II AVERTISSEMENT
sent point changé les grandes lignes ni modifié les résultats. Tel qu*il est, il renferme toujours les principales réponses aux questions posées par TAcadémie : il détermine Tinfluence, en général mal comprise, queTinvasion des Barbares exerça tout d*abord sur Tétat de Tesclavage; il suit au delà, parmi les peuples nouveaux, Taction des causes qui, dès Tempire romain, travaillaient à Tabolir ou à le transformer, et marque, pour chacun d'eux, Tépoque où, Tesclavage ancien ayant cessé, le servage de la glèbe reste seul. Si TAcadémie des sciences morales et politiques, en mettant ce sujet au concours» Ta cru digne d*un haut intérêt , ce livre, même sous cette forme sommaire, qui est celle qu'elle a couronnée, méritera sans doute de fixer Tattention du public.
Il rendra, nous le croyons, plus vifs les regrets qu*a laissés • après lui le jenne auteur. Jean Yanoski, né le g mars 181 3, à Lons-le>Sau)nier (Jura) , d*un père polonais et d'une mère française, enlra à Técole normale en j833. Il en sortit en i836 avec le titre d'agrégé, et fut nommé professeur d'histoire à Dijon. Mais sa santé, aiSaiblie par le travail, ne lui permit point d'aller occuper cette chaire. Une autre cause encore, il faut le dire, le retenait a Paris : c'est qu'avant d'enseigner il voulait pousser plus loin ses études. Il put le faire sous les plus illustres maîtres. Élève de M. Michelet h l'école normale, de M. Guérard à l'école des chartes , il obtint successivement d'être attaché en 1837 à M. Augustin Thierry, pour la publication des documents destinés à préparer l'Histoire du tiers état; en i84i, à M. Mignet, pour un travail qui devait se publier au nom de l'Académie des. sciences morales et politiques ; et, on peut le dire à son honneur, tous ceux qu'il eut jamais pour maîtres, il les garda toujours pour amis.
Au milieu de ces soins , il savait trouver du temps pour ses propres travaux. En i83g, il présentait à l'Académie des sciences morales et politiques le mémoire que nous publions;
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et la même année, avant d*en avoir reçu la récompense, il en^ voyait à l'Académie des Inscriptions un autre mémoire qiii obtînt la première médaille dans le concours des antiquitéë tia^ tiôndes: Thistoire desMt7zce5 bourgeoises, qui va paraître dans le prochain volume du recueil ouvert par T Académie aux meil'leurs mémoires des Savants étrangers.
Vers ce temps-là il avait aussi pris la place qui lui était réservée dans l'enseignement. En iSâo^il professa l'histoire au collège Stanislas. En i84i» M. Michelet le choisit entre tous ses élèves pour une mission bien difficile, celle de le suppléer passagèrement au Collège de France. Yanoski prit pour sujet de son cours VHisioire des classes populaires en France, grande étude dont il trouvait les préliniinaires dans son mémoire récemment couronné , et qui l'acbettiinait à la publication du livre projeté. Mais il avait plus consulté son ardeiir que ses forces physiques : sa suppléance avorta par l'excès même du travail qu'il s'imposa pour s'en montrer plus digne. Il vint, déjà malade, ouvrir son cours, et ne descendit de la chaire que pour se faire porter dans son lit, ou il fut^ pendant plusieurs mois-, dans le plus grand péril.
Sa santé ne se rétablit jamais de cette secousse. H rentra pourtant dans l'enseignement des collèges; en i8â5 il fut nommé suppléant, puis second professeur d'histoire an coUégcr Henri IV ( aujourd'hui Napoléon). Habitué à chercher l'histoire aux sources mêmes, il voulait les reiidre familières aux élèves, et savait les mettre à leur portée par des extraits soigneusement choisis et rattachés avec art au texte de ses leçons. C'est pour rendre cette méthode plus accessible à tous, qu'il publia chez MM. Didot un Froissart réduit, par des coupures et des points de raccord habilement ménagés, à un petit volume in-ia. Il ne se reposait d*un travail que par un autre. Il avait inséré dans le National des Lettres sur les Carlovingiens , où il s'inspirait des modèles donnés par Augustin Thierry pour l'époque