PRÉFACE
ÏNosquoque oculos eruditos liabeinus.
(Cic, Paracl., v.)
Uu des progrès les plus caractéristiques de l'art médical à notre époque consiste dans la recherche de tous les procédés d'exploration directe des organes, dans l'étude attentive des affections locales à l'aide de ces procédés, et dans les emprunts faits aux sciences physiques, auxquelles on ne demande plus de vaines théories, mais l'application de leurs procédés exacts et les moyens de se procurer des instruments qui étendent et perfectionnent l'action de nos organes. La percussion, érigée en méthode par Avenbrugger, popularisée par Corvisart, semble raar-
quer l'entrée de la médecine dans cette voie. On sait quelle extension cette méthode a prise aujourd'hui ; mais elle en était encore à son début, lorsque l'auscultation fut découverte et vint, à peine inventée, faire une révolution dans l'art de guérir. Laennec, qui serait un des maîtres de la science, .sans tenir compte de l'invention qui a immortalisé .son nom, eut celte gloire, unique peut-être,
Vlll l'RÉFACK.
de créer à lui seul toule une branche de l'arl (juc ilc nombreux et savants médecins, à force de travaux, n'ont pu qu'étendre et perfectionner après lui.
Dans le môme temps, Récamier, reprenant le spéculum, oublié dans l'arsenal de la chirurgie, en fit son invention plutôt par les applications qu'il sut lui découvrir qu'en lui donnant une forme plus simple et plus commode. Les collaborateurs ne lui manquèrent pas pour compléter son œuvre : au premier rang, je puis nommer mon père, le professeur Desormeaux, qui trouvait dans cet instrument un moyen d'étendre encore la connaisance profonde qu'il avait de cette partie de la médecine. Plus tard, M. Ricord, appliquant le spéculum à l'objet spécial de ses études, s'en servit pour établir un point de doctrine fondamental ; dans un mémoire lu à l'Académie de médecine (1), il montra la possibilité de découvrir, jusque sur le col utérin, l'ulcération caractéristique de la syphilis, qu'il sépara définitivement de la blennorrhagie. A la même époque, M. Mêlier, modifiant l'instrument pour l'adapter aux diverses indications qu'il peut remplir, s'en servit pour enrichir la thérapeutique de nouveaux moyens de traitement dans les affections diverses de l'utérus (2).
(1) Ricord, Mémoire sur quelques faits observés à l'hôpital des vénériens. (Mémoires de l'Académie royale (le médecine, Paris, 1832, lome II, p, 1 59 et suiv.).
(2) Mêlier, Considérations pratiques sur le traitement des vialadies de la matrice, modi(icalions au spéculum utérin, {Mémoires de l'Académie rotjale de médecine. Paris, 1833, tome IH, p. 330.)
PRIÎFACE. IX
Celait beaucoup, sans doute, que d'ouvrir daus les organes inlérieurs un libre accès à la lumière; mais ce n'était pas assez : il y a des parties qui, par leur disposition, ne se prêtent pas à un mode d'exploration aussi simple; on ne peut les découvrir à la vue qu'en forçant, pour ainsi dire, la lumière à y pénétrer au moyen d'instruments empruntés à la physique. Pour l'œil, on inventa les ophthalmoscopes, les laryngoscopes pour la partie supérieure des voies aériennes, et, pour toutes les cavités dont l'ouverture trop étroite n'admet pas le spéculum, je proposai Vendoscope. Le premier résultat que j'en tirai fut de séparer la blennorrhagie des autres écoulements uréthraux, et si M. Ricord veut bien jeter les yeux sur ces leçons, il reconnaîtra, j'espère, que Vendoscope a donné ce qu'il demandait, dans ses lettres, à Vuréi/iroscope de son ancien élève (1),
Lorsqu'en 1862 je deviuschirurgien de l'hôpital Necker, j'y trouvai de nombreuses occasions de continuer mes recherches, et Vendoscope, jusqu'alors à l'état d'essai, devenu enfin un instrument pratique de diagnostic et de traitement, fut, l'année suivante, le sujet de plusieurs articles dans les journaux de médecine (2).
(1) Iticord, Lettres sur la syphilis. Paris| 4 863, 3"^^ ôdiliou, p. MO.
(2) Voir Gazelle des hôpitaux, Journal des connaissances médicales pratiques, Journal de médecine et de chirurijie pratiques, Journal of praclical medicine uiul chirunjic (Mardi 1 863), Deutsche Klinik (8 aug. 1863).