M” L'ENSEIGNEMENT ANTIALCOOLIQUE
PARLE RP. HUGOLIN, «©. r.
MONTREAIT, 1909,
DE
PARLE R, P, HUGOLIN, o, Fr. M.
MONTREAT
Rapport sur l'Enseignement antialcoolique
PAR LE R, P, HUGoLIX, 0, F, M,
au premier Congrès de lempérance de Montréal, Partie ouest, tenu à Ville-Saint-Pierre,
le 25 octobre 1900.
Ce rapport a pour objet l'enseignement antialcoolique à l'éco':. Ce n'est pas un programme que je présente; je désire plutôt rappeler l'importance de cet enseignement et dire l'initiative prise en d'autres pays en cette matière. Ensuite, faire connaître sorimairement la législation scolaire de tempérance dans les différences provinces du Canada, et m'attarder plus lcnguement à la législation de notre province, Enfin, rechercher dans quelie mesure l’enseignement antialcoolique est actuellement donné dans nos écoles, et esquisser ce qui me paraît être le développement possible et souhaitable de cet enseignement dans l'avenir,
Est-il besoin d'insister sur le rôle de premier ordre que peut tenir l’école dans la lutte antialcoolique? Pour en douter, il faudrait méconnaître tout à la fois et l'importance de l'‘ducation en général, selon le mot de Leibnitz : ‘’Donnez-moi l'éducation en main, et je changerai l’as-
pe-t du monde,” :: la nécessité de formir une génération sobre, prémunie contre les séductions de l’alcoo!, et aguerrie pour les futurs combats contre cet ennemi de notre race — importance et nécessité trop évidentes pour que je sois tenté de les appuyer de raisonnements. Aussi bien, surprendraïi-Je quelques-uns en disant qu’au sein même de
certains congrès antialcooliques comme celui-ci, inais de Portée mondiale, comme le Vie Congrès international contre l'abus des boissons alcooliques tenu à Paris en 1899, ON 4 prétendu amoindrir le rôle de l'école et mettre en doute l'importance de l'enseignement antialcoolique, Je
me hâte d'ajouter, Pour he pas me donner l'air de chercher
le paradoxe, que l'efficacité de l'enseignement spécial seule à été contestée, et encore était-ce avec des palliatifs tels que vraiment l'auteur de cette opinion risquée se trouve à plaider en somme en faveur de l'école, Je cite:
“‘IPest inutile de vous démontrer que l'instruction, méme l'instruction éducatrice, est très surfaite, Bien que convaincu, moi aussi, que nous autres instituteurs nous Pouvons avoir une : rande influence sur les générations futures—pourvu que nous donnions notre cœur à nos élèves et les regardions et traitions comme nos enfants, — je ne suis pas assez naïf Pour m'imaginer être plus puis- Sant à la fois que l'hérédité et Je milieu. L'influence de l'éducation est-elie si grande sur les enfants de dégénérés que par elle l'action de la dégénération s'arrête 2 Voici une question à laquelle je n'oserais Pas répondre affirmativement. Une nutrition et un habillement insuffisants, une mauvaise demeure, un traitement sans amour, ce qui est souvent le sort des enfants des prolétaires, et tant d'autres tristes circonstances ont un effet démoralisant et corfupteur sur le caractère de nos élèves. Si nous autres instituteurs nous étions en état de neutraliser ces effets démoralisants, — ce serait superbe, pour l'enfant, pour la société et... pour notre Propre vanité, mais j'ai grand'peur qu'il n'en soit pas ainsi!
“Et c'est justement ce doute qui me fait voir tout de suite un grand danger en un parti qui attend tout ou presque tout de l'éducation à l'école, aussi dans notre lutte contre l'alcoolisme, Les hommes de ce groupe diront donc (et ils le disent !) : Si nous avons l'enfant, à nous l'a-
venir; pour cela groupons partout les enfants ‘en ligues eten sociétés, afin que nous les ayons tout à fait sous n
influence, — Et l'on croit qu'alors l'affaire est en règle et que hors de là rien ne peut plus être fait pour la propagation de la cause de la tempérance, C'était la crainte de ce
danger-là qui me poussait à écrire déjà dans mon rapport pour le Congrès de Bruxelles en 1897: Que, pour cette raison, on ne dise pas toujours : l'école, l'école ! mais qu'on commence par être abstinent soi-même et par gagner son voisin où son ami pour la cause, afin que le travail des instituteurs soit vraiment prospère, —
“Si nous nous efforçons sérieusement de chercher vraiment pour l'enfant ce qu'il y a de meilleur, il nous faut intervenir partout où se font sentir des influences nuisibles à l'enfant dans son corps et dans son âme ct qui, peut-être, le corrompent jusqu'au fond pour toute sa vie — et pour beaucoup de vies après lui encore, Agissons aussi sur les parents, afin que l'atmosphère dans laquelle l'enfant respire chez lui soit aussi pure que possible. Et n'hésitons pas non p'13 à collaborer, de tout notre cœur et avec dévouement, :. ut ce qui peut faire de ces parents de véritables éducateurs." (1)
D'où il ressort seulement que l'enseignement sans la conviction et l'exemple des instituteurs et des institutriçes serait un non-sens, et que l'enseignement, même soutenu des sincères convictions et des parfaits « xemples de ceux-là, ne suffirait pas à lui seul à nous justifier d'attendre tout ni même beaucoup de l'école, si le: parents et l'entourage des enfants ne concourent à cette éducation à tout le moins en ne lui nuisant pas, et si les citoyens ne coopèrent de leur côté à la formation antialcoolique de l'enfance en aidant à son développement moral.
(1) Rapport de M. Van der Woude sur les Sociétés ae tempérance scolaires et post-scolaires.
Er,
Et l'auteur du rapport cité ne veut pas que l'on donne une autre portée à ses paroles, ni qu'on le juge opposé en
principe à l'action scolaire antialcoolique, [1 nous en pré-
vient :
“‘Conclure de tout ce qui précède que je suis d'avis que provisoirement il faut renoncer à faire de la propagande parmi les enfants, serait tout à fait contraire à mon intention: mon travail à l'école et mes efforts pour persuader à mes collègues de donner à leurs enfants l'exemple de l’abstinence sont là pour démentir une pareille conclusion.* Avertir du danger qu'il y a à surfaire notre influence sur les enfants, voilà le but de cette introduction.
‘‘Assurément, à côté de la propagande pour les adultes il faut pour les enfants un avertissement sur le danger menaçant, il faut l’enseignement qui fait connaître l'ennemi, et surtout l'exemple de l’instituteur, qui seul peut donner force et chaleur à ses paroles et animer l'enfant à faire de même. Si ces deux pouvoirs, école et famille, collaborent, il y aura sans doute plus de chance pour que la génération future grandisse meilleure que la génération actuelle..."
Oui, l'idéal serait que l'école et la famille collaborent à la formation antialcoolique de l'enfance. Hélas! il n'en va pas toujours de la sorte, d’où les avertissements de M. Van der Woude. Et c'est sans doute par des préoccupations de même ordre sur l'influence pernicieuse extra-scolaire que doit s'expliquer le fait suivant.
Lors de l'enquête royale instituée en 1802 sur le Trafic des liqueurs au Canada, 300 circulaires furent adressées par les commissaires enquêteurs à tous les juges ct magistrats du Dominion, personnages sans doute très éclairés. Ces circulaires portaient une série de questions, parmi lesquelles celle-ci qui nous intéresse directement: “Dans votre opinion, la diffusion plus générale de faits et d'informations parmi toutes- les classes, par les écoles, les
établissements d'éducation et autres médiums, concernant les effets de l'intempérance, serait-elle un moyen plus approprié qu'une loi prohibitive ou que l'option locale pour assurer de bons résultats et d’un caractèi® permanent ?”(1)
Il v eut 161 réponses, dont 79 affirmatives, 46 négatives
, 36 imprécises.
Ce qui m'étonne, ce ne sont pas les 79 réponses favorables à l'enseignement antialcoolique, ce sont les 46 qui lui préfèrent la prohibition ou même l'option locale, et les 36 qui ne savent que choisir,
: Certes, enlever la boisson à un buveur est plus radical que de l’amener à y renoncer en formant ses convictions. Reste à savoir si le moyen est aussi efficace. Pour ma part, je ne le crois pas. Mais je ne veux pas m'égarer ici dans une thèse anti-prohibitive, Au reste, on peut croire que les 46 juges dissidents avaient plus en vue les adultes que les enfants dans leur préférence donnée à la prohibition, et que si on leur eût ainsi posé la question : “Croyez-vous à l'efficacité de l'éducation antialcoolique ?”’ sur 161 réponses il y eût eu 161 oui.
Et c'est bien le sentiment unanime des éducateurs ct des tempéranciers militants. Pourrait-il ÿ avoir deux opinions sur un tel sujet ? Les divergences de vues ne peuvent
xister que sur la nature de l’enseignement antiaicoolique et sur la part qu'il lui faut tailler au programme des études : question importante et toute pratique à laquelle j'arriverai tout à l'heure.
“Te Au reste, l'enseignement antialcoolique a été l’un des principaux objectifs des Sociétés de tempérance en Europe et aux Etats-Unis, et là et dans la mesure où les Gouver-
(1) Report of the Royal Commission, 1895, p. 56.
nements ont compris le bien fondé de le en décrétant cet enseignem indiscutable de la tyrannie de l'alcool.
En Europe plusieurs , contrées, trois notamment : Ja France, Ja Belgique et Ja Norvège, ont inscrit | rance au programme des études. -
D'abord la France, En 1896, sur la Proposition de M. Buisson, le Ministre de l'Instruction Publique, M, Poin- Carré, constitua une Commission chargée d'étudier un pro- &ramme d'enseignement antialcoolique, rapport de cette Comm circulaire ministérie alcoolique français,
si ardemment désiré.
“J'ai pensé, écrit Je Ministr
versité de donner l'exemple.
ressée
À Ja suite du ission parut, le 9 mars 1897, une lle, restée célèbre dans le monde anti- Puisqu’elle inaugurait l'enseignement
e, qu’il appartenait à l'Uni- Elle y est d'autant plus intéque son œuvre serait stérile si, après tant de généreux efforts pour former les. intelligences et les âmes des enfants, l'alcoolisme Pouvait compromettre chez eux avec la vie physique, la vie intellectuelle et morale. Il importe de leur Signaler de bonne heure le danger, de leur inspirer la crainte et Je dégoût de l'alcoolisme, de leur en faire comprendre toutes les conséquences, Les Professeurs et les instituteurs S’acquitteront de ce rôle avec la conscience de faire œuvre de bien public. Je leur recommande de donner ces notions sous la forme la plus simple, la plus familière, et, par suite, la plus pénétrante; de faire appel à la réflexion des enfants, en un mot, de convaincre encore plus que d'enseigner. En dehors du Programme, en dehors des heures de classe, je leur serai reconnaissant de tout ce qu'ils pourront faire Pour que leurs leçons et leurs
conseils soient suivis de résultats : conférences aux adultes, Sociétés de tempérance, etc.”
üurs réclamations ent, le pays se libère de façon
a tempé=
Par cette circulaire les professeurs de l'Université et de l'Enseignement secondaire étaient invités à s'associer à cette œuvre, Particulièrement en donnant des conférences AUX étudiants,
Cette circulaire était accompagnée de Programmes, les uns destinés aux Lycées et aux Collèges, les autres aux Ecoles normales et aux Ecoles primaires. Le programme des Ecoles Primaires intéresse plus directement Je sujet que je traite. M. Bayet, représentant le Ministre de l'Instruction Publique de France au Vile Congrès international déjà cité, nous édifie sur la nature-et la portée de CE programme. “En ce qui concerne l'Enseignement primaire, dit-il, ce qu’il y a de plus remarquable, c'est qu'on se garde bien d'ajouter tout simplement aux Programmes antérieurs cinq ou six leçons sur l'alcoolisme plaquées au hasard; on veut que l’enseignement antialcoelique s'insinue dans toutes les études, qu'il soit dorné sous toutes les formes, qu'il figure à l’enseignement des sciences physiques et naturelles, mais en même temps à l’enseignement de la morale, qu’il reparaisse dans le choix des dictées, des lectures et même des problèmes, qu’en un mot, par tous les moyens possibles l'attention de l'enfant soit sans cesse mise en éveil sur les dangers de l'alcoolisme”?
Et la volonté du Ministre fut écoutée, et les programmes
mis en pratique. M. Bayet le constate avec bonheur, deux ans plus tard:
“Le Ministre avait indiqué que, dès l’année suivante, il tenait à ce que les Inspecteurs d'Académie, par des rap- Ports précis, le missent au Courant de ce qui avait été fait ét, S'il y avait lieu, des résultats qu'ils
auraient déjà pu obtenir,
“Ces rapports ont été dépouillés au Ministère de l'Instruction publique, et un inspecteur d'Académie, M, Pel-
lisson, en a fait l’objet d’une étude d’ens mble, qui a paru dans le numéro de janvier de la Revue | édagogique. Je
leesienaniiqenseneominqsss
ne puis pas songer à analyser ici cet article qui entre dans beaucoup de détails. Je ne signalerai que quelques points.
“Ce qui frappe tout d'abord, c'est que la circulaire et le programme ministériels ont trouvé un terrain bien préparé; que, dans bien des endroits déjà, les instituteurs qui ont à donner l'éducation civique avaient compris que l’enseignement antialcoolique en était une partie intégrante, bien qu'il ne fig 1rât pas au programme. Mais la circulaire ministérielle est venue fortifier leur courage et en méme temps encourager leurs efforts.
“Ce qui frappe ensuite dans cet article, c’est que ni les professeurs des ‘îcoles normales, ni les instituteurs ne se sont contentés d'appliquer docilement les programmes
qui leur étaient envoyés; ils les ont médités et ils ont
cherché, selon les régions, selon le caractère des populations, le meilleur moyen de les adapter soit aux élèves, soit aux auditeurs dans les conférences complémentaires de l'Ecole.”
Et ce zèle des instituteurs fut-il récompensé par quelque résultat consolant? Certes oui, et un an à peine après l'application du programme antialcoolique, l’enseignement scolaire portait déjà des fruits, Ecoutons encore M. Bayet, dans le rapport cité:
“En résumé, il est bien évident que ce n’est pas après une première campagne, une campagne d’un an, qu'on peut chanter victoire; mais cependant certains faits méritent déjà d'être signalés, —- On m'assure, dit l'Inspecteur d'Académie de la Charente, que dans diverses localités les cabaretiers ont vu diminuer leur chiffre d’affaires, et même que quelques-uns ont dû fermer boutique, — Dans une localité du Rhône, un instituteur affirme que depuis l'organisation des Conférences, la consommation de l’alcool à sensiblement diminué. Et enfin, c'est le témoignage le plus curieux, dans le Puy-de-Dôme, tout récem-
ment, un Inspecteur primaire entendait un voyageur en spiritueux dire :
—Les commissions se font rares, les maîtres d'école, oui, les maîtres d'école font depuis quelque temps une campagne qui ne laisse pas que d'être inquiétante pour nous.”
Depuis dix ans sans aucun doute les résultats de l'enseignement antialcoolique en France se sont fait de plus en plus sentir, car le Ministère de l’Instruction publique n'a cessé de pousser à cet-enseignement, d'en renforcer le programme et d'en sanctionner l'exécution. C'est ainsi que le 12 novembre 1900, le Ministre adresse aux instituteurs ét aux institutrices une nouvelle circulaire, dans laquelle il insiste de nouveau sur l'importance de cet enseignement,
“L'enseignement antialcoolique, dit-il, ne doit pas être considéré comme un accessoire. Je désire qu'il prenne dans nos programmes une place officielle au même titre que la grammaire ou l’arithmétique. Mon intention est de placer la sanction de cet enseignement dans les examens qui terminent nos différents cours d'études primaires et secondaires. ..... Les sacrifices que s'impose le pays pour développer l'instruction à tous ses degrés, les efforts de nos maîtres pour élever les intelligences cet fortifier les esprits, seraient dépensés en pure perte, si nous ne poursuivions en même temps dans les écoles notre campagne contre l'alcoolisme qui condamne à une r -5mpte déchéance les individus qu'il atteint et qui ané , partout où il pénètre, les énergies intellectuelles aussi Lien que les énergies physiques.”
Les Inspecteurs d'école ont été d'accord avec le Ministre pour favoriser l’enseignement antialcoolique en France, Du reste, avons-nous dit, les instituteurs et les institutrices furent dès le premier jour acquis à la cause, et si bien qu’à leur tour ils en vinrent à stimuler le Ministère à pousser plus avant dans la voie où il s'était engagé
en 1897. Ainsi, en 1904, au Premier Congrès National français contre l'alcoolisme, tenu à Paris, M. 1 Président fondateur de la Socié tituteurs et des Institutrices de France, d'accord aver la Ligue dont il était Je président, réclamait comme sanction à l'enseignement antialcoolique qu'il fit l'objet d'une question écrite ou orale
anglois, té antialcoolique des Ins-
au certificat d'Etudes Primaires. (1)
J'ignore si la sanction demandée a été imposée ; en tout cas, le Ministère de l'Instruction publique continue avec énergie à Promouvoir l'enseignement antialcoolique, et cette année même, en avril, le Ministre, M, Doumergue, Signait à cet effet une importante circulaire, laquelle en outre instituait, pour chaque école, une
enquête sur l'enseignement antialcoolique.
Voilà pour la France. Je passe à ia Belgique,
D'après le frère Maurice, Directeur des Ecoles des Frères à Liège, rapporteur au Premier Congrès National des Œuvres catholiques de tempérance de Belgique, tenu à Liège en septembre 1905, c'est en 1897 que fut fait en ce Pays le premier pas vers l'enseignement antialcoolique,
“Le Conseil de perfectionnement de l’enseignement primaire, dans sa session ordinaire de 1891, émet le vœu Suivant: L'école doit être opposée au cabaret. Dans plusieurs circulaires, M. de Burlet, alors Ministre de l’Intérieur et de l’Instruction Publique, insista sur la nécessité de donner, dans toutes. les écoles, des leçons spéciales sur les dangers des boissons fortes, et Préconisa la création de cercles scolaires de tempérance,
“La loi de 1895, rendant obligatoires le £iène dans les écoles primaires, oblige les maîtres à traiter les questions d’alcoolisme. D'après le Programme-type des écoles primaires élaboré par le Gouvernement, ne,
(1) Compte-rendu du rer Congrès National, p. 686.
S notions d'hy-
une
heure par Semaine est consacrée à l'enseignement antialcoolique ; cet enseignement est prescrit dans toute école, qu’il ÿ ait ou non une société de tempérance,
“Le Gouvernement organisa à ses frais des conférences sur l'alcoolisme, données par des médecins aux membres du personnel enseignant des écoles primaires. 11 souscrivit à des publications antialcooliques pour les bibliothèques des instituteurs : il Propagea dans les écoles les publications de tempérance ; il inscrivit au budget un crédit spécial pour la Propagande scolaire antialcoolique,
“IL ordonna que les élèves des classes supérieures eussent un cahier réservé exclusivement à la transcription des exercices relatifs à cet enseignement, afin d'avoir plus tard un vade-mecum antialcoolique,
‘Le tableau suivant indique les résultats obtenus par ces différentes mesures.
Ecoles primaires. Ecoles d'adultes.
Années. Se de ealee died nu 1893 1281 18580 4482 1897 2429 45222 610 11015 1902 3002 58675 966 21496 1904 3208 65151 1063 27966 AT£. abbole 1927 46571 1068 23394 "DM. 150,43% 256,03% 1068 521%
Accroissement au 31 décembre I ; Fo]
“La consommation de l'alcool s’est accrue en Belgique jusqu'en 1895. En 1850, elle était de 5,85 litres par habitant; en 1870, de 7,86 litres, et en 1895, elle arrivait au chiffre exorbitant de 10,50 litres, A partir de ce moment, elle décroît d'année en année. En 1898, elle n'était plus que de 8,60 litres: en 1902, de 8,45 litres, et en 1903, elle était tombée à 5,37 litres; — En même temps le nombre des fivrets à ja caisse d'épargne va en augmentant. En
1895, il s'élevait à 1:339,255; en 1898, à 1,508,148; en 1902, à 1,975,480; et en 1903, il atteignait le nombre de 2,089,448.'"
Les heureux résultats produits en Belgique par l'ensei- #nement et la propagande antialcooliques dans les écoles sont tellement considérables et frappants, que dans la circulaire de M, Doumergue rappelée plus haut, le Minisire cite la Belgique comme un exemple de ce qu'on peut attendre de l'enseignement de la tempérance à l’école, et il donne en même temps quelques-uns des chiffres que je viens de rapporter,
L'année même où le frère Maurice présentait son intéressant rapport au Congrès de Liège, le Gouvernement Belge adressait aux Gouverneurs de Provinces une nouvelle circulaire en vue d'amener les communes à inscrire à leur budget annuel une petite subvention qui servirait à fonder des prix spéciaux aux maîtres qui se seraient le plus distingués dans l’enseignement antialcoolique. La circulaire constate la diminution énorme de la consommation de l'alcool en Belgique, et elle attribue les trois quarts de cette décroissance à l'enseignement antialcoolique à l’école.
J'arrive à la Norvège.
Au mois d'août 1906, une des plus puissantes Sociétés de tempérance du Royaume Uni, The Scottish Temperance Legislation Board, qui a son siège à Edimburg, Ecosse, envoyait en Norvège une Commission extraordinaire chargée d'étudier les lois de ce Pays concernant le commerce des liqueurs. Les Comiissaires étaient M. James Seth, professeur de philosophie morale à l'Université d’Edimburg, MM. John Mann, John Cowan et Hector Munro Ferguson, riches capitalistes occupant de hautes positions sociales en Ecosse,
Les membres de la Commission firent sur place une enquête minutieuse et complète, et en attendant de présen-
ter un rapport détaillé de leur mission ils viennent de publier, sous forme de conclusions, un rapport provisoire “Ils ont constaté, disent-ils, que le peuple norvégien qui, il y a moins de cinquante ans, tenait le premier rang sous le rapport de l'ivrognerie, est aujourd'hui la nation la plus sobre de la terre.”
Or ils attribuent ce miracle à deux causes principales, qui sont en quelque sorte la conséquence l'une de l'autre : au sentiment réel de la tempérance dont le peuple est fortement imprégné, qui n'est que la conséquence d'un enseignement anlialcoolique poussé à son Suprême degré de perfection. ‘De là une formation pondérée de l'opinion, qui a permis aux pouvoirs publics de mettre en pratique une législation efficace.”
Ces notes sur la Norvège sont extraites d'un mémoire préparé en 1909 par feu Edmond Rousseau, Secrétaire de la Ligue antialcoolique de Québec. M. Rousseau entretenait une correspondance avec M, Seth, l'un des Commissaires de Norvège, et je sais par M. Rousseau, qui d'ailleurs le déclare dans son mémoire, que M, Seth, lui adressant le rapport provisoire de la Commission, confirmait, dans une lettre, l'entière véracité des allégations ci-haut.
L'exemple des Etats-Unis n'est pas moins frappant que celui de la Norvège, de la Belgique et de la France.
Personne n’ignore la lutte acharnée qui se poursuit aux Etats-Unis contre l'alcool. C'est le pays de la prohibition, À l'heure actuelle, la plupart des Etats de la grande
Fédération sont sous ce régime, qui de plus en plus devient le régime commun chez nos voisins, et paraît devoir s'étendre, dans un avenir assez rapproché, à tout le territoire américain. Et dans certains Etats où la prohibition n’est pas encore inscrite aux Statuts, des villes se font le pré-
curseur du futur régime en se l’imposant à elles-mêmes : ainsi la ville de Worcester, dans le Massachusets.
Evidemment, l'établiss ement de lois prohibitives n'est pas le fait de quelques hommes ; de telles lois ne deviennent possibles, mais surtout Permanentes et générales que si elles sont demandées par la voix du peuple, Aussi bien est-ce le peuple américain qui veut la prohibition et l'a déjà obtenue en Plusieurs Etats. Le sens de l'abstinence totale et le sentiment prohibitif sont dé eloppés aux Etats- Unis plus peut-être qu'en aucun Pays au monde,
Mais comment donc s'est affiné ce sens et développé
ce sentiment? qui a fait du peuple américain un peuple aux convictions antialcooliques si ardentes qu'elles le font exiger de ses lé
slateurs l'abolition des buvettes et une £uerre sans merci à l'alcool 2
Voici la réponse,
En ce temps-là — c'était il Y a trente ans, — ji] vint à l'esprit d'une femme américaine, Mde Mary H. Hunt, de Boston, qu'un des moyens les plus propres à combattre l'intempérance et à faire triompher l'idée de prohibition était de donner aux enfants dans les écoles des leçons sur les effets pernicieux de l'alcool, de telle sorte que parvenus à leur majorité et devenus citoyens américains, ils fussent des électeurs antialcooliques et des voteurs prohibitionnistes.
À l'une des Conventions de la National Woman's Chrislian Temperance Union elle développa son projet, que l'Union endossa avec enthousiasme, s’engageant à traailler à son entière réalisation,
Cependant, la Trésorière de l'Union n'avait pas d'argent pour entreprendre une telle Campagne. N'importe ! Sans argent, sans manuels scolaires de tempérance, sans lois statutaires qui obligeassent à cet enseignement, ni même à l'enseignement de la physiologie et de l'hygiène, Mde Hunt, soutenue Par une grande âme et un viril courage, inaugura par tous les Etats-Unis une croisade en faveur de l’enseignement de l'hygiène antialcoolique, Les
enceintes les plus diverses: églises, salles publiques les enceintes parlementaires elles-mêmes retentirent durant des années de ses plaidoyers en faveur de l'enfance.
Après bien des essais infructueux et à travers mille difficultés, des manuels furent enfin préparés, et des éditeurs, Barnes & Sons, de New York, risquèrent l'aventure de les éditer,
Le rés sat? Les uns après les autres les Frats de la République décrétèrent l'enseignement, dans les écoles, de l'hygiène, et par ce moyen de l'antialcooïsme. C'est ce que demandait Mde Hunt. Et la conséquence de cet enseignement ? \de Hunt voulait former des électeurs tempérants et des voleurs prohibitionnistes — l'Ecole lui a formé la génération actuelle des citoyens américains, que nous voyons avec stupeur balaye, du sol de leur patrie ïes buvettes et tous les débits «l'alcool.
Franchissant la ligne 45°, passons au Canada, et d'abord établissons un compte exact quoique somma.re de la situation de l'enseignement antialcoolique dans chacune des Provinces du Dominion, pour enfin arriver à notre Province où nous établirons une enquête plus complète.
Nouveau-Brunswiek. Le N.-B. a l'enseignement anti-
alcoolique obligatoire depuis une vingtaine d'années. Les
enfants reçoivent d'abord un enseignement oral, puis, lorsqu'ils sont plus avancés, on leur met entre les mains un manuel approprié et approuvé, entr'autres le Temperance Lesson Book du Dr Richardson. Dans les High Schools le cours de tempérance se continue, et dans les Ecoles modèles et les Ecoles normales les élèves-maîtres sont formés à cet enseignement. La loi est assez bien observée, les manuels donnent satisfaction, et aux examens la tempérance fait l'objet de questions spéciales.
Nouvelle-Ecosse, Enseignement antialcoolique égale. ment obligatoire depuis 1802. Enseignement nl pour les jeunes élèves,des manuels Pour les plus avancés, Ceuxci reçoivent l'enseignement sous la rubrique de et de la physiologie, Ecoles modèles e Pourvues
l'hygiène t Ecoles normales
aussi de cet enseignement.
toires, D'après les raDports officiels il Seignement antialcoolique dépe bonne volonté du
Examens obligaappert que l'en.
nd pour beaucoup de Ja
Personnel enseignant, Cependant, ta loi est généralement observée,
et les manuels sont Satisfaisants,
Le du Prince Edouard. Méme législation scolaire anti. alcoolique que dans les autres P Une application peut-être consolants.
rovinces Maritimes, avec plus générale et des résultats plus
Ontario. En 1887, pour faire droit à une requête largement signée, le Gouvernement décréta l'e ieignement anti. alcoolique obligatoire, et le manuel du Dr Richardson fut approuvé à cet effet. Ce n'est qu'en matière prit place Parmi les matières des examens, En même temps le manuel de Richardson était remplacé par celui du Dr Nattrass Physiology and Temperance, ce qui était un progrès, Malheureusement,
le nouveau pro- Sramme d’études de 1894 annula Pratiquement l'enseigne-
ment antialcoolique en négligeant de je Sanctionner par des examens, C'est le statu quo depuis lors. Les Soci-
étés de tempérance font de Persévérants efforts auprès du Gouvernement et du
d'améliorer la situation
1893 que cette
Personnel enseignant Pour tâcher
Manitoba. Enseignement facultatif, donné nombre d’instituteurs ct d'institutrices à l'occasion du cours de physiologie et d'hygiène, Pas de manuel ap- Prouvé ni d'examen. Des efforts sont également tentés Pour obtenir davantage,
Par un bon
Mherta et ‘inskatehewan. Enseignement obligatoire, non toutefois dans les High Schools. Dans les Ecoles modèles et les Ecoles normales les élèves sont formés à cet enseignement, Le livre du Dr Nattrass est autorisé comme livre du maître. Les élèves n'ont pas de manuel, e0il n'y a pas d'examen sur cette matière. Dans ces Provinces également une campagne se poursuit pour rendre plus vfficace l'enseignement antialcoolique,
Colombie anglaise. Pas d'enseignement obligatoire :; celui-ci n'est donné que si les citoyens le demandent, Le Surintendant lui-même veut obtenir une législation plus sérieuse sur cette matière, et ce, pour tous les cours. Actuellement, il semble que l'enseignement antialcoolique, lorsqu'il est donné, ne l'est qu'aux élèves du cours modèle. Dans la Colombie comme ailleurs où l'enseignement antialcoolique n'est pas obligatoire ni sanctionné par des examens, cet enseignement dépend beaucoup de la bonne volonté de l'instituteur,
Québec. Chez nous, l'enseignement se trouve dans une situation spéciale, Dans les autres Provinces l'instruction publique relève du Gouvernement. Ici elle relève du Conseil de l'Instruct'on publique, Comité catholique et Comité protestant.
Comité protestant. En 1886, l'enseignement de l'hygiène et de la physiologie, et par cet enseignement celui de la tempérance, fut inscrit au programme d'études pour chacune des classes des cours élémentaire, modèle et académique. Une demi-heure par semaine y était consacrée, et les ouvrages de la série ‘Barnes Pathfinder" furent
autorisés comme manuels.
En 1898, un nouveau programme d'étude: est préparé, duquel, pour des motifs de surcharge, scat éliminées comme obligatoires certaines matières, par exemple le français et l'hygiène, lesquels deviennent facultatifs, et soumis seulement à l'examen de l’Inspecteur des Ecole“
Supérieures, Le résultat a été ment antialcoolique est trè - Maintenant attendre qu'au cours acadé
que depuis lors l'enseigne S négligé. Tout ce qu'on peut est un enseignement oral, e
t cela jusmique seulement.
Pas de manuel autorisé. La W, C. TU, ‘de la Province de Québec fait des efforts Pour obtenir une législation efficace, mais Sans résultat, La VV. CATAUA publié en anglais et en français un Catéchisme de lempérance à l'usage des écoles de la Province de Qué’ ec contre Ja bière, l'alcool, le tabac. 11 ne Paraît pas être en usage dans les écoles. C'est Plutôt un ouvrage de propagande.
Comité catholique. 11 ne Paraît pas que jusqu'en 190$ ce Comité ait fait aucun règlement touch ment antialcoolique, Pérance est inaugurée,
ant l'enseigne- En 1905 et 1906 la croisade de temet les lettres épiscopales demandent et imposent cet Enseignement dns les écoles. I] est Permis de penser que Nos Seigneurs les Evêques, membres du Conseil de l'Instruction Publique, saisirent le Comité Catholique de cette grave question.
Mmbre 1905, le Comité catholique adopte le apport suive at du Sous-comité chargé de l'examen des livres classiques : “Ce Sous-Ccomité est d’ la diffusion de ce manuel (le “Petit M que” du chanoine Sylvain) se vue moral et hygiénique; m
En tout Cas, le 13 septe 5 Se
avis que anuel antialcoolira très utile aux Points de ais Comme ce n'est pas un livre » il n'est pas dans ses attributions de le recommander comme FOIE
En 1906, le 31 j au Comité Alcool et
de classe Proprement dit
anvier, le même SOus-comité “qu'ayant pris Connaissance du ÆAcoslisme par M.
Sous-Comité e
fait rapport livre intitulé Edmond Rousseau, St d'avis que Ja diffusion de ce utile aux points de apport est adopté, La même année 1906, à 1 mai, Îles Règlements du
ce livre sera très
vue moral et hygiénique,” Et le
a session du Printemps, le 25
Comité catholique, ayant été
refondus, sont sanctionn
Pour la première fois le mot ‘’alcoolisme’” est inscrit au Programme, parmi les leçons d'hygiène du ccurs primaire intermédiaire, $° ou 6° année.
Le 17 ‘avril 1907, la Ligue antialcoolique de Québec adopte une motion proposée par un de ses membres, l'hon. L.-P. Pelletier, touchant l'enseignement obligatoire de la tempérance. Après plusieurs considérands, la motion conclut à ce “qu’il soit résolu de s'adresser au Comité catholique du Conseil de l'Instruction Publique de cette Province, le priant de vouloir bien encourager l’enseignement antialcoolique dans les écoles publiques, et ce sous telle forme qu'il croira opportune.” *
A sa séance du 13 mai suivant, le Comité catholique prit communication de la résolution de la Ligue de Québec, ainsi que d’une lettre de M. Edmond Rousseau, secrétaire de la Ligue. Alors, Mgr l'archevêque de Montréal, secondé par l'hon, Thos Chapais, propose et il est adopté :
“Que, relativement à l'article du programme d'études concernant l'alcoolisme, ce Comité croit nécessaire de faire
‘onner, dans les écoles, un enseignement antialcoolique, et prie M. le Surintendant d'envoyer aux instituteurs et aux institutrices une lettre annuelle pour les guider dans leurs leçons et leurs conseils pratiques aux élèves sur le danger que ce fléau fait courir aux individus, à la famille et à la société. Cet enseignement devra faire l'objet de l'attention spéciale de MM, les Inspecteurs dans leurs visites, et ceux-ci seront invités à en parler dans leur rapport officiel.”
A la session d'automne de 1907, le Comité adopte le rapport du sous-comité approuvant la 4° édition d’Alcool et: Alcoolisme, augmentée de questions et réponses à la suite de chaque chapitre. Voici les termes du rapport : ‘Le sous-comité est d'avis de ‘recommander ce livre pour l'usage des instisuteurs et des institutrices dans ies écoies
rm
ae.
‘e la Province." C'est un progrès sur la recommandation
ü 1 même ouvrage en 1906,
En 1698, à la session du Printemps, fut soumis au Comité ca‘olique le ‘Rapport des Délégués de la Commission Scolaire catholique de Montréal sur leur Mission Pédagogique en Europe’, La Commission a enquêté sur l’enseignement antialcoolique. Le rapport conclut que cet ense 1ement ‘devrait être organisé (dans nos écoles) régul £ment, Suivant la méthede suivie avec succès en plusieurs endroits.
“Un programme détaillé est donné aux maîtres, suivant qu’ils enseignent un cours intermédiaire ou supé ‘:ur, ci ils doivent expliquer les effets de l'alcool sur l'individu, sur la famille, sur la société, etc. (voir programme de Belgique). Nous ENCourageons l'achat de tableaux démontrant l'effet de l'alcool sur l'organisme humain ; mais nous ne voulons nullement de ceux qui, dans le but de montrer l'ivresse odieuse, la représentent telle qu'elle est. Ce serait une mesure antipédagogique : elle pourrait faire naître chez l'enfant le désir d'imitation.
“Pour organiser l'enseignement antialcoolique dans les écoles de Paris, on fit d'abord des conférences dans les écoles primaires ; puis dans quelques écoles commerciales. À ces dernières conférences, les instituteurs et les institutrices furent spécialement invités. I] fallait, en effet, préparer le Personnel au nouvel enseignement, MM. les docteurs Roubinovitsh, Marillier et Legrain s’acquittèrent admirablement de cette tâche. I Pourrait-elle pas se Pratiquer ici ?'
Aucune mesure n’a encore que je sache été prise pour répondre à ce vœu de la Commission,
À son tour, M, C:-J.- Magnan, Directeur de l'Ensei- &nement Primaire, qui a fait cette année même un voyage officiel d'études pédagogiques en Europe, dans le rapport qu’il présentera au Comité catholique, consacrera tout un
-a même chose ne
chapitre aux méthodes et à l'efficacité de l’enseignement antialcoolique en France et en Belgique. Toutes ces lumières accumulées ne devront pas manquer d'éclairer la voie à une législation similaire dans notre Province,
Le dernier acte officiel du Comité catholique a été de recommander, le 11 mai 1909, le Petit Catéchisme de Tempérance et de Tuberculose, par feu Edmond Rousseau, comme livre du maître.
On le voit, — et il sied de le faire observer — le Comité catholique a jusqu'ici plus fait pour la cause de la tempérance que le Comité protestant. Il a inscrit l'alcoolisme parmi les leçons à donner sur l'hygiène pour le cours primaire intermédiaire, et sans nul doute l’enseignement de l'hygiène au cours académique comporte aussi celui de l'antialcoolisme, bien que le mot ne se trouve plus au programme de ce cours. Surtout il a adopté la motion de Mgr Bruchési. Le Comité catholique a en outre donné de bonnes notes au Petit manuel antialcoolique du chanoine Sylvain, ainsi qu'à l'ouvrage Alcool et Alcooïisme du regretté Edmond Rousseau ; qui plus est, il a formellement approuvé comme livres du maître ce dernier ouvrage et le Caté: hisme de Tempérance et de Tuberculose du même auteur. C'est beaucoup, car désormais se trouve écartée du chemin législatif scolaire sur l’antialcolisme l'ardue question de manuels appropriés, du moins celle des manuels à l'usage du professeur.
I paraît, en effet, que la question du manuel à donnér aux élèves a été un obstacle. — et peut-être le principal — à l'inscription de l'enseignement antialcoolique au programme des études. Cet obstacle n’a-t-il pas disparu avec la publication du Caléchisme d'Edmond Rousseau? Et de livre du maître ce manuel n'est-il Pas en tous points digne de devenir livre de l'élève ?
Et d'abord, c'est un véritable livre classique, condition essentielle pour qu'un ouvrage puisse être approuvé comme
manuel scolaire -— condition que le Comité catholique n'a PU reconnaitre à l'opuscule plein de mérites du reste de M. le chanoine Sylvain. Fallûtil une transformation considérable de cet opuscule pour en faire un manuel classique, que les qualités si appréciées du Manuel antialcoolique rendraient M. Sylvain justifiable de tenter cette heureuse transformation.
Sans nul doute ce manuel ainsi refondu ne le
céderait alors en rie à celui de M. Rousseau.
De fait, le Catéchisme de lose répond admirablement manuel scolaire, Bref, manuel du chanoine
n comme classique
Tempérance et de Tubercuà tous les desiderata d'un bien que plus développé que le Sylvain — il Comprend une question Pour chaque jour scolaire, — très Simpi. bien qu'il ne se contente pas d'affirmer mais qu'il motive ses allégations, très clair en même temps et à la portée de toutes les jeunes intelligences. L'auteur a eu l'ingénieuse pensée d'écrire ce petit livre en collaboration avec ses jeunes enfants. II leur lisait son texte et ne s'arrêtait à une rédaction définitive que lorsque ses enfants avaient par eux-méê avec peu d'explications, parfaiteme les épreuves du Catéchisme Pérsonnes compétentes,
mes, ou nt compris. En outre, furent soumises À plusieurs soit dans l'enseignement, soit dans l’antialcoolisme, Sur les suggestions très précises de ces hommes du métier les épreuves furent encore remaniées et perfectionnées. Et le Catéchisme a cet ay
ù antage d’être à la fois un manuel antialcoolique
et un manuel antituberculeux. A ce dernier point de vue il commande encore l'attention des éducateurs soucieux d'aider au mouvement qui se produit actuellement contre la peste blanche. Tuberculose et alcoolisme sont frère et sœur : est l’engrais de la Phtisie, selon le cin.
l'alcoolisme mot d’un grand méde-
La question de l'enseignement antialcoolique n'a pas tté agitée qu'au sein du Comité catholique du Conseil de
l'Instruction publique. Le Gouvernement a lui-même
été saisi de la question, L'an dernier, 1908, la Ligue antialcoolique de Québec, avec l'appui en particulier de Mgr l'archevêque de Québec et de Mgr l'évêque de Nicolet, organisait un vaste Pétitionnement auprès des Gouvernements Fédéral cet Provincial, à l'effet d'obtenir, à même les deniers publics, 1 de la Province, Déjà les évêques
a distribution, dans les écoles de livres d'enseignement antialcoolique, avaient, Croyons-nous, demandé au Gouvernement de distribuer à tous les maîtres ct maîtresses un livre (Alcuol et Æcoolisme) approuvé par le Conseil de l’Instruction publique, portant le sceau du Conseil, et qui resterait la propriété de l'école. La Ligue de Québec äappuya cette demande Par 700 requêtes venant d'autant de villes et de villages de la Province, et signées par 200- 000 citoyens, membres des Sociétés de tempérance,
Le Gouvernement n'a encore rien fait pour répondre à ces requêtes, sauf qu’il a exprimé son entiè
re bonne volonté à servir la cause de l'enseignement anti
alcoolique, et qu'il aurait, d'après un journal ministériel de Québec (septembre 1908), ‘mis à l'étude un plan général d'enseignement au moyen de traités pédagogiques et de cartes murales, de manière que toutes les écoles de la Province soient autant de sanctuaires où notre jeunesse apprendra à se prémunir contre les dangers des liqueurs enivrantes.” Heureusement que l'initiative religieuse l'initiative gouvernementale pour faire de tant de ‘‘sanctuaires”” de tempérance,
n'a pas attendu nos écoles au-
L'enseignement antialcoolique se donne en effe nombre d'écoles, ici depuis quatre ans, 1 ailleurs depuis deux ans, un an.
t dans à depuis trois ans, L'Eglise a pris cette
initiative. Plusieurs évêques de la Province ont tour à
ant qu'il aurait lieu jusqu'à nouvel ordre au moyen du Manuel du chanoine Sylvain, Et
tour décrété cet enseignement, spécifi
Oùr assurer l'exécution de leur volonté, P
certains évêques ont eux-mêmes acheté ce manuel pour les écoles de leur diocèse, Ainsi Mgr de Chicoutimi avec quelques curés en a acheté 55:000 exemplaires ; Mgr des Trois-Rivières 28,000; Mgr de Québec 14,000; Mgr de Rimouski 5,000. Dans ce diocèse toutefois l'enseignement non plus que la prédication de la tempérance n'ont été ordonnés; mais en fait des missions de tempérance se donnent, et l’antialcoolisme est enseigné, surtout dans les écoles (15) tenues Par les Sœurs du Saint-Rosaire, A Montréal, la Commission scolaire a acheté 5,000 exemplaires du Manuel antlialcoolique pour distribution gratuite dans les écoles. (1) Ù
À la suite des évêques et pour entrer dans la voie ouverte Par eux, des hommes dévoués à la cause oùt, à plus d'une reprise, traité de l’enseignement antialcoolique devant des auditoires d’instituteurs et d’institutrices.
Ainsi, les membres de l'Association des Instituirices catholiques de la Province, section de Québec, avaient en 1906 l'avantage d'entendre à leur convention annuelle, à Québec, traiter cette question au point de vue Pratique de la méthode d'enseignement.
Mais pour nous en tenir à Montréal, c’est Sa Grandeur Mgr Bruchési lui-même qui, à la 122° Conférence de l’Association des Instituteurs catholiques de Montréal, le 26 janvier 1906, Prononçait un discours où il disait : “Je viens vous demander de vous faire les apôtres de la grande Cause qui nous intéresse tous : celle de la tempérance. Je Compte sur vous, Messieurs, d'une manière particulière Pour la préparation d'une génération de tempérants et de sobres, et nous les Préparerons ensemble.’ Et Mgr expose à l'assemblée son projet : il rappelle aux instituteurs l'iniluence qu'ils peuvent exercer à l'école e
n instrui-
(1) Notes sur Ja diffusion du Manuel antialcoolique
obligeamment fournies par M. le ct ‘ne Sylvain.
sant l'enfant sur les conséquences funestes de l'intempérance, puis il suggère des moyens de combat, 1] compare les 120 écoles de Montréal à ses 400 buvettes où l'on fait des ivrognes, et il s'écrie: “Ce sont des écoles aussi! Ce qu'on y enseigne, vous le savez; c'est là que se perdent l'honneur et la foi; c'est Ià qu’on contracte l'habitude de la boisson et de tous les vices qui en sont la conséquence. Nous allons lutter contre ces maux épouvantables... et le Pays et l'Eglise nous en devront une éternelle reconnaissance.” (1)
L'an dernier encore, le 31 janvier 1908, à la 126° Conférence de la même Association, M, À. Létourneau, Principal de l'Ecole Saint-Denis, traitait de l'Alcoolisme et l'Ecole,
Peu après, en février, c'est M, l'abbé Perrier, Inspecteur des Ecoles catholiques de Montréal, qui dans un rapport appuie sur cet enseignement, dont il trace même les grandes lignes : ‘On Pourrait utiliser les conclusions suivantes adoptées dans une conférence d'instituteurs en France, il ‘y a quelques années :
“(1) Démontrer les effets nuisibles de l'abus des boissons fermentées, de l'usage habituel des boissons distillées, du simple usage des boissons alcooliques ;
(2) Déraciner les préjugés et les habitudes répandus sur l’action fortifiante des boissons alcooliques ;
“(3) Rappeler constamment les accidents irrémédiables que cause l'usage des spiritueux, les malheurs et les souffrances qu'amènent pour lui-même, pour les siens et pour la société les excès où un homme se laisse entraîner ;
“(4) Agir sur le cœur de l'enfant plus encore que sur son intelligence. Le convaincre par l'exemple;
“(5s) Faire concourir toutes les branches de l'enscignement à l'œuvre antialcoolique ;
(1) Enseignement Primaire, mars 1906.
(6) Utiliser Jes tableaux de Statistique, l'imagerie anti. alcoolique (2) (il faudrait d'abord l'acheter), comme puis- Sant moyen de Persuasion ;
SE à Développer, favoriser la Constitution de Sociétés de tEMmpérance, de ligues contre l'usage des Spiritueux."
Tel est le Programme que Proposait M, l'abpé Perrier AUX éducateurs de Montréal,
On le voit, la Question de l'enseignement antialcoolique n'est pas chose étrangère à notre personnel ensei- £nhant; à maintes reprises on Y à attiré son attention, et il n’est Pas un instituteur OU une institutrice qui pourrait Plaider ignorance totale en cette matière, Appels des évêques, Prédications €t conférences antialcooliques, conférences pédagogiques, littérature de tempérance distri. buée à foison Partout, que Sais-je enfin — l'opinion publi. que entière Profondément orientée vers la tempérance tout cela n'a PU Manquer d'éveiller dans l'âme de nos édu- Cateurs primaires et autres le sentiment de la part si large de responsabilité Qui leur incombe dans la lutte antialcoolique,
Mais il convient par. “SSUS tout de Mentionner les inlassables efforts de Ja revue l'Enseignement Primaire Pour tenir sans trève devant la pensée du Personnel ensei- 8nant de notre Province le sujet de l'antialcooiisme. Les Conférences Pédagogiques sur la teMpérance, les rapports, les documents officiels ayant trait à cette Matière ont toujours trouvé Place dans l'Enseignement Primaire de- Puis quatre ans. En outre, le zélé directeur de cette revue, M. C.-]. Magnan, a de temps à autre pris sur [ui d'appeler l'attention des instituteurs et des institutrices Sur l’ensei- £nement antialcoolique, Enfin et Surtout, depuis Six ans, =
{2)Les Sœurs du Saint-Rosaire, de Rimouski, viennent d'éditer un tableau Mural d'images antialcooliques, qui a 1 aussi été réduit en Un fascicule de 16 pages.
sous la rubrique d'Enseignement spécial"" Contient dans tous ct chacun de des phrases à analyser, des suje trois ans en plus des problèmes, ayant trait à l'alcoolisme, — On ne peut en dire autant de l'Educational Record,
revue protestante qui correspond à Primaire.
» cette revue ses numéros des dictées, ts de rédaction, et depuis
notre Enseignement
Or cette dernière, on le 6,500 écoles catholique — les Inspecte
Sait, est reçue dans les quelque S de la Province, et généralement urs d'école le constatent —
- lé personnel enseignant s'en inspire
Pour son enseignement, et y puise les sujets des devoirs scolaires, N'est-il pas Permis de conclure ayant, depuis quatre ans atmosphère saturée
que nes éducateurs , VéCu et enseigné au sein d'une d'idées de tempérance, ils se trouvent cux-mêmes imprégnés de ces idées, e
© tout orientés vers l’enseignement antialcoolique ?
Et cela étant, comment ne pas conclure à l'opportunité d'une législation scolaire antialcoolique ?
Le terrain est Préparé. C'est le temps où jamais, semble-t-il, pour le Comité catholique, de reconnaître officiellement ce qui se fait dans les écoles, en Prenant la tête du Mouvement pour généraliser et canaliser jes efforts individuels et locaux vers un but nettement défini, par Ja sance tion de méthodes pédagogiques bien déterminées.
A l'heure actuelle, l'enseignement anti lement ignoré, s'appuie sur | Seigneurs les Evêques
alcoolique, légaa direction imprimée par Nos * aussi sur la docilité d
e messieurs les curés à cette direction,
sur le zèle des Commissions Scolaires, et surtout sur la libre coopération du Personnel
enseignant, Le fondement, pour solide qu'il soit, offre-
t-il les garanties qu'y ajouteraient Ja reconnaissance légale et la sanction officielle du Comité catholique ? Non,
sans doute, et il est à redouter que l'initiative privée se
lasse de n'être PAS autrement s
ténue, et que ja bonne
volonté du personnel enseignant ne faiblisse sous la fatigue d'efforts, que souvent ne semblent pas récompenser les résultats apparents et immédiats obtenus chez l'enfant, et que la loi de son côté regarde comme non avenus parce qu'elle ne les sanctionne point,
Il me reste, Pour embrasser l'objet de ce rapport, à rechercher quel est Je meilleur mode d'enseignement anti. alcoolique, — Bien présomptueux serais-je de sembler tracer leur voie à nos législateurs ; je ne le serai pas, je crois, de présenter à ce Congrès quelques idées communes à beaucoup de Personnes bien pensantes et d'ail. leurs très au fait de la question que je traite.
Et d'abord, l'enseignement antialcoolique peut être donné de triple façon,
1.— Comme enseignement spécial, de même sorte que la grammaire, l'arithmétique, etc, et avoir sa place quotidienne au tableau des leçons.
2.—Comme leçon fondue dans une autre matière: par exemple le catéchisme, l'hygiène, etc.
3-—Comme enseignement occasionnel. Dans cette méthode la tempérance n’a Pas une heure spéciale, ni de manuel particulier ; elle ne tombe Sous aucune rubrique du Programme d'études, mais tout ce qui s'enseigne lui profite: une leçon d’arithmétique comme une leçon de catéchisme. Elle est l'orient vers lequel est tourné sans cesse où à l’occasion l'esprit des élèves.
Laquelle de ces méthodes semble la meilleure? dans quelle mesure l'adopter? Je vais essayer de répondre à ces questions, ou plutôt je vais dire ce qu'on en pense là où l'on pense à ces choses,
L'enseignement antialcoolique incorporé à une autre matière, comme il l'est actuellement à l'hygiène pour le Cours intermédiaire, paraît être tout à fait insuffisant.
Aussi, n'est-il pas à souhaiter qu'il soit é forme aux cours élémentaire e
tendu sous cette
t académique; il est plutôt à souhaiter qu'il disparaisse de la Place actuelle qu'il OCCupe au programme, Il peut en effet être là comme un leurre, De fait, les instituteurs et les institutrices se seront conformés à l'obligation que leur impose |
e programme d'études d'enseigner 1
‘antialcoolisme si, au cours des huit années que comporte le programme, une fois, la s' où la 6° année (cours intermédiaire) élèves quelques notions que ceux une heure. UNE HEURE
ils ont enseigné aux -ci peuvent apprendre en N 8 ANS! — Je répète qu'à la rigueur il peut en être ainsi, et l'enseignement antialcoolique aura été donné dans toute l'intégrité programme,
exigée par le Qu'on détrône donc cette prétendue méthode d'enseignement, si élastique qu'elle permet de n'enseigner aucunement la tempérance tout en étant scrupuleusement fidèle au programme d’études qui impose cet enseignement,
Que mettre à la place ? L'enseignement spécial donné durant les huit années des études ?
Il ne paraît pas que ce soit possible. Le programme est déjà surchargé, assure-t-on, et il répugne au Comité catholique d'y ajouter; et le tableau des heures est lui-même tellement rempli qu'il semble difficile d'y intercaler, du moins quotidiennement, un nouvel item.
D'ailleurs, cet enseignement spécial de tous les jours est-il nécessaire pour former des convictions antialcooliques chez l'élève, et surtout pour former en lui un cœur et une âme de tempérant? Pour ma part, je n’en suis pas persuadé. N'est-il pas même à redouter — un peu — qu’une méthode aussi sévère ne soit fastidieuse pour l'élève ?
S'il en était ainsi, le but poursuivi serait manqué, et
l'enfant aurait appris une doctrine qui l'aura éclairé, il est vrai, sur les funestes effets de l'intempérance, mais ne l'aura pas attiré à la Pratique de la tempérance. Je
donne cette idée Pour c* qu'elle YaUL; peut-être pourrait. on la creuser avec avantage,
Mais si l'enseignement antialcoolique de huit ans et de tous les jours ne me Paraît guère Possible, non plus que très désirable, il n'en va Pas de même de cet enseignement donné Ja “Crnière année de Chacun des trois Cours primai. res,
Beaucoup d'enfants Quittent l'école soit après le cours élémentaire, Soit après le cours intermédiaire où modèle, Peu Poursuivent leurs études jusqu'au cours académique, En somme, à peu près 30,000 enfants, Farçons et filles, dans notre Province, laissent l'école, en juin de chaque année, pour n'v plus jamais revenir. Ne serait-il pas nécessaire que” ces 30,000 enfants reçussent, la’ dernière année de leur Stage Scolaire, un enseignement Spécial qui les prémuntt de façon plus directe contre les séductions de l'alcool 2
Le Catéchisme de M, Rousseau CSC précisément distri. bué en autant de demandes et réponses qu'il y a de jours de classe dans une année scolaire; il Süffirait donc d'un enseignement journalier de | » OÙ 15 mi
iautes pour repasser
cé Manuel dans une année, Il pourrait être aussi décidé, selon que l'écrivait M, Magnan dans Je no de mai 1907 de l'Enseignement Pri-
maire, ‘que les exercices scolaires à base antialcoolique
fussent fixés un où deux jours déterminés, Chaque semaine (pour Jes finissants de chaque Cours). Ce jour ou ces jours-là : lecture, dictée, analyse, arithmétique, Comptabilité, hygiène, etc, tout roulerait sur l'éducation anti-
alcoolique."
Ilest utile de noter que les autres enfants plus jeunes du cours Profiteraient eux aussi, indirectement, de cet enseignement donné à leurs aînés, Or ces leçons se donnant e annuellement aux finissants, il arriverait que tous les
élèves, par contre-coup, et sans qu'ils aient à rien étudier sauf la dernière année — en recueilleraient les fruits,
Outre cet enseignement direct d'une année pour chaque cours, il semble opportun que soit aussi décrété l'enseigne ment occasionnel qui ne surchargerait en aucune façon le programme des études, On connaît cette méthode; c'est celle qui paraît surtout en vigueur en France, A l'occasion et par le moyen de toutes les matières du programme d'études, l'antialcoolisme est enseigné. l'ai préconisé cette méthode et en ai détaillé l'application facile, dans une conférence que j'ai eu l'honneur de donner en 1906 devant l'Association des Instituteurs catholiques, section de Québec,
Cet enseignement occasionnel est très fécond en résultats, il est possible, aisé même, mais encore faut-il pour qu'il se donne partout et toujours, qu'il soit officiellement décrété. Et cela ne suffirait pas à en assurer la pratique. Il faudrait, comme fait le Ministre de l'Instruction publique en France, que des circulaires du Surintendant du
Conseil vinssent fréquemment y attirer l'attention du personnel enseignant, en insistant sur l'application des diverses matières du programme — tantôt sur l'une, tantôt
sur une autre -- à cet enseignement antialcoolique, Il faudrait encore, pour que l’enseignement — direct et occasionnel — reçüt toute son efficacité, qu'il fût sanctionné par l'inscription parmi les matières des examens — de tous les examens, ceux du brevet également —, et qu'enfin MM. les Inspecteurs d'écoles eussent à faire rapport sur cette matière.
Ces messieurs y sont disposés, car ils sont entièrement gagnés à la cause de l'enseignement antialcoolique, Ils déclaraient, en effet, dans leur mémoire présenté au Conseil Exécutif, à la Législature et au Comité catholique de l'Instruction publique, après leur Convention des 1* et 2 août 1906: ‘L'Association des 1: -secteurs est tout à fait
SYMmpathique à Ja Croisade en faveur de la tempérance. Chacun de ses membres s'engage à favoriser ce mouve- Ment dans la mesure de ses moyens,
Nous avons vu qu'une motion de Sa Grandeur Mgr Bruchési, contenant en Principe tous Jes desiderata plus haut exprimés, fut adoptée en 1907 par le Comité-catholique. Il reste au Comité à donner une suite efficace à cette motion qu'il a unanimement approuvée, en réglementant l'enseignement antialcoolique,
Nos Seigneurs les Evêques Je veulent, l'opinion publique le demande, Je Personnel enseignant Y CSt préparé, le pays en a besoin.
Espérons donc qu'il y aura bientôt UN nouveau pas de fait vers un enseignement plus efficace de l’antialcoolisme, et une sanction imposée à cet enseignement.
Ce jour-là, Ja Province de Québec prendra Place à côté de la France, de Ja Belgique, de la Norvège et des Etats- Unis dans l'éducation antialcoolique sérieuse de l'enfance et dans la régénération du PaYS par la formation de citoyens sobres et Prémunis contre les dangers de l'alcool. Ajoutons que notre personnel enseignant réussira dans cette noble tâche beaucoup mieux que le personnel ensei- £nant de certains autres PAYS, parce que chez nous il ya un élément de succès qui ne se rencontre plus partout : la. religion et la Morale chrétienne à l’école,