‹ De l'enseignement médical, dans ses rapports avec la chimie, considérée comme science accessoire à la théorie de la médecine; suivi d'un nouveau plan d'organisation des sociétés de médecine et de chirurgie et des études médicales, pour le maintien de la chaire d'Hippocrate, fondée aux Écoles de Médecine de ParisChapitre 9 sur 25 · EX · texte numérisé non relu

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manité, justifie bien la préférence que nous donnons à Hippocrate sun tous les auteurs. Abordons donc franchement Îe sujet de nos discussions, et voyons si dans l'état actuel de nos connoissances, un cours spécial de la doctrine d'Hippocrate est nécessaire à l'enseignement de l’art médical. En essayant de traiter cette question, pour la ramener à ses Vrais principes , nous hasarderons quelques critiques sur la théorie moderne, parce que, malgré tout le respect que nous dans aux contemporains , nous avons promis de dire la vérité: Æmicus Plato, amicus Aristoteles , magis amica veriias. |

En effet, pourquoi ne signalerions-nous pas les inconvénients et même les dangers des systèmes, s'il'est prouvé par l'expérience des praticiens les plus recommandables que la médecine Hippocratique est la meilleure ? Car, disons-nous, ce doit être le point de mire, vers lequel nos regards doivent constamment se diriger. Mais al y a plus: nous-pouvons soutenir en thèse générale, que les principes actuels de la science diffèrent de ceux. d'Hippocrate, si l'on sen rapporte aux découvertes de. la chimie. Cette science ,a. été introduite dans l'art de la médecine, an point d'en changer les dogmes les plus importans, On ne raisonne plus que d'après des expériences tentées, pour ainsi dire, chaque jour sur le corps humain ; il semble que les préceptes immortels du divin vieillard, ne puissent plus sesoutenirà côté des dé-

couvertes chimico-physiologiques. D'autres pra: ticiens ont déjà signalé nos richesses en ce genre, que nous ne proscrivons pas entièrement, mrais qu'il faudroit restreindre seulement à l'application des médicamens; car, cest ainsi quéla chunie est véritablement utile à l'art de guérir, Mais, disons: le, on voudroit nous faire adopter les principes de cette science, pour l'explication des phénomènes physiologiques, afin d'en tirer des conséquences plus ou moins hasardées: dans l'observation des maladies; ce qui est évidemment suivre une fausse route, et tomber dans les systèmes les ca outrés. » 2 9

D'un autre côté , en accordant tout à la sensibilité,et ne tenant aucun compte de la vitalité des fluides, ni des diverses qualités des humeurs -et de leurs acrimonies, c’est renouveler le système de Firritation ou du solidisme, qui n'est pas anoius opposé à la doctrine d'Hippocrate que la = théorie chimique. Nous ’réfuterons dans ce mémoire, par les principes de l'anatomie et de la physiologie, l'explication des affinités chimiques, | -pour ce qui concerne l'analyse de nos fonctions: nous bannirons également de la pratique médi- -cale, la théorie exclusive de l'irritation ou dn solidis: en nous bornant exclusivement à l'obserie exacte des maladies. |

Quelqnes contemporains ont beaucoup repro- -ché à Galien de s'être exprimé, d'après Hippocrato, avec trop de franchise sur les diverses qualités

des humeurs, qui néanmoins sont toutes sous ladépendance de la circulation générale. Il auroit sans doute mieux valu, pour déguiser la vérité, ne point parler aux oreilles chastes, ni de bile, ni de sang, n1 de pituite, ni d’atrabile, puisque la théorie moderne , fondée sur la chimie, n’admet point le mélange accidentel des humeurs, et leur crudité; par conséquent ilne peut plus être question 1ci de la coction, ni des crises sur lesquelles roule néanmoins presque toute la doctrine d'Hippocrate : celle-c1 reconnoit des humeurs dégénérées , et même la décomposition du sang; la présence de la bile dans ce fluide, et celle de la pituite.et de Fatrabile dans les urines et les déjections; et aussi des sueurs, des hémorrhagies et des dépôts critiques par défaut d’assimilation des humeurs et de décomposition du sang. Nous admettons encore dans la doctrine d'Hippocrate les diathèses sanguine, pituiteuse, bilieuse, atrabilaire, purulente, cancéreuse, vénérienne, scorbutique , scrophuleuse, dartreuse, etc. etc. Les voies de dépuration des différentes humeurs sont invariablement le tissu cellulaire, les glandes, les follicules sébacés, les canaux sécréteurs et-excréteurs, les vaisseaux sanguins et lymphatiques. On parvient ainsi à expliquer la déhitescence subite et la métastase , les abcès , les apostèmes, à la suite de répercussion de la gale, des dartres et de la goutte. n'en est pas tout-à-fait de même dans la théorie moderne : les fluides ne jouent aucun rôle dans

(5) l'économie ; tout se borne à l'irritation ou au spasme des organes. En effet, la chimie ne fait aucune distinction des qualités du sang d’un scorbutique , et d’un jeune homme sain et vigoureux: il importe peu que l'inflammation soit générale ou locale ; qu'elle soit occasionnée par la bile ou par le sang; et d'autre part la théorie de l’irritation bouleverse tellement les principes de l’art de guérir, que le traitement des maladies est alors soumis à tous les écarts de la sensibilité! Il s'en faut bien cependant que les découvertes chimiques aient le pouvoir, comme on le prétend, de changer entièrement la face des sciences; elles n’expliquent point

du tout les causes des affections morbifiques. La

surabondance des humeurs est admise dans la théorie de l'irritation; mais on nie la décomposi-

tion du sang et des humeurs, leurs bonnes ou mau-

vaises qualités, et leurs acrimonies. Les solides jouent le rôle principal dans toutes les maladies: mais lorsque la sensibilité est très-exaltée, il n’y a point d'évacuations : d'ailleurs celles-ci ne sont-elles point en rapport avec les crises et la périodicité des fièvres ? Au contraire , les crises sont ici des êtres de raison : les hémorrhagies à la fin des fièvres putrides, qu'elles terininent sans retour; la dysenterie, les parotides et les dépôts, qui arrivent si souvent dans ce genre de maladies; les urines purulentes , chargées de mucosités dans les fièvres dites pituiteuses; les selles chargées de glaires ou même de pus sans | À 3

lésion des intestins, ni de la vessie: les sueurs, les déjections et les vomissemens de bile } notamment à la fin des fièvres bilieuses; enfin les phéno: mènes critiques concomitans qui se passent sous nos yeux dans un temps déterminé, que l’on peut prévoir par la seule observation: voilà, di: sons-nous, l'extrême différence qu'il y a entre la théorie moderne , qui ne tient compte que de Virritation bornée aux seuls organes aflectés, et la doctrine d'Hippocrate , qui reconnoît les diverses qualités des humeurs, indépendamment de l'irritation des solides; les crises et les mouvemens critiques sous la dépendance desquels sont les humeurs qui proviennent toutes de la circulation générale.

Ces principes une fois établis , il est difficile de ne pas reconnoître la vérité des sentences d'Hippocrate; mais si l’on s’en rapporte à des explicatious purement hypothétiques, on finit par ne plus s'entendre même surles premiers principes de Part.

On a fait l'analyse chimique de nos humeurs, et cette découverte a donné lieu à des explications qui renversent les lois de lasensibilité pour lexpliation des phénomènes morbifiques; enfin, dans le délire des compositions et des affinités chimiques, on a bien osé hasarder la proposition de faire artificiellement du sang. La bile n'a jamais, dit-on, pu s’introduire dans le torrent de la circulation; les humeurs ne se putréfient jamais dans le corps vivant; donc, il ne faut reeonnoître ici que lirri-

tation , quoiqu’on ne nie pas queles gaz délétères et le contact ou la contagion puissent développer une sorte de ferment dans nos humeurs au sein même de la circulation, où s'allume bientôt la fièvre; témoins la rougeole, la variole, la vaccine, les fièvres putrides, malignes, les bubons et la peste. Il est évident au moins dans ces maladies, que les humeurs sont spécialement affectées; car, la suppuration et la coction sont ici bien manifestes ; les sueurs ayant une odeur particulière , et surtout les urines et les déjections. L'inoculation et la contagion se développent à l'égal l'une de l’antre dans le système lymphatique, sur les surfaces cutanée , pulmonaire et intestinale; et bientôt se communiquent à la circulation générale. Enfin , si une sorte de ferment n’existoit pas dans les humeurs, soit naturellement, soit accidentellement , on ne pourroit jamais prévenir le développement du germe de la variole, par l'inoculation‘de la vaccine ; jamais les fièvres contagieuses, mile tÿphus, ne feroient de si grands ravages dans les camps, les vaisseaux, les prisons et les armées; jamais il n'y auroit de maladies épidémiques par la constitution dominante des qualités de Fair suivant les saisons; enfin, les différens virus qui attaquent avec une sorte de fureur le: principe vital, et détruisent les solides et les fluides, n'au. roient d'autres résultats que l'inflammation locale, et par conséquent seroient toujours bornés à ja partie affectée: da gale;rles :dartres!, la lèpre; et À 4

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(8) tous les vices de la peau, ne pulluleroïent pas constamment; il n y anroit aucun danger de les faire disparoître sans nulle précaution; l'inflammation, quelle qu'elle soit, ne dépasseroit pas les limites d'un organe : vainement on objectera ici leslois de la sympathie, puisqu’en ayant l'attention de suivre exactement l'indication des symptômes, on seroit assuré de faire cesser à l'instant-même les accidens; et souvent au contraire la fièvre résiste à tous les moyens curatifs, lorsque les premiers symptômes d'irritation ont totalement cessé. Cela est surtout visible dans le cours du typhus et des fièvres continues, où l'on a procuré d’abord des vomissemens ou des évacuations du ventre, par lesvomitifs et les purgatifs. Néanmoins, s’il s’agit d'une fièvre ardente compliquée d'une pleurodynie , ou même d'une pleurésie, celle-ciparcourt régulièrementses périodes, et la pleurésie et la fièvre ne se terminent qu’à une époque simultanée, qui peut encore se prévoir par le changement d'heure et les variations des paroxismes; alors on peut prédire une guérison prochaine. Le travail, quiaccompagne presque toutes les maladies, n’est point un accident qu’on puisse toujours maîtriser : l’altération des humeurs suppose leur assimilation : c’est de celte manière qu'on explique pourquoi la fièvre elle-même est critique. Ce qui se passe tous les jours sous nos yeux, dans le travail de la digestion pour la formation du chyle en ést un exemple bien remarquable. Ce fluide ne peut être assimilé aux hu-

meurs, qu'après avoir reçu une préparation convenable par l'organe de la digestion, et s'être mêlé entièrement au sang. L’anatomie et la physiologie nous démontrent, que la chylification se passe primitivement dans le système des vaisseaux chyleux, qui abondent sur toute la surface des intestins, du mésentère, et que le sang circule dans le foie et la rate, d'une manière particulière. Des humeurs dont la nature est fort différente, savoir : la bile jaune et cystique, et le fluide pancréalique concourent à donner au chyle la limpidité nécessaire ; en un mot, cetordre naturel dans la préparation du chyle, ne peut être interverti sans altérer les autres fonctions ; bientôt le sang, qui puise à cette source ses élémens propres, se dépouille de toutes ses qualités nutritives; 1l noircit et se décompose, même en recevant l'air le plus pur dans les poumons.

Nous venons de prouver que, lorsque la chylification est imparfaite, le sang se décomposoit àla Jongue ainsi que les autres humeurs. La bile cesse d'être propre à la défécation, et les alimens ne subissent plus, quoique soumis à l’action des intestins, la préparation nécessaire pour l’extraction de leurs molécules alibiles ; la nutrition languit, les digestions deviennent de plus en plus imparfaites ; enfin, l’obstruction du foie suffit pour produire tous ces fâcheux résultats par l'interruption de la secrétion de la bile:on voit naître successivement la décoloration de la peau , la

Jenteur des mouvemens, lempâtement, l'infiltration des extrêmités , l'hydropisie et la mort. Les Jongs sièges des villes, où l’on manque des choses les plus nécessaires à la vie, et surtout d’alimens de bonne qualité, ont fourni des exemples effrayans de mortalité, que les médecins observateurs n'ont pas manqué de consigner dans les fastes de la science.

Si nous interrogeons la pratique médicale, nous parviendrons à prouver également que, dans les affections du foie, il est nécessaire surtout de rétablir la sécrétion de la bile; son défaut d'excré: tion dépend quelquefois de l’obstruction des canaux cystiques, cholédoques ou hépatiques. Dans tous les cas, les résultats sont à peu près les mêmes. Cependant l'érysipèle et l'ictère sont quelquefois critiques dans les fièvres : alors la bile se porte à la peau, en suivant la route des vaisseaux Îlÿmphatiques. On voit quelquefois l'ictère à la suite de rétropulsion de la goutte, on d'une dartre située à la surface da derme. De même Férysipèle se jete quelquefois sur le système cutané à l’occa: sion d'une inflannnation du foie. J'ai vu l'ictère devenir critique dans quelques fièvres , et dans la plenrésie : si donc l’érysipèle, au lieu d'attaquer l'organe cutané , se porte sur les parties internes, il en résulte une inflammation plus où moins profonde, et l'on convient généralement qu'il'est d'une sage pratique, de faire cesser à l'instant même les premiers accidens par les révulsifs, par

la saignée et les épispastiques. Ilest done prouvé que la bile peut produire des inflammations externes; soûi mélangé avec le sang, même en se portant à la peau , produit des érysipèles et des dépôts phlezmoneux. Donc, en s'introduisant dans la circulation, elle peut exciter le jeu des vaisseaux et faire naître la fièvre : voilà ce qu'il nous importoit de prouver. Et qu’on ne dise pas que la chimie n’a pas reconnu l'existence de la bile dans lé sang; et qu'en injectant quelques atômes de ce fluide dans les veines, on produit des désordres suivis de la mort. Il a été démontré par de nouvelles expériences, que des injections de bile dans les vaisseaux sanguins , n'ont point effrayé des chimistes plus Hate, qui “BH retrouvé cette humeur dans le torrent de la circulation. Or, disons-nous , il faut bien, si deux fluides sont hétérogènes, qu'ils éprouvent une sorte de mouvement intestin dans leurs molécules qui irritent les vaisseaux sanguins , jusqu'à ce que l'homogénéité de leurs principes soit rétablie par la coction ou l’asshnilation. Aïnsi, les principes de la bile venant: à dominer sur le sang , ils le décomposent. De là, les taches bleues, lividés: et les sangrènes subites, dans les érysipèles phlegmoneux, accompagnés d'ictère. Nous avons été plusieurs fois témoins de cette terminaison fatale , malgré tous les secours de l’art. Ti en sera à peu près de même des fièvres contagtieuses ; si des atômes ou dés

au initi étrangers ; qui s’'échappent des corps

(12) malades, s'introduisent dans la circulation, par absorption, inhalation ou inoculation; les abcès gangréneux et les fièvres malignes subitement mortelles, chez les individus qui ont reçu la contagion, ou qui se sont fait une légère blessure, en disséquant ou en touchant des cadavresinfectés de principes contagieux, ne reconnoiïssent pas une autre source. Nous avons nous-même failli être victime dans une occasion semblable. Voilà donc réellement quelle est l’origine de la fièvre : qu'elle soit continue ou intermittente ou rémittente, cela ne change rien à nos observations. S'il s’agit d’une fièvre pituiteuse, et non contagieuse, il faut admettre encore ici le mélange imparfait des élémens du sang. On voit que cette fièvre attaque particulièrement les tempéramens Jymphatiques ou pituiteux, chez lesquels le serum paroît surtout prédominer, ainsi que le fluide lymphatique ; la pâleur de la peau, et la disposition aux affections chroniques, en sont la preuve. On doit supposer que, la rate ne joue pas un rôle purement passif dans l'économie , surtout pour la digestion. Cet organe est particulièrement affecté dans l'hydropisie : il paroît devoir assimiler la sérosité du sang pour le rendre plus épais, de même que le foie est chargé de sécréter la bile, pour lui donner plus de fluidité. Ainsi, l'excès de sérosité ou de mucosité abonde réellement dans la circulation, lorsque la rate cesse de faire ses fonctions; cela arrive particulièrement

chez les sujets hypocondriaques et chez les filles chlorotiques , à cause de la suppression des menstrues, et du flux hémorroïdal : or, il en résulte toujours la plénitude du système veineux du bas ventre, et, de proche en proche, l’obstruction de la rate, son engorgement, et le reflux du sang dans la veine porte et dans la veine cave. Ainsi l'anatomie nous explique comment il y a surabondance du serum par rapport au caiilot.

La théorie moderne, fondée sur la chimie, n’admet aucun de ces résultats. Hippocrate a remarqué le danger de la péripneumonie chez les sujets qui s’exercent beaucoup; tandis que cette maladie est moins à craindre pour les individus qui font peu d'exercice. La raison en est claire, en ce que , toutes choses égales d’ailleurs, le sang beaucoup plus chaud et beaucoup plus épais chez les jeunes gens et les sujets les plus robustes ,excite une fièvre d'autant plus forte et fait craindre davantage la suppuration. Dans la théorie moderne, le sang inflammatoire et le sang d’un scorbutique ne différent pas par leurs principes chimiques ; néanmoins ces affections morbifiques , dans la nature vivante, ne se ressemblent pas plus que le jour à la nuit. Nous pourrions en dire autant des affections bilieuse et sanguine. {La doctrine des tempéramens, qu’il importe tant d'étudier, ne seroit 101 qu un être de raison; tandis que dans le système d'Hippocrate, c’est la nature elle-même qui l’a créée. Enfin, selon la chimie moderne, le

(14) chyle d'un hydropique et celui d'un sujet bien portant, ne présentent pas de différences sensibles, par rapport à: leurs élémens. Voici encore la nutrition , l’une des fonctions les. plus importantes de l'économie, réduite à un état de nullité. Pour la sangrification, .essentiellement.unie, à la chylification, la chimie reconnoit qu’elle.se passe entièrement. dans le poumon : ainsi le foie, la rate’, le pancréas, les canaux destinés à charrier le chyle , la lymphe et la bile, peuvent être obsirués ou même complètement obturès.; le sang quicontient tous les élémens de la bile, pourra en former.dans le sein de la circulation.et suppléer à sa sécrétion dans le foie ; enfin, 1l suffira que le. sang puisse circuler dans le: poumon ; pour y.acquérir Ja couleur rouge! par l’oxygénation d'un, sulfate de fer, qui probablement étoit blanc dans le chyle. L'acide carbonique se développera librement et s'unira à l'azote: voilà l'origine de l'exhalation aqueuse pulmonaire;,: de la trans: piration cutanée et, de l'obestié: graisseuse; ainsi notre corps ne seroit autre chose qu'un alembic perpétuel. Je dis donc , que les expériences chimiques tentées sur nos humeurs sontinutiles, parce qu on ne peut les faire avec le secoursde la chaleut animale, laquelle entretient la sensibilité.et Pirritabilité d'où dépend la vie des organes ; qu'il nest aucun moyen connu de s'assurer de la nature du fluide. subtil, qui parcourt les nerfs ot anime la circulation : quoique ce fluide res-

CARD semble beaucoup par ses effets, à l'électricité et mieux encore au galvanisme et au magnétisme avec lesquels il a les plus grandes affinités ; par exemple, si un nerf touche un muscle, celui-ci entre de suite en contraction ; donc le nerf est le moteur de la contractilité et de lirritabilité; qu'il résulte encore de la formation même des parties du corps humain , que le cerveau et les nerfs sont non seulement les premières parties développées dans l'organisme animal, mais en core que les autres tissus leur sont évidemment soumis ; que tous vivent et se nourrissent sous l'influence particulière des nerfs et de la circulation , sans en excepter même les humeurs; tellement que, les passions fortes, l'imagination vive, l'électricité, les terreurs profondes, suffisent pour accélérer ou éteindresubitement l'action des nerfs, et suspendre en un moment tous les ressorts qui entretiennent la circulation et la vie. Le sang et les humeurs se décomposent par les mêmes causes qui agissent sur les solides ; il seroit donc superflu d'insister plus longtemps, et d'après des faits plus évidens, pour prouver l'msuffisance et même l'inutilité des expériences chimiques pour la composition des humeurs, puisque celles-ci étant uniquement sous la dépendance dela sensibilité et de la chaleur animale ou du fluide vital ; loin d'être saturées de ce fluide, au inoment des expériences, mais au contraire privées de chaleur, ne sont plus soumises à la sensibilité : donc les ex-

(16) périences chimiques n’ont souvent d'autres résul tats que ceux d’une pure curiosité.

«Cependant nos théories physiques modernes « supposent à ces diverses matières, des facultés « demouvemens comme leur étant propres. Elles « attribuent aux unes celle de repousser ou d'écar- « ter les corps ; aux autres celle de les altérer : « selon ces théories, le calorique est une ma- « tière tellement active en elle-même, c'est-à-dire « par sa nature, qu'en pénétrant les corps elle « repousse de toutesparts leurs parties, les écarte « les unes des autres, et bientôt dilate ces corps, les liquiéfie ou les volatilise après avoir détruit « l’agsrégation de leurs parties, si elle ne peut les « dénaturer entièrement. Le fluide électrique et « le fluide magnétique ont aussi en propre, sui- « vant les mêmes théories, les facultés de repous- « ser, d'altérer, etc. Sans doute, c'est d’après des « faits très-positifs et bien constatés qu'on a établi « comme principes ces résultats d'observation: « Néanmoins ces prétendus principes ne peuvent « être que des erreurs, quoiqu ils soient appuyés « sur des faits certains, parce qu'on n’a pas fait « attention que les facultés du mouvement attri- « buées aux matières que je viens de citer ne sont « qu'accidentelles, que circonstantielles, et non « réellement propres à des matières; enfin, parce « qu'il ne peut être vrai qu'aucune matière, quelle « qu’elle soit, puisse avoir en elle-même du « mouvement, de l’activité : en un mot, la faculté

« de

(a) « de faire quelque chose, sans être douée de la « puissance vitale. | :

« Mais, dira-t on, les fluides cités ne se mon- « trent jamais que . un état d'activité, un état « de pouvoir. Cela se peut; mais que doit-on en « conclure, sinon que nous n'avons de moyens « pour les observer que lorsqu'ils sont dans cet « état?»

Or, ces conelusions, puisées dans un extrait du nouveau dictionnaire d'Histoire naturelle, confirment les nombreuses observations consisnées dans mes ouvrages pour prouver l'iisbih lice des doctrines modernes, et la nécessité d' étudier les sentences d'Hippocrate.

Nous avons prouvé que l'assimilation est purement la conversion d'un fluide imparfait en un autre plus parfait, et homogène d'après les lois de la vie; et que la chaleur innée dont est pourvu le sang, et qui entretient la circulation, suffisoit pour opérer la coction des humeurs. Ainsi les élémens des solides et des fluides se réparent d'eux-mêmes par le fluide circulatoire. On pent encore observer que le pus qui provient du sang se forme par la coction ; on en a la preuve dans les dépôts venus à suppuration à la suite d’une violente contusion, ou même de gangrène par la simple décomposition du sang.

Cependant, d'après les expériences chimiques, le caillot, dans les fièvres inflammatoires et putrides, ne diffère presque pas de lui-même par ses

affinités. Le pus d'un abcès ou d’un ulcère est souvent semblable; et néanmoins l'empyème et. la vomique présentent des résultats bien différens dansla pratique médicale, Enfin, si l'on consulte de préférence les indications de la théorie moderne, qui reconnoit toujours en principe l'excès de sensibilité, comme l'unique cause du spasme et de l’irritation dessolides; les phlegmasies générales'et lo. cales seroient toujours curables, par l’opium , les bains,la saïgnée, les vomitifs ou les purgatifs, sans la moindre distinction du genre,ni des qualités deshurmeurs dominantes, ni de leur acrimonie, ni des différens virus ; la peste même, ne seroit qu'une irritation des glandes ; les hémorrhagies ét les autres évacuations, qui devroient toujours arriver dans le temps de l'invasion, ne seroient jamais critiques à la fin des fièvres. Les tempéramens sanguins , bilieux, atrabilaires ou mélancoliques, pituiteux, ou lymphatiques et les idiosyncrasies, si remarquables dans quelques individus, ne présenteroient communément aucun résultat pour la sûreté de la pratique médicale ; il suffiroit d’apir d’après les lois seules de la sensibilité, et de s’opposer à l'irritation ou à la tension des solides. Tout cela, disons-nous, ne s'accorde pointavec les sages préceptes d'Hippocrate, dont les immortels traités mettent dans la plus grande évidencela certitude de sa doctrine. Nous allons exposer ici, d'après sa méthode, la conduite que doit tenirle médecin lorsqu'il veut étudier les maladies. b

Cxg9 )

Il faut observer soi-même , jour par jour, les phénomènes morbifiques, pour ne point errer au hasard dans le traitement curatif. C'est par l’obser-. vation exacte des maladies, utilement rapprochées Jes unes des autres, qu'il est possible de se former une juste idée de leur nature, de leurs causés et de leurs effets, à raison des tempéramens, des âges, des sexes, des passions, de la contagion, du régime et du genre de vie habituel. Prétendre, que les humeurs ne jouent aucun rôle dans l'écomomie; que l'érysipèle et l'ictère ne sont point ‘engendrés le plus communément parila bile ; niles fièvres inflammatoires par le sang; nile typhus contagieux et les fièvres putrides et malignes par Yaltération dé ce fluide vital; c'est évidemment -se tromper sur la nature de toutes ces affections.

En effet, le sang est rouge et rutilant chez Jes sujets qui boivent beaucoup et font bonne Chère; au contraire, il est noir et chargé de glaires ou de mucosités chez les sujets cacochymes, les vieillards, les hypocondriaquesi@t les filles chlorotiques. La cacochymieetl'hydropisie ne sont ordimairement quelle dernier degré de la dégénération -des fluides, et du déf ut de sécrétion de la bile; quoique , dans certains cas, l’hydropisie et mêiue la cacochymie puissent être guéries par la saignée à cause de la pléthore. À la vérité, le sang devient rouge dans le poumon; mais il achève d'acquérir la consistance convenable par l’action des vaissceaux de xs conservent à ce fluide la chaleur innée

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dont il est animé naturellement , qui peut s'accroîfre par une infinité de causes, et développer ainsi la sensibilité et l’irritabilité à l'excès; d'où résulte la fièvre. Mais, des qualités dn chyle dérive surtout l’exacte composition du sang.

‘Les alimens âcres produisent généralement l’'acrimonie des humeurs ; et l'irritation qui en est la suite, amène étant des hémorrhagies, des sueurs, des diarrhées excessives, la lienterie, et l'hy Hoi. des abcès et des dépots critiques. L’épaississement du chyle, occasionne le carreau ou l’obstruction des glandes, du mésentère chez les nouveau-nés; et chez les adultes, l’obstruction du foie, dela rate et du pancréas. |

Hippocrate observe soigneusement les périodes des maladies, leurs retours et leur durée ; il en distingue le commencement, le milieu et la fin : il nomme ces trois temps bien distincts, l'invasion , la coction et la crise, Toute maladie produit ordinairement l'augmentation des sécrétions et desæxtcrétions, qui deviennent communément critiques. Toute fièvre, excepté l’éphémère, nerveuse ou synoque, saccompagne d'un travail préparatoire pour la coction ou l'assimilation des humeurs, que la nature a soin d'élaborer dans le plus grand nombre de cas, afin de leur préparer une issue convenable par les divers émonctoires ; et, pour cette raison, les organes affectés présentent toujours des signes plus ou moins évidens des progrès dela maladie ; donc on peut

en prévoir la durée et la terminaison , facile ou dangereuse , en consultant les évacuations. Ainsi, l'expectoration , le vomissement , les selles , les urines, les sueurs , les hémorrhagies, le flux menstruel, hémorrhoïdal, l'hématémèse, l’épistaxis, les abcès, les dépôts critiques, l’érysipèle ;" le phlegmon, sont généralement les voies que la nature emploie pour se débarrasser du superflu des humeurs, ou des principes quicausent leur altération.

Les voies de guérison peuvent d’ailleurs être dirigées utilement par l'art, au moyen des signes tirés du pouls, de la langue, de la chaleur et de la couleur de la peau, des yeux, du visage et des autres parties du corps; et aussi de la présence et de la nature des diverses humeurs. Tous les pronostics d'Hippocrate sont fondés sur ces principes. Son école est particulièrement basée sur l'observation des signes diagnostics et pronostics : s’enquérir et guérir, voilà ce que doit se proposer le médecin praticien , à l'exemple d'Hippocrate. |

Le but de toute entreprise doit être déterminé d'avance, bien circonscrit dans son objet, envisagé dans toutes les opérations , toutes les actions qui tendent à y conduire. Lorsque l’on n’a point fixé ce qu'on cherche, ce que l'on veut savoir et où l’on veut parvenir ; tout ce que l’on peut faire n'aboutit à rien. Bien des personnes inscrivent plusieurs fois par jour, pendant une longue suite d'années, tous les phénomènes des maladies, à

des heures déterminées, ét n'ont jamais rien appris Bien d’autres médecins, après Hippocrate, ont aussi observé exactement et noté pendant des siècles, les faits qui se passent journellement sous leurs yeux en médecine, c'est-à-dire, les ef: fets trop souvent désastreux des maladies et surtout des épidémies. Beaucoup d'autres sont dans le même cas. On auroit une annotation semblable de faits de médecine , embrassant même une durée de dix mille années, qu’on n'en sauroit pas davantage. Personne ne voudroit s’enfoncer ou pé= nétrer dans ce dédale de notes et d'observations, sans relation avec les moyens, qui senls peuvent

faire atteindre celui qu'on devroit se proposer. Convaincu du premier fondement de ces réflexions, notre auteur détermine d’abord son but, celui de la médecine dont il vouloit commencer l'édifice ; et il acquit la connoissance des maladies, celle des caractères de chacune d'elles, celle enfin de leur source, des causes qui les produisent, et de celles de ces causes qui amènent dans l’atmosphère d'une région, l'état de chôses essentiel à la formation de chaque sorte d'affection morbifique: Ce but ainsi déterminé, plus d'équivoque ; on ne pourra plus confondre avec la médecine diverses parties de nos recherches concernant les autres sciences accessoires, et qui n'ont réellement avec l'observation aucun rapport réel. On ue pourra plus paroître s'occuper de médecine, lorsqu'on n’a en vue, que des sujets qui n’y tien-

nent ou ne s'yrapportentnullement ; comme ceux dont s’oceupoient les philosophes du temps d'Hippocrate. La possibilité de parvenir à tout butqu on se propose, doit être reconnue avant de rien entreprendre; hors de là, l'entreprise seroit une folie. Hippocrate, pénétré de cette vérité, sentit donc qu il falloit s’assurer par des voies qu'avoue la saine raison, si le but qu'il s'étoit proposé pouvoit être réellement atteint, sinon par lui-même, du moins par ceux ensuite qui emploieroïentlesmoyÿensconvenables; or, pour fonder cette seconde détermination, il s'arrêta aux deux considérations suivantes.

Première considération. Tout mouvement , ou changement quelconque, en un mot, tout phénomène observable dans lecorps humain, dans toute partie sans exception de l’organisme animal, se trouve régi et dirigé par les lois de la vie ou dela sensibilité, et conséquemment toute maladie est subordonnée à ces lois, depuis celles qui constituent les causes les plus éloignées jusqu'à celles qui président immédiatement à l’effectuation du fait ou du phénomène observé. Les premières sont toujours les plus simples, tandis que les dernières sont en général les plus compliquées. Il y a donc hyérarchie dans les lois régissantes, et par là, il y a pour l’homme, possibilité à l’aide de l'observationet de l'étude, de parvenir à la connoissance de ces lois.

Seconde considération. Si les causes premières qui amènent successivement dans l'atmosphère de chaque région du globe, les différens états de

choses propres à la production des maladies, indépendamment des causes individuelles, appartiennent, dans leurs changemens d'action sur le corps humain, à un ordre régulier de changemens ou de variations des phénomènes ou des actions de la vie, c’est-à-dire des fonctions des organes que l'homme connoisse ou soit à portée de connoître; alors la source de chaque sorte de maladiesse trouvera susceptible deui être connue.

Ainsi, fondésurle résultat des deux considérations précédentes, Hippocrate reconnut qu'il y avoit lieu d’entreprendrel'étude de la médecine ; qu'il y avoit possibilité de connoître les premières causes, qui amènent dansl'économie animaleles dif férentes lésions de fonctions, qui favorisent la formation des maladies, et qu’à l'aide des observations de détail, 1l n'étoit pas impossible que l’on parvint jusqu'à assigner lescausesimmédiates desprincipaux faits ou phénomènes morbifiques.Il y avoit donc possibilité d'atteindre le but proposé. Il ne s’agit plus actuellement que de reconnaître quels sont les moyens les plus propres à y faire parvenir.

Les moyens qui peuvent faire atteindre un but quelconque dans toute entreprise, constituent la troisième condition à remplir avant de s'y livrer ; car 1l ne suffit pas d'avoir fixé le but et de s'être assuré de la possibilité d'y parvenir, 1l faut encore déterminer d'avance quels sont les moyens les plus propres à nous y conduire.

Certes, ce ne sera pas en inscrivant régulière

ment et plusieurs fois par jour, les faits médicaux sur des tableaux limités par les mois et les jours, et, sans relation avec les causes principales agissantes; en cumulant progressivement ces tableaux faits pendant des siècles ; en n’étudiant pas, et ne rapportant à rien les observations recueillies, qu'on parviendra à faire la moindre découverte rélativement aux causes qui donnent lieu à la formation des différentes maladies. Cet usage inconsidéré a déjà de l'ancienneté, et son produit constamment réduit à zéro, atteste assez le fondement de cette assertion. Hippocrate conçut donc le projet de déduire des faits déjà observés, les conséquences immédiates dont la fréquence et la régularité devoient lui fournir des axiomes essentiels à la pratique médicale. C’est ainsi qu'il dut concevoir et exécuter son plan des aphorismes ; pour ne parler ici que de l'ouvrage le plus important sorti de la plume de ce célèbre Se dés écrivain.

Au reste, on peut disposer des faits en médecine dans l’ordre suivant.

1°. Faire une annotation des faits et CA.

tions fournis par la pratique médicale, toujours appropriée à l’objet que l'on a en vue; aux besoins de l'étude entreprise , consistant à inscrire ces faits et ces observations sur des tableaux tous jours limités par les caractères les plus prononcés des maladies ; et offrant constammént dans ure colonne en regard des observations déjà inscrites,

( 26.) les principaux points de mutation de la cause agissante reconnue pour celle qui a le plus d'influence sur la marche des phénomènes ou des symptômes, morbifiques, et qui change le plus promptement d'intensité d’action;

2%, Etablir une correspondance médicale aussi étendue et aussi multipliée dans ses rayons qu'il sera possible, afin que, rassemblant au point central de cette correspondance toutes les observations recueillies ailleurs, et les inscrivant sur des tableaux communs ou de comparaison, disposés toujours suivant l’annotation ci-dessus, l’on puisse reconnoître parmi les faits observés ceux qui résultent des modifications produites par les localités ou les causes accidentelles, et les distinguer de ceux qui sont les suites des grandes influences exercées sur les invididus, par les causes plus puissantes de l'atmosphère, ou du régime, des passions, de l'âge, des sexes, du tempérament, des idiosyncrasies; ce qu'il faut toujours avoir soin de distinguer dans la pratique médicale. On est parvenu ainsi à mettre de l'ordre dans les recherches sur la vaccine. Cet exemple nous suffira pour indiquer les mêmes moyens toutes les fois qu'il s'agira de quelque découverte essentielle à la Aer ; et ce plan peut être continué utilement par toutes les sociétés de médecine , surtout à l'égard des épidémies et des maladies contagieuses inconnues ;

3°. Enfin une étude constamment suivie, des

faits observés comparés aux causes supposées capables d'y avoir donné lieu: cette étude doit être partagée en plusieurs ordres de considérations, savoir : en premier lieu, les faits partiouHers à mesure qu'ils sont produits, les comparant à l’état de choses du moment et à celui qui a précédé; en second lieu, l'ensemble des faits divers et simultanés qui contiennent un état de choses distinct ou particulier, le rapportant au point d’action le plus prochain indiqué dans la colonne en regard; en troisième lieu , la disposition générale des différentes sortes de points d'action de la cause principale, comparant cette disposition générale à l'état de choses qui s'offre alors dans l'atmosphère (pour les maladies épidémiques) et sur les individus, pour celles qui sont contagieuses; et multiphant les comparaisons de cette nature avec d'autres dispositions générales, soit analogues, soit opposées, observées en différents lieux et en différentes saisons et en diverses années; on parviendra ainsi à former des tableaux raisonnés de constitutions épidémiques.

Tels sont les trois moyens reconnus par Hippocrate , comme les seuls propres à faire atteindre le but qu’on doit se proposer dans l'étude de la médecine. Ainsi, ayant fixé le butet démontré la possibilité d'obtenir des succès dans l'entreprise, et indiqué les moyens d'y parvenir,il établit une théorie dont les résultats sont toujours soumis à l'ex-

périence.

O: voit qu'il nest point question ici d'aucune des sciences accessoires à la pratique de la médecine ; 1l est évident qu'un médecin doit être préalablement instruit sur les diverses branches de l'histoire naturelle propres à éclairer la pratique médicale. Ainsi je n’exclue point de lenseignement médical, les connoissances générales qui doivent perfectionner l'observation raisonnée des causes et des effets des maladies; c’est évidemment en se rendant compte des causes principales qu'on parviendra à en saisir les moindres détails. Ce plan que je viens d'exposer a trait en grande partie à la nécessité des études nosographiques. Hippocrate a évidemment fait sentir aux médecins l’utiité indispensable de la météorologie, pour la connoissance et la précision en quelque sorte des phénomènes et des changemens atmosphériques.

Ce but est réduit à ses justes moyens approximaüfs dans l’immortel traité des airs, des eaux et des lieux. Voyons d’abord quels éclaircissemens l’on peut tirer des phénomènes atmosphériques.

« En tout temps une moitié entière de la sur- » face du globe est frappée par la lumière du so- » Jeil, en sorte que, par la révolution diurne de » ce globe sur son axe, tous les points de sa sur- » face en reçoivent alternativement l'influence: » or, comme c'est uniquement sur les points » résistans au passage de la lumière directe que » se forme le calorique qu'elle peut produire, que » c’est par le refoulement d’une matière particu-

(29 ) lière qu'elle exécute sur ces points résistans, qu’elle réduit celle-ci à l'état de calorique; et quenfin tout corps transparent qui la laisse entièrement passer, n’en reçoit aucune augmen-

tation de température; il s’en suit qu'ilse forme

continuellement à la surface d’une moitié du globe une énorme quantité de matière réduite à l’état de calorique, matière alors active et qui reprendroit rapidement sa rarité naturelle, si les milleux environnans ne retardoient son

expansion ; il s'ensuit encore qu'une partie de

ce calorique se répand sans cesse dansle globe et y entretient une température à peu près égale et proportionnelle à la distance de ce globe au soleil(les petites variations à son égard tenant aux aphélies et aux périhélies alternatives de la terre ) , tandis que l’autre partie du calorique, formé par la lumière solaire, se répand dans l'atmosphère et y élève la température de la région inférieure; enfin il s'ensuit que la portion de calorique formé que contient cette région inférieure, se levant toujours par l'effet d'une moindre pesanteur que l'air, et se raréfiant de plus en plus à mesure qu’elles’étend, la température des couches atmosphériques diminue progressivement de bas en haut, au point qu’un froid absolu doit exister à la partie supérieure de l'atmosphère, même lorsque le soleil la frappe de toute la force de ses rayons. » Dans ses principaux points d'action, la lune

( 50 ) exerce sur la couche atmosphérique dans 1équelle nous vivons des influences singulières: elle agit sur l'état de l'air de cette couche autrement que par des mouvemens excités, autrement que par des déplacemens du fluide cité, et changé tout-à-coup la disposition du temps, sans qu'on puisse toujours l’attribuer à une mutation dans la direction ou la force du vent.

Cette action produit pour résultats des im-

pressions particulières sur Îles corps vivans, sur les animaux délicats , les sangsues, les araignées , les actinées, sur les personnes foibles, agées, ou très-malades; sur celles qui ont eu de DA EeS blessures ; poses LH

longtemps guéries.

» La considération de SJ Eté cé de certains

points lunaïres n’est assurément pas dépourvüe d'importance pour l’homme dans bien des rap-

ports. Lies médecins surtout y devroient donner plus d'attention. » (La Marck.) 1°. Il faudra donc limiter dans les tableaux

d’observations, les influences solaires et lunaires et leur concordance avec les maladies. |

2°, Inscrire dans une colonne en regard des jours

d'observation; les phénomènes atmosphériques : citant l'heure de leur arrivée; le lunistice annexé au tableau principal ; enfin l'heure du passage du soleil au méridien, laquelle suffira pour 1ndiquer les principaux RU atmosphériques.

Hippocrate ne s'est donc pas trompé en recommandant au médecin, l'étude de la météorologie, relativement au lever et au coucher des Plérades, et de l’arcture ; aux vents étésiens et à la canicule; puisqu'il a indiqué, d'après ces signes observés dans le ciel, les changemens ordinaires des saisons, pour prévoir les constitutions futures des diverses années,

. Ainsi, les traités des Aphorismes, du Pronostic, des Prorrhétics ou prédictions ; des Coaques, des Epidémies, des Airs, des Eaux et des Lieux, du Régime dans les Maladies aiguës, des Humeurs et des Purgatifs , sufliroient pour former des médecins praticiens, même sans le secours des maîtres; et je dirai plus , à l'exclusion des sciences accessoires que l’on a mises de nos jours à contribution, avec une fureur à peu près égale à celle des philosophes du temps d'Hippocrate. Ce célèbre médecin a précisément démontré par ses écrits, que cette marche étoit mauvaise; son principal mérite fut de rectifier les erreurs de ceux qui ne faisoient aucune distinction de l'étude de la médecine, de l'histoire naturelle.

Mais la théorie moderne a bien d’autres prétentions : elle croit devoir se charger de corriger tous les écarts de la nature ; d'en maîtriser les efforts, et de parvenir toujours à l'arrêter dans sa marche: enfin, d'après les nouvelles expériences , si fort vantées par les partisans des nouvelles doctrines, on est conduit à nn septicisme absolu et à une sorte

(52) de mépris pour les sentences de l’oracle de Cos: aussi nos jeunes médecins se soucient fort peu des ouvrages d'Hippocrate , qu’ils auroient même fini par tourner en dérision, si le zèle des professeurs ne s'étoit enfin opposé à cette honteuse défection. En effet, les adversaires d'Hippocrate raisonnent ainsi: si l’on prévient l'irritation, ce sera éviter la coction , et conséquemment la crise, au moins on ne sera pas témoin obligé des chances heureuses ou funestes des maladies. C'étoit aussi le langage d’Asclépiade, de Thémison et de Paracelse ; le premier avoit dit des constitutions épidémiques d'Hippocrate, que c’étoient des méditations sur La mort. Le second avoit réduit toutes les maladies à trois genres: le serré, le /éche et le mixte. Enfin, le troisième avoit brûlé publiquement les livres d'Hippocrate et de Galien. Jamais, comme l’on voit, la pratique médicale n'eut des ennemis plus dangereux : ils ont l'air de l’invoquer, mais c’est pour la faire servir au triomphe de leur système; si les faits ne se plient pas au système, tant pis pour les faits; on les mutile comme le furent jadis leb victimes humaines étendues sur le lit de Procuste. Dans ce genre faux et mixte, qui nest réellement ni de la théorie, ni de la pratique médicale , on peut néanmoins faire briller un grand talent, et dans. certaines circonstances produire un grand effet; car, c'est ainsi que par l'annonce pompeuse d’un nouveau système et des découvertes, on devient chef de secte. L’hérésie se propage avec une rapidité

(55) effrayante, et Îles malheurs s’entassent. Mais; dans tous les temps, des praticiens célèbres ont fait tous leurs efforts pour s'opposer au torrent.

Nous ne pouvons mieux faire, que de joindre notre foible suffrage à celui des chefs ou plutôt des pères de la médecine. Quelques esprits prévenus essaient encore de faire revivre des opinions usées ; voici leurs raisonnemens : les propriétés vitales, sont fortement excitées par l’irritation, quelle qu’en soit la cause ;ilest évident qu'en employant la saignée et surtout les sangsues, pour faire cesser l’'irritation locale, on empêche les progrès du mal. On doit considérer toutes les maladies , comme pouvant devenir nuisibles sans exception ; néanmoins, la pratique médicale prouve que quelques,unes sont critiques, par exemple: la variole, la rougeole, les fièvres exanthématiques.

A ce prix, un élève en médecine pourroit se croire praticien au bout de sixkmois, en examiuant siun malade se plaint de quelque douleur;car,il lui seroit facile d'y remédier aussitôt par la saignée ou par tout autre moyen calmant. Il s’en faut bien cependant , qu'il soit aussi facile qu'on se limagine, de devenir bon médecin après deux ou trois ans d'étude. On n'acquiert que lentement le tact de l'observation; c’est bien ici qu'il faut dire :« La vie est courte , l’art est long ; l'expérience trompeuse, le jugement difficile. » Abandonner les

(54 ) principes d'Hippocrate pour suivre une nouvelle route, c’est vouloir fonder une doctrine quin’offre que vague et incertitude dans la pratique médicale, Parlerai-je des fièvres inflammatoires, où il ne s’agit encore que de J'irritation et de la tension des vaisseaux sanguins , Sans vouloir reconnoître comme cause prochaine des fièvres, nilescaractères particuliers du sang ni la présence de la bile ? Peut-on croire à l'existence de la fièvre bis lieuse, produite par l'irritation, de la région épi: gastrique; ; et aux fièvres pituiteuses qui ont leur siège. dans la membrane muqueuse des intes;:

tins.? Qu'est-ce donc. que l'adynamie et l’ataxie,, sinon des symptomes concomitans, de quelques maladies.? mais quelle, sera la nature des fièvres pestilentielles, produites par l'irritation des nerfs avec des bubons gangréneux, sans affection des. fluides, tandis que ceux-ci.sont néanmoins décomposés où en putréfaction, dans les fièvres putrides et malignes ? Je ne dirai rien des phlegmasies, leur source est encore dans l’irritation., à l’éxclusion de la bile, de même que l'érysipède. etl'ictère; l’un et l’autre seroient une sunple lésion. de fonctions des organes, Ainsi, la croûte inflammatoire du sang; le défaut de consistance de ce: fluide dans le scorbnt etles fièvres putrides ; les sueurs et les urines, qui teignenten jaune le linge dans l’ictère ( quoique la chimie eût dénié l’existence de la bile dans le sang ), la pâleur dela peau dans la cachéxie ; le teint jaune etbrouillé chez

( 39 ) les sujets qui doivent être purgés , à la fin des maladies ou dans la convalescence; la décomposition générale des fluides dans l'hydropisie : en un ‘mot, toutes les qualités du sang, selon qu’il provient d’un bon ou d'un mauvais chyle, en raison. des alimens que l’on prend ; tout cela, disonsnous, n'est point apprécié par la théorie moderne. De plus, les tempéramens, les saisons , les âgeset les climats sont ici à peu près nuls :il suffit que l'on ait à combattre l'irritation, poux ne plus s'inquiéter d'autre chose. Mais ce n’est pas tout : l’acrimonie des humeurs ne sercit ja: mais reconnoissable dans les maladies, quoiqu'on ne puisse nier m1 les dartres, ni les éruptions exanthématiques, ni la maladie pédiculaire, n1 les différens virus, ni les abcès, ni les furoncles, ni les charbons pestilentiels, ni même les légères efflorescences qui paroissent aux lèvres et sont l'effet des révolutions critiques dans iles fièvres. Ce seroient les moindres résultats de la lésion des solides ; mais les sueurs, l'expéctora: tion, le vomissement, les évacuations alviries, les urines , ne devant jamais être critiques, ne présenteroient que des signes incertains : il faudroit en attribuer les variations, et même les caractères ; aux différens degrés d'irritation ; et pourtant ces crises n'ont lieu , que lorsque celle-ci a cessé, surtout à la fin des fièvres, qu'elles terminent le plus souvent. Voilà comment on les nomme critiques, parce qu’elles jugent les | C a

maladies. Toute la doctrine d'Hippocrate roule sur la coction et les crises ; en nier la possibilité, c'est se mettre ouvertement en contradiction avec le père dela médecine, dont les observations sont toutes fondées sur les lois de la nature.

Mais, la gonorrhée virulente seroit, suivant la doctrine moderne, toujours eurable par les calmans et les adoucissans; jamais la maladie vénérienne ne devroit y succéder. Enfin les exostoses, les caries, les ulcères vénériens, cancéreux, dartreux, scorbutiques et écrouelleux qui attaquent même les os; les hémorrhagies qui leur succèdent par érosion, et celles qui proviennent de la pléthore ne reconnoîtroient encore que l'irritation ; ou le relâchement des solides. Parmi ces dernières, les unes sont avec fièvre, les autres sans fièvre; c'est-à-dire, qu'il y a des hémorrhagies actives ou passives, sans aucun vice , ni altération desfluides.

On conçoit bien pour l'élève sans expérience, qu'il lui est fort facile de se croire médecin, après s'être meublé la mémoire avec les noms des maladies; mais lorsqu'il s’agit de pratiquer, les complications se multiplient d'une manière effrayante.

Voyons s'il est possible de procéder d'une manière si décisive dans la pratique de la médecine, sans avoir d'égard ni à la coction, ni aux cerises; et si enfin le système d'enseignement d'Hippocrate ne présente pas une sécurité bien grande pour le genre humain, par des principes sages que l’on ne peut trop inculquer dans la mémoire de nos

(37) | jeunes médecins. Citons un exemple du danger de la médecine du symptôme.

Un jeune étudiant, d’un caractère très-doux, né de parens sains, d’une bonne constitution et d’un embonpoint assez prononcé, fut attaqué d’une fièvre dont le début s’annonça par l’inappétence et un malaise général. Il fut bientôt alité : 1l se plaignit de douleurs à la région épigastrique ; on lui appliqua douze sangsues sur cette région. Il en éprouva un soulagement momentané. Je le vis le septième jour. La langue étoit un peu jaunâtre à la base, mais très-rouge vers la pointe; le pouls médiocrement plein et tendu, avec une douleur frontale ; la peau un peu brûlante et une insomnie continuelle; de plus une toux sèche, mal de gorge et gonflement des amygdales. Le malade

prenoit de légers alimen: et des potages. Mon avis étoit de donner des bouillons et d'entretenir læ

liberté du ventre. On remarquoit une couleur jaunâtre aux ailes du nez avec rougeur des joues. On se décida pour l'éimétique qui fut donné à la dose de deux grains dans deux verrées d’eau : il procura des vomissemens et des évacuations jaunes; mais tous les symptômes s’agsravèrent. Une couleur jaune se manifesta presque aussitôt sur toute la peau; le ventre devint douloureux; il y eut des selles liquides et des coliques sourdes pour lesquelles on prescrivit des adoucissans. La douleur de tête et l’insomnie depuis le commencement furent très-intenses, Une otite aiguë avec

(38) surdité se déclara du côté droit : on appliqua six sangsues de chaque côté de la tête. Les douleurs continuèrent sans relâche passé le quatorzième jour ; le malade rendit beaucoup de sang par les selles. On remarqua que ce fut quatre à cinq jours après une chute qu'il fit de son lit sur le sol : la tête s'embarrassa, les lèvres, la langue et les dents étoient desséchées ; un délire obscur, les traits grippés , l'œil hagard, et de légers mouvemens convulsifs des lèvres et de la face annonçoient les redoublemens de la fièvre matin et soir, avec des soubresauts aux poignets. La douleur de tête devint plus intense. On appliqua nn vésicatoire au cou; le vingtième jour, vésicatoires anx jambes, quinquina émulsionné, le ventre étoit ballonné. Il y eut des coliques presque continuelles et des selles liquides. On prescrivit la décoction blanche de Sydenham; il y eut un peu de soulagement, mais la toux étoit plus humide et devint purulente vers le vingt-septième jour. Il se manifesta aussi un léger écoulement de pus par l'oreille du côté droit, et ensuite du côté gauche, apres la suppression de l'écoulement du côté-droit. On eut recours aux injections; mais la céphalalgie étoit opiniâtre , le délire continuel. Le malade ne pouvoit soutenir sa tête qui étoit constamment penchée à droite. Depuis le commencement, coucher en supination ; environ le trente-cinquième jour, assoupissement profond , décomposition des traits

du visage, convulsions, fâce Hippocratique ; mort le 42. jour ; le malade étoit âgé d'environ 19 ans; il mourut d'épuiseineñt et de consomption.

L’autopsie , prouva une inflammation gangréneuse des gros intestins. On trouva une vomique dans le poumon, ét un épanchement séreux à fa base du cerveau et du cervelet; les membranés cérébrales étoient très-rouges et très-enflaniméés du côté droit; il y avoit aussi des tubercules dans l’autre poumon. Cette observation metenévidence tous lesdéfauts de la théorie de l'irritation, quin'est autre que la-consécration de la médecine du symptôme, la pire de toutes lesméthodes. La diète excessive dèsle commencement etl'application de douze Sangsués à la région ‘ sastrique ont extrémemrent affoibli le malade. On l’a privé ainsi des forcés nécessaires pour pouvoir résister à la coction de

l'humeur morbifique. La maladie étoit le typhus,

sous la forme d'une fièvre ardente , bilieusé. Comment concilier ici les caractères propres à une classification, tandis que la fin se tronve si peu d'accord avec le commencement ? Mais voici dés reproches beaucoup plus graves, relatifs à la pratique médicale : nous nous étaierons ici de l'autorité d'Hippocrate. |

Ce célèbre médecin à annoncé dans le traité

des purgatifs (r) les règles qu'il faut suivre de pré-

Vire

(1) Ce petit Traité se trouve dans la collection de traductions des OEuvres d’ Hippagritss avec le textegrec; pol.

in-19.

(40) férence aux systèmes. Voici ses préceptes. « Ceux » qui, dans le commencement des maladies in- » flammatoires, veulent tout de suite guérir par » les purgatifs, ne parviennent point, comme je l’ai » déjà prouvé dans le traité du régime, à alléger » la partie qui est tendue et enflammée; car ce » qui fait la crudité ne cède point; au contraire » Îles parties saines en état de résister, s’exténuent, » et la foiblesse, s'emparant de tout le corps, la » maladie devient incurable. Il faut s'abstenir » entièrement des purgatifs forts pour ceux qui » sont attaqués d’une fièvre violente, et attendre » Ja rémission de la fièvre; sinon , au moins diffé- » rer pendant quatorze jours ; car ceux qui pren- » nent alors un purgatif, ont le ventre dans un » état d’ardeur qui fait que rien n’est purgé. Alors » la couleur s’altère , et les sujets deviennent icté- » riques ». ( C’est ce qui est arrivé au malade par l'administration imprudente de l’émétique. ) » En » effet, une fois que la bile est mise en mouve- » ment, sans être purgée , le malade ne veut plus » prendre aucun aliment solide ni liquide; il » éprouve un dégoût extrême, et ordinairement » il meurt. » ( Ceci est prouvé par l'observation ci-jointe , qui en suppose un grand nombre d’autres. ) « Il faut avant tout purger Ja bile chez les » bilieux, le phlegme chez les pituiteux , et l’atra- » bile chez les mélancoliques. Si l’on évacue » mal à propos l’une de ces trois humeurs, la purà gation ne sera point telle qu’elle doit être; elle

(41) » entraînera des humeurs qui ne devoient pas » être purgées, et l'on se trompera a cet égard » de deux manières. »

Le sang ne dominoit pas ici sur les autres humeurs, imais la bile seule, ce qui arrive le plus souvent chez les sujets qui font habituellement peu d'exercice. On a fait, à deux reprises difiérentes, deux saignées par les sangsues, à l'occasion de douleurs à la région épigastrique. On a donc ajouté à l’irritation de cette région, en y appliquant des sangsues (1); de plus, on a produit une évacuation artificielle , contraire au caractère de la maladie; ce qui est prévu et condamné dans la doctrine d'Hippocrate ; notamment dans les Aphorismes 111, xx1v et XXV, sect. 1%, et de même par la diète extrême , condamnée par les Aphorismes xvir et xx de cette même section. C’est ici, je crois, le premier exemple de l'application des sentences d'Hippocrate, considérées comme faisant partie d'un code médical, que les médecins de tous les pays doivent consulter avant de prescrire un traitement quelconque. On peut même croire avee une sorte de certitude , que tel a été le but d'Hippocrate, qui

(1) J'ai vu les accidens les plus graves occasionnés par les sangsues ; un tétanos de la mâchoire, après une saignée au cou, et des convulsions subitement mortelles, chez un malade crachant dusangs , après l’application de douze sangsues sur la poitrine.

a voulu réunir en quelques lignes, les préceptes les plus importans dé l’art de guérir. Vouloir s'en écarter, c'est se déclarer en quelque sorte l’ennemi du genre humain ; car, s’il y a des lois pour mettre à l’abri des évènemens la fortune, l'honneur et la réputation des citoyens ; star HE n'y en auroit-il pas pour protéger la santé qui est le plus précieux de tous lés biens? Le plus noble de tous les arts seroitil donc la proie dés systèmes, sans autres règles que celles du caprice ou de la mode ? L'expérience de vingt-deux siècles ne pourroit le disputer en véracité à l'exagération d'une réforme de la médecine , depuis vingt-deux ou vingt-cinq ans ; ensorte que , tout bien*compté, chaque année de découvertes, vaudroit par ellemême, un siècle. Vraiment on ne peut rien de plus modeste ! Une loi de la République, du 4 frimaire an 7, conféroit le titre de médecins, aux élèves âgés de vingt-deux ans, ayant suivi seulement pendant un an, les pansemens ou visites des médecins et chirurgiens des hôpitaux (r).

Prouvons donc l'utilité de la doctrine d’'Hip-

Le

(1) C’est une calamité que les malheurs du temps rendent seuls excusable ; mais loin d’être tolérée , les études médicales ont repris une nouvelle vigueur : à ne manque plus, pour compléter l’enseignement, qu’une chaire EN crate. Je dois à la vérité de déclarer, que la faculté s’est émpressée, au nom de M. le baron re d'accueillir le vœu que j'ai formé depuis long-temps de rétablir le culte d'Hippocrate. Il ne peut donc être ici question, que des auteurs systématiques , qui ont voulu ignorer l’origine de notre

(45 ) pocrate : toujours d'accord avec lui-même, il est auteur d'un système; mais il embrasse toute la nature : la chaleur développe tous les corps; c'est encore la chaleur qui est le principe de la vie et du mouvement. Les fièvres sont dues à l'excès de chaleur interne ou externe dont l'absence absolue est la mort. Le cœur est le premier moteur de cette chaleur innée, principe de l'irritabilité, qui développe à son tour la sensibilité, au moyen des nerfs, des vaisseaux et des muscles. Les humeurs sont soumises à la coction pour leur assimilation; leur défaut de mélange parfait forme la crudité : c’est un état contre nature qui devient la cause des maladies. Les alimens sont des excitans de la chaleur innée ; le chyle en provient etnourrit le sang ; la bile se forme dans le foie, qui est le foyer de la sanguification.

Le chyle se perfectionne dans le poumon, qui reçoit l'air et raffraichit le sang : ce fluide est chaud et humide ; la bile chaude et sèche; l’atrabile froide et sèche; la pituitefroide et humide: de là, les tempéramens au nombre de quatre, le sanguin, le bilieux, le mélancolique ou atrabilaire, et le pituiteux où phlegmatique. Les saisons sont au nombre de quatre, et se rapportent aux quatre âges de la vie. Au premier chef ap-

art pour s’en attribuer toute la gloire, en essayant de détourner l'attention des élèves, de l'étude spéciale du père de la médecine,

partiennent toutes les maladies de l'enfance; au second, celles de la jeunesse; au troisième, les af fections de la virilité, et au quatrième, celles de la vieillesse. Le printemps, l'été, l'automne et l'hiver sont les quatre saisons qui offrent les contrastes les plus remarquables de la chaleur chaude et humide, chaude et sèche, froide et sèche, froide et humide : dans ces mêmes saisons dominent tour-à-tour les quatre humeurs dont je viens de parler ; et les maladies qui y ont rapport exclusivement , auxquelles sont particulièrement annexés les âges et les tempéramens déjà indiqués.

Les sexes sont aussi différens par leur constitution, Les femmes sont d’un tempérament plus humide que les hommes; et les enfans sont d’une constitution opposée à celle des vieillards; les hommes faits ne différent pas moins des jeunesgens. Ce plan est vaste, parfaitement d'accord avec les vues de la nature ; il est impossible , commenous allonsle prouver,d'y rienchanger (1).

Il y a des maladies qui tiennent aux localités ; il y en a d'autres qui appartiennent aux saisons et aux climats; d'autres sont affectées anx tempéramens, et dominent successivement dans les quatre âges de la vie, qui représentent chacun le printemps, l'été, l'automne et l'hiver; d'autres viennent de l'altération des humeurs et de l'ir-

(1) Voyez mes Commentaires sur les trois premières sections des Aphorismes d’'Hippocraie. 1 vol. in-12.

ritation des solides; enfin les alimens dont on fait usage, les eaux que l’on boit, l'air qu'on respire, le sol qu'on habite, le genre de vie, le régime et les passions; voilà les causes habituelles d'une bonne et d’une mauvaise santé. Il y a done des maladies endémiques , épidémiques, et sporadiques, de plénitude on de replétion, de foiblesse ou

d'inanition, et conséquemment, des affections ai- = guës et chroniques. |

Les sentences de l’oracle de Cos, et surtout les Aphorismes , sont destinés à consacrer toutes ces différences, et à indiquer aux jeunes médecins les précautions qu'ils doivent prendre en se vouant de bonne heure à la pratique médicale , afin de leur faire éviter des fautes, que leur inexpérience les porte nécessairement à commettre, lorsqu'ils débutent dans le traitement des maladies; quoique connoissant d'ailleurs fort bienl'anatomie et la physiologie (1). Ainsi, le traité du pronostic fait connoître les signes des maladies aiguës sporadiques. Le premier livre des prorrhétiques a trait aux fièvres aiguës épidémiques; le second livre traite en général du pronostic des affections chroniques. Le traité du régime a rapport au traitement des

(1) J’ai fait remarquer précédemment dans un Mémoire sur l’Origine des Sectes , que les sciences accessoires à la pratique médicale, détournent trop l'attention des élèves, des objets de leurs principales études, qui doit être sur-

tout l’observation la plus exacte des maladies tant internes

qu’extérnes.

(46) maladies aiguës et des phlegmasies, et surtout les épidémies dont les 1°% et les 5m% livres présentent de magnifiques tableaux pour tracer avec méthode et clarté, des constitutions épidémiques. Le traité des humeurs indique les moyens connus du temps d'Hippocrate ; concernant la thérapeutique ; le petit traité des purgatifs prescrit les précautions quil faut avoir avant de faire usage de ces médicamens; enfin le traité des airs, des eaux, et des lieux fait connoître les tempéramens, la plupart des maladies endémiques et épidémiques, leurs caractères aigus et chroniques. Voilà bien réellement un corps de doctrine aussi complet qu ‘on peut le souhaiter.

De nouvelles expériences ne sont point ici absolament nécessaires ; les découvertes n’ont pas toute l'utilité qu'on y attache , souvent par amour propre. Pour comprendre l'origine de l'art de guérir ;1l suffit de posséder les premiers élémens d'anatomie et de physiologie , qui nous font juger aussi les excellentes vues de notre auteur : sa méthode d'observer prévient toutes les objections; il a voulu former des médecins, 1l y a réussi ; c’est un guide sûr, dans quelque pays que ce soit, parce que ses principes ne sont point hypothétiques; ils sont tous fondés sur l'expérience : étayé d’un jugement profond et d'une merveilleuse: sagacité pour deviner toutes les causes des maladies, il est aisé de voir qu'aucun médecin ne posséda mieux qu'Hippocrate, l'art d'analyser les causes

morbifiques; personne mieux que luin'a connu les lois de la sensibilité : il a admis dans son système, la coction des humeurs et les crises, comine le résultat de la chaleur innée qui vivifie le pouvoir vital. On n’agit pas ici témérairement, on se conforme aux vues de la nature, dont on suit toutes les indications, pour la guérison ; l’art. est de les bien saisir; il y a des principes certains.

Aussi la méthode de traitement des maladies, suivant Hippocrate, correspond parfaitement aux vues des plus illustres praticiens. Il fant bien étudier la maladie, avant de la traiter. Tout le monde convient qu'il faut détourner une flu- *ion, dans le commencement, quel qu'en soit le siège; mais qu'une fois formée , par exemple, une pleurésie ou une péripneumonie , il seroit dangereux d'en arrêter le cours; or, vouloir l'empêcher, c'est nuire au malade. Une fièvre synoque et une fièvre bilieuse sont dans la méme catégorie. La saignée ou les vomitifs n'ayant point d’abord réussi au commencement,sont souvent inutiles, ou même dangereux au milieu ou à la fin, de la maladie, ILy a quelques exceptions à cette, théorie : l'érysipèele peut être attaqué, même par les saiguées réitérées, lorsqu'il menace de délire; outre la saignée, H faut quelquefois même avoir recours à l’application réitérée dessangsues, aux pédiluves synapisés , aux ventouses scarifices., et aux vVésicatoires. (1) La saignée du bras est nécessaire et sou-

(1) Tout cela est indiqué sommairement dans le Traité des humeurs d’Hippocrate.

vent indispensable dans les maladies inflammatoires ; lessangsues ne peuvent y suppléer que trèsimparfaitement ; elle est contraire aux affections bibieuses , à moins qu’elles ne soient compliquées avec les phlegmasies. On pent avoir recours à la saignée , tant que les évacuations donnent des signes de crudité ; qu'il y a des douleurs, surtout lorsque l’inflammation menace quelque . organe essentiel à la vie. Il faut de toute nécessité s opposer aux progrès du mal ; les saignées répétées , les pédiluves, les sÿnapismes, et les vésicatoires sont indiqués pour détourner en général les fluxionset les attirer vers des endroits non dangereux. Jamais la saignée ne convient quand les évacuations sont en pleine vigueur.Néanmoins, quand le spasme domine , elle peut les favoriser, ainsi que l’opium, les bains, et les relachans; l'hydropisie guérit quelquefois par ces moyens , particulièrement dansles grossesseset chez lesjeunesgens. Il faut avoir égard aux constitutions des saisons, surtout à celle de l’année, pour prescrire les évacuans qu'il convient de mettre en usage afin de tarir la source du mal; faire attention au: régime , au genre de vie particulier, ‘aux habitudes , aux alimens , à la boisson, aux lieux, aux tempéramens , aux âges , aux climats ; en un mot il semble que tout le système d'Hippocrate, lui ait été inspiré par le Dieu de la médecine, tantil se trouve d'accord avec les vues ‘sages de la nature. Quiconque ne fait aucune at-

tention

(49) tention à ces principes est exposé à errer au hasard, et devient un fléau pour l'humanité.

Ces secours que nous tirons de la chimie, et lesmédicamens quinous sont fournis par les quatre parties du monde depuis la découverte de l’Amérique , voilà l'extrême différence qu'il ya entre nous et Hippocrate, dont les principes ne changent point ; les découvertes doivent au contraire en être une conséquence immédiate ; si on guérit les fièvres.intermittentes avec, le quinquina ; si nous avons des remèdes spécifiques , pour-plusieurs classes et genres de maladies inconnues à Hippocrate; si nous savons nous garantir de la peste , de la variole et des maladies contagieuses et épidémiques, nous ne pouvons nn ee les maladies sporadiques.

Dans le système de quelques med ï suffit d avoir égardau siège du mal, sans remonter à la cause ; tandis que c'est le contraire de la pratique d'Hippocrate, suivant ce principe reçu : Sublaté causd:,, tollitur effectus. On ne fait donc, en n'imitant point ce grand médecin, que consacrer Ja médecine du symptôme, ‘a est la pierre de touche de toutes les sectes. On s'expose ainsi à faire des fautes dont on est témoin, et auxquellesil nest plus possible de remédier dans le cours des maladies. Il est à peu près indifférent, disonsnous, selon le sÿstème moderne , de saigner dans les maladies bilieuses et pituiteuses; de purger dans les inflammatoires et sanguines, et à toutes

(50 ) les époques; d'appliquer des sangsues , même lorsque les accidens augmentent; mais, malheureusement , en agissant ainsi, on se trompe souvent, on tourmente le malade, ou on l'affoiblit par cette méthode imprévoyante.

Je dis donc, qu'Hippocrate a réellement fondé la science médicale par ses ouvrages, destinés à nous, transmettre les principes de sa doctrine : quoique tous ne nous soient pas parvenus 1ntacts, néanmoins, semblables aux livres des sybilles, leur prix n’auroit pas diminué quand il s'en seroit encore moins conservés. Son projet a été de faire tellement concorder les principes de l’art de guérir, qu'ilne fût pas possible d'y faire des fautes, toujours capitales quand 1l s’agit de la vie des hommes. Il a prouvé victorieusement que l'art existe par ses principes fixes et durables, et pour cette raison la médecine Hippocratique convient à tous les pays, c’est-à-dire, qu’elle est universelle.

Mais une réflexion fort simple peut servir làdessus à régler notre jugement : c’est que, nonseulement le siècle le plus poli de la liberté d'Athènes a mis Hippocrate au premier rang des médecins , mais que cette décision a reçu la confirmation la plus authentique que nous connoissions dans la nature des choses humaines, par le consentement unanime de tous les autres peuples, qui, négligeant toutes les productions de ses rivaux et de ses contemporains, nous ont conservé.

(51) ses précieux écrits, comme le plus parfait modèle qui puisse être proposé à l’imitation des hommes; de sorte que, dans un temps aussi éloigné de nous que celuides Héraclides, (la première famille connue des médecins, ) Hippocrate jouissoit si parfaitement de cette réputation universelle , qui est le sceau des vérités, que son nom étoit regardé comme le nom même de la médecine. Comme il avoit trouvé le monde prévenu des plus fausses idées surda théorie de l'art, il prit pour méthode, non d'établir directement ses propres Opinions, mais de réfuter celles d'autrui et d’attaquer les erreurs qui avoient fait le plus de progrès. Cette voie lui avoit paru la plus propre à disposer les hommes au goût de la vérité ou, ce qui en approche le plus, au goût du moins de la probabilité. Ainsi, pendant. qu'il faisoit proféssion de chercher la vérité, il renversoit les systèmes de ceux qui prétendoient à quelque réputation de science, en les engageant dans une suite de questions embarrassantes ; il les réduisoit par l'enchaînement même de leurs réponses, ou de leurs prétendues découvertes, à quelque absurdité sensible qui les mettoit dans l'impossibilité de défendre plus long-temps leurs opinions. Platon, Aristote et leurs partisans, ne s’attachèrent pas exactement à la méthode d'Hippocrate, quoiqu’ils fissent profession de le reconnoître pour leur guide; car, au lieu de cette modestie, qui l'avoit porté à ne rien affirmer quime fût soumis à | D 2

Jobservation et ä se borner, en apparence à de: simples recherches , ils eréèrent nn système d’opinions qu ils transmirent à leurs disciples, comme les principes de leurs sectes; les autres se sont

formées sur le même plan, avant et après Hippocrate. |

La raison qu'il apporta pour sustifier les principes de sa réformation fut cette même obscurité, qui avoit réduit les philosophes ses contemporains à reconnoître modestement leurs doutes. Il fit observer comme eux, que la sphère des sens est étroite, la raison foible, la vie courte (1), la vérité ensevelie dans les ténèbres, l'opinion et lusage en possession de tous les esprits: enfin que tout est couvert d’une épaisse obscurité.Il enseigua par conséquent, qu'il n'y avoit rien dans la nature qui püt être connu si parfaitement que par l'observation; et. que l'erreur et la vérité sans ce guide fidèle, n'avoient point de caractère certain; que rien nétoit si détestable, si téméraire, si scandaleux pour un philosophe, et surtout pour un médecin, que de se former des principes faux ou douteux. Qu'on ne doit rien affirmer d'un ton dogmatique, si lon na interrogé auparavant la raison, et non les habitudes et les appélits des sens, mais l'instinct de chaque organe d'après les lois naturelles. Que dans tous les cas, il faut

(1) Jr Aphorisme,:,

suspendre notre jugement et renoncer aux hypothèses, pour nous borner aux comparaisons les plus probables des faits observés, qui sont le sent terme où les découvertes et le MERE puissent

atteindre. | Entre nous, dit-il encore , et les Énddienes qui prétendent connoître la vérité des choses, sans interroger la nature, il n’y a que cette diférence , qu'ils n’ontaucun doubs de la certitude de leurs opinions, et que nous, au contraire, en reconnoissant des probabilités attestées par des faits comparés, nous n'avons pas la hardiesse de Îles donner pour des découvertes. Cette manière de penser garantit notre jugement de toutes sortes de préjugés, donne aux autres la facilité de juger les mêmes faits, et nous dispense de combattre pour la défense de nos principes; au lieu que les partisans des opinions, et ce qui est encore plus vrai des sectes, se trouvent attachés à certaine doctrine, avant qu'ils aient pu discerner quelle est la meilleure; et, se laissant conduire dès [eur jeunesse par l'autorité d'un ami ou charmer par le premier maître qu'ils entendent, ils portent leurs jugemens sur des choses qu’ils ne connoissent point, et s’attachent avec obstination à l’école où le hasard les a fait entrer.

" Comme l'école d'Hippocrate ne combattoit particulièrement aucune de ses rivales, et qu'elle fut en même temps opposée à toutes les sectes, où platôt qu’elle fat en général l'adversaire des

(54) opinions systématiques ; chaque secte lui donna volontiers aprèselle-même, de préférence à toutes les autres, la seconde place qui lui étoit accordée par ses rivales (1). On peut donc conclure avec assez de raison qu’elle en avoit une fort juste à la première. En effet si l’on jette les yeux sur l’art de guérir après Hippocrate, et si l'on fait réflexion aux plaintes que les plus sages praticiens faisoient eux-mêmes, des difficultés dont ils étoient environnés, et aux disputes qui les divisoient sur les points les plus importans de la science, on reconnoîtra nécessairement que la doctrine d'Hippocrate, fondée sur l'expérience , éclairée par l’observation exacte des symptômes ou des êtres matériels de chaque maladie , est non seulement la plus sensée et la plus modeste, mais la plus propre, par sa manière de raisonner, à découvrir quelques rayons de vérité. Son caractère étoit d'encourager ses doctes disciples dans leurs recherches, d'en pénétrer l’objet jusqu’au fond, afin de remonter à la cause, de balancer la valeur de chaque argument, jusqu'à ce qu’elle en ait trouvé Je véritable poids. C’est ce qui porta Hippocrate dans un âge avancé, et dans toute la maturité de son jugement, à réduire la théorie de la médecine sous la forme d’aphorismes ou d'apophthegmes contenant tous des vérités prouvées par le temps etles# lois naturelles, pour mieux réduire au silence

(1) Celles de Cnide et de Rhodes.

toutes les sectes;aprèsavoir reconnu par une longue expérience, la vanité de toutes les opinions des philosophes , quise vantoient de posséder la vérité et d'être les seuls guides de la vie , perdant enfin l'espérance de les convaincre, 1l se crut trop heureux, pour fruit de toutes ses peines, de leur faire goûter les principes certains de sa doctrine. ;

Il déclare qu'il devoit toute sa réputation non aux opinions des philosophes, mais aux principes nobles et étendus de la nature. En effet , le principal embarras n’est point ici, quand il s’agit de convaincre les adversaires d'Hippocrate, c’est la variété de ses écrits et la différence de leur caractère , qui cause l'incertitude de ses lecteurs ; puisque, sans faire attention à la nature particulière de chaque ouvrage et au rôle qu'il y soutient comme médecin etcomme philosophe, ils croient pouvoir tirer indifféremment ses véritables opinions et de ses écrits légitimes, tous fondés sur la pratique médicale et de ses écrits théoriques, vrais ou supposés; de ses discussions et de ses lettres ; c'est donc aux ouvrages qu'il nous a laissés sur la pratique, qu'il faut recourir immédiatement pour connoître sa doctrine. Ainsi, nous nous sommes attachés particulièrement à traduire ces ouvrages, et à les rassembler pour compléter cette doctrine.

Le dessein général de notre auteur étant moins, d'après ce plan, d'expliquer les principes hypothétiques de la philosophie , que de tracer exac-

. MCCIGE

tement les règles de l'art de guérir et de faire connoître les vrais principes de la médecine, il vouloit donc dansses écrits théoriques, apprendre à ses disciples, ce queles médecins anciens et les philosophes avoient eux-mêmes appris de plus vraisemblable sur chaque point de cette science, afin de les mettre à portée de juger la grande question de la réforme des fausses doctrines, qui pulluloient déjà avec une incroyable et déplorable rapidité. Sur la physique et la philosophie naturelle, il pensoit , comme Socrate, que des recherchestrop détaillées et capables de fixer uniquement notre attention, étoient une étude moinsutile qu'amusante, et qui contribuoit peu à perfectionner l'esprit humain; ce n’est pas qu'il n’eût approfondi les divers systèmes de tous les anciens philosophes, qui s'étoient fait quelque réputation, et qu'il ne l'eût même exprimé dans ses écrits ; mais 1] croyoit qu'il pourroit faire un meilleur usage de son temps, qu'à former de nouvelles opinions ou du moins qu'à les écrire.

Non, je ne crains pas de le dire, l'honneur de la science, celui du siècle, celui même des médecins dont le genre humain attend de si importans services, réclament à grands cris la réhabilitation d'Hippocrate dans nos écoles de médecine. Je pourrois faire un appel au monde savant; mais j'aime à le croire, ce n'est pas au milieu d’une na-

tion si généreuse (1) et si.éminemment cultivée , dans un pays, où des génies élevés et profonds se sont rendus les éloquents ou ingénieux interprètes de la nature, et des sentimens les plus nobles et des vérités les plus consolantes, que les voix intéressées à propager les systèmes étoufferont celles de la raison et de la justice.

Nous terminerons en fäaisant remarquer au sujet de la doctrine d'Hippocrate, se 4 donné naissance à la science de la médecine, ce nest point une croyance qui ait été concertée. Les sayvans ne se sont point donné le mot pour l’éta- blir; leurs sytêmes n’y ont point eu de part. Or, dans quelque matière que ce soit, le consentement de toutesles nations doit se prendre pour loi de la nature; puis donc que le consentement de tous les hommes est la voix de la nature, et que tous, quelque part qu'ils soient , conviennent que l'art de la médecine a été inventé par Hippocrate, il y.a donc quelque chose qui nous y .intéresse. Nous devons aussi nous rendre à cette opinion,d’autant plus volontiers qu'entre les hommes

(a) Le nom de nation, lorsqw’il rappele les idées de protection et de bonheur que les princes doivent à leurs peuples, est un nom sacré parmi les hommes; les vertus et les récompenses devant émaner du trône , comme de leursource naturelle. 'Fout citoyen recommandable par sa naissance et ses talens, a des droits à l'estime du monarque, dont lheureuse influence, ressemble à l'intervention de la divinité, qui répand ses faveurs sur ceux qui en sont les plus dignes.

qui ont le plus d'esprit, le plas de vertus , et qui par conséquent savent le mieux où tend la nature, sont précisément ceux qui se donnent le plus de peine pour mériter l'estime de la postérité , en marchant sur les traces d'Hippocrate. Nous jurons (1) donc que nous suivrons l'exemple et les maximes du divin vieillard; par là, nous nous montrerôns toujours grands et dignes d'une science dont le prix étoit plus connu, et de l’orateur romain et d’un philosophe ancien, qui, dans ses déclamations oratoires résout ainsi la question qu'il se fait :

Qui rend le plus de service à la société ? est-ce la philosophie, qui se distingue par son élévation? elle n'intéresse que peu de personnes. Est-ce lé. loquence ? admirable dans ses effets, elle n’est pas plus avantageuse que préjudiciable. Il n'y a donc que la médecine dont tout le monde ait besoin. Quæritur quis omnibus prosit. Sitphilosophia res summa:ad paucos pertinet.Siteloquentia res adrnirabilis : nec pluribus prodest , quàm nocet. Sola est medicina , qué opus sit omnibus. Quintiliant Declam. 268. Cette opinion étoit-elle aussi celle des nombreux jurisconsultes , qui ont rédigé le code Justinien ? les médecins y étoient désignés avant les grammairiens, les professeurs de belles lettres et les docteurs ès-lois, pour être

(1) Serment d’'Hippocrate, par M. Duval, membre des collége et académie de chirurgie,

(SX

exemptés de toutes les charges publiques. Codex Just. WT de prof. et med. Etil ne faut point s’en étonner quand on voit que Les services que quelques uns ont rendus , leur ont mérité d'avoir des médailles frappées, ou des statues élevées en leur honneur, et surtout d’être appelés du doux nom de père ou de sauveur de la patrie.

Dans cette cause à jamais célèbre, je fais abnégation entière de mes droits personnels ; je plaide la cause de l'humanité : plusieurs académies, jalouses de propager les principes de la doctrine d'Hippocrate, ont consacré , par des actes authentiques, leur vœu solennel, que je crois être celui de tous les médecins, puisqu'il est purement question de remettre le sceptre et la couronne à celui qui en est le plus digne. Or, tous les siècles ont proclamé Hippocrate pour le prince des médecins : que si, parmi les contemporains , nous voulions interroger ceux qui ont médité avec le plus de fruit les sentences de l’oracle de Cos; nous pourrions ajouter une longue liste de leurs noms accolés aux auteurs les plus célèbres : les Baillou , les Duret, les Houllier , les Foës, les Barthès, les Cabanis, les Bosquillon, viendroient au nom de la postérité réclamer et recueillir l'héritage d'Hippocrate; les Corvisart, les le Roux, les Portal, les Chaussier, les Hallé, les Percy, les Desgenettes, sont encore les dignes interprètes . d'Hippocrate; qu’ils se hâtent done, comme ils

‘ (Go) l'ont déjà fait, de nous aider à relev er les autels du dien de la médecine (r).

Il ne s'estagidans ge mémoire, que de la défense d'Hippocrate ; mes observations s'adressent'aux praticiens de tousilés pays : il est facile de juger si ina réclamation d’une chaire pour le maintien du cours spécial de la doctrine d'Hippocrate, con- cerne plutôt mon intérêt personnel, que-celui des élèves ? Je demanderai donc si, c'èst pour moi, où pour nos jeunes médecins , que j'ai traduit Hippocrate ? et de quel côté vient l'instruction ? Ces trois questions une fois résolues, je pense avoir droit à une récompense.

(1) Depuis la publication de mon dernier ouvrage , j'ai apprisavec plaisir que MM. les Professeurs de la faculté exigent des candidats, dans-leur quatrièmeexamen sur l'Hygiène, la connoissance du Traité des Airs , des Eaux et des Lieux, et du Régime dans les maladies aigués d'Hippocrate. Or, qui est interrogé a le droit d’exiger d’être instruit dans un cours spécial ; relatif aux ouvrages d’Hippocrate. Aux termes des anciens réglemens non abrogés de l’Ecole de médecine de Paris, ce cours doit étre professé dans la faculté, seulement en vertu d’une ordonnance royale. Je puis citer celle du 20 juin 1815, quia conféré à M. Moreau, letitre de professeur de Bibliographie médicale ; il suffit donc, pour compléter le nombre des professeurs de la faculté , du consentement de Sa Masesré, dont la volonté a été exprimée sur le même sujet, beat à notre vœu actuel. « Dans les temps « difficiles , les lois les plus sages tombent en oubli, les «devoirs les plus saints sont méconnus : c’est une nouvelle «‘calamité ajoutée à tant d’autres, mais dès que Je calmeest « rétabli, tout doit rentrer dans l’ordre légal et constitu- « tionnel». Circulaire de M.le Garde-des-Sceaux , du 10 fév. 1819;

DE

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