L'ETABUSSEHENT D'UNE FÊTE POUR LES ECOLES
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Mous, MARIE DOMINIQUE-AUGUSTE SIBOUH, parla miséricorde divine et la grâce du Saint* Siège apostolique , Archevêque de Paris ;
Au Clergé et aux Fidèles de notre Diocèse , salut et bénédiction en Notre Seigneur Jésus- Christ.
La Religion et la Science, nos très-chfrs Frères, sont les deux flambeaux qui éclairent le monde , l'un par la lumière surnaturelle dont il illumine l'humanité , pour la faire participer à la vie même de Dieu ; l'autre par la lumière naturelle qui, en formant la raison dans l'homme, rend son esprit capable de connaître et d'admirer les merveilles de la création : et ces deux lumières partent du même foyer, de Dieu , que la sainte Écriture appelle le Père des lumières, duquel descend tout don parfait. Jésus-Christ , le Verbe Dieu , uni avec son Père et le Saint-Esprit, s'appelle lui-même , dans l'Évangile, tout
à la fois la vérité el la vie , la lumière du monde et le pain des intelligences. Ce grand Dieu , l'Être des êtres , le Dieu trois fois saint , est donc la source infinie de la vie, de l'amour, de la perfection , et aussi la source pure et intarrissable de la vérité , de la lumière , de toute connaissance. Il est le Dieu de la Science non moins que le Dieu de la Grâce : Deus Scienliarum Dominus est (1).
Mais si la Religion et la Science ont le même principe, elles ont aussi la même fin , à laquelle elles tendent par des voies diverses, par des moyens différents. Elles sortent de Dieu pour revenir à Dieu , en ramenant l'homme à son ** Créateur, soit par la distribution el l'usage de
* ses grâces , soit par la contemplation et le bon
} emploi de ses œuvres. Rien n'est donc plus na-
turel et plus utile que l'alliance de ces deux grandes choses , données à l'homme par la munificence divine , pour le diriger sûrement à travers les créatures vers sa fin dernière , et harmoniser d'une manière admirable sa destination v temporelle et sa destination céleste.
C'est pourquoi , nos très-chers Frères , c'est un bien grand malheur, le plus grand des mall ' heurs , quand , par une effroyable aberration de
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l'esprit humain , et par les passions et les préjugés qui en sont la suite , la Religion et la Science, au lieu de s'accorder et de se soutenir Tune par l'autre , se divisent et entrent en lutte par leurs doctrines, par leurs enseignements, par leurs institutions. Le dix-huitième siècle a été l'instru~ ment le plus actif de cette déplorable discorde , si fatale aux hommes et aux sociétés de nos jours, et dont nous recueillons encore les tristes fruits. Mais, grâce à la divine Providence, qui se manifeste aujourd'hui d'une manière si merveilleuse dans ces «tendances générales des esprits que les révolutions semblent avoir inclinés du côté des doctrines religieuses , notre siècle est peut-être destiné à faire cesser cette lutte impie, qui a tourné, pour ainsi dire , la puissance et les œuvres de Dieu contre Dieu même; et nous voyons avec joie reparaître de toutes parts le désir, et l'espérance , et les signes de cette grande réconciliation. Plus que jamais, la Religion honore et recherche la Science, et la Science, de son côté , recherche et honore la Religion. Ces deux filles du Ciel comprennent qu'elles doivent vivre en sœurs , et qu'elles trouveront l'une et l'autre des forces nouvelles et d'admirables avantages dans leur fraternelle union.
Pontife de ce grand diocèse, et ainsi chef de la Religion dans cette ville magnifique, qu'on peut regarder à juste titre comme la capitale des
Sciences et des Arts, par le grand nombre de chaires qui répandent la Lumière , par la mulli-
J tude des savants illustres qui enseignent le monde,
nous avons toujours eu à cœur de travailler de toutes nos forces, et selon nos moyens, à cet heureux rapprochement, à cette fusion si désirable;
11 et c'est pourquoi, dès le commencement de notre
épiscopat, nous avons encouragé et étendu l'école des hautes études, fondée dans l'ancien couvent des Carmes par notre vénérable prédécesseur ; et nous avons voulu que les jeunes lévites, dont la doctrine sacrée est la première étude, poursuivissent aussi les titres glorieux que confèrent les facultés, des lettres et des sciences. Chaque année ils ont conquis des grades dans l'une et l'autre de ces deux facultés. Aujourd'hui, s'il plait à Dieu de continuer à bénir nos projets, cette école va devenir une riche pépinière de professeurs, où nos vénérables collègues dans l'épiscopat, pourront trouver à leur gré des hommes tout à fait capables pour les diverses branches de l'enseignement ecclésiastique. Cette année, nous nous proposons de diriger plusieurs de nos élèves vers les études de Droit. Ils fréquenteront les cours de cette faculté, ils en subiront les épreuves, ils en prendront les grades : ils puiseront ainsi de grands secours , pour la Science sacrée , dans une étude sérieuse de la jurisprudence, qui doit tant elle-même à la théologie et au droit-canon. Quelques élèves qui ont
Je viens d'apprendre par M* l'évêque d'Orléans qu'il avait le projet de faire une seconde édition de sa brochure, et qu'il aurait la bonté de prendre en considération mes observations , et d'y répondre luimôme. Je me décide donc à faire imprimer cette lettre. J'espère que ceux qui prendront la peine de la lire la jugeront avec autant d'indulgence que le vénérable auteur auquel elle est adressée.
Paris, le 20 octobre 1854.
dication, enrichir aussi leur esprit de tous les trésors des sciences et des lettres, que leur fournissent en si grande abondance les institutions scientifiques, et les cours publics qui les entourent. Nous avons même le dessein de perfectionner cet institut par de nouvelles mesures qui stimuleront plus vivement le zèle de la science dans le cœur de ces jeunes prêtres, afin qu'ils évangélisent les peuples avec plus d'autorité et de succès.
Cette alliance de la Religion et de la Science nous paraît si désirable , nos très-chers Frères , que nous chercherons par tous les moyens qui sont en notre pouvoir à l'effectuer et à la consolider. À cette fin , nous avons résolu d'instituer une solennité que nous appellerons la Fête des Écoles, et qui sera célébrée chaque année, le dimanche qui précède l'Avent, dans l'église de Sainte-Geneviève , sous le patronage d'un saint illustré par la Science.
Nous convierons à cette solennité tous les chefs de l'instruction publique et privée , toutes les notabilités de la science, des lettres et de l'enseignement, les professeurs, les instituteurs, tous les élevés des écoles supérieures et spéciales , et les élèves les plus distingués des lycées et des institutions. Les Beaux-Arts eux-mêmes, la poésie, pourront nous prêter leur concours et
relever l'éclat de cette fête. L'immensité du temple nous permettra de réunir beaucoup de monde, et ce nous sera une grande joie que d'être entouré des représentanls de la Science à tous les degrés.
Là, après le saint Sacrifice, que nous offrirons spécialement à l'intention de l'union toujours plus intime de la Religion et de la Science , l'un de nos orateurs sacrés prononcera, devant cette assemblée savante, le panégyrique d'un saint célèbre dans l'Église par sa grande science ; et pour que le même sujet ne revienne point tous les ans, nous désignerons le saint qui sera , pour cette année, le patron de la solennité, et dont leloge fournira le sujet du discours. Grâce à Dieu, la liste des saints qui ont illustré l'Église et éclairé le monde par leur science est longue, et il nous faudrait bien des années pour Fépuiser. S. Paul, S. I renée, S. Clément d'Alexandrie , S. HUaire , S. Athanase , S. Jean Chrysostôme, S. Basile, S. Grégoire de Nazianze, S. Ambroise, S. Jérôme, S. Augustin, S. Anselme, S. Bon aventure, S. Thomas d'Aquin, nous apparaîtront tour à tour, pour nous apprendre , par les lumières de leurs ouvrages et par les parfums de leurs vertus , que la Foi et la Science, loin d'être contraires, s'éclairent, se fortifient l'une par l'autre, et qu'en s'unissant, elles conduisent infailliblement l'homme à sa fin
dernière , c'est-à-dire à la véritable gloire et au vrai bonheur. Celle année , nous choisissons pour patron de notre fête , saint Augustin dont nous prononcerons nous-mêmc l'éloge.
Nous établissons dans le même but un prix de mille francs, qui sera décerné à l'auteur du meilleur travail sur une question relative aux raporls de la Science et delà Foi. Cette question sera indiquée par nous un an à l'avance. Noam admet irons à concourir les écrivains laïques, aussi bien que les ecclésiastiques. Nous espérons que la pensée d'une fondation pour ce prix sera inspirée à quelque âme chrétienne, et qu'ainsi sera assurée et rendue plus digne de son objet une institution de laquelle nous nous promettons des fruits excellents. Voici le sujet que nous indiquons pour cette année :
De l'influence du Christianisme sur/e droit public européen. .Montrer comment, s'est modifier1 F idée du pouvoir; comment le droit de la guerre a été entendu; comment les principes chrétiens ont pénétré toutes les institutions sociales , et en particulier les institutions judiciaires.
Les mémoires traitant cette importante question devront être déposés au Secrétariat de l'Archevêché à la (in de Septembre. Le prix sera dé-
cerné le jour de la fête des Écoles, après un rapport qui sera lu dans une assemblée d'hommes compétents que nous nous ferons un devoir de réunir à l'Archevêché.
Ecoutez donc notre appel, hommes de la science : nous sommes votre Pasteur, et nous entendons une voix qui s'élève du fond de notre cœur pour vous ! Venez faire hommage de vos lumières au Dieu qui en est la source la plus élevée. La séduction la plus dangereuse pour l'homme qui s'adonne avec ardeur et avec succès aux travaux de l'esprit , c'est d'oublier les relations intimes et nécessaires qui unissent le monde naturel au monde surnaturel; c'est de borner ses méditations aux causes secondes, et de ne s'élever jamais jusqu'au premier principe de qui tout dépend ; c'est de matérialiser la science et de la rendre petite, au lieu de l'agrandir et de la féconder, en la suivant jusqu'au point où elle touche à l'infini. Sachez quelquefois quitter ces objets que vous contemplez et qui vous absorbent peut-être trop. Sans doute , pour les bien connaître, il faut les voir de près et les sonder avec l'application la plus assidue ; mais il y a pourtant à cela un grand péril qu'il faut éviter. Si vos yeux se bornent trop à l'objet particulier qui vous captive , vous parviendrez certainement à le connaître très-bien en lui-même , mais vous courrez risque de ne pas le connaître dans ses
rapports avec le monde surnaturel qui l'environne, qui ne lui est pas étranger, mais qui au contraire le complète merveilleusement, et lui assigne dans le grand ensemble des choses humaines ses véritables proportions et sa véritable place.
Que serait un architecte qui s'enfermerait dans un monument, comme dans un tombeau, sans en sortir jamais pour admirer le ciel qui brille au-dessus, et les magnifiques perspectives au milieu desquelles il est placé!
Venez donc dans le temple de Dieu , qui que vous soyez et quel que soit l'objet de vos investigations : vous trouverez dans la Religion et dans ses sublimes enseignements de quoi agrandir votre esprit ; et puis ne faut-il pas aussi que votre cœur s'élève ? Il tombe quelquefois et se dessèche dans les calculs et dans les rudes labeurs de la science. Venez le rafraîchir et l'émouvoir par les pensées d'en haut. Donnez cet exemple aux jeunes générations qui vous écoutent et que vous formez. Qu'elles apprennent de vous qu'à coté du monde physique, il y a un monde moral, et par delàtout ce qui est créé, le règne éternel des choses invisibles, ce monde incréé auquel notre esprit , livré à ses propres forces , peut en partie atteindre, sans doute , mais que la Foi nous découvre dans toute sa
magnificence , en l'illuminant des plus éclatantes clartés. Venez apprendre ici à n'estimer la science que quand elle marche dans la vie accompagnée de la vertu , et quand elle conduit l'homme de ce monde à Dieu , de la créature au Créateur.
Et vous, ministres de la Religion, que la foi anime, et que te zèle de la maison de Dieu dé* vore , poursuivez , embrassez la science avec ardeur. Gardez-vous de la mépriser, elle vient de Dieu, et sa volonté est que vous la fassiez servir à ses desseins. Il a attaché deux ailes à l'âme , la Science et la Foi, pour qu'elle s'élève plus facilement au Ciel. Sachez vous servir de ce double secours pour atteindre votre fin et la fin du ministère divin que vous exercez parmi les hommes. Si vous savez parler le langage de la science anx hommes qui se sont voués à son culte , il vous. sera bien plus facile de pénétrer dans leur âme et de les. ramener à la Foi.
Une des plus grandes consolations de notre cœur, un des signes pour nous les plus manifestes que Dieu a sur notre société des pensées de miséricorde, c'est cette ardeur plus vive pour les études qui se réveille dans le sein du clergé, en même temps qu'une tendance plus favorable semble faire incliner vers la Religion les savants que les impressions du siècle dernier en avaient éloignés. Ali ! ministres de la Religion , c'est à
nous qu'il appartient de favoriser ce mouvement des esprits , que la main de Dieu leur imprime. Pour cela , mêlons-nous y de plus en plus. Versons sur la science cet arôme de la Religion dont Dieu nous a faits lès dépositaires , et qui doit l'empêcher de se corrompre. Appliquons-nous à démontrer que les formules de la Science n'ont rien de contraires aux formules de la foi ;et que si leur domaine est différent y leur point de depart est le même , ainsi que leur fin. Aimez donc la science, aimez- la pour elle-même, parce qu'elle est belle, parce qu'elle vient de Dieu , parce que , sans elle , il y a des pages du livre de la création que vous ne pouvez plus lire; mais aimez* la surtout pour le secours qu'elle apportera à votre ministère ; aimez-la parce qu'elle sera dans vos mains un levier puissant pour remuer les âmes; aimez-la, rien qu'en comprenant combien elle vous sera utile pour procurer ici-bas la gloire de Dieu et le salut de vos frères.
En conséquence, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
Article I,r. Chaque année , le dimanche qui précède l'Avent, nous célébrerons , dans l'Église de Sainte-Geneviève , la fête des Écoles.
Cette année, exceptionnellement et par suite de circonstances particulières , la fête des Écoles aura heu le 27 Novembre, premier dimanche de TA vent.
Article 11. Une Messe basse, accompagnée de chants, sera dite à raidi précis , elle sera suivie du Panégyrique du saint Docteur, que nous aurons désigné pour Patron de la fête. La cérémonie se terminera par le chant du Te Deurn et la Bénédiction du Sain t-Sacreraent , etc.
Donné à Paris, sous notre seing, le sceau de nos armes, et le contre-seing du Secrétaire de notre Archevêché , le 16 novembre 1853.