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CATARACTE D'ASSOUAN

Distance de Khartoum 1,796 *"•"

— (ieWady-HaIfa...a48 -

— du Caire 1,945 —

Longueur de la cataracte 5,000", ■

Altitude en amonl -.ai^MCO

— en aval 89", 160

Pente nwiawvft V^, •

Aux abords de la cataracte, îes barques évitent de s'approcher de la rive gauche pour ne pas être saisies par un violent contre-courant qui les renverrait au Sud. Elles utilisent ce phénomène encore inexpliqué lorsque, au lieu de descendre, elles remontent le Nil. Le contrecourant les mène jusque près de Kalabcheh.

Avant de franchir sa dernière cataracte, le fleuve contourne les grandes îles d'Héasi, d'Awad et de Béga; à l'Est de cette dernière, se trouve la belle ile de Philoé, limite extrême que la plupart des voyageurs ne dépassent ftas.

LE NIL ENTRE L'ILE BÉGA ET L.\ RIVE DROITE (au Sud de l'ile de Philoé).

: IS SEPTEMBRR 1

(Plandif !/•> 30.)

Échelle des longueurs -;j-jj

Echelle des hauteurs ■

L'ile de Philoé est entourée de tous côtés par des rochers sombres et enfoncée dans une espèce de golfe, de telle sorte que le Nil semble finir là; l'œil cherche en vain une issue que l'on n'ajHerc.'oit que lorsqu'on a atteint la pointe Nord-Ouest de l'île.

Le chenal existant entre l'île d'Héasi ef la rive gauche est hérissé d'une multitude d'écueils qui l'obstruent totalement. La cataracte proprement dite commence à la pointe Nord de l'ile Awad et se termine au village de Mahatta sur la rive droite.

Si l'on entend par cataracte une cliule du fleuve due à l'afTaissenient de son lit tout entier, phénomène que présentent te Nil Sommerset,

le Bahr-Gebel, le fleuve Bleu et le Takazzé sur quelques points de leur cours, celle d'Assouan, pas plus que les autres ra[)ides qui viennent d'être succinctement décrits, ne mérite ce nom.

Sur une longueur de 10 kilomètres et jusqu'à Assouan, les îles, les îlots et les rochers se succèdent et donnent lieu à de nombreuses cascades, à des ressauts et à des bouillonnements qui ne manquent pas d'une certaine grandeur. Pendant les hautes eaux, ces obstacles disparaissent en partie et forment des rapides que des barques à voile et des vapeurs de 100 à 150 tonneaux j)euvent franchir; à l'étiage, certaines passes sont encore accessibles, mais les Imrques qui s'y aventurent doivent être halées à la montée et guidées à la corde à la descente.

Une tentative malheureuse fut faite, il y a une quarantaine d'années, pour améliorer la navigation dans la cataracte d'Assouan ; dans ce but, on fit sauter plusieurs rochers qui encombraient la passe principale. Cette opération eut pour résultat d'approfondir le chenal, d'en augmenter le courant et de le rendre d'un accès plus difficile. On s'en tint heureusement là. Pratiquée sur une plus grande échelle, l'expérience eût été désastreuse pour l'Égj^pte.

La cataracte d'Assouan est dominée sur la rive droite par un énorme massif rocheux qui s'élève à plus de 2o mètres au-dessus des hautes eaux, où l'on rencontre le grès et le granit quartzeux. Dans un projet d'ensemble présenté en 1873 au gouvernement égyptien, M. l'ingénieur Fowler proposait de trans|K)rter les bateaux du Nil, de l'amont à l'aval de la cataracte, au moyen d'un plan incliné à double |)ente, mais on recula devant les difficultés d'exécution et l'énormité de la dépense ; et le plan incliné fut remplacé par la voie ferrée qui part d'Assouan, contourne le massif à l'Est et aboutit au village Chellal, un peu au-dessus de l'île de Philoé.

C'est également par ce nom de Chellal, que les Nubiens donnent à tous les mpides du Nil, que les indigènes désignent la cataracte d'Assouan. On sait qu'elle forme le point de partage de deux pays et de deux races : au Sud habitent les Barabras ou Iteirbarins, qui diffèrent de couleur, de langage, de mœurs et de costume des hommes vivant à 10 kilomètres en aval et qui sont les Égj^ptiens.

Si l'on consulte les quelques ouvrages [)ubliés jusqu'à ce jour sur le Nil, on constate que la plupart des auteurs ont donné pour Khartoum des altitudes variant entre 420 et 435 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sur sa belle carte des sources du Nil blanc,

Manuel a môme indiqué 465 mètres. Pour Berbère, les altitudes oscillent entre 360 mètres et 432 mètres. Ces différentes cotes ont été obtenues au moyen de mesures barométricfues ; elles sont erronées ainsi qu'on va le démontrer.

Entre Khartoum et Berbère il n'existe qu'un obstacle sérieux, le Sabaloka, et, en amont comme en aval de cette cataracte, la pente moyenne du Nil ne dépasse pas 0"*,09 par kilomètre. Même dans le Sabaloka la déclivité, quoique forte, est inférieure à celle des trois plus grandes cataractes : la quatrième, celle de Tangour, et celle de Wady-Halfa, qui la suivent; cette déclivité n'est que de 0'",61 par kilomètre. D'autre part, des nivellements sérieux effectués le long du Nil et à travers le désert de Korosko et poursuivis les uns jusqu'à Abou-Hamed et Berbère, les autres jusqu'à Chendy, ont donné aux points où il se sont rencontrés des résultats pour ainsi dire identiques. Ces résultats, rapprochés des altitudes indiquées ci-dessus pour Khartoum et Berbère, diffèrent considérablement des premières et sont en contradiction flagrante avec les secondes.

Laissant de côté les altitudes portées sur les cartes des cataractes et figurant au tableaurécapitulatif suivant, dont les chiffres se rapprochent suflîsamment de ceux que nous ont fait connaître les nivellements officiels effectués à diverses époques, pour que l'on puisse en affirmer l'exactitude, et tablant sur la cote de 348"*,10, relevée à Motammeh, en face de Chendy, par la commission du chemin de fer du Soudan, on est forcé de conclure qu'il est impossible que l'altitude de ce point soit inférieure à celle de Berbère, ville qui se trouve à 169 kilomètres plus au Nord. D'un autre côté, en supposant que l'altitude du plan d'eau moyen à Khartoum ne soit môme que de 420 mètres et sachant que le Sabaloka a 48 kilomètres de longueur avec une pente moyenne de 0",64, correspondant à une chute totale de 11 mètres, la différence €ntre les cotes du Nil à Khartoum et à Chendy serait encore, la sixième cataracte non comprise, de 59 mètres, équivalant à une pente kilométrique de0*",311, ce qui est inadmissible. La cote de 400 mètres donnant une pente moyenne de 0",240 est aussi considérablement trop élevée et doit être écartée.

La pente générale du Nil entre Khartoum et Assouan est, entre l'étiage et les hautes eaux, de 0'»,1558 par kilomètre, supérieure à ce qu'elle est pendant l'inondation et inférieure à celle des basses eaux. En effet, lorsque les eaux affluant dans le thalweg ont submergé la presque totaUté des rochers, le plan d'eau général tend de plus en

plus à se régulariser et sa déclivité à s'atténuer. U en est de même du courant qui devient de moins en moins violent aux abords des rapides, tout en augmentant, dans une certaine mesure, dans les parties non accidentées de chaque hief. On estime alors que la pente moyenne du fleuve a un peu moins de 0",I0 par kilomètre. Pendant la décrue, au contraire, le courant faiblit dans les parties libres et s'accélère dans les rapides.

En résumé, le Nil est torrentueux entre les lacs Victoria etAlbert- Nyanza, comme l'est aussi l'Atbara, un de ses plus grands affluents; il est rapide entre le lac Tsana et Khartoum. Mais, depuis les marais du 9® degré jusqu'à Khartoum, c'est un fleuve à faible pente et, entre cette ville et Assouan, ses |x^ntes, réduites par les cataractes et les rapides, sont également faibles. C'est à ce manque de déclivité qu'est dû son merveilleux régime.

Les nombreux obstacles accumulée sur certains points des grands tronçons du Nil et notamment entre la sixième et la première cataracte, sur un [>arcours de 1,800 kilomètres, sont une des plus l)elles conceptions de la nature. Alors que les anciens, dont ils entravaient les pérégrinations vers le Sud, les considéraient toujours comme nuisibles, la science moderne les admire, parce qu'ils sont le complément indispensable du régime qui a créé l'Egypte, dont il n'a cessé depuis d'entretenir la fertilité.

Les lacs d'où s'échappent les sources du Nil et les marais qu'il traverse, dans les régions du 9® degré, sont les puissants régulateurs auxquels on doit les crues périodiques ; mais leur action serait insuffisante si elle n'était complétée par celle des nombreux barrages naturels décrits au cours des pageî\ précédentes. Ces régulateurs complémentaires agissent pendant les crues comme à l'étiage et retiennent une partie de la masse d'eau qui s'échappe sans cesse de l'Equateur et des montagnes d'Ethiopie. Sans les cataractes et les rapides, pour compenser les différences d'altitude, souvent considérables, existant sur de nombreux points de son parcours dans son haut bassin et jusqu'à Assouan, le Nil serait pendant quelques mois un torrent furieux et dévastateur, au lieu d'être le ffeuve béni et toujours impatiemment attendu. A l'étiage, ce ne serait plus qu'un ruisseau coulant paresseusement entre deux rives sablonneuses et désertes.

Moins susceptibles de révolutions et de destruction que les peuples, les plus grandes cités ou les monuments les plus stables, les fleuves

subissent cependant des modifications lentes mais continues, qui altèrent d'abord leur régime et modifient ensuite l'aspect et les caractères spéciaux des contrées qu'ils traversent. Le Nil n'a pas échappé à ces phénomènes naturels ; les roches de ses cataractes, composées d'éléments hétérogènes, sont violemment attaquées par l'acide carbonique apporté dans le Nil proprement dit par les eaux du fleuve Blanc. L'action de cet acide, accéléré par le frottement dynamique des milliards de mètres cubes d'eau qui, depuis des centaines de siècles, s'enfuient chaque année de l'Afrique centrale à la mer, n'a cessé de modifier lentement, mais sans trêve, le profil des cataractes. Quelquesunes même, usées ou emportées, ont depuis longtemps disparu,

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