AVANT-PROPOS
La discussion soulevée à l’Académie de Médecine, il y a peu d’années, à propos desaneslhésiques, n’a pas aboiili à un résullal précis, peul-élre en raison de son point de départ ; aussi, depuis le rejet de la proposition de M. Devergie (1), les débats sur ce sujet se sont-ils continués dans la presse scientifique et le public médical.
Les procédés d’inhalation sont restés en antagonisme, aucune méthode n’a été adoptée d’une manière générale et les cas de mort se multiplianl, (dans une proportion foiT minime, il est vrai, si l’on tient compte du chiflVe
(1) Elle leiidail à préconiser l’emploi d’appareils à ouverlures lixes el invariables pour l’enlrée de Pair, dans les élhérisations considérées à un poinl de vue général. Son bul élail de sauvegarder ainsi les médecins contre la responsabililé judiciaire des accidenis qui pouvaient survenir. (Uullclin de r.\cadémie de Médecine, 10016 22, page 828.)
(■‘norme des opéralions ()rali([tiées,) on en est venu à (loiiler |)res(iue de l’excellence de la découverte américaine.
Celle lendance , absolue chez quekiues opérateurs qui semblent ainsi justifier la réllexion acerbe de Hume relativement à notre profession (1), s’est surtout traduite dans l’opposition qu’un bon nombre d’auteurs se sont efibrcés d’établir entre les divers agents d’anesthésie , et le symptôme le plus caractéristique peut-être de ce que j’énonce, est le vole tout récent de la société médicale de Lyon.
Les médecins qui la composent ont en elTet failli proscrire d’une manière formelle l’emploi du chloroforme en faveur de l’éther, et fait en quelque sorte peser une présomption d’imprudence sur ceux qui auraient encore recours au premier moyen (2).
A quoi peut-on attribuer cet état de choses ?
C’est certainement, à notre avis, à ce que l’opinion , égarée par la manière dont le débat avait été engagé dernièrement à l’Académie , s’est , depuis celle époque , presque constamment préoccupée de la responsabilité qu’on voulait à tort lui imputer à charge, et a été entraînéepar une résistance légitime en dehors de l'élude sévère et impartiale des faits pratiques.
On s’est en effet borné le plus souvent dans la discussion à des affirmations pour ou contre chacun des moyens
(1) Hume, dans son hisloire- d’Anglclcrre, fait observer an sujet de la découverte de la circulation du sang, que, parmi les contemporains de Harvey, il n’y a pas d’exemple qu'un seul médecin qui eût dépassé l'àge de 40 ans, lors de cette découverte, l’ait admise.
(2) Gazelle médicale de Paris, page 335 (1860).
d’ailminislralion de> aneslliésiquos , sans apporter <à leur appui des observations spéciales et suffisamment détaillées.
Nous avons donc cru qu’il y aurait quelque utilité à essaver de poser de nouveau les bases d’une sérieuse appréciation des conditions les plus favorables à la production de l’anesthésie dans les opérations chirurgicales.
C’est le but que nous nous proposons en commençant ici l’étude d’un grand nombre d’observations exclusivement relatives à l’administration de l’éther ou du chloroforme, et recueillies dans les hôpitaux maritimes de Brest et de Toulon depuis 1847.
Les chirurgiens en chef de nos ports, prompts à profiter de la nouvelle méthode qui leur arrivait de Paris a[irès avoir déjà franchi l’Océan et la Manche, avaient eu, dès ce temps, la pensée éminemment utile de faire tenir un compte exact des symptômes généraux ou spéciaux que déterminaient les nouveaux agents. Nous n’hésitons pas à attribuer l’innocuité constante jusqu’à ce jour de l’emploi des anesthésiques dans nos hôpitaux, aux sages prescriptions qu’ils instituèrent dès lors et qui ont été toujours suivies depuis.
L’administration méthodique de l’éther et du chloroforme faite d’apres des règles uniformes dont l’expérience ne tarda pas à démontrer l’incontestable valeur ; la simplicité des procédés d’inhalation ; le dosage exact des quantités données ; la pureté des liqueurs ; telles sont certainement les causes d’un fait assez exceptionnellement
liciirciix |)üui‘ qu’il inéi ile d’cMi'O cité au coinmeucemoiil tlo ce travail.
Noire mémoire ne comprendra pas seulemcnl du reste des faits inédits.
Nos |)remiéres publications siii’ les résultats de la mélliode suivie dans la chirurgie navale datent précisément du moment où l’Académie était appelée à se prononcer sur le sujet qui nous occupe.
Dès cette époque, j’adressai de Toulon à i\l. Michel Lévy, président annuel, une première note accompagnée d’un dessin reproduit dans ce travail ; cette note figure au compte rendu de la séance du 23 juin 1857 (1) et a été insérée peu après dans la Gazette des hôpitaux (2).
Une communication plus étendue, basée sur l’analyse de 98 observations, parut dans le même journal le 1" août de la même année (3), et fut appréciée dans le résumé général de la discussion pendante (4).
Ces deux travaux provoquèrent la publication de faits à l’appui des nôtres puisés parle docteur Laforgue dans les souvenirs de sa campagne de Crimée (5), et par le docteur Lecoq dans la pratique des hô|)ilaux maritimes de Cherbourg (6).
Je formulai du reste, moi-même, à la fin de ma dernière note, l’espoir de compléter mes premières recherches
fl) Bulleliû do l'Académie de Médecine, lomc22, page 925. (2) 50 juillet 1857, page 335.
(5) Gazette des liùpilatix n“ 90, 1837, page 339.
(•i) id. 11“ 9.3, 1857, 8 août, page 370.
(o)- id n“ 91, 1837 , page 3C5.
(G) id. 1837, page 55-i.
par l’analyse des nornbi-cnscs observalions conservées dans les archives du porl de Brest (1).
C’est celte analyse que nous entreprenons aujourd’hui avec la conviction qu’elle n’a rien perdu de son aclualilé‘(2).
Nous avions espéré d’aboi’d pouvoir soumellre noire travail à l’Académie de Médecine pour le concours ouvert en 1860 sur « les moyens d’éviter les accidents que » peut entraîner l’emidoi de l’éllier ou du chloroforme , » et les moyens de remédier à ces accidents (3); » mais si des circonstances indépendantes de notre volonté ne nous ont pas permis d’appeler ainsi d’une manière plus certaine l’allention des chirurgiens, nous avons du moins la confiance que le grand nombre des faits recueillis , l’exactitude avec laquelle ils ont été observés et rassemblés donneront, à défaut d’autre raison , un véritable intéi-ôt à la tâche (pie nous nous sommes imposée.
Les documents ([ui nous ont servi sont en effet assez nombreux pour qu’on en tienne compte ; ils embrassent plusieurs centaines d’observations détaillées et entièrement consacrées à l’examen de toutes les circonstances de l’emploi des anesthésiques ; ils ont en outre un caractère de précision qui ne manquera pas, je l’espère, d’ètre remarqué.
Ces documents ont même une importance toute spé-
(1) Gazelle des hôpilaux, 1857, page ôfiO.
(2) Les journaux de médecine de novembre 1860,. (date de l’envoi de ce mémoire à la société de chirurgie de Paris), ont encore signalé deux cas de mort par l’emploi du chloroforme.
(5) Aucun prix n’a été décerné par l’Académie, M. Faure de Paris a seulement obtenu un encouragement de 600 fr.
cialo en ce sens (jinls ne seul en (jnelque sorle (|ue les lypes d’nn nombre immense de l'ails recueillis en dehors de nos liùpilanx des ports, soit dans nos guerres de Crimée, d’Ilalie ou de Cochinchine , soit dans ims colonies cl dans toutes nos slations navales où la mclliode a été expérimentée sur une vasle échelle et n’a jamais compté de revers.
Je dois enfin indiquer que mon mémoire embrasse seulement les observations conservées dans les salles de clinique chirurgicale de firest et de Toulon , c’est-àdire dans des services dirigés par i\IM. Ucynaud , aujourd’hui inspecteur général du service de santé de la marine, et Marcellin Duval, actuellement directeur du service de santé à Toulon.
Nous aurions pu augmenter considérablement nos chiffres en empruntant des faits analogues à la pratique de i)lusieurs des chirurgiens en chef de nos écoles, et particulièrement de MM. Maher et Dean, de Rochefort ; Jules Roux et Arlaud, de Toulon; Ange Duval et Rochard. de Brest.
Nous aurions pu consulter également les souvenirs de nos collègues de la marine, ceux de nos confrères de l’armée (1) ou de la médecine civile, ainsi que nos notes personnelles ; mais nous avons voulu limiter ce travail à l’exposé et à l’appréciation des observations écrites, dont la rédaction a contribué à vulgariser l’emploi des anesthésiques dans la chirurgie navale.
(1) la communication citée du docteur Laforgue, médecin militaire , nous aurait ainsi fourni à elle seule plus de 500 faits recueillis en Crimée (Loc. cit.).
Nous espérons que les développenienls dans lesquels nous allons entrer satisferont les exigences les plus sévères.
HISTOIUQUE.
Les hôpitaux de la marine furent promptement pourvus des appareils d’inhalation inventés au début de l’application de l’éther comme moyen de prévenir la douleui’ pendant les opérations ; on se servit d’abord de l’appareil de Charrière , mais on l’abandonna bientôt pour des moyens plus commodes, moins compliqués , plus sûrs et mieux disposés pour un effet rapide.
i\lM. Aiarcellin Duval, à Brest, et Jules Roux, à Toulon, inventèrent chacun de leur côté deux instruments d’inhalation.
Le premier fit réunir, à l’aide d’un tube métallique pourvu d’un robinet, deux vessies de moyenne dimension que soutenaient intérieurement ou maintenaient tendues des ressorts spiroïdes. L’éther était versé dans la vessie inférieure sur une éponge préalablement chauffée et placée au centre des spires ; une soupape favorisait à volonté l’entrée de l’air extérieur.
Le second mit simplement à profit le sac à ouvrage des dames d’autrefois en le doublant intérieurement d’une vessie ; des cordons servaient à fermer l’ouverture du sac, tandis quTin orifice latéral formé par un petit conduit en bois permettait soit fentrée de l’air atmos-
— iO —
|)héri(jiic, soit rinliodiielion de nouvelles quantités de liquide anesthésique (1),
lloissard, coulelier de llrest , imagina également un instrument d inhalation à cuvette ; i\I. l{retel,tdiii'urgien de la marine, un autre mode d’administration dont je n’ai pu retrouver la description exacte , mais on revint après quelques expériences aux procédés de M.M. Duval et Houx qui furent employés dans une cinquantaine d’opérations et fournirent les meilleurs résiillats.
Ils avaient tous deux l’avantage de permettre de doser les liquides employés ; do favoriser le mélange do leurs vapeurs avec l’air extérieur ; d’èlre parfaitement transportables ; de laisser libres les ouvertures du nez et de la bouche et de permettre enfin de surveiller les divers symptômes que présentent les yeux et la face pendant l’anesthésie : mais M. Keynaud , alors premier chirurgien en chef à Brest, mit en pratique peu après un moyen plus simple que les premiers , qui ne larda pas à les remplacer, (au moins comme méthode générale,) et qui est enfin devenu réglementaire depuis quelques années à bord des bâtiments de fÉlat.
C’est sous l’influence de fanesthésie produite à l’aide de l’appareil do M. Keynaud qu’ont été pratiquées presque toutes les opérations que nous analyserons bientôt ; nous n’aurons pas de peine à démontrer que cet appareil est réellement préférable aux moyens^ qui ont
(1) Voir pour déplus amples détails sur l’appareil de M. M"> Duval, le texte et la planche A de son atlas géncial d’anatomie descriptive, topographique etc., et de médecine opératoire. Paris .1. C. Baillière 1855.
Pour l’appareil de M. Jules Roux, l’Uriioii médicale, 1847, p. 326 et 345.
éic successivement proposés , tels que le mouchoir, la serviette, lepouge, la compresse roulée. Il est surtout supérieur eu avantages aux cuvettes, llacous et tubes à embouchures métalliques ou autres, simples ou doubles, des appareils Charrière, Cloquet, Lüer, Snow , Duroy, etc., etc.
I.és iustrumeuts proprement dits d’inhalation auront toujours contre eux : leur volume qui devient une véritable gène dans la pratique usuelle, leur prix assez élevé , leur mécanisme plus ou moins compliqué et susceptible de dérangement.
On |)cut reprocher aussi à quelques-uns d’entreux la ditïicile adaptation do leur embouchure cà l’entrée des voies respiratoires , la présence môme de cet embout, pour cei'lains sujets, et la gène extrême qui résulte de la nécessité où l’on place les opérés de respirer exclusivement par la bouche, le nez se trouvant fermé par une pince.
On i)cul même ajouter parmi leurs inconvénients le peu do commodité ou l’embarras de leur maintien près du champ de l’opération et pendant sa durée , mais nous attachons une importance toute particulière au rejet de tout ce qui peut apporter mécaniquement une gène spéciale aux conditions normales de la respiration.
if.
PilOGÉDlî UÉGLEMGNTAIIflî
d’inhalation du CHLOROFOllMK DANS LA MIÎDECINK NAVALE.
1“ Description (lu cornet.
Uien (Je plus simple au contraire fjue l’apiiareil devenu réglementaire dans la marine , ou , pour mieux dire, (|uc le moyen à l’aide duquel s’administrent dans nos hôpitaux les vapeurs anesthésiques.
11 consiste dans un cornet de carton peu é[)ais dont la base est largement ouverte pour embrasser exactement les deux saillies du menton et du nez , de manière à ce que les narines et la bouche occupent sa partie moyenne.
Ce cornet présente à la partie supérieure de sa large circonférence une sorte de bec , destiné à se mouler en quelque sorte sur te sommet et les faces latérales de l’éminence nasale , ce qui rappelle la disposition de l’éprouvette des expériences de chimie.
11 est naturellement conique dans son corps’, tronqué au-dessous de son sommet et pourvu en ce point d’une ouverture terminale d’environ quatre centimètres de diamètre, tandis que sa base, plus large, mesure environ quatorze centimètres dans sa plus grande dimension.
Sa longueur totale est de quatorze centimètres ; sa capacité intérieure est divisée, à neuf centimètres de la grande ouverture, par un diaphragme à surfaces planes, cousu ou collé aux parois internes du carton et percé circulairement à sa partie moyenne dans une étendue
exaclemenl égale à celle de l’orifice du sommet tronqué.
Le pourlour do sa large ouverlurc est garni de mollcloii épais pour rendre plus facile et plus ..immédiale son adaplalion aux surfaces avec lesquelles il doit être en conlacl, et pour s’opposer aussi d’une manière plus cfiicace cà la perte des vapeurs anesthésiques ou tà leur arrivée sur la conjonctive , ce que la disposition du bec supérieur a aussi pour but d’éviter.
Le diaphragme est lui-même formé de deux ou trois rondelles de mollclon épais rendues résistantes par quelques points d’aiguille, et est dcsliné à recevoir l’éther ou le chloroforme qu’on verse sur la surface la plus large (1).
Ce diaphragme remplace à merveille l’éponge simi)le ou creuse, ou la charpie de certains appareils par sa facilité d’absorption pour les liquides et par l’élenduc des surfaces d’évaporation duc à la nature du tissu ; mais
(l) La p'ianclie qui accompagne noire mémoire nous paraît donner une idée sulfisaiitc de la disposition générale du cornet que nous décrivons ici. La coupe que nous avons fait rcprésenlcr a pour but d’on rendre la consirucliou |)liis facile et nous saisissons l'occasion rie celte note |)our remercier M. Ardouin, éludiaul en médecine de l’école de Rochefort, qui a bien voulu nous prêter le secours de son crayon.
Nous ferons, de plus, au sujet du diaphragme une remarque particulière ; on nous avait suggéré, ti litre de facilité d’exécution eide perfectionnement, l’idée de prolonger et de coller le molleton jusqu’à l’ouverture faciale du cornet dont les parois .se trouveraient ainsi tapissées en avant d’une couche susceptible de s'imprégner du liquide anesthésique.
Mais l’imbibilion de proche en proche qui en résulterait est précisément un inconvénient que la disposition indiquée du diaphragme a pour but d’éviter.
Kn fixant les rondelles de molleton seulement au pourtour du carton et dans le lieu qui a été précisé, on a voulu s’opposer spécialement à l’arrivée du liquide au conlacl de la peau de la face et de la partie inférieure du menton.
Le nombre des rondelles rémplit eflicaceraent la même indication en formant éponge, et la distance signalée plus haut est d’ailleurs tout aussi importante à observer pour que la surface où se dégagent les vapeurs chloroformiques ne soit pas trop rapprochée de l’entrée des voies respiratoires, ce
il piôscnle sur clics ravituliigo marque d’imc ouvei lure centrale dont le diamètre a été calculé approximativement au double de celui du canal (pu sert à la respiration
Ses avaiilagcs.
L ensemble de ces dispositions si’ simples et à la fois si ingénieuses remplit exactement toutes les condilions exigées par les divers médecins ou cliirui'giens (pii ont |)ris la parole dans la discussion rappelée plus haut.
Le cornet réunit en effet ;
1“ La simplicité extrême de rapi)areil qui, par un mécanisme rappelant celui des chapeaux gibus, ou par un simple aplatissement latéral, peut être réduit au volume d’un petit, portefeuille.
*2“ l/applieation facile, sans compression ou gêne au ^ pourlour des ouvertures extérieures du nez et de la bouche, qui restent d'ailleurs parfaiterient libres.
3° L’évaporation commode des vapeurs à une distance assurée et convenable de ces ouvertures, de manière à éviter toute suffocation et loutcontacl irritant des liipieurs anesthésiques.
4° L’arrivée prompte de vapeurs constamment mé-
qui gênerait la rêgiilarilc des inspirations cl poiirrait occasionner des accidents.
Bien des appareils simples sont loin de présenter des conditions aussi favorables , en raison de l’écoulement du liquide le long de leurs parois ; cet écoulement est en effet favorisé par la pesanteur, les malades étant ordinairement placés dans la position horizontale !
On nous pardonnera donc d’être entré dans des détails qui pourront paraître minutieux tant il est facile de comprendre leur but; il y avait peut-être quelque utilité à insjsler sur cette considération que la longueur, les dimensions et, en un mol, l’économie générale du cornet n’ont été déterminées qu’après tâtonnements, essais et réflexions, en vue de précautions que l’expérience avait prouvé avantageuses.
langées d’air , condition éminoinmenl favorable pour l’innocuilô de l’élher et du chloi’oforine.
5“ La surveillance aisée (’es sym|)lômes fournis par l’appareil de la vision et spécialement par les pupilles pondant toute la durée des opérations, ce que d’autres |)rocédés ne permettent pas.
6” La suspension facile de l’inhalation, si le but qu’on se propose est atteint, ou si telles circonstances viennent en contr’indiquer la continuation.
T Le cornet est enfin d’une construction lellement élémentaire qu’il suffit d’avoir sous la main une feuille de papier un peu fort et un morceau de drap ou de tissu laineux pour leconfec-tionneren quelquespoinlsd’aiguille. « C’est à tous ces avantages (jue l’appareil que nous venons de décrire doit d’avoir été promptement accepté par les chirurgiens de Brest, qui fout porté en Crimée et dans les stations les plus lointaines.
l\I. le docteur Laforgue a fait connaître, dans sa communication à la Gazette des hôpitaux , avec quel empressement il avait été adopté : soit dans les ambulances françaises, soit par les chirurgiens anglais auxquels il avait été iirésenlé dans une séance de la Société de médecine et de chirurgie de l’armée anglaise, par le docteur Wyalt, du 2*' régiment des gardes de la reine (1).
Nous l’avons propagé , nous-mème , en plusieurs ports de l’Amérique ou des mers du sud et l’expédition de Chine le popularise actuellement dans les contrées les plus reculées.
(1) Gazelle des hOpilaiix, 1857, n» 91, page SOS.
Je dois rappeler de plus que le docteur niocliin, rédacteur eu chef de la (Jazelle des liôpilaux, l’avait signalé et recommandé en 1857, comme l’un des moyens les plus simples et les [)lus el'ficaces proposés jusqu’alors (1),
lU'glcs générales des inhalations
Mais'; quelle que soit l’excellence de l’appareil, nous croyons devoir rattacher, pour une bonne part, l’absence complète d’insuccès sur laquelle nous avons insisté en commençant ce travail, aux règles d’administration qui ont été de tout temps observées dans la pratique de nos hôpitaux. Kllesont trait, non seulement à l’état de jeûne des opérés et à ta position horizontale qui est constamment prescrite, mais encore et principalement au dosage exact des liquides anesthésiques et à leur pureté.
L’importance de ces règles ressortira surtout de l’étude des faits qui servent de base à notre mémoire, mais nous ne pouvons cependant nous dispenser d’énoncer , dès ce moment, notre opinion au sujet des deux dernières dont l’utilité, longuement débattue, a été et est encore très contestée.
Nous avons été toujours surpris, avec bon nombre de chirurgiens, de voir refuser de doser des agents aussi puissants , aussi terribles (comme on l’a dit), que l’éther et le chloroforme, quand on apporte la plus scrupuleuse attention à ne pas dépasser certaines limites , trop restreintes souvent, dans l’administration d’une foule de médicaments certainement moins actifs.
(1) Gazetle dcs hOpUaux, 1857, n“ 93, page 37o.
Nous monlrerons bienlôt comment les opérations les plus longues et tes plus diverses n’ont exigé presque uniformément qu’une quantité de 10 grammes de chloroforme , quelquefois portée à 15 grammes - et très exceptionnellement au-delà chez un adulte (5 et 10 grammes pour des enfants et des femmes); et l’exposé de faits nombreux et précis ne pourra laisser , je l’espère, aucun doute sur ce point.
(juant à la pureté de l’agent employé , c’est encore, à nos yeux, une règle tellement fondamentale de toute médecine ou chirurgie qu’on comprend à peine qu’elle ait pu être attaquée à une époque aussi positiviste que la nôtre.
La première condition de tout traitement, et d’une manière plus générale encore, de toute recherche scientifique est en effet et avartt tout de savoir ce (ju’on fait.
PLAN Dü MÉMOIRE.
Les observations qui servent de base à notre travail sont au nombre de 296 ; 24 relatives à l’administration de l’éther cl 272 à celle du chloroforme ; 174 de ces dernières ont été rassemblées dans la salle de clinique chirurgicale de l’hôpital marildne de Rrest et 98 dans le même service à Toulon.
La date la plus ancienne des premières remonte au 20 mai 1847; celle des secondes au 2 décembre de la même année, et toutes ont été recueillies avec le plus
griind soin, f;ràccsüiis juiciiii doiile à la bonne direction (ini avait présidé dés ledt*biit à leur rédaclion (I).
TAniJîAlI DlîS OPÉKATIONS
PRATIQCKKS SOUS l’iNFLUENCK DES ANESTHÉSIQUES.
Les opérations dans lesquelles on a eu recours ’à lelher ou au chloroforme appartiennent cà jiresque toutes les sections du cadre nosologique.
1“ Les amputations y figurent en première ligne , au nombre de fiO (2) :
14 pour la cuisse,
9 pour la jandie ,
10 pour le bras,
1 pour l’avant-bras,
2 libio-larsienues,
1 partielle du [tied,
1 partielle, de la main (ablation do 4 doigts),
2 rnélalarso-plialangionnes ,
2 d’orteils,
18 de phalanges dans la continuité on la coiUiguité Total... 60
(1) M. Ange Diival , alors chef de clinique chiringicaie et acluellenierit chirurgien en chef au port de HresI, avait lui-même inscrit les premières observations sur le registre qui les renferme et celles qui ont été écrites depuis ont toujoifrs été confiées aux soins des chefs de clinique ou des prévôts de chirurgie de Brest et de Toulon.
(■2) 23 à Toulon et 31 à Brest dont 6 après éthérisation (*l de cuisse, 1 de ambe ; 1 d’orteils , et 3 de phalanges).
T Lfts résections ne comptent que trois cas empruntés
à la clinique de Toulon.
1 de rhuinérus dans un cas de fracture non
'consolidée,
2 de fémur pour conicité du moignon et saillie de
l’os à la suite de pourriture d’hôpital.
Total... 3 pratiquées sous l’action du chloroforme.
3° Les réductions de luxations sont plus nombreuses
et s’élèvent au chiffre de 27 (1) :
2 de l’articulation coxo-fémorale,
17 de l’articulation scapulo-humérale,
(j de l’articulation huméro-cubitale, i de l’articulation radio-carpienne,
1 de phalanges.
Total... ^
El je dois noter en passant que 6 luxations scapulohumérales et 2 luxations huméro-cubilales, étaient anciennes et dataient les unes de plus de 15 jours, d’autres de plus d’un mois (2).
4° L’anesthésie a également servi à la réduction et à la coaptation de 7 fractures, observées à Brest.
2 du col du fémur,
2 de l’extrémité inférieure du même os,
1 du col huméral,
2 de jambe (3).
Total... T'
(1) 12 à Toulon, et 15 à Brest dont 2 à l’aide de l’élher (épaule et phalanges) .
(2) J’ai réduit, de concert avec mon ami le docteur Churchill, à Guayaquil (Equateur), une luxation scapulo-humérale datant de dix mois, après plusieurs séances de chloroformisation où le cornet avait été employé. — Le sujet était un athlétique matelot américain .
(5) 1 à l’aide de l’élher.
5“ On y a eu reeeurs pour pratiquer 3 conlr’ouverlures et exlraclions de balles à la suite de plaies d’armes à leu, et surtout
6“ Dans les cas de cautérisation qui montent à 74 ; 24 dans lesquels de 6 à 15 raies de l'eu ont été tracées à la surface de tumeurs blanches et 50 où l’on s’est borné à des cautérisations ponctuées simples ou multiples employées dans le traitement de :
8 bubons,
1 adénite axillaire,
0 chancres,
11 ulcères,
14 atbrites,
2 névralgies,
6 caries,
1 fistule anale,
1 chute du rectum.
Total... 50
7° Pour les maladies 'diverses des organes génito-urinaires ou de l’ouverture anale, nous avons trouvé dans notre analyse 52 opérations (1):
1 de phimosis,
5 de paraphimosis,
13 de circoncision,
3 de cathétérisme et d’exploration de la vessie ,
1 de cautérisation pour rétrécissement du canal de l’urèthre,
A reporter 23
(1) il ont été recueillies à Toulon et 38 à Brest; 5 après l’emploi de l’éther (2 castrations, 2 fistules anales, i incision pour abcès urineux).
Report 23
3 de caslralion,
1 d’hydrocèle,
1 d’hydrosarcocèle,
1 d’ablalion de testicule cancéreux ,
4 d’excision de végétations sur la surface du
gland ou à la marge de l’anus,
18 de fistule anale,
1 d’incision pour abcès urineux.
Total... 52
8" J’ai compté 8 opérations de hernies (1) :
7 où le taxis aidé des anesthésiques a réussi ,
1 où l’opération de la herniotomie a été pratiquée
à Brest.
Total.. T'
9" 4 tailles ont été faites sous rinfluence du chloroforme à Toulon :
2 médio-latéralisées,
1 médiane,
1 par le procédé de la boutom:ière.
Total... 4
10'" On a enlevé 16 tumeurs (2) :
3 cancers,
3 squirrhes,
5 kystes divers,
1 ganglion,
4 lipomes.
Total.... 16
(1) 5 à Brest, 3 à Toulon, (chloroforme.)
(2) 3 à Toulon, 15 à Brest, dont 1 avec l’éther (cancer).
11“ Parmi 23 opérations de nature variable nous avons noté :
12 extradions d’ongles et cautérisations d’onyxis,
1 suture du tendon d’Achille divisé par une tierminette,
4 débridements d’ulcères calleux ,
1 destruction d’adhérences cutanées étendues,
2 applications de séton à la nuque (éther),
1 massage d’entorse,
1 ligature de la crurale pour anévrysme traumatique faux consécutif,
1 cautérisation pour aphonie.
Total.... 23 (1)
12° Dans 11 cas enfin (2) on a cherché à obtenir une résolution de
2 ankylosés incomplètes,
2 tétanos,
7 contractures permanentes de muscles de la jambe ou du coude dont 3 simulées (3).
Total.... 11
Les anesthésiques sont appelés à des services tout spéciaux à la médecine militaire dans quelques-unes de ces dernières affections exploitées par des soldats ou des marins, dans le but de se soustraire à l’obligation du service de l’armée ou de la flotte.
(1) 8 à Toulon, 15à Brest, dont 3 après éthérisation (2 sétons, 1 aphonie).
(2) 6 à Toulon, S à Brest (1 à l’aide de l’éllier, contracture des muscles de la jambe).
(3) 1 il Brest, 2 à Toulon.
En résumé noire analyse va porter sur :
60 amputations,
3 résections,
27 réductions de luxations.
7 coaptations de fractures,
3 extractions de balles par contr’ ouvertures,