OBSERVATION IV
(Inédite)
(Prise dans le service de M. le Professeur Dubreuilh).
J. R.., ancien instituteur, 84 ans.
Rien à noter dans sa famille.
A l’âge de 8 mois, le malade est tombé dans le feu et s’est fait des brûlures très étendues de la face. Il en est resté de vastes cicatrices qui couvrent le tiers antérieur du cuir chevelu, tout le front, la tempe et la joue droite, le côté droit du menton et une partie du pariétal ; à gauche la brûlure a détruit les deux paupières qui sont ectropiées : il en est résulté la perte de lœil. Le côté gauche du nez a été aussi brûlé, et l'aile a été en partie détruite.
Sur Ie front, la cicatrisation a été très lente à se faire, et ce n'est que vers l’âge .de 6 ans que la cicatrice a commencé à se faire en ce point. Il y a une douzaine d'années environ, une masse cornée s’est développée à la partie supérieure du front.
Le malade est venu une première fois à la consultation en Juil-
LE y DE
let 1906; on trouvait à ce moment toute la région frontale occupée par une cicatrice dure et adhérente au milieu de laquelle sur une surface large de 5 à 6 centimètres, était une accumulation cornée épaisse de 1 à 2 centimètres, de couleur blanc-jaunâtre, modérément adhérente, et dont les parties profondes étaient ramollies, imbibées de liquide louche et fétide. Cet amas corné se laissa détacher sans trop de peine. |
A partir de ce moment, la cicatrice est restée nette pendant deux ans, puis les masses cornées ont commencé à se reproduire, et ont constamment augmenté depuis. On trouve actuellement, au niveau du vertex, une énorme masse cornée dont la base mesure 6 centimètres sur 5, avec une hauteur de 6 centimètres, de couleur brune, faisant corps avec la peau, et comme elle, adhérente au crâne osseux. Cette tumeur s'élève d’une façon abrupte sur le crâne, de sorte que la largeur au sommet est à peu près la même qu’à la base.
La moitié basale, de teinte un.peu plus claire, est perpendiculaire à la peau; la moitié terminale est irrégulièrement bosselée avec des traces de stratifications horizontales, et creusée çà et là de petits pertuis. Cette masse cornée est partout également dure, sonnant sous le choc, et fétide quant à l’odeur.
Autour de la base, surtout en arrière, on trouve quelques amas cornés, épais, rocheux et friables, où il semble se faire des ébauches d’une extension de la corne principale.
Un peu plus en avant, à trois centimètres de cette corne, s’en trouve une autre, de deux centimètres de longueur sur un centimètre de largeur, courbée en avant et reposant sur un îlot de peau rouge et infiltrée. Elle est à moitié arrachée et se laisse enlever sans peine, en laissant une petite ulcération.
Tout le crâne est complètement chauve, aussi glabre que les parties cicatricielles. Sur la joue droite et sur la cicatrice. se trouvent quelques îlots rougeätres, un peu infiltrés, qui paraissent être des ébauches d’épithéliomatisation. Sur le reste de la face et sur les mains, tant sur la peau saine que cicatricielle, il n’y a ni macules pigmentaires, ni varicosités, aucune trace de kéra-
tose sénile. Le malade, du reste, étail instituteur et vivait par