CHAPITRE PREMIER
Le chlorure de magnésium simple, non associé, est un médicament peu connu en dehors de son action purgative. Cette dernière action a été étudiée à diverses reprises.
Lebert en 1843 publie,dans les Archives générales de médecine, un mémoire sur les propriétés médicales du chlorure de magnésium.
Cet auteur a fait des recherches sur ce qui a été écrit ou dit sur le chlorure de magnésium. Il n’a trouvé que deux mentions du chlorure de magnésium comme agent thérapeutique et encore une de ces mentions est douteuse.
La première est de Sinclair dans son ouvrage sur Les principes de l'hygiène, traduction de L. Odier, p. 338 : « J'ai fréquemment, dit Sainclair, vu une eau de mer factice préparée avec le muriate de magnésie et de potasse, réussir fort bien non pour le scorbut, maladie infiniment rare dans ce pays, mais pour quelques symptômes de dyspepsie qui avaient résisté à d’autres stomachiques. »
La deuxième mention qui est faite de la bonne action du MgCP sur l'appareil digestif se rapporte à Home.
Perrey dans une lettre à Lebert dit : « Dans son cours de matière médicale,que j'ai suivi à Edimbourg,dans l'hiver de 1821 à 1822,le D' Home, professeur à la Faculté d’Edimbourg,nous a recommandé le muriate de magnésie dans la dyspepsie et Les maladies d'estomac. Il le regarde comme purgatif, ayant par
son amertume quelques propriétés des amers et celles d’agir
en même temps sur les sécrétions intestinales. Il ajoutait que quelques eaux minérales ne doivent leurs propriétés qu'à sa présence. »
Lebert conclut de ses observations sur So malades que le chlorure de magnésium administré à dose de 16 à 32 grammes est un purgatif doux, d'un effet assez sûr, qui agit sans produire de coliques. Il note de plus que le chlorure de magnésium améliore l'appétit et stimule les sécrétions intestinales et biliaires. L'auteur annonce un prochain mémoire sur les indications thérapeutiques de chlorure de magnésium, mémoire qui ne parut pas, à notre connaissance.
Jusqu'en 1871, les auteurs qui parlent du chlorure de magnésium : Réveil dans son Formulaire raisonné des médicaments nouveaux (Paris, 1864), Malaguti dans son article « Magnésie » du Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales, se contentent de citer Lebert.
En 1871, Rabuteau publie dans l'Union médicale des « Recherches sur divers sels du genre chlorure » où il parle des effets purgatifs du chlorure de magnésium.
Mais c’est en 1879 que le chlorure de magnésium a le plus attiré l'attention des médecins et des physiologistes,
C'est en effet en 1879 que Rabuteau fait à la Société de biologie une nouvelle communication sur les effets du chlorure de magnésium, à
Elie Aguilhon communique à la même Société «ses expériences physiologiques sur les eaux minérales de Chatel- Guyon (P.-de-D.) pour la détermination de leurs principes actifs » el ses expériences sur le chlorure de magnésium à haute dose.
Laborde reprend les travaux d'Aguilhon et expérimente
sur le chien le chlorure de magnésium. Les expériences de l'éminent physiologiste, communiquées à la Sociélé de biologie sous le titre d’« Etude sur l’action physiologique du chlorure de magnésium », ont démontré la puissance d'action du chlorure de magnésium sur la fibre musculaire lisse en général et de l'intestin en particulier, ainsi que sur la fibre cardiaque.
Ces expériences sont la base de nos connaissances physiologiques actuelles sur la chlorure de magnésium.
La discussion de la communication de Laborde amène P. Bert à parler de travaux qu'il a entrepris sur la toxicité du chlorure de magnésium chez les poissons.
En 1879 encore, Laffargue soutient une thèse intitulée : De l'aclion des sels de magnésie sur la circulation : recherches expérimentales où sont citées d’intéressantes expériences faites avec le chlorure de magnésium sur le lapin et le chien. |
En 1880, Voury communique à la Sociélé de biologie des « Recherches expérimentales sur l’action de l’eau de Châtel- Guyon », par lesquelles il montre que le principe le plus actif de ces eaux semble être le chlorure de magnésium.
En 1888, Raybaud, dans une thèse de pharmacie sur Le magnésium el ses sels employés en pharmacie parle surtout du chlorure de magnésie contenu dans les eaux chlorurées sodiques.
A partir de cette date, on ne note plus de publication importante sur le chlorure de magnésium simple.
Cherchons maintenant ce qu'il est dit dans les traités classiques sur le chlorure de magnésium. Fonssagrive, dans son 7Trailé de thérapeutique, 1878, t. Il, p. 480, écrit: « Les
chlorures de magnésium et de sodium constituent seuls le groupe des purgatifs salés. Ces purgatifs sont plus énergiques que les purgatifs salins : ils ont de plus une action irritante, agissent vivement sur la sensibilité et la motilité de l'intestin, produisent des coliques, du spasme de l'anus et se rapprochent sous ce rapport des drastiques, principalement du séné. »
En dehors de cette description sommaire de Fonssagrive, de quelques lignes de Gubler dans ses Leçons de thérapeutique de 1877, nous ne trouvons presque rien dans les traités classiques. Nous trouvons même dans le Précis de thérapeutique de M. Vaquez, p. 105 : « Le chlorure de magnésium, qu'on trouve à l’état naturel dans l’eau de mer et certaines eaux minérales, n’est pas employé isolément. » C'est dire combien peu usité est ce médicament.
Enfin dans les différents formulaires, par exemple dans le Formulaire pralique de thérapeutique el de pharmacologie, de MM. Gilbert et Yvon ou dans celui de MM. Lyon et Loiseau, nous trouvons le chlorure de magnésium indiqué comme purgatif aux doses indiquées par Rabuteau, c’est-àdire de 10 à 30 grammes.
Par contre l'étude du chlorure de magnésium associé, en particulier dans l'eau de mer et dans les eaux minérales chlorurées sodiques el magnésiennes, dont l’eau de Chältel- Guyon est le type le plus parfait à notre connaissance, a donné lieu à un grand nombre de recherches. En dehors des travaux expérimentaux que nous avons cités auxquels il faut ajouter les expériences de MM. Lœper et Esmonet communiquées par M.Esmonel à la Sociélé de médecine et de chirur-
gie pralique, en 1905, une foule de travaux cliniques ont
été publiés principalement par les médecins de Châlel-Guyon en France, de Monte-Calini en lialie, de Kissingen, Hombourg, en Allemagne. Nous citerons dans le cours de ce travail, ou dans notre bibliographie, les principaux de ces travaux que nous avons consultés.
Comme on le voit par ce court aperçu historique, l’action purgative du chlorure de magnésium simple administré à Jorte dose à pour ainsi dire seule été étudiée sur l’homme. Les études des différents auteurs sont muettes sur l’action physiologique et thérapeutique de ce médicament administré seul à faibles doses chez l'homme.
Il est surprenant a priori que la vogue des différentes eaux minéralesrenfermant du chlorure de magnésium à petite dose n'ait pas conduit à cette étude.
Si l’on veut tenir compte des énormes écarts de doses réclamés pour l'emploi raisonné du chlorure de magnésium, on comprendra qu'il était bien difficile à un médecin observant sur des malades, ‘d'arriver à les fixer. Beaucoup d’autres avant nous ont dû aborder le sujet et être rebutés par la contradiction apparente et déconcertante des résultats observés avec les mêmes doses. C’est peut-être le cas de Lebert qui, après avoir annoncé dans son mémoire de 1843 un nouveau travail sur l'emploi du chlorure de magnésium en thérapeutique, ne l’a, à notre connaissance, jamais publié.
Il nous a fallu la rencontre de bien des circonstances : un médecin assez malade pour être condamné au repos, point assez malade pour ne pouvoir penser et observer utilement, unissant au goût de la recherche une longue habitude de
l'observation clinique et scientifique, ne craignant pas d’ex-
périmenter sur lui-même, un peu enclin à rechercher le vrai jusque dans l’invraisemblable.
Ces conditions réunies dans l'observation du D’ C. expliquent l’insuccès ou le découragement de ses devanciers et la pauvreté de la littérature étudiant Le chlorure de magnésium simple, administré chez l'homme à faibles doses. |
Même après cette étude, beaucoup de médecins hésiteront à en admettre les conclusions. « C'est le sort de l'exception d’être méconnue avant d'être admise comme confirmant la règle. » Or la posologie du chlorure de magnésium constitue une exception à la posologie des sels alcalins employés en médecine : les doses utiles de chlorure de inagnésium variant de o gr. 05 à 4o grammes, presque de 1 à 1.000. Aucun autre médicament analogue, à notre connaissance, ne se présente avec une échelle de dose aussi étendue. Le bromure de potassium, l’iodure de potassium, le salicylate de soude se prescrivent de o gr. 25 à 6 à 10 grammes, avec un écart de 1 à ho entre les doses extrêmes. Seule l'échelle des doses du chlorure de magnésium compte près de 1.000 échelons, au lieu des 40 de l'échelle à laquelle nous sommes accoutumés.
IL y a loin de cette façon d'envisager le chlorure de magnésium à celle des auteurs qui, l'ayant étudié comme purgatif, le plaçaient à côté des purgatifs salins dont l'échelle dosimétrique compte à peine 10 échelons. Par contre, notre façon de voir est fortifiée par les données de P. Bert et de Laffargue, qui ont montré par leurs expériences la grande différence de toxicité du sulfate et du chlorure de magnésium chez les animaux : la dose mortelle de sulfate de magnésie injecté dans les veines étant de 1/200 du poids de l'animal tandis
que celle de chlorure de magnésium est de 1/2.000.