deux dans l’espace céphalo-rachidien et 2 sous la peau.
2° En 14 injections sous-cutanées de 10 cc. d’une solution de persulfate de soude, une par jour pendant 2 semaines.
3° En 16 bains chauds à 36°, deux par jour pendant la 2° semaine de l’évolution.
En raison de l’absence des crises douloureuses et de l’atténuation des symptômes, on ne donna ni chloral, ni bromure.
Les suites confirment en tous points nos prévisions : pendant les 2 ou 3 premiers jours, les symptômes tétaniques se précisèrent, et même la température vespérale s’éleva une fois à 38°3, mais rapidement, sous l'influence des
traitements et surtout après qu’on eût commencé à administrer les bains chauds et les injections de persulfate, les symptômes et les contractures diminuèrent, pour cesser complètement au bout de 18 jours.
Depuis lors, le sujet se porte bien, et même il n’a plus repris de crises épileptiques. |
Il s’agit là d’un cas à incubation relativement longue (une quinzaine de jours). Ce fait indique en général une évolution subaiguë et une terminaison favorable.
Ce cas était probablement de ceux qui doivent guérir spontanément, mais il faut cependant remarquer l'influence heureuse du traitement (persulfate de soude associé aux bains chauds et au sérum) sur tous les symptômes de l'affection et particulièrement sur les contractures.
L'application de ces moyens fut suivie d’une atténuation remarquablement rapide de tous les symptômes, et bientôt d’une complète guérison.
D’autre part, le malade qui prenait de nombreuses crises d’épilepsie, par périodes assez rapprochées, avant d’être atteint de tétanos, n’a eu depuis trois mois, absolument aucune crise, ni même le moindre équivalent épileptique.
Doit-on tirer de ce fait la conclusion que le tétanos aurait, comme l’érysipèle, une influence atténuante sur les crises épileptiques ?
Nous croyons plutôt qu'il faut attribuer ce résul-
Ed
tat heureux et imprévu à la médication antispasmodique dirigée contre le tétanos. Et ce fait viendrait corroborer certaines observations de MM. Lumière montrant l'action sédative du persulfate de soude sur les affections convulsives en général.
Quatre autres cas de tétanos ont été traités par les Docteurs Reymond et Collignon, au moyen des injections de persulfate de soude. Nous n'avons pas pu recueillir les observations des malades ainsi traités, mais nous savons que deux ont été guéris et les deux autres sont morts. L'un des décès se rapporte à un malade traité in extremis et mort le soir même du début des injections ; l’autre décès a été la conséquence d’un broncho-pneumonie survenue en pleine convalescence chez une jeune fille qui avait été guérie de son tétanos.
En somme, de ces quelques observations, que nous regrettons de voir si peu nombreuses, se dégagent un certain nombre de faits qui prouvent l’action indéniable du persulfate de soude sur le tétanos.
Il est bien difficile de dire quel a été dans ces cas le mode d’action de cette substance.
Le persulfate agit bien certainement en vertu de ses propriétés oxydantes énergiques ; mais sur quels éléments et de quelle manière ? C’est là une question impossible à résoudre, étant donné nos connaissances encore indécises sur la nature et le mode d’action du processus pathogène.
Exerce-t-il comme le chloral une action sédative sur le système nerveux? Il semble plutôt qu'il soit
doué d’un pouvoir neutralisant vis-à-vis de la toxine tétanique ou du moins sur l'élément qui, dans la toxine, a des propriétés contracturantes.
En arrèêtant les contractures, le persulfate amène chez le malade une sensation énorme de bien-être, il lui permet de se reposer, de s’alimenter et excite même l'appétit, résultat très important dans une affection aussi grave que le tétanos.
Cependant on ne peut pas prétendre actuellement guérir par cette seule médication tous les malades atteints de tétanos ; mais on est toujours certain de diminuer les contractures, puis de les faire disparaître, et rendre ainsi un grand service à ces malheureux malades qui, anxieux, ne peuvent prendre aucun aliment, ni goûter un moment de repos.
Il est évident que certains cas de tétanos sont susceptibles de guérir sans médication et il est possible que les observations que nous avons relatées soient de ce nombre, mais là encore le persulfate aura été utile; il a eu une heureuse influence sur l’évolution de la maladie, en hätant la guérison et en apportant au malade un soulagement considérable. |
Enfin, en associant ce traitement à la sérothérapie, il semble qu’on obtienne de meilleurs résultats. Il est probable que, dans ces cas, par suite de l’action du persulfate de soude, l’organisme est plus vigoureux, se défend plus longtemps et permet ainsi à l’antitoxine de mieux exercer son action.