LÉON
G"^ Leymery, Jules Malou, De Olea,
Wni O'ShEA,
Duc de San-Lucar, De OsMA, EioLE Pereire, IsaagPereire.
Baron Seillière, Salvador,
MM. Sehprun,
A.-J. Stern.
M. Laulnne, ingénieur en chef des ponts et chaussées, est directeur général.
Les chemins de fer du Nord de l'Espagne concédés à la Compagnie comprennent une ligne continue, de Madrid à la frontière de France, par l'Escurial, Avila, Médina del Campo, Valladolid, Burgos, Vitoria, Tolosa, Saint-Sébastien et Irun, et un embranchement dirigé sur Alar del Rey, qui est complété par un chemin de fer déjà exploité de cette ville à Santander. Leur parcours total est de 729 kilomètres.
128 kilom. de Valladolid à Alar ont été ouverts à la circulation dès le 1** août 1860.
42 kilom. de Valladolid à Médina del -Campo, depuis le 18 septembre 1860.
157 kilom. de San-Chidrian à Médina del Campo, et de Venta de Banos à Burgos et Quintanapalia ont été ouverts en décembre
Ensemble, 827 kilomètres sont en exploitation.
Enfin, le Conseil d'administration annonce que les sections suivantes seront ouvertes :
1° De Madrid à l'Escurial, 50 kilom. au commencement de juin 1861 ;
2° De Quintanapalia à Miranda et Alsasua, 147 kilom., fin de 1861 ;
3^ De TEscurial à San-Chidrian , 101 kilom., fin de 1862; .
a° De Tolosa à Irun, 60 kilom., fin de 1862.
La dépense totale, calculée sur les devis arrêtés après l'exécution d'une partie des travaux, et après la commande de la totalité du matériel fixe et roulant, a été évaluée, par ce .Conseil, à Rx. 783^000,000 00 ou 206,000,000 fr.
La subvention accordée par l'Etat, et payable au fur et mesure de l'exécution des travaux, s'élève à Rx. 213,000,000 00 ou 56,000,000 fr.
Il reste donc à la charge de la Compagnie 150 millions de francs qui sont fournis, savoir: i 00 millions par le capital social, comme if vient d'être dit, et 50 millions par 200,000 obligations émises à 250 fr., mais remboursables à 500 fr. Soit, par kilomètre, 205,700 francs,
qui seront augmentés des intérêts à payer durant la construction.
En outre, il me paraît certain que cette somme sera dépassée d'au moins 3 ou & 0/0 ; car on est obligé de traverser quarante-huit tunnels présentant un développement total de 17 kilomètres, savoir :
1 entre Madrid et TEscurial ;
5 dans la traversée de la sierra Quader-
rama ; 9 entre Burgos et Salvatura; 26 dans la traversée des Pyrénées, entre
Alsasua et Beasain ; 7 entre Beasain et' Irun.
Les terrains expropriés reviennent à 7,000 fr. par kilomètre, soit à 1,400 fr. l'hectare; car il faut 5 hectares par kilomètre, au lieu de li hectares que l'on prend ordinairement en France. On fait en Espagne les voies plus larges, par prévoyance, au cas où de nouvelles inventions le nécessiteraient, et aussi pour leur donner plus d'assiette. Mais en France, l'hectare revient en moyenne à 10,000 fr. au liôu de 1,400 fr., non compris les gares: d'extrémités
lU DE L'ESPAGNE
de lignes. Ainsi, la gare de Paris pour le chemin de Lyon a coûté plusieurs millions de francs pour les terrains seulement (1).
§ 2. — Importance du commerce entre la France et le nord de I*Espagne. — Des colonies de Cuba et de Porto-Rîco.
Le chemin de fer du Nord, à cause de la configuration du pays, est Tune des principales voies de communication pour les relations de la capitale avec des provinces représentant à elles seules plus du quart de la population continentale de l'Espagne, soil 4,400,000 habitants. Il est à remarquer que l'ensemble des populations qui habitent la superficie des six départements que traverse le chemin du Nord de la France ne monte, y compris la moitié du département de Seine- et-Oise, qu'à 3,500,000 habitants. Mais il est. vrai que le chemin français est moins long, et traverse des populations plus industrieuses et plus riches.
(1) Une autre cause d'épargne pour la Compagnie du Nord de l'Espagne, c'est qu'elle trouve dans sa zone des forêts de chênes d'ÎBxcellente qualité, qu'elle emploie pour ses tray^rsea, au lieu de les faire venir à grands frais de fort loin.
Crr DE SES CBElflKS DR PEfi. 115
Le prix peu élevé du fret fera affluer dans les ports de la côte cantabrique les marchandises destinées aux échanges entre la plus grande partie de l'Espagne, les Antilles, TAmérique du Nord, l'Angleterre, les ports français de rOcéan, la Belgique, la Hollande, TAllemagne, la Russie septentrionale, la Suède, etc. Santander, Bilbao et Saint-Sébastien sont destinés à être concurremment les agents de ces échanges pour tout ce qui concerne la Castille et -Madrid; Saiitt-Sébastien et Bilbao continueront de Tétre pour les provinces basques, la Navarre^ l' Aragon, et la Catalogne elle-même, lorsque le réseau des chemins de fer sera complété ; car cette province épargnera du temps et de l'argent en abandonnant une partie de ses relations maritimes avec l'Océan au profit des ports basques. Cette position peut se comparer à celle de Bordeaux vis-à-vis Cette et' Marseille.
Le commerce entre la France et l'Espagne par la frontière de terre a, dès à présent, une importance qui ne pourra que s'accroître rapidement lorsque les voies ferrées seront réunies entre les deux pays. L'importance du port de
Bordeaux et la généralité de ses relations pourront en faire un auxiliaire utile dans beaucoup de cas pour le commerce espagnol; surtout à présent que l'exploitation complète des chemins de fer du Midi tend à y naturaliser des services nombreux et réguliers de bateaux k vapeur pour toutes les destinations de l'Angleterre et du littoral occidental du continent.
Mais ce qu'il y a de plus important pour le chemin de fer du Nord, c'est le commerce de r Espagne avec Cuba et Porto-Rico, qui consiste surtout dans l'importation des denrées coloniales, et l'expédition en retour des farinés et objets manufacturés de la Caslille et des provinces basques.
Ces deux colonies produisent annuellement près de 400,000 tonnes de sucre, 10 à 15,000 tonnes de café, 5 à 6,000 tonnes de tabac ; une partie de plus en plus grande de cette production sera réservée à l'Espagne au fur et à mesure que l'établissement des chemins de fer y développera la richesse et le bien-être. Ce mouvement est entièrement acquis à la côte cantabrique, et se partagera entre ses différents ports; le retour des farines, combiné avec les avanta-
ges de position maritime, ne contribuera pas seul à Ty fixer ; c'est là que Tabondance de la houille sur le littoral, ou sur le parcours vers l'intérieur, fera établir toutes les raffineries de sucre importantes/
§ 3. — De la gare de Madrid. — Cause de la fondation de l'Escuria!. — Que Philippe U a été beaucoup trop vanté dans l'histoire. — Détails sur Valladolid et ses environs. ^ Importance de Bilbao, de Santander et de Saint-Sébastien.
La gare du chemin du Nord à Madrid est près de la porte Saint-Vincent, entre la colline del Principe Pio et la rive gauche du Manzanarès, à portée du riche quartier traversé par la calle Mayor, la Pu(îrta del Sol et la rue d'Alcala ; elle communique avec la ligne d'Alicante par un raihvay de 6 kilomètres qui suit le contour extérieur de la capitale.
Le chemin, en sortant de Madrid, traverse le Manzanarès et atteint TEscurial, palaismonastère bâti par Philippe II, à 10 lieues de Madrid, par suite du vœu qu'il forma le matin de la bataille de Saint-Quentin, en 1557, où il tailla en pièces l'armée française. C'était le 10 août, fête de saint Laurent : voilà pour-
quoi ce palais monastère a. la forme d'un gril, instrument du martyre de ce saint II coûta 5& millions, soit 216 millions de notre temps.
On a beaucoup trop vanté Philippe II, ce roi ignare qui pouvait aisément s'emparer de Paris et de la France entière après la bataille que venaient de gagner ses excellentes troupes (1). Au lieu de le prôner, ses historiens auraient dû indiquer que ce fut lui qui, par ses sottes mesures financières, son despotisme et sa manie de conquérir, commença la décadence de TËspagne. Ce n'était guère qu'un Louis XIY au petit pied.
C'est par Arevalo et Médina del Campo^ du sud au nord, que le chemin va jusqu'à Valladolid. Médina del Campo est une ville de & à 5,000 habitants, au lieu de 70,000 qu'elle comptait jadis ; elle est célèbre par ses foires de draps et de lainages de Cuença, d'Avila et de SégdVie, comme par le commerce des soieries de Tolède et de Séville, des cuirs de Cordoue, des épiceries de Valence et de Lisbonne, des tapisseries et de la cire de Flandre,
(1) rai démontré cette possibilité dans VEsprit de la guerrû^ livre IV, cil, ix,
des papiers et des merceries de France, etc.
11 s'y faisait à chaqae foire pour quelques centaines de millions d affaires.
Yalladolid fut la demeure habituelle d'Isabelle et de Ferdinand, le siège du gouvernement sous Charles-Quint, et le séjour de Philippe II durant les premières années de son règne. Cette ville, qui comptait près de 100,000 habitants, n'en a plus que 25,000.
Le plateau léonais-castillan est très-fertile en grains. Afin d'encourager la culture en facilitant l'exportation, on résolut d'y creuser un èànal qui irait jusqu'aux monts cantabres, et de percer ceux-ci par une route qui aboutirait à Santander. Ce canal, commencé en 1753, in* terrompu souvent, n'est achevé que depuis vingt-quatre ans. Il part de Yalladolid , et finit au pied de la chaîne cantabrique, à Âlar del Bey; sa station principale est à Yalladolid. Entre cette dernière ville et Alar, il a un embranchement de 12 kilomètres sur Palencia, centre de productions de céréales; au-dessus de Palencia il a un second embranchement de 59 kilomètres nommé le Canal de Campos^ qui va au sud-ouest jusqu'à Rioseco, aulre centre de production de grains.
lâO DE L*E$PAGNE
L'influence de ces deux moyens de transport est sensible : les jachères, qui étaient abandonnées aux bruyères et aux troupeaux, se sont couvertes d'épis* En 1855, le plateau avait exporté par Santander 1 million d'hectolitres de céréales;' par Bilbao, 750,000 ; par Saint-Sébastien, 250,000 : en tout 2 millions d'hectolitres. C'est à peu près le cinquième de l'exportation moyenne de toute la Russie pendant la dernière période décennale. Ces blés, dont le prix de revient ne dépasse pas celui des blés russes ou moldaves, sont demandés en Angleterre et en France. Leur qualité les recommande pour la consommation et même pour la semence, puisqu'au lieu de 15 0/0 ils ne perdent que 5 0/0 à la mouture.
Depuis quelques années, le trafic de Santander, de Bilbao et de Saint-Sébastien aug« mente par suite de la sortie des vins, des grains et des farines, ainsi que par le$ arrivages' de la France, de l'Angleterre et des colonies espagnoles. Les chifTrea ci-après, relevés en 1855, expriment la valeur des deux courants d'exportation et d'importation : pour Santander, 79,993,000 fr.; pour Saint-Sébastien,
17,887,000 fn; pour Bilbao, 67,901,000 fr.:
soit ensemble 165,781,000 francs. Imputation faite à la vallée de TEbrë du tiers des affaires de Saint-Sébastien et de Bilbao, il reste pour le Léon, la Vieille-Castille et les cantons bas-' ques, en nombre rond, un total de 137 millions. Or, la même année, les ports qui desservent la Murcie, la \alence et la Nouvelle- Castille, y compris la Manche, ne présentent qu'un total de 70,000 millions, afférent à un groupe de 8,500,000 habitants; tandis que le total des 157 millions est afférent à un groupe de 2,900,000 habitants. Le plateau supérieur et ses dépendances, avec 600,000 habitants de moins, produisent et consomment pour 67 millions de plus.
Santander a une rade abritée, accessible aux bâtiments d'un fort tonnage, la plus fréquentée dans le nord de l'Espagne; d'après le chiffre précédemment énojicé, il en est la troisième place commerciale, n'aj^ant au-dessus de lui que Cadix et Barcelone. Comme Alicante sur la Méditerranée, comme Séville sur l'Océan méridional, à une distance à peu près égale, celle de 500 kilomètres, Santander sera sur
rOcéan septentrional le port de Madrid. C'est encore par Santander, plus directement que par Saint-Sébastien et Bilbao, que le bassin du Duero sera approvisionné. La population se distingue par Faménité de ses mœurs; elle est de 18,000 âmes. Chaque année, la saison des bains de mer y amène un grand nombre de familles de Madrid et de plusieurs autres villes.
A quelques kilomètres d'Alar del Rey se trouve le bassin houiller de TOrbo. La Société générale de Crédit mobilier espagnol y a acquis un charbonnage qui garantit par an 100,000 tonnes de combustible au chemin du Nord, et 20,000 tonnes à l'usine à gaz de Madrid, indépendamment de ce qu'il peut fournir dans cette ville à l'industrie et au chauffage ; le prix des houilles de l'Orbo variera de 35 à kO francs la tonne. Ces mines , reconnues depuis un demi-siècle, mais exploitées depuis peu, appartiennent à une zone houillère qui suit la chaîne cantabrique à l'ouest, et dont la richesse sera' constatée à propos de l'embranchement des Asturies. v
§ /^.^ Façon économique dont les prêtres et les grands d'Espagne nourrissaient autrefois leurs troupeaux. — Que Témigration du nord de l'Europe en ce pays a été pratiqué depuis plus de douze cents ans. — Des grandes choses accomplies par les Castillans. — Déclamation erronée de J.^. Rousseau contre les capitales populeuses. — Formation ancienne de la langue castillane ou espagnole pure. — Cause de Tantique misère des Basques, des Valeociens et des Catalans. — De Tindustrie aujourd'hui ttorissante de ces pays.
Les troupeaux de moutons sont nombreux dans cette contrée. Mais ce qui aurait dû être une source de richesses devint une cause de misère; car dès que la tyrannie eut triomphé en Espagne, ceux appartenant aux princes^ aux grands et à TÉglise eurent le droit de paître librement dans toutes le^ propriétés du paysan et du bourgeois : toute clôture était prohibée ; de sorte que ce sol fertile, sans cesse dévasté, restait presque sans culture. Le rendement annuel en laines de la Yieille-Castille, du Léon et de TËstramadure, est de A. à. 5 millions de kilogrammes; les plus fines proviennent des pâturages de Ségovie et de ceux de Soria. La France, année moyenne, reçoit des laines de l'Espagne pour 7 à 8 millions de francs, dont près du tiers entre par Bayonne. L'industrie lainière a ses ateliers à Soria, à Ségovie, à
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Âvila, à Médina del Cainpo, à Yalladolid, à
Palencia, à Burgos et à Santander.
Le climat du nord de l'Espagne convient parfaitement aux habitants de la Belgique, du nord, de l'est et du centre de la France, qui manquent de terre en leur pays, et qui, si le climat de l'Afrique leur est pernicieux, fonderaient de riches colonies en Espagne. Les hommes du nord en ont donné l'exemple dans les premiers siècles de l'ère chrétienne. En Espagne comme en France, les communes de Castille se coalisèrent avec la royauté contre l'aristocratie féodale, abaissée à leur profit ; tandis qu'en Aragon les communes et l'aristocratie se coalisèrent contre la royauté. Mais celle*ci, comme en France, l'emporta par la force de l'unité. Llnquisition, moyen plus royal que religieux, y aida singulièrement dans ce pays exalté et superstitieux. La centralisation fut complète depuis l'avènement des Bourbons.
Ce sont tes Castillans qui ont autrefois élevé l'Espagne à sa grandeur, et l'ont mise en relation avec la France et les autres pays civilisés. De nos jours ils ont institué la monarchie représentative ou libérale. Madrid est devenu une grande
ville. Il faut dans les grands Etats une ville très-populeuse, afin que le foyer des idées et des travaux y soit' puissant : Jean-Jacques Rousseau s'est trompé en déclamant contre Paris qu'il surnommait ville de boue et de fumée.
Dès le XVI* siècle la langue castillane ou espagnole pure (1) atteignit sa perfection ou forme définitive, au temps même où Titalièn, c'est-à-dire le toscan, était fixé en prose par Machiavel. Alors, dans tous les autres pays, la langue était à l'état de rudiment et changeait » pour ainsi dire à chaque génération On sait qu'en France elle ne fut formée qu'au xvii® siècle par Corneille et Pascal. Guillem de Castro, Lope de Vega, Cervantes,* Calderon, Marîana jouissent, comme Dante, Pétrarque et Machiavel, . d'une popularité européenne.
Reconnaissons toutefois que si les pays basques, les Valénciens, les Catalans ont été longtemps misérables, ce n'était point leur faute, mais celle du despotisme royal qui les accablait pour satisfaire à la dissipation fainéante des
(1) Les langues dont s*est formé le castillan sont Tancien espagnol, le latin, le goth, l'arabe, le français, Tallemand; mais cette langue est surtout un mélange du latin et de l'arabe. {Hist. gén, de Mariana,)
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Castillans qui l'environnaient, et que ceux-ci avaient tort d'insulter à cette misère.
Le pays basque, composé de trois cantons, est peuplé de 415,000 habitants, dont 97,000 pour l'Alava, 150,000 pour le Guipuscoa , 162,000 pour la Biscaye (1). L'Alava a fait partie de la vallée de l'Ebre, et occupe le versant méridional des monts cantabres jusqu'aux Pyrénées. Le Guipuscoa, plus à Test que l'Alava, occupe le versant septentrional des monts can- ^ tabres, vers le golfe de Gascogne. La Biscaye est enclavée entre les monts cantabres et la mer.
De Miranda de Ebro à Vitoria, le tracé suit la vallée de Zadorra sur 83 kilomètres. C'est sur les limites de l'Alava et du Guipuscoa, entre Alsasua et Villafranca, qu'est compris le passage des Pyrénées. D' Alsasua à Villafranca un premier souterrain de 900 noètres, un second de 2,900 mètres à Oazurza, et plusieurs autres de 200 à âOO mètres, sont nécessaires sur un trajet de 40 kilomètres.
(1) On ne peut donner que des chiffres approximatifs, la statistique étant encore arriérée en Espagne.
Ce territoire montueux est le moins arable de l'Espagne ; mais le commerce et l'industrie y ont toujours été prospères, à cause des privilèges libéraux que les habitants se sont réservés de temps immémorial. Le sol est très-boisé, malgré l'ancienne consommation des forges ; de Vitoria à Saint-Sébastien, une forêt de chênes, de hêtres, de châtaigniers, fournit des bois de construction et du charbon en grande quantité. Le défaut de communications y fait même carboniser de su* perbes arbres propres à la construction, qui désormais serviront à celle-ci ou à la marine. Partout se trouve en ce pays du minerai de fer; depuis six siècles le pays basque exporte du fer et de l'acier fabriqués. C'est surtout dans le Guipuscoa que les établissements métallurgiques sont nombreux. On y compte plus de soixante forges ou fonderies, parmi lesquelles des iiaanufactures d'armes à feu. On voit trois papeteries, une fabrique de papiers peints, troLs corderies, deux fabriques de toiles de lin, trois fabriques de toiles de coton , une fabrique de draps, et neuf tanneries. Aussi la concession du chemin de fer y a été saluée par des acclamations unanimes.
Jusqu'en 1512, la Navarre comprenait les deux versants des Pyrénées; mais elle forma un État séparé du côté de la France. Le côté méridional fut conquis par le roi d'Espagne. Observons ici que jusqu'à Charles-Quint, les rois d'Aragon et de Gastille étaient d'origine française. Les rois d'Espagne, dès le commencement du xviii" siècle, venaient aussi de France ; de sorte que la race autrichienne ne fut pour ainsi dire que de passage en ce beau pays. D'autre part, les deux reines de France les plus célèbres, Blanche de Castille et Anne d'Autriche, venaient deTEspagne.
§ 5. — Détails sur Blanche de Gastille. — De la préToyance d*upe mère. — Anne d'Autriche et M azarin. — Bon mot de Louis XIV. — Que c'est seulement d'aujourd'hui qu'il n'y a plus de Pyrénées. •
Blanche de Castille, fille du roi Alphonse IX, épousa Louis VIII, roi de France. Elle chérissait surtout son fils aîné, qui depuis fut canonisé sous le nom de saint Louis. Elle le nourrissait elle-même avec une tendresse tellement jalouse que, tandis qu'elle était malade, une dame de
la cour ayant donné à teter à cet enfant, Blanche mit le doigt dans la bouche de celui-ci, et lui fit rendre le lait qu'il avait pris. PrétendezvouSj dit-elle, que je souffre quon rrCôie le titre de mère que je tiens de Dieu et de la nature? Elle fut régente du royaume pendant la minorité de son fils, et durant la croisade qu'il entreprit malgré ses sages conseils. Nous pouvons remarquer à ce propos que la tendresse et la prévoyance d'une femme, surtout d'une mère, sont bien plus ingénieuses que tous les calculs des politiques. Saint Louis, le seul roi vertueux, périt misérablement et ruina son peuple, parce qu'il n'écouta point sa mère. Jules César fut assassiné pour avoir méprisé le songe de sa femme, Louis-Philippe perdit sa couronne dès que sa sceur ne fut plus là pour le conseiller , et enfin un homme célèbre de cette époque ne fût point descendu du pouvoir s'il eût observé les avis de sa mère; son orgueil l'emporta dès que des intrigants lui reprochèrent de se laisser conduire par une femme.
Blanche avait autant de courage que de beauté et de tendresse. Au plus fort d'un rigoureux hiver quif faisait périr les hommes et les
chevaux, elle assiégea en personne la place de Belesme, qui passait pour imprenable et était défendue par le duc de Bretagne ligué avec le roi d'Angleterre. Elle marchait à côté du jeune roi son fils, et animait le soldat et TofiBcier. Elle fit pleuvoir sur la ville et sur la citadelle des pierres et des cailloux en si grand nombre, que les toitures furent enfoncées et les défenseurs découragés. Enfin elle livra des assauts violents et finit par s'emparer de la place.
Quelques mois après, elte mit le siège devant Ancenis, quartier général du roi d'Angleterre. Ce monarque en délogea promptement, « aî- » mant mieux, dit un historien contemporain, » manquer de foi à son fidèle partisan le duc de » Bretagne, que de se mettre au hasard d'aug- » menter les trophées d'une femme dont il n'osait » attendre les attaques. » Pendant ce siège, elle fit condamner à mort le duc" de Bretagne comme criminel de lèse-majesté et de félonie. Après l'arrêt qui avait été rendu par ooutumace, elle s'empara de cet homme ; mais comme on allait l'exécuter, elle se laissa fléchir par les prières de sa famille, et lui rendit même ses Etats, mais sous de bonnes cautions.
Anne d'Autriche est moins célèbre ; son nom n'est resté dans l'histoire que par les compliments que lui adressèrent quelques grands écrivains du xvn® siècle. Elle était fille de Philippe il et épousa Louis XIII. Quand celuici mourut, le parlement cassa le testament royal et investit de la régence Anne d'Autriche pendant la minorité du roi Louis XIV, son fils. Les victoires du grand Condé jetèrent de l'éclat sur cette régence ; mais la haute noblesse, jalouse de ce qu'un étranger, le cardinal Mazarin, était premier ministre, suscita des séditions que la reine finit par dompter. Cette femme était pleine de bonté et d'indulgence, mais trèshaute et très-fière. Un jour, Maap.rin, qui favorisait sourdement le mariage de Louis XIV avec sa nièce, lui manifestait la crainte que le jeune roi ne voulût l'épouser : S'il était capable de cette indignité, s'écria-t-eie, je me mettrais avec mon second fils à la tête de toute la nation contre le roi lui-même et contre vous. Ce cardinal-ministre, si spirituellement traité de faquin par Christine, rougit pour la première fois de sa vie, et songea pour sa nièce à un autre mariage.
Si l'on reproche à cette princesse d'avoir laissé Mazarin voler d'aussi grosses sommes, je répondrai qu'elle eut tort ; mais que Louis XII [ avait aussi laissé voler le duc de Luynes et Richelieu, que plus tard Louvois et Colbert firent de même pour leur propre compte, et que depuis on vit encore un très-grand nombre d'autres voleurs, faute de bonne justice.
Je m'ea tais, et ne veux leur causer nul ennui : Ce ne sont pas là mes affaires.
Après une guerre sanglante, en 1659, la paix fut conclue entre la France et l'Espagne, dans l'île des Faisans, située à l'embouchure de laBidassoa, et Louis XIV épousa l'infante d'Espagne Marie-Thérèse. Les flots emportent chaque année une portion de ce lieu de réconciliation monarchique : c'est une hnage des chartes de cette espèce. Ce roi s'écria, à propofe d'une affaire de famille : Il n*y a plus de Pyrénées ! et malheureusement les Français et les Espagnols s'entr' égorgèrent souvent depuis ! Mais à présent, que la réconciliation se fait non plus par des serments et des chiflFons de papier, mais effectivement par le commerce et l'industrie,
par la fusion des intérêts des peuples, espérons que plusieurs passages qui leur seront ouverts dans les Pyrénées abattront définitivement ces montagnes entre deux peuples qui s'aiment et s'estiment réciproquement