hématies 3.627 leucocytes
1 leucocyte par 629 hématies.
24 décembre. — L’état général est toujours le même. Avant-hier, nouvelle hémorrhagie nasale ayant nécessité le tamponnement antérieur. Les pieds sont toujours un peu œdémateux.
Œdème jusqu’à mi-jambes.
30 avril 1880, — La malade quitte l’hôpital dans le même état.
10 août. — Épistaxis droite.
19 août. — La malade revient à Vhôpital.
Vers le 21 août, boutons d’acné sur la jambe droite et sur la figure (la malade a pris les jours précédents de l’iodure de potassium avant de rentrer à l’hôpital). Ces boutons s’entourent d’une extravasation sanguine (purpura), qui gagne toute la jambe. Peau foncée, épaisse, dure.
20 octobre. — Épistaxis très abondante ; gencives fongueuses, saignantes.
Pendant toute la période des mois de novembre et décembre, rien à signaler dans l’état de cette malade.
État de la malade le premier janvier 1881.
Elle présente une maigreur squelettique, la figure ridée et comme ratatinée, les membres grêles avec un ventre énorme.
DE LA DATE
La coloration de la peau est d’un jaune grisâtre, plombé, qui ne ressemble pas à l’ictère biliaire, mais se rapproche plutôt de l’hémaphéisme. Les conjonctives présentent seules une teinte jaune subictérique plus prononcée. L'urine est de coloration jaune normale, un peu foncée mais non hémaphéique ; elle ne contient pas trace d'albumine.
Les jambes sont couvertes d’ecchymoses et de taches purpuriques brunâtres, en voie de résorption, qui ressemblent aux hémorrhagies cutanées scorbutiques. Depuis plusieurs mois, la malade ressent sur la peau des jambes un prurit continuel très pénible, sans éruption, et qu’aucun topique ne peut calmer. Les gencives sont fongueuses et saignantes. Il y a des épistaxis très fréquentes. Les digestions sont mauvaises, la malade a très peu d’appétit et est fréquemment atteinte de vomissements et de diarrhée.
A travers la paroi abdominale , on sent le foie très volumineux
et la rate qui atteint presque la ligne médiane et descend au-dessous de l’ombilic jusqu’à l’épine iliaque antérieure et supérieure.
Rien au cœur ni dans la poitrine.
L examen du sang montre que cette humeur est peu riche en globules, mais que les globules blancs ne sont pas plus nombreux que d’habitude.
17 janvier. — Epistaxis. Gencives fongueuses, promptement modifiées par des attouchements à l’acide chromique.
Le 20 février , la malade fait une chute dans l’escalier, après laquelle elle accuse une vive douleur dans l’épaule et dans l’hypocondre gauche, ce qui fait soupçonner la possibilité d’un épanchement hémorrhagique.
Le 2 mars, elle éprouve, dans la soirée, quelques frissons accompagnés de céphalalgie, toux, nausées, etc.
4 mars. Aggravation des symptômes; râles trachéaux, sueurs abondantes. L’auscultation dénote des râles crépitants, sans souffle, dans tout le poumon droit, en avant comme en arrière.
Fièvre vive, pas d’expectoration.
G mars. — Légère amélioration.
9 mars. — Nouveaux frissons; sueurs profuses; râles crépitants, * surtout dans 1 inspiration, au sommet droit, en avant et en arrière. Nombreux raies crépitants dans le reste de la poitrine. Pas de souffle, pas de matité. Température : 37°, 3.
Diagnostic : Pneumonie du sommet droit, probablement tuberculeuse; le côté gauche est indemne.
28 de L’ÉPITHÉLIOMA PRIMITIF
La malade n’a plus ni douleur ni démangeaisons dans la jambe gauche, ce dont elle se plaignait chaque matin.
& 12 mars. — Même état. Toujours râles sous-crépitants, mêlés de frottements et de bruits anormaux superficiels, qui ne sont pas modifiés par la toux.
15 mars. — Les signes, fournis par l’auscultation, sont les mêmes; on trouve, en arrière, à gauche, un peu de souffle, qu’on pense devoir être dû à une poussée de congestion pulmonaire autour de lésions tuberculeuses.
17 mars. — Toujours râles sous-crépitants à droite. Le souffle a presque disparu au sommet gauche ; l’état général est relativement bon ; les gencives sont fongueuses et saignantes, douloureuses, quelques attouchements à l’acide chromique les modifient promptement.
18 mars. — * Amélioration sensible, frottements pleuiaux sous la clavicule droite (Tuberculose).
19. Sueurs abondantes au moment de la visite du matin. Retentissement de la voix au sommet droit de la poitrine.
21 mars. — Souffle au sommet droit avec râles crépitants fins.
24 mars. — L’examen du sang démontre que les globules blancs sont en très petit nombre, moins nombreux même que dans bien des cas normaux. En avant, sous la clavicule droite, on entend toujours des râles sous-crépitants. Pas d’expectoration.
31 mars. — Même état. Toujours râles sous-crépitants dans
presque toute l’étendue du poumon droit.
3 avrii. Depuis deux jours, la malade éprouve un peu de dysphagie. Même état d’ailleurs.
4 avril. — A la visite du matin, l’état de la malade est le même que les jours précédents. Elle se cacheclise de plus en plus.
5 avril. — Morte à 6 heures du matin presque subitement.
Autopsie 6 avril 1881, à 9 heures du matin.
Amaigrissement extrême; le corps n’a plus littéralement que la
peau et les os.
Teinte jaune grisâtre, plombée ou hémaphéique généralisée. Ecchymoses en voie de résorption sur les jambes, qui sont couvertes de plaques brunâtres.
Cerveau légèrement œdématié; pas de lésions des centres nerveux.
Reins sains, capsules surrénales normales.
Le péricarde contient environ cinquante grammes de sérosité.
Le cœur est flasque, de coloration feuille-morte et semble avoir
I)E LA RATE
subi un commencement de dégénérescence graisseuse. Pas de lésion valvulaire. Quelques noyaux athéromateux à la naissance de l’aorte. Toutes les artères périphériques (y compris celles du cerveau) et surtout les artères radiales sont très athéromateuses. Sur le vivant elles étaient tellement dures, qu’il était très dilficile de sentir le
pouls. ,
Le poumon droit présente des adhérences pleurales généralisées :
il est le siège d’une infiltration tuberculeuse totale avec plusieurs petites cavernes au sommet.
Le poumon gauche est adhérent au diaphragme et renfeime aussi, au sommet, quelques noyaux tuberculeux : pas de cavernes.
La cavité abdominale renferme un épanchement ascitique très peu abondant, dû à une péritonite récente. Et, en effet, le péritoine est parsemé de granulations tuberculeuses miliaires et de noyaux
tuberculeux.
Le foie est très volumineux. Il pèse 3is.,i80sr. Son diamètre transverse est de 35 centimètres, son diamètre vertical de 31 centimètres; son épaisseur de 7 centimètres. Il est dur, cirrhosé, de coloration jaune foncé. Il n'y a pas d’obstacle au cours de la bile; la vésicule biliaire renferme une petite quantité de bile normale.
La rate est très hypertrophiée*. Elle pèse et mesure
37 centimètres de longueur; 23 centimètres de largeur et 10 a H centimètres d’épaisseur. Elle est dure et sclérosée: on peut la couper en tranches minces très résistantes ; il n’y a pas de boue splénique. Sa coloration est normale à l’extérieur; cependant, on remarque à la surface, plusieurs taches blanchâtres irrégulières, qui représentent de petits infarctus superficiels, dus vraisemblablement à la chute que la malade a faite le 20 février. Elle a, d ailleurs, malgré son hypertrophie, et toutes proportions gardées, conserve sa forme, sa place et sa direction habituelles. On trouve au niveau du hile une petite rate supplémentaire du volume d’une noix. A la coupe, la rate présente une couleur uniformément violacée lie de vin, un peu plus pâle qu’à l’ordinaire, et entrecoupée de stries blanchâtres ou grisâtres, qui subdivisent manifestement I organe en une infinité de petits lobules du volume d’une graine de pavot en-
viron.
1. Cette rate a été présentée à la Société anatomique de Paiis, le 8 auil 1881 et déposée au Musée Dupuytren.
DE L’ÉPITHÉLIOMA PRIMITIF
L’hypertrophie des deux principaux viscères, le foie et la rate, forme un contraste remarquable avec le poids total du corps qui présente une émaciation extrême :
Le poids total du corps avec tous les viscères est de 31*, 000 — — sans le foie — 27k,520
sans le foie et sans la rate. 22k,750
OBSERVATIONS RÉSUMÉES, EXTRAITES DES BULLETINS DE LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HÔPITAUX DE PARIS, 24 DÉC. 1862
M. Colin. — Hypertrophie de la rate sans impaludisme , sans fièvre , sans leucémie , sans ascite.
Janvier 1862. — Un jeune soldat entre à l’hôpital pour une douleur dans l’hypocondre gauche, qu’il attribue à une chute faite quelques jours auparavant sur le flanc gauche. Légère teinte ictérique.
A ce moment, l’exploration physique ne permet de reconnaître aucun développement anormal du foie ou de la rate.
Guéri en quinze jours de sa douleur et de son ictère.
Rentré en avril. — Atteint de nouveau d’ictère et de douleur dans 1 hypocondre gauche. On constate alors une hypertrophie de la rate (hauteur de la matité : 16 centimètres) et une légère hypertrophie du foie. — Envoyé à Vichy.
En novembre , troisième séjour. Rate descendant jusqu’à l’ombilic et la crête iliaque, sensible à la palpation et à la vue. Pas cHascite.
Matité hépatique hauteur 14 centimètres. Ictère, qui n’a pas cessé depuis le mois d’avril.
Douleur splénique légère et cachexie. Rien autre.
20 décembre. Symptômes de péritonite aiguë. Mort.
L’autopsie démontre qu’il y a, autour de la rate et limitée par une coque pseudo-membraneuse très épaisse, une vaste collection purulente, qui s’est rompue par deux ouvertures (périsplénite suppurée ouverte lans la cavité péritonéale).
Les fausses membranes qui circonscrivent l’abcès sont unies à la rate par des tractus nombreux.
L enveloppe fibreuse de la rate est épaissie et présente des plaques blanchâtres cartilagineuses.
L’organe splénique pèse lkg., 970. Son tissu est dur et résistant. Il n'est pas fait mention d'examen microscopique.
Le foie pèse 2kg. ,600. Sa consistance est augmentée (foie lardacé); il présente une coloration jaune par ilôts.
M. Colin donne cette observation comme une nouvelle preuve de la solidarité pathologique du foie et de la rate.
Sans affirmer que la chute est le point de départ de l’affection splénique, il lui semble évident, d’après la marche de l’affection, que la lésion de la rate est primitive, et celle du foie consécutive.
À propos de cette observation, MM. Vigla et Moutard-Martin rapportent des faits analogues :
M. Vigla a donné ses soins à un homme atteint d’une hypertrophie de la rate, indépendante de toute autre lésion. A part un peu d’affaiblissement de l’intelligence, la santé était excellente. La rate descendait jusqu’à l’ombilic.
M. Moutard-Martin a observé, à l’hôpital Saint-Antoine, une hypertrophie primitive de la rate sans fièvre, sans leucémie, avec anémie, chez une femme de vingt-deux ans. 11 y avait un peu d’hypertrophie du foie.
La rate descendait jusqu’à la crête iliaque et dépassait la ligne médiane d’au moins trois travers de doigt. Cela durait depuis plusieurs mois. La malade resta trois mois à l’hôpital, sortit et revint au bout d’un an dans le même état. Elle sortit de nouveau et on ne la revit plus.
PARIS. — IMPRIMERIE EMILE MARTINET, RUE MIGNON, ü.