CHAPITRE IV
Anatomie pathologique.
L'examen de la néoplasie qui nous occupe montre qu'il s’agit d’épithélioma pavimenteux lobulé, à globes épidermiques, où cancers cornés (Horn Krebs), ou cancer à cellules épineuses spino-cellulaires (Darier, Krompecher), selon que lon met en évidence quelques-unes des particularités de la néoplasie (voir nos observations VI et XX).
Comme tout épithéliome, il comprend un parenchyme, vie active de la néoplasie, et un stroma conjonctivo-vasculaire qui soutient et nourrit le parenchyme. C’est par ce parenchyme que se crée et se développe la néoplasie ; quant au stroma, formé aux dépens du tissu conjonctivo-vasculaire de la région envahie, il n’a rien de spécifique, il n’a rien de cancéreux. Il est en quelque sorte le produit d’une réaction de défense de la partie irritée, attaquée par le cancer agissant à la manière d’un corps étranger.
Nous allons maintenant envisager la question du terrain sur lequel évolue l’épithélioma.
D'abord, la structure des cicatrices elles-mêmes présentet-elle quelque chose qui puisse expliquer la dégénérescence cancéreuse? Elles sont formées dun épithélium beaucoup | plus mince que celui de la peau saine. Les papilles sont dé-
PARU iii
truiles et ne se reproduisent pas. Le derme et lépiderme au lieu d’être séparés par un ligne presque droite présentent çà et là des bourgeons s’'enfonçant dans le derme. Les glandes, les follicules pileux ont disparu. Les cellules épidermiques de revêtement ont elles-mêmes une structure imparfaite, mal développée, d’où il résulle une vulnérabilité plus grande de cet épiderme. Au-dessous, le tissu même de la cicatrice, tissu fibreux, groupé en travées denses et massives, forme un feutrage à mailles étroites. Les vaisseaux et les nerfs circulent dans ce feutrage peu élastique et contenant de nombreuses cellules arrondies. Le tissu élastique est très peu abondant. Le tissu fibreux, suivant la gravité de la cicatrice, peut s'étendre aux muscles, aux os, rendre celleci adhérente.
Le caractère essentiel de la néoplasie qui nous occupe, c'est d’être exclusivement formée de cellules pavimenteuses à évolution cornée. Le tégument externe est-il intact ou détruit par le cancer ? S’il n’est pas encore ulcéré, une coupe examinée au faible grossissement montre une texture analogue aux ulcérations dites précancéreuses. L’épithélioma envoie dans la profondeur du derme des prolongements irréguliers, souvent ramifiés. Dans les couches épithéliales épaissies, dans les bourgeons pénétrant en profondeur, apparaissent des cellules cornées, agglomérées en globes épidermiques. Si la muqueuse a subi préalablement une altéralion portant sur de grandes surfaces, cette forme de lésions est prédominante ; dans le cas contraire, elle ne sera que transitoire.
Le tissu conjonctif, dans sa réaction de défense, le stroma est tantôt disposé en faisceaux séparant les lobules épithéliaux, tantôt aussi infiltré de cellules épithéliales, signe d’une inflammation déjà intense.
Enfin, le légument est-il ulcéré? C’est à ce degré d’évolution que la néoplasie a pu être étudiée le plus souvent. Les vaisseaux néoformés, à parois trop minces pour l'intensilé de la circulation, sont rompus. L'imperfection de cet