AVERTISSEMENT
1>£AU€UT3P de gens considèrent sans doute une occupation qu'on s'est faite , comme un mëtijer qu'on a pris; aussi ne pourrois-)e coni'ptcr les personnes qui, depufe un an, m'ortt dit : « Pourquoi n'ecrivezf-vows plus ? » La réponse étoit simple : « Cest qu'il ne me » eon venoit pas d'écrire. » J'aurois pu ajouter ; « pour le puKlk ^ ; car depuis Tîiigt ans j'ai l'habitude d'éci-ire pour moi le* événemens^ dont je suis témoin , et les réftextons que test événemens m'inspirent , tant j'ai peor de tomber dans la politique h la^ mode, qui consiste à isoler les faits , et à juger les affaires^ de ce monde , coiame si le monde reeommeo^ çoit chaque jour.
A Tavènemcnt du ministère actuel , composé en grande partie de mes associes au Conserça/ejir, quelques journaux ont voulu
(V) expliquer pourquoi )è n^ëtois rien ; ils ont dit que ma yanité avoit été blessée, et que je boudois. J^ai gardé le silence. Si f avois parlé de mon goût pour Tindépendanee , de Timpossibilité physique que f éprouve de vivre renfermé dans une ville, quand la saison permet de vivre en plein air^ on se sercHt moqué de moi. On m^auroit mieux compris,, si j^avois rappelé que }^ai été juridiquement condamné comme ayant insulté directement le Roi^ M. Marchangy s'étant alors chargé d^in*terpréter mes paroles, comme il a depuis, interprété les lois pour se faire élire député. Par une conséquence morale de cette condamnation , )'ai toujours cru que je ne pouvois accepter aucune place sans manquer aux convenances et à moi - même ; je le croîs encore. J^ai jugé beaucoup de ministères > car nous en avons eu beaucoup ; n^ayant jamais manqué d^égards pour les personnes ,, je n^ài jamais eu personnelleipent à me plaindre d'aucun ministre ; et si f avais eu le
désir de rentrer dans TactÎTité des affaires , je ' Taurois pu à toutes les époques. L'avèaement du ministère actuel ne changeoit donc rien ^ et ne pouvoit rien changer à ma situation comme homme privé.
Mes sentimens pour plusieurs des hommes qui sont aujourd'hui ministres ont été publics^ car ces hommes ont été persécutés; et je n'ai jamais loué que ceux qu'onproscrivoit. J'ai fait des vœux pour qu'ils justifiassent les espérances que faispient concevoir à la France constitutionnelle leurs qualités, leurs talens et les doctrines de liberté légale que nous avions professées dans le Conservateur. J'ai écrit pour moi les circonstances de leur élévation , et y parmi ces circonstances, la probabilité des obstacles contre lesquels ils pourroient se briser. Si le cardinal de Richelieu revenoit au monde , malgré son génie pour les affaires , ye , suis persuadé (]fu'il ne gouvernerait la société actuelle qu'en entrant dans les couditVaxvs à^ cette société ; on n'a jamais gowN^^^^é îs»x^^ment , quand on a vériiabtemeuv. ^ç^^^^^^^^'
( Yfij )
Un journal royaKste au plus haut degrë affirmoit , il y a peu. de jours , que le parti roya-^ Kste n^^toît paa exclusif, qu'il accepteroit même le§ hommes qui avoient servi sous Buonaparte , si ces hommes vouloient révéler le secret de sa puîssànce.Le secret de lapuissance de Buonaparte est ce qu'il y a de plus public depuis la création du monde : « Tout gouver- » nemènt est fort de la miasse des kitérêts qu^îl » réunit à lui , et fbible de tous les intérêts que » \t^ partis éloignent de lui. » Buonaparte s^est élevé au milieu de la révolution et de la guerre ; il en a accepté les hommes^ les intérêts et la gloire. Il a cru que la religion étoît une» force sociale ; il a fait un concordat avec le chef de la religion^ sans livrer la Fran<re aux prêtres; au contraire, les prêtres s^étoient si complètement livrés à lui , qu'ils avoient mis, dans les catéchismes, que c^étpit un péché mortel de nier son pouvoir. Il a cru que le passé (Ftme nation étoit quelque chose pour son avenir, et que le tnalheur des familles nuiroit à
la tranquillité gâiérale ; îH a rappelé^ les iûii^ grés qui sont rentrés en foule » non pour fairei la loi , mai^ pour vivre selon les lois. Il a vulp force des nations modernes dans ce qu^on iq^* peUe htdasse ihoyeimc ; illuî à empruntré tout ce qù^ellè a de forces en lui ouvnuit^utes les carrières. Il a laisse plus bas des espérances qui souvent ont été ^réalisées. Comme tous les intérêts act^ étoient autour de lui, il n^aVmt contre lui que les opinions engourdies ; ce qui n^a jamais arrête la marche du pouvoir. Tel a éfé le secret de sa puissance ; ses passions Tont perdu, et non les calculs de son esprit appliqué à l'art d'entraîner les peuples.
Ce qui étoit de lui n'appartenoit qu'à lui ; i^t n^a pu se développer que par les circonstances dans lesquelles il s' étoit élevé. Les circonstances sont autres pour un pouvoir légitime ; ce qui signifie seulement que lesmoyené tParriver aq même but sont diflSérens, sans pourtant être plus mystérieux. On ne peut gouverner maintenant la France que par Tas-
sentiment des masses , et les masses ne peuvent se former que par des doctrines en rapport avec l'établissement politique fondé. Si les doctrines du pouvoir sont comprises par les / intérêts actifs, ils se rangeront d'eux-mêmes sous la direction du ' gouvernement ; et on verra , comme en ce moment en Angleterre , jusqu'à l'Opposition s'arrêter et promettre son* assistante aux ministres. La masse des intérêts sera toujours une basé inébranlable pour le pouvoir qui saura les comprendre. Si au contraire les partis divisent ou alarment les intérêts actifs, s'il y a absence de doctrines, ou si les doctrines sont offensives pour un grand nombre, toute l'habileté personnelle des hommes ,du pouvoir«disparoîtra ; car ils essaie* ront de gouverner la société dans des conditions qui ne sont pas celles de la société ; ce qui est impossible.
Depuis quelque temps , il y a plus de pas* sions en France que d'erreurs; ce n'est pas la faute du ministère actuel. Mais à la manière
(xj)
dont les passions s'attaquent à lui , il lui seroit facile de^ préjuger comment elles s'attaquent aux .classes , aux existences individuelles , combien elles . blesseqt . d'intérêts , de justes prétentions ; en se demandant où est le pouvoir qui rassure , il saura s'il y a motif de s'alarmer. On peut écrire dans l'espoir de dissiper des erreurs ; on laisse aux événemens à corriger les passions. J'aurois donc continué à me taire , si les journaux n'ayoient voulu interpréter mpn silence comme une approbation , danS' un moment où la responsabilité des événemens me parpît si grande qu'elle ne peut être acceptée que par ceux qui sont chargés de les diriger.
Partisan du pouvoir et des libertés publiques , je ne les ai jamais séparés ; et ^ puisqu'il faut que je m'explique , il me suffira de faire imprimer sur les circonstances qui occupent tous les esprits , ce que je crôyois n'écrire que pour mon instruction particulière. Frappé de ]a grandeur des intérêts que
( »ij ) ht gaerre peut compromettre , i*àccepte le prrnCTpe posé qa%l ne doit plttfe y aToir de neutres ^ et ^ofi a»roit manvaise^râte à paroîïre se réserver la faculté d'arriver, après Itr danger, aw $e€ù&f3 du Yaîiiqùew. Oft ne m^a Jamais^ rencontré , eomme éerîtain , que dans les rangs des partis soaffrans. Ils me re ndi'ont cette justice que J^aî totxjours déclaré d'avance que fe ne prétendois pas tn'assocîer SÈ& triomphe. It est vrai que je cannois de Imigué date ce que c'est que le triomphe des partis ; c'est le n>oment où ils se divisent , où ks illusions les emportent pour les précipiter dans de nouvelles^ infortunes. Il est certainement plus facile , à un honnête homme , de les plaindre quand ils dominent , que de les abandonner quand ils sont abattus.
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iti est naturel qu'on s'occupe beaucoup de l'Espagne , au moment oà ce noble pays paroît de nouveau destiné à donner à l'Europe un grand mouvement qu^'elle semble redouter^ et vers lequel elle se précipite par les efforts qu'elle prétend faire pour l'éviter ; mais Chacun veut juger l'Espagne dans la situation pré-* sente des choses , sans croire qu'il soit néces^ sairè de remonter aux antéçédens pour con-< noitre la véritable position de ce royaume , et par conséquent quelles seront , dans la lutte qui va s'ouvrir, les causes de sa force et de sa foiblçsse.
Luther avoit distingué le pouvoir civil du pouvoir religieux, et émancipé la royauté avec Tapplaudissement de quelques princes. Ph'.-
(•4) lippe II prévit fait juste quelles seroient un jour les conséquences du protestantisme sur le pouvoir absolu ; et , comme il ne concevoit pas le pouvoir d'une autre manière , il forma le hardi projet d'arrêter le mouvement des esprits 4)amu les peuples qu'il gouvemoit »
de les rendre stationnaires ; il échoua dans les Pays-Bas» et réussit complètement en Espagne.
Il seroît curieux de rechercher les causés de tette différence ; peutrétre tro«^eroit-on que y Imo que le butet k»^^HH»]^e&â ÂMMst les mêmes, la questioiai étoil cepeiiâ«it poséed'une manière diverse dans l'un et Tautrepays* Le mouvement donné par l'industrie étoit tel dans les Pays-Bas, qu'il £;Jloit y faire rétrograder les esprits pour les soumettre aux projets de Philippe II ; il ne put y parvenir, parce que cela est impossible. £n Ëj^pagne , au, contraire, il ne s'agissoit que de fixer l'état d^ civilisation tîel qu'il étoit , ce qui n'est pas audessus du pouvoir d'un princç habile , ainsi que l'événement l'a prouvé. Lés circonstances d'ailleurs étoient favorables. Les Espagnols étoient en possession de cette gloire xnilitaire qui satisfait généralement l'orgueil d'une nation , et l'accoutume à regarder le passé avec
Hiênveillance ; leâ richesses du Nouveau-Mondi; suppleoient aux ressources que les peuples ne; se procurent que par une grande activité ; et ^ dans, un temps ou Tpr et Targent étoient conr> sidérés comme Funique preuve de prospérité^ il étoit naturel que le peuple en possession de mines précieuses se crût assez riche poux:
mettre de Thonneur à ne rien faire. La nation espagnole étoit portée vers le repos , comipç s'y porte volontiers tout homme dont la forr tune est faite. Cette situation , changée d^abQr4 par le système industriel des autres nations,^ est tput-à-fait détruite aujoordliui p^ Témaiicipation de TAmérique méridionale; et Içs Espagnols seront conduits à participer au moH^ vement progressif de l'Europe, sous peine dç cesser d'être. Ce premier motif irrésistible de$ changemens qui s'opèrent dans ce pays doit être mis en ligne de compte par la véritable politique ; quand le pouvoir absolu seroit la meilleure forme de gouvernement » et qu'avec des baïonnettes on auroit remis les Espagnols sous le pouvoir absolu , il rçsteroit encore ^ savoir de quoi ils vivroient.
En arrêtant le mouvement des esprits , Phi-
Uppe II ne pouvoit prévoir que Fignorancç
^ s'étendroit particulièrement sur les classe^
flevées, et que ks hommes qaeleur nûissaticé «t*kfirs riehcssM placent naiurellettienl ô la tête de la société , aux manière* près, témberoient au niveau de la dernière classa. Quand il rauroit prévu ^ ses desseins nVn aùroieni pas été changés ^ parce que la politique ne s^ détermine que par les nécdssités présf[ntes * n^agit que contre les dangers qui sont en face * c'est à ceux qui succèdent qu'il appartient de Toir les vices d^un système à mesure que fe temps les produit , et d'y porter remède* Sous im beau ciel, que fairt-il au (peuple? un p^u de nourritpre et beaucoup de repos. Que faut-* il à ceux qui naissent avec tous les moyens d^ jouir des douceurs de la vie ? du repos «cale* ment. Lorsque rien ne porte les esprits au mou^ ▼ofnent , lorsque le système politique est tout entier dans le slabilisme , il est tout simple que ceux qui n'ont rien à désirer matériellement arrangent de cet ordre social , qu'ils restent étrangers aux connoissances qu'ils tt'ont aucun intérêt à acquérir , qui ne Vacquiètent nulle psurt sans travail, et qu'en Espagne il auroit fallu chercher à travers des obstacles qu^aucutt sentiment personnel n'excitoit à braver. Aussi le gouvernement espagnol est-^1 res té èn^ dehors de la nation comme en dehors de l'action dé
f Europe; là nourrice et le confesseur y âvoîent plus de part que les Grands de TEtat. Dans les gouverhemens absolus , on dît la Coi/r poiir exprimer Tensemble de tout ce qui compose le mouvement do pouvoir; mais en Espagne*, oè le mouvement iÇtoit interdit , on se contenu toit de dire la Chambre j conime pour rtiarquer qu'il n'y avoit rien d'extérieur, et que tout se i*éduisoît à ce qui agît domestîquei^cnt i^ur le prince. Qu'on se persuade bien qiie ces gouvernemens silencieux et en retraite ne peuvent plus exister, parce qii'ils n'ont plus IcS conditions de leur existence ; il n'est pas m^me besoin , pour les jiiger , de leur opposer les gôu»vernemens libres ; il suffit de jeter un coup-d'œil «ur l'activité actuelle des gouvernemens ^bfeolus. Certes , ce n'est point par le repos qu'ils tendent à leur conservation. 4Bârtotit on sent que la royauté n'est plus une affaire domesftique j et qu'il faut qu'elle soit nationale, soufe quelque forme qu'elle se présente. C'est un retour aux idées vraies ; et l'aristocratie elle^ même ne pourroit s'en plaindre qu'en avouant son infériorité sous le rapport des taleils.
Mais si, par les motifs qjue nous venoiis d'exposer , les grands de l'Etat et le peuple , en Espagne, ont pn s'arranger long-temi^
^ rignorance y et s Y accoutamer jusqu^à ne plus être. capables de prévoir que des circonstancesnouTeUesdevoicnt amener de nouvelles combinaisons, il nVn ëiçtit pas 4e mên^e de la classe moyenne. Pariout sa destîçiée est d^etre active , puisqu'elle est partoujt nécessairement chargée de réppndre^ aux besoins dç la société ; ce sont ces besoins qui la forment; c'esji. ^r ces besoins que son existence est fondée». Quel quesoitlesystèmedugpuvernemcat^ malgré ropposi lion qu'il met politiquement et religieusement au mouvement des esprits , à moins qu'il ne déshérite ses sujets en faveur des» étrangers) comme cela, a lieu dans la plupart des gouvernepiens asiatiques, il ne peut toutàrfait empêcher les classes mpyennes 4e participer aux procès des lumières^^énérales, Lç commeii:e^ lA.tnédeciue , la législation ciyile et criminelle , les. sciences , les arts mécaniques d'une nation européenne ne peuvent rester dans une ignorance al)Solue dès progrès que ces divei-s objets font parmi les autres nations ^ l'Europe ; et , dans un pays où tout parqit stable aussi long-temps qu'aucun événement majeur ne met la société à découvert, il arrive cependant que les hommes du siècle ne sont plus les hommes du siècle
( 19 ) précédent ; et c^est toujours dans la classé moyenne , la seule nécessairement active , que de prodigieux changemens se font remarquer. Il peut arriver que des connoissances acquises sans liaison et presque par opposition au système établi ne soient pas complètes ; qu'elles tranchent d'abord avec les' préjugés de la nation ; qu'elles sûieat , au moment où elles éclatent, un sujet de surprise et d'effroi autant que d'enthousiasme ou seulement d'espérance ; cela seroit dans la nature des choses , et offriroit un de ces chçcs intérieurs qui ne sont sans exemple * chez aucune nation , qu'on ne peut juger définilivemeht qu'après le combat , mais dont on pi'éjuge l'issue eh écartant ses idées particulières pour examiner lès forces respectives des combattans. Tout se réduità savoir si les connoissaiiées répandues en Espagne suffiront pour surmonter Tancien système , qui seroit aujourd'hui la mopt de cette nation , mais qui a pour lui dçs préjugés enracinés et des intérêts établis sur ces préjugés.
£h fôrmantle hardi projet d'arrêter le mouvement des esprits , en préparant ainsi la séparation morale de l'Espagne , Philippe II obtint, peut- être sans y songer, un avantage
(ao) ,
précieux pour ies Espagnols*^ ils restèrent cte leuf nation exclusivement , et tinrent à leur indépendance avec un sentiment plus pro-^ fondqu^on ne le trouve chezi les ai^tres peuples. Aussi la première révolution dân« laquelle ils se jetèrent, celle qui dure encore, fut entreprise dans le grand intérêt de Findépendancc du territoire. Je parle de Tabdication du père dû Roi régtiaht, abdication qui lie fut décidée que dans l'espoir d^échapper à Tascendaiit menaçant de Buonaparte , et qui devînt pour ce conquérant fc prétexte tnoral ^une mferc^niion urmée.
Ainsic'éloit pour se créer un défenseur national dans lé Rx)3 Ferdinand que les Ëspagniols répudièr^Eit leur Roi Charles, placé, par un favori , sous Tinfinencc d'un cabinet étranger ;^ c'étôîl p^ce que la foiblesse du gouvernement doineslique du Roi Charles leur montroit leur pays inévitablement env^^hi , sans que la résistance fut possible autrement que par un déplacement de la couronne , qu'ils hâlèrent l'ouverture de la succession. Ferdinand fut un Roi choisi dans Tbitérèt général de l'indépendance dû territoire; Malgré le ^œu des Espagnols^ malgré l'évidence du résultat, évidence hautement annoncée par la naticm^ et qui
prouvc.de quel côlé étoîeat les véritables 'coi|noissances politiques , Ferdinand abjura sou indépendanec , Tindépendance de ses sujets, et consentit à prendre Buonapaïte pout; juge entre lui et son père qui n^cfloit plus qu^uo moyen entre les mains de BuJ^aparle, entrç j|ui Roi et ceux qui Tavoient proclamé Roi; .ce qui nV^n faisoi t plus que des rebelles aussitôt que Buonaparterauroildcclare.il alla remettre sa personne et son avenir à la bonne foi de celui quidevoit le détrôner, laissant TËspagne dans un état d^<)utant plus déplorable qu^elie Tavoit créé comme moyen de défense, n'en ayant point vu de. plus légitime. Ce royaume fut envabi sans effort par les Français ; un élrangçr monta sur le trône ; TEurope parut y consentir; les Espagnols n'y consentirent pas. Ils s'armèrent pour l'indépendance du territoire ; ils firent des lois au milieu des com- . bats ; et les lois répondirent a leur but , qui étoit rindépendance du territoire. Ils firent de^ alliances, et les alliances répondirent à Jeiir but, qui étoit Findépendance du territoire. Jamais nation n'a prouvé plus posilivement qu'elle entendoit ses intérêts, qu'elle étoit capable de les défendre et de les faire triompber ; jamais nation n'a mérité , n^a
obtenu plas d'estime dans le monde civilisé ;
et si la politique se décidoit par les sentimens^ nulle nation n'auroît pour elle , et au plus haut degrë , les sehtimens de tout ce qui porte un -coeurgénéreux. Maïs quand le danger estécarté, les opinions qui ont çté oisives viennent se faire juges des devoirs remplis , et déclarer les devoirs qu'il falloit remplir encore ; dès lors le passé rentre en discussion.
On dît aujourd'hui que les Espagnols ne se sont armés que pour délivrer leur Roi. Il est permis de demander à tout homme sincère s'il pense que les Espagnols auroient déployé moins de courage , moins de persévérance pour chasser Tétranger , pour reconquérir Pindépendance de leur territoire, quand ils auroient eu la certitude que jamais aucun prince de la famille régnante ne leur seroit rendu.
Qu'on cite donc une époque où il ait été convenu que les peuples ne se doivent plus rien à eux-mêmes quand des événemens, aussi rigoureux que la fatalité, les séparent de cçux qui doivent les conduire. Sans se jeter dans la discussion de ces problèmes politiques qui se résolvent plus par les circonstances que par les principes , personne ne niera que la première condition de l'existence d'une nation nç
soit dans rindépcndance de son territoire. On n'a pas de Rois sans cela ; donc celte condition piécède toutes leis autres. Sans doute le retour du Roi Ferdinand dans ses Etats étoit une conséquence nécessaire du résultat qu'obtiendroit lé courage des Esjjagnols ; et aucun Espagnol lie l'a nié. Le salut de l'Europe est devenu aussi une conséquence heureuse de la résistance de cette héroïque nation ; et on n'oseroit pas dire que c'^étoit nniciuement pour délivrer l'Europe que l'Espagne a repoussé le joug de Buonaparfe. De grands intérêts se sont mêles Comme il arrive toujout^s dans les crises politiques long-temps prolongées , et les intérél5 qui s'attiroient ont triomphé ensemble. Telle est la vérité qui n'est offensante pour personne, que par cette raison rien n'empêche de reconnoitre , mais qu^il faut recohnoître pour ne pas se presser de condamner ceux qu'on nç peut ni trop admirer, ni trop plaindre.
Les intérêts que le malheur a voit réunis pouvoient se séparée par le succès ; Thistoire ne montré pas d'autre spectacle , et l'Europe en offre un exemple mémorable en ce moment.
Nous' nous arrêterons à ce qui s'est passé en Espagne , comme appartenant plus spécialement à notre sujet.
JLa nation sMj:oit sauvée sans son Roi ; Tu^ pion Ja plus ëtonnantç avoit rcgné entre tous Pendant son absence; elle s'étoit constituée aans son Roi 'jamais c'étoît jfour opérer son salut, et non dans des idées métaphysiques de perfectionnement. J'appuie sur celte observation , parc€ qu'on doit en conclure avec vérité. que cette disposition de§ esprits donpoit à Ferdinand une grande facilité de mo-difier la conslitqtion à son retour de Valençài , s'il avoit bien compris la situation de s^on royaume. Pour sortir de Tapathie dans laquelle le système de Philippe II avoit plongé l'Espagne j pour qu'elle devînt capable de prendra part au mouvement européen dont elle faisoit enfin partie malgré elle, il falloit bien qu'elle secouât ses vieux préjugés, qu'elle prît quelque chose des idées qui agitoient le monde ; et comme les idées nouvelles s'accordoient avec sa position qui ne laissoit d'espérances que dans l'assentiment populaire, le pouvoir royal fut un peu oublié dans la part qu'on fit à l'action des pouvoirs de la société ; on ne parut même s'en souvenir que par les précautions prises contre la crainte de le voir retomber dans ses habitudes domestiques, désormais incompatibles avec le mouvement
donné à rordre socia}. C'étoit un inconvénient si le Roi, à son retour , ne s^unissoit pas avec franchise à ce mouvement ; car alors le sys-» tème constitutionnel ne pouvoit marcher , la royauté présente , que comme il marchoit en son abscjice ; embarras dont les suites devenoient incalculables. Mais cet embarras même prouve que Ferdinand ne de voit p^ s'arrêter à la lettre de la cgnsfitution , et la croire vraie d'expérience dans tous ses points, par cela $eul qu'elle ctoit imprimée. Dès qu elle reconnpisi^t un Roi auquel elle De re&soit ni la légitimité , ni Thorédité , il falloît s'asseoir au milieu de la constitution ; les articles réglementaires &e serpient écartés pour faire à la royauté la place qui lui est nécessaire* Est-on Roi auti-ement? Je ne sais quel purisme politique s'est glissé nouvellement parmi les exalt^dos des monarchies; mais )' oserai supposer la coutx>nne d'Espagne vacante dans toutes ses branches, l'Espagne offrant le trône, appuyé sur la constitution des Cortèa, aux princes dp l'Europe; et je demanderai s'il ne se préscnteroit pas autant de prétendans que pour la couronne de Pologne, qui n'admettoit point l'hérédité , et qui ne reconnoissoit par conséquent d'autre légitimité que celle
qui rësultoit d'une élection? Quelle famille royale a commencé par la plus grande lalitud|î possible de puissance ? Les ducs de Brandebourg sont devenus rois de Prusse, les stathouders rois de Hollande ;' combien d'autres souverains peuvent , avec orgueil , regarder d?où ils sont partis sous le rapport du pouvoir, pour considérer le point où ils sont arrivés! Mais tantôt on consent à ce que le temps a fait ; tantôt on s'irrite de te qu'il ose encore faire quelque chose ; on prétend fixer l'époque où il auroit dà s'arrêter ; on va même jusqu'à lui ordonner de rétrograder ; il n'en marche pas moins ; et , selon les chances qu'il amène , il suffit à un Roi , pour commander, d'être sur le trône , tandis qu'un autre Roi a beîâoin d'habileté pour affermir jusqu'au terrain sur lequel le trôné repose. Si Ferdinand a pu détruire la constitution des Cortès et gouverner cinq ans sans règles et sans limites à sa volonté , c^i pourra dire qu'il n'étoit pas asse^ fort des rîrconstances et de ce qui restoit des anciennes habitudes, pour modifier cette constitution? Me ne parle pas des articles qu'il auroit pu changer, des principes qu'il auroit pu faire rentrer dans l'obscurité; son action réelle auroit été la plus positive de$
modificatîoTîS. Tout le monde senl ce que scroient devenues les excessives précautions prises contre la crainte des abus du pouvoii* royal , dès que ce pouvoir auroit agi et se se*roit développé selon le mouvement que la force des choses venoit de donner à Tordre social à la télé duquel il se trotivoit placé.
Si c'étoit un embarras pour les Cortès d'être exposes à gouverner en face du Roi comme en son absence , c'étoit pour le Roi un parti %-îolent et dangereux d^abolir la constitution pour rentrer dans les vieilles habitudes* Cette résolution entraînoit la nécessité de vaincre- les résistances ,et les résistances^alloientse trouver
parmi les hommes qui avoient tout sacrifié pour Tindépendance du territoire, la légitimité de la couronne et la délivrance de l'Europe. Que les Rois soient ingrats envers les individus dans l'intérêt général , cVst une condition qui n'est point sans exemple ; mais il faut du moins que l'intérêt général soit satisfait. En sacrifiant les intrépides défenseurs de 'l'Espagne, les seuls 4iommes qui eussent reçu des événemens les connoissances applicables à la situation des affaires et des esprits , qui resloit-il à Ferdinand pour le conseiller et l'aider.'* ceux qui, incapables d'agir, n'a voient
opposé aux éycnemcns que la haine de ce$ cvéneni/çnS| et à la tyrannie étrangère que do bons sentimens. L'Espagne étpit rentrée dans le mouvement de l'Europe ; on ne ponvoit plus l'en faire sortir sans que quelques particfir de l'Europe iie s'effrayassent de ce projet e^ n'y missent des obstacles. Le temps révélera, cç qu'il y a de vrai dans cette observa^tion. feriiina^d Whé^ita pas c^pend^nt ; il/pboUt U constitution^ toml^: dans toutes les ccor^sér quences de cetle détermination, puisqu'il fio put suppléer à ce qu'il avoitô te d'action a ces» peuples y ni séparer de nouveau l'Espagne du mouvem.^ntde l'Europe* Jamais au contraire^ ce rojaume, ne fixa davantage l'attention du monde civilisé, même alors qu'on ne prévoyoit pas encore qu'il pourroit un jour en provoquei^ tous les mouvemens.
La nation ayoit été unie, forte; admirable et généralement, admirée pendant l'absence, de son Roi, Divisée par son retour et par les conséquences de ce retour, une nouvelle révolution éclata, et trouva le pouvoir absolu aussi foible que les circonstances Tavoient lait réellement. La constitution des Cortès fut de nouveau proclamée dans son intégrité ; le Roi la jura ; mais les Cortès ne s'en trouvèrent pas,
moins dans cette nëcessiié orageuse que nous avons prévue , et dont Tappréhension avoît donné tant d^ascendant au Roi à son retour; je parle de la nécessité de gouverner en sa présence comme s'il étoît absent; ce qui était beaucoup plus diflfkile. En effet, les partis |kmvoient se servir de son nom ; Tîdée d'un Roi sansliberté alloit troubler des consciences; les tentatives en faveur du pouvoir ne seroient plus considérées que comme un appel au despotisme, et les efforts pour défendre les^ libertés ne paroîtroicnt que des attaques contre la royauté. La guerre civile devoît s*allumer ; elle éclata; et^ pour que rien ne manquât i la destinée de Ferdinand , corhme l'afbdicatiôil qui , aux cris de joie des Espagnols , Favoit porté hâtivement sur le trône, étoit devenue, pour Buonaparte , un prétewte moral d^mter-^ vention arméi^ y la dépendance dans laquelle on poovoit le supposer depuis^ le mouvement des partis devint en France un autre prétexte moral d* une autre interçèntioH armée. Quelle preuve nouvelle que TEspagne est pour jamais rentrée dans le mouvement de l'Europe, et qu'on ne peut plus la régir diaprés l'ancien système ! On en aura la conviction par des victoires comme par des défaites. Avant que
la guerre de principes qu'on lui déclaré ne âoit commencée , sa cause est devenue une cause générale qui comprend tous les intérêts de la politique ordinaire, et dans laquelle se placent, avec intention de se combattre, la haine et Famour des progrès de la civilisation. Les esprits et les événemens sont également en présence ; les hostilités sont partout , avant même que le bruit du canon se fasse entendre. Pour préjuger et suivre les conséquences de la guerre dont on ne parle jusqu'à présent qu'entre la France et TEspagne , il est donc nécessaire d'en étudier les causes apssi mul* tipHées que les opinions qui se jettent à travers, afin de ne pas confondre les intérêts ordinaires de la politique avec des prétentions si extraordinaires qu'on peut affirmer qu^elles n'appartiennent qu'à cette époque. Jusqu'ici I^Ëturope n'avoit pas miâ les formes diverses de gouvernement en présence ; elle les admettoit toutes , ies reconnoissoit toutes capables de se prêter sm mouvement de la civilisation ; il faut remonter avant notre ère pour trouver la distinction tranchante des peuples civilisés et des peuples barbares. Mais jusqu'où ne peut-on pas avancer ou rétrograder c(uand on met des baïonnettes au bout des opinions?
I^a France pcavoit raisonnablement craindre que si l^atlîance intime de TEspagne lui cchappoit, elle ne fût réduite à porter à la fois ses regards yers les Pyrénées et vers le Rhin , ce qui raffoibliroit , et détruiroit le'plus beau djes résultats obtenus, sous Louis XIY, au prix du sang français. Dans Tétat où la France a été mise par les demiei*sévénemens,ralliance de TËspagne lui est plus nécessaire que jamais, non comme ajoutant beaucoup à ses forces actives, mais comme objet de sécurité , comme une facilité de porter sur d^autres points ses moyens de défense ou d^agression. Sous les rapports du commerce , celte alliance lui est également profitable.
L!£spagne a-t-elle le même intérêt qu'autrefois à rester Talliée de la France ? Non sans doute ; et, pour apprécier ce qu'il y a de positif dans cette assertion , il suffit de cc^nsidérer ce qu'étoit TEspagne à l'époque où le pacte de famille a été conchl , et ce qu'elle est devenue. C'est nous qui l'avons entraînée dan^ la guerre de l'indépendance des colonies américaines anglaises, et le contt-e-coup naturel de cette guerre a été l'indépendance des colonies américaines espagnoles. C'est par nous et pour nous que l'Espagne a perdu sa marine*
îl nous est impossible de lui pointer les secours qu*ellc peut attendre des Anglais en qui cHe ne voit |)lus de rivaux , parce quMls n'en ont j>lus , et dont la pôRtique iixe, quoique vigîlante , a cesse d'être hostile. Notre ancienne alliance avec l^spagne entraînoît de sa part une soumission entière à nos vues ; nous né pouvons plus Fexiger, n'ayant pas même dVsfpéran«es à donner en compensation. Il reste donc incoMefsfaWe quetrotfs avons plus hesoin de t'allîai^e de TEspagne que PEspagne . n'a lc>esoiA de notre alliâpce. Cela ne veut pas
dire que Funîon des deux cotiriohnes et des deux peuples ne «oit sage et pi'ofitable, mars seulement que la France aroit pliis demotife de ménager cette unioiv, et que par conscquent elle devoit veii^avec une plus* vive inquiétude tpul ce qui troubloîk l'ordre de ce royaume , tout ce qui pouvoil provoquer entre les Espagnols et les Françaîs une sépfaratioh d^întérêts , même momentanée. •
Lorsqu'à son retour de Valençaî , le Roi d'Espagne déchira la constitution des Cortès", l'Europe entière, l'Angletene comprise, ne le blâma pas vivement ; trop de rudesse avoît été mise dans^^ la manière de la lui présenter et de la lui faire accepter. Il ne faut pas à la fois
humilier un Roi et le reconnoître Roi. Mais ce qui avoit surtout tranquillisé les esprits en Espagne et en Europe, ce qui avoit permis aux Espagnols qui s^ctoient battus pour rindëpen* dance du territoire , d^approuver la conduite de Ferdinand , fut la promesse solennelle qu'il fit de donner à ses peuples des lois et des institutions conformes aux nouveaux besoins de la société qu'il étoit destiné à gouverner.
La France étoit intéressée à suivre l'effet de Cette promesse , si la France avoit été conduite franchement dans le sens constitutionnel, parce qu'alors elle auroit su que toute union durable doit se faire maintenant entre les peuples, et quç les peuples ne resteront sincèrement unis d'intérêts qu'autant qu'ils se rapprochei*ont par leurs institutions. Par des raisons qu'il seroit trop long d'exposer, la politique'en ce. moment tend au spiritualisme plus vivement qu'à l'époque où Luther sépara le pouvoir civildu pouvoir religieux. La France pouvoit prévoir que quelque puissance de l'Europe setoit tentée de flatter et de protéger le système du pouvoir absolu en Espagne dans des vues particulières , parmi lesquelles il seroit possible de compter l'espoir de se faire un établissement dans la Méditerranée ; etque, * 3
si ce projet étoît une fois formé, les conséquences enseroîent d^aulant plus vives qu'on le cacheroit sous des opinions , comme on ayoii fait pour le partage de la Pologne. La France pou voit encore prévoir que si la guerre s^allumoit sous le prétexte d'opinions politiques , les opinions finirôient par y Revenir les armes lesplus dangereuses, vu l'état danslequel trentç années de révolutions et de combats atoient mis les esprits. Mais le pouvoir absolu avoit ses partisans en France , les uns dans le sens de Buonaparte , les autres dans le sens de Coblentz , et le tiraillement qui résultoit de la dissension des esprits , nous ôtoit la faculté de jeter des regards assurés sur la politique extérieure. La facilité avec laquelle Buonaparte revint au mois de mars, la tranquillité qui régnoit en Espagne , la franchise et la promptitude avec lesquelles ce royaume nous offrit des secours , firent une double illusion qui ne paroissoit pas favofrable au système constitutionnel , et qui , par conséquent, militoit dans les esprits en faveur du pouvoir absolu. Tout occupés de nous-mêmes , nous regardâmes comme bien constitués les alliés qui ne campoient pas s«ir notre territoire , qui ne nous demahdoient pas de contribu-
lions ; le silence qui rcgnoit en Espagne nous parut du bonheur; aussi le bruit de la révolution de Cadix fut-il pour nous comme un coup de foudre au milieu d^un beau jour.
Si on a¥(iit la certitude que le système du pouvoir absolu eût été. protégé en Espagne par quelque puissance étrangère , et dans des vues parliculicres , on seroit autorî^ à croire que la nation qui, la première ^ devina ces projets , parce qu'elle a voit le plus grand intérêt à s'y opposer, ne \it pas d'un œil indiffé-^ rcnt le mouvement de l'île de Léon , et qu'elle devint fort tolérante sur la résurrection de la constitution des Cortès, et sur la manière de la faire jurer au Roi. Dès lors on comprendroit que le combat d'opinions entre le sys- . tème du pouvoir absolu et le système des libertés nationales n'étoit encore en Espagne qu'une manière admjse , par deux puissances rivales, pour cacher la division qui existoit entre elles, division que d'autres intérêts empêchoient de laisser éclater , mais sur la<|uelle les plus fortes révélations ont été faites -en Angleterre depuis Tentrée au ministère de M. Canning. Le marquis de Londonderry est devenu fou en voulant concilier Ta politique européenne dirigée par la Sainte-AUiante ,
l'indépendance des ndtions, et la liberté des peuples ; il y a là en effet de quoi tourner plus d'une tête. M. Canning a simplifié la question y comme nous le ven-ons bientôt. On ne se trompe pas long-temps sur la véritable marche à suivre dans les pays où les peuples sont éccmtés sur leurs intérêts.
Depuis Ja mort du marquis de Londonderry et l'attitude prise par l'Angleterre au congrès de Vérone , la France ne pouvoit plus se faire illusion sur la destinée qui l'attendoit; et, il faut le dire, la France constitutionnelle ne s'en fit pas non plus. Elle prévit que notre alliance seroit bientôt réclamée par les deux parties adverses ; que , s'il falloit absolument choisir, l'alliance de l'Angleterre étoit la seule qui nous convint ; mais que , pour rester maîtres de nous décider en ne consultant que nos intérêts positif , le plus sage et le plus pressé étoit d'éviter de devenir le prétexte d'une rupture entre des puissances rivales ; qu'il falloit gagner de l'ascendant sur l'Espagne , lui offrir le secours de notre expérience pour adoucir ses divisions , pour rapprocher le Roi et ses peuples sans secousse , sans apparat , et surtout sans humiliation de part et d'autre. Cela n'étoit pas impossible à
( 37 ) la France constitutionnelle , et elle auroit été secondée plus ou moins secrètement par toutes les puissances qui avoient intérêt de retarder la nouvelle et terrible commotion qui menace TEurope.
Mais la France constitutionnelle , par sept années de fautes ministérielles , se voyoit con* fondue avec la France révolutionnaire de 1 798, et se trouvoit ainsi hors de la direction et même du mouvement des affaives. L^autrç .France, qu'on peut s^peler la France du dehors , ne vit ou feignit de ne voir, dans les plus grands intérêts deThumanité, que des opi-liions , dessentimens ; elle mit en avant Thonncur des couronnes , la sûreté , des trônes , n'osant point parler des vieilles prétention^ ^ de Taristocratie ; puis réduisant tout à des. principes , mais posant les principes dans toute leur rigueur , elle poussa vivement à U guerre d'Espagne , pour la plus grande gloire des monarchies. Sa préférence pour Talliancç russe annonçoit si bien ce qu'elle entendoit par monaixhie , que les écrivains du parti auroient pu s'éviter les imprudentes provocationk qu'ils ont faites contre tous les gouvernemens libres ; mais il semble qu'on vouloit tâter l'Angleterre , et voir si elle sçnloit-
( 38 ) que les^ reproches qu'on ddressoit à TEspagriç, s'àppliquoient également à rétablissement politique de la Grande-Bretagne , où lé principe de la souveraineté de la nation dort quelquefois , mais ne meurt point U ne ^'agissoit encore que de paroles ; l'Angleterre répondit par ces mots de M. Canning: Liberté cipilê et religietise dans tout F uni fers; comme poiir avertir ceux qui Toublient que , dans les giierres d'opinioi^s , il faut donner de suite aux mots leur plus ^ande valeur. ,
Les partisans de la guerre en France cherchent encore quelle sera leur devise ; comme ils n'oseroient pas mettre sur leur bannière , par opposition à la devise anglaise^ inquisition ^t pouvoir absolu , il faut s'arrêter au seul principe qu'ils avouent généralement^ et qui réunit troii partis distincts , dont le plus modéré est incontestablement le plus loin des véritables voies politiques. Ce principe est le droit moral et intervention armée pour soutenir le privilège accorde aux Rois de donner, quand bon leur semble, aux peuples qu'ils gouvernent des institutions que lejs peuples ne doivent jamais vouloir d'eux - mêmes.
Certes, cette impassibilité des peuples ne ressort pas des pages de l'histoire ; et jus-
qu'à DOS jours les Kois n'avôient pas rougi de traiter avco leurs sujets, de leur faire des concessions pour apaiser des différens, et même pouk* terminer des guerres civiles. Qh ne voit pas autre chose dans les temps où Fàristocratie dominoit la France ; on voit pire dans les siècles où les prêtres dominoient les Rois. %
Le premier des trois partis qui s^unissent en faveur de Tîntervention arm^e, prétend que nous allons combattre en Espagne pour la foi. Gommé dans lès débats espagnols il n^a pas été pris une seule résolution dans laquelle le dogme religieux soit compromis, aller combattre pour la foi , signifie quHI faut knettrc nos soldats à la suite et à la disposition des prélrcs. Sans doute , les idées ordinaires au bon sens de TEiirope du dix-neuvième siècle soDt choquées d^une pareille résolution; mais si on n'oublie pas que, par les conséquences du système de Philippe II, les esprits en Ksyagne sont généralement restés stationnaires; que le rien faire longtemps naturel à ce peuple étoit fondé sur les ëlablissetnens monastiques ; que la nécessité (le jeter dans la circulation le capital accumulé, afin de créer des moyens d*acti-
nté y d'industrie , . d^existence , luenace ces établissemens , ou concevra que ïe parti qui : attache le succès de l'intervention armée aux . intérêts des hommes voués à Fétat religieux, ^ n^est pas le plus foible de calculs et d?espé-r rancesTS'il étoît seul , si ses intérêts n'étoient pas confondus dans d^autres intérêts, proba^blement il auroit d'abord quelques succès ; mais^ par son mélange avec des opinions qui ne sont pas religieuses , il deviendra une cause de division.
Le second parti qui se réunit à Tinterven- .
tion armée prétend combattre pour le pou^ voir~absoIu, tel que peuvent Tentendre des militaires qui cherchent de Tavancement , et quelques -politiques que l'Angleterre soup-. çonne de vouloir diriger FËspagne dans Fin-p térêt de la Russie. Ce parti espère se servir à la fois des hommes voués à Tétat religieux et^ de nos soldats* S'il réussit, ce ne sera certaine «- .ment pas .pour ramener l'Espagne à notre alliance; ainsi, nous aurons combattu pour des intérêts qui ne sont pas les nôtres. Lorsque M. de Montmorency a demandé au congrès de Vérone que la France prît sur son compte la responsabilité d'une guerre contre l'Es-^ pagne , il étoit bien sûr qu'on ne lui refuseroit
pas le privilège qu'il soUicitoit^ tant qu'on pouiii*oit croire à la neutralité de T Angleterre ; mais si l'Angleterre se prohonçoit fortement contre l'intervention armée , M. de Montmorency avoit-il y pouvoit-il avoir la certitude que les puissances présentes au congrès vôudroient courir les chances d'une guerre générale , qui remettroif en balance des événemens qui ne^aroissent décidés qu'autant qu'il n'y a plus nulle part en Europe un point sur lequel puisse s'appuyer une nouvelle discussion ? Mais la France du dehors avoit conçu le hardi projet tl'entraîner l'Europe loin du système pacifique nécessaire à la plupart des puissances; il espère enc£)re qu'il s'est conduit habilement , el que, si la guerre éclate, il n'y aura pas de neutres. C'est une grande question. Si ce parti avoit voulu sérieusement en finir de la révolution considérée comme agressive, il auroit dû savoir que dans la paix de l'Europe et runion apparente des puissances, la révolution se trouvoît sans appui ; mais qu'aussitôt que l'Europe seroit ostensiblement divisée , la révolution redeviendroit forte et rcncontreroit des alliés : Liberté civile et religieuse dans tout l*uniçers. Jamais principe ne fut pluB fer^ mem\]rnt posé. Si les gouvcrnemens absolus
vivent tranquilles dans les pay^ où ils sont établis, sans prétendre intervenir dans les affaires intérieures dés nations libres^, ce principe est éminemment révolutionnaire; mais sUl n'e^t mis en avant que par opposition au pouvoir absolu présenté comme système général , c'est un noble moyen de défense offert dans les plus grands inlérêts de Thumanité ; c'est l'alliance des peuples mise sous la protection de l'Angleterre pour balancer l'alliance des Rois mise sous la protection de là Russie. On ne peut plus, essayer de le dissimuler, la querelle est là; et l'état de l'Espagne n'est que l'occasion qui peut la faire éclater plus tôt queles principales parties intéressées ne le vouloient. En vain, dansson discours prononcé à la ^ Chambre des Députés, le 25 février, M. de Chateaubriand nous a-t-il confié que l'empereur de Russie lui avoit dit : « Il ne peut plus y avoir » de politique anglaise, française, russe, pru* » sienne, autrichienne, il n'y a qu'une poli- » tique générale. » Tout le monde sait qu'il ji'y a de politique générale qu'en spéculation , mais qu'en action toute politique est et doit être nationale j tout le monde sait que l'idée abstraite de ne vouloir pour l'Europe qu une politique générale auroit pour résultat positif
de mettre TËurope sous la domination de la Russie , et de confier le sort de la civilisation à la puissance la moins avancée en civilisation; tout le monde sait' que l'Angleterre Vest- hautement séparée de la politique de spéculation quiTeiTaçoit en Europe, pour rentrer dans la politique anglaise , et que, par ce fait seul, elle a repris l'ascendant qui lui appartient. C'est la seule puissance qui n'ait pas fléchi sous les événemens qui , pendant trente années , ont mis la civilisation aux prises avec la démagogie et le^dewspotisme militaire; c'est la seule qui puisse de nouveau résister à ceux qui Veulent faire^de la forme des gouverncmcns ^ un combat d'opinions dans lequel toutes les existences sociales seroient encore une fois compromises. Au besoin , l'aristocratie anglaise se mettroît à la tête des libertés de l'Europe , comime elle s'est toujout*s mise à la tête des libertés de son pays , et apprendroit à ceux qui n'ont que des vanités que la véritable condition de l'aristocratie, dans les gouvernemens libres , est de se placer en avant du mouvement naturel à la société , afin d'en conservjerla direction. Sans doute l'empereur Alexandre doit désirer qu'il n'y ait qu'une politique générale, et point de polilîque na-
tionale ; Ce voeu fait honneur à la pureté de ses sentîmens ; mais un vœu n'est pas un fait. 11 y a maintenant une politique anglaise à découvert ; malgré les apparences contraires, ily a certainement une politique autrichienne et une politique prussienne. S'il est vrai qu'il Il y ait pas de.poUtique française, cela ne fait pas honneur à ceux qui , depuis la restauration, ont été appelés par le Roi à conduire )es affaires de la France ; et je ne vois pas rintérét que M. de Ghateaubriand-^avoit à Tayouer dès qu'il n'en faisoit pas un reproche à ses prédécesseurs.
Le* troisième parti qui 6e réunit sous la Jbannièfede rinterventîon armée , ne peut être caractérisé; il ressemble bien plus aune espérance qu'à une résolution politique fixe ; c'est le parti conciliateur. Le ministère redoute le triomphe du pouvoir absolu enEspagne, parce qu'il mettroit ce royaume sous une influence qui ne seroit pas la nôtre , influence que l'Angleterre ne souffrira jamais , et qu'elle pourra vingt fois renverser, si elle est vingt fois établie. Le ministère redoute le triomphe, des Cortès, parce que les Cortès penchent nécessairement vers l'appui de l'Angleterre. Dans l'un ou l'autre cas, l'Espagne ne tiendroit plus
exclusivement à nous , et nous ne pourrions tenir à TEspagne, qu'en entrant nous-mêmes dans Talliance russe ou dans TaHiance «inglaise*. La France doit pouvoir choisir, et ne pas consentir à accepter ses alliés. Rien n'est a la fois plus sage et plus national ; maïs , au point où Fon a mis les choses , reste-t-il un moyen d'arriver à ce but?
Peut-on compter sur un parti modéré en Espagne? Sans doute , il y existe, si on range dans ce parti tous ceux qui gémissent sur les événemcns de quelque nature quils soient, des que la tranquillité publique en souffre.
Les modérés ont blâmé tout bas le Roi de s'être mis dans la nécessité de proscrire ceux qui, par leur courage et leurs talens , Tavcrient rappelé dans son royaume ,' libre de toute influence ; ils ont blâmé tout bas ceux qui tiennent le pouvoir royal dans l'ombre pour le faire parler en public à volonté ; ils pleurent sur la captivité de la famille royale : ils donnent aussi des larmes aux prêtres fugitifs ; ils s'effraient surtout de voir la guerre civile prendre de nouvelles forces ; mais , par cela même , ils n'accepteront aucune activité , et se contenteront de faire des vœux secrets pour le retour de l'ordre , tout prêts à être mécontens pour
leur compte de la manière dont ce^ retour s'opérera, ou à accepter par commisération le mécontentement des partis qui auront à s'en plaindre. Telle est partout la masse des nations 9 masse sur laquelle repose, en tous pays , la tranquillité publique dans les temps ordinaires , mais qui ne peut servir nulle part à rétablir cette tranquillité lorsqu'elle est une fois trgublée, et que les cvénemens ontdéjà compliqué les intérêts. Sans doute quelques hommes actifs ont de la modération dans Tesprit, parce qu'ils ont des vertus et des lumières; mais ils seront les plus ardens ennemis de toute intervention armée. Il n'y a que l'esprit de parti poussé au dernier degré d'exaltation qui puisse faire qu'on soit plus du parti de l'étranger que de sa .nation ; et cela ne dure jamais long^temps.
Le parti modéré n'existe donc pas en ^ Ëspagiîe; il ne s'y est pas encore montré; il n'a pu s^y montrer comme en France où la Charte royale , en satisfaisant le^ esprits sdges et consolidant les intérêts acquit , avoit constitué la nation pour être aussi eonemie des révolutions à faire, que des contre -révolutions à essayer. Et cependant, telle est la nature de la modération dans \û^ temps de
(47) Crise politique , que la France raisonnable , appuyée sur ses lois fondamentales, a perdu toute influence active sur les événemens, et se trouve si serrée entre les partis extrêmes, qu'elle en est comme étouffée. Que sera-cô donc en Espagne de la modérationindividuellci^ Est-ce par la guerre étrangère , ajoutée à la guerre civile, qu'on en formera un faisceau, qu'on lui donnera le désir d'intervenir activement, la force de se prononcer pour une forme de constitution par préférence à une auti^ forme de constitution ? Et quand de l'intervention armée, il résulteroit un dénoyment d'au-* tant meilleur qu'il ne satisferoit aucun parti extrême , est-ce sous la protection du parti mo^ déré qu'on pourroit mettre ce résultat avec se* curité? Toutes ces espérances n'ont jamais été que des illusions ; aussi n'ont-ellcs ét4 offertes que comme des possibilités qu'oh livre à la dis^ cussion tant que les événemens $ont«ncore loi n, mais qui s'évanouissent d'elles-mêmes à mesure que les événemens approchent. Personne n'a crvL que Ferdinand, assez infortuné pour n'avoir pu contribuer à la délivrance de son roy.aume, assez infortuné pour n'avoir pu gouverner la société que Dieu lui a confiée, ni selon la constitution qu'il a jurée , ni selon ses volon^
tés y serolt assez heureux pour s'élever jusqu'à en être le législateur , aussitôt que Tannée française triomphante Tauroit remis en possession de son pouvoir. S'il avoit iroulu être le législateur de l'Espagne ^.ainsi qu'il en avoit pris l'en* gagement, le temps ^ ni les conseils ne lui ont manqué. Les Français ^(ui-comprennent, ^ qui ont lu le discours du Roi de France à l'ouverture de la présente session , savent bien qpe ce qui a rapport à la liberté de Ferdinand , et surtout h l'usage qu'il doit en faire , est un conseil paternel adressé à ce souverain dan»
son intérêt, dans l'intérêt de l'Europe , et non un engagement pris par la France de ne dé^poser les armes que lorsqu'il sera devenu le législateur de son pays. On neprend pas sérieusement dé ces engagemens-là ; mai&laplus haute sagesse peut essayer de faire entendre à un prince y tombé sous le joug effrayant des intérêts les plus opposés y qu'une transaction nécessaire est encore honorable quand elle paroît faîte de propre mouvement. Cependant, si Ferdinand est sourd à ce conseil , nes^armées n'entreront pas moins en Espagne* Il y a donc des motifs qui reposentsur des faits, et non sur des espérances ou sûr des abstractions plus ou moins constitutionnelles.
Les motifs avoués aujourd'hui se réduisent à deuî[ qui mcriteat d'être examinés avec un peu d'attention : i^ l'intérêt du commerce considéré seulement dans nos dcpartemens voisins des Pyrénées ; 2" la crainte que l'esprit d'innovation , qui agite l'Espagne, ne
. réagisse sur la France., et ne réveille des passions qui nous ont été si fatales; c'est ce qu'on appelle contagion morale (i).
Il est certain que la guerre civile exîstç en Espagne, que son principal théâtre se rapproche de nos frontières, et que la guerre civile, nuisant à la consommation, menaçant toutes les propriétés, faisant disparoître la sûreté des communications, n'a jamais été favorable au commerce. Cette vérité est de tous les temps; mais il appartient à nps jours de. chercher^ dans une guefre réglée entre deux nations voisines, les moyens de rétablir des traitôactions commerciales troublées par l'effet inévitable de la guerre civile.
Pour diminuer ce qu'il .y a de choquant
. dans ce prétexte d'hostilités, on dit que la
(i ) Cette expression , prise cl*une note diplomatique anglaise , peut s,erviF à montrer comment on prëscntolt alors la Fr^ifce aux étrangers; -elle a été adoptée et de'veloppée par M. de Chateaubriand.
France ne fera pas la guerre à TEspagnc , mais seulement au parti des Cortès, parti ^u'on déclare foible , isolé des intérêts nationaux quand on veut prouver qu'il ne s'agît que d'une expédition et non d'une guerre dont le terme resteroit incertain , mais qu'on représente comme assez fort pour agiter l'Europe «ntière , quand on veut établir la nécessite morale de s'armer contre Jui. Il y a un peu 4e vérité actuelle dans ces deux manières si différentes de considérer l'état de l'Espagne ; mais la vérité d'hier n'est déjà plus celle d'aujourd'hui ; etks événcmenspeuvent la modifier encore jusqu'à n'en faire qu'une déplorable illusion.
Sans doute si la partie de la nation espagnole qui n'est pas encore liée à la révolution parce qu'elle ne la comprend pas , et que ce qui ne présetite que des modifications dans l'action ' du pouvoir n'arrive que bien lentement jusqu'à ses intérêts ; si , dis- je , celte immense partie de la nation restoit .neutre, les chances d'un succès rapide augmen teroient pour l'intervention armée ; mais qui pourra rester neutre quand la guerre étrangère s'unira à la guerre civile ? Accablée de la présence des étrangers, tyrannisée par les mesures du parti qui possède
le pouvoir, et sait qu'il doit tout perdre si le pouvoir lui dchappe, TEspagne entière sera bientôt forcée de participer au double mouvement qu'elle va éprouver, La main qui, ostensiblement ou secrètement , dirigera le système défensif des Cortès , seroit bien mal-* adroite si elle ne parvenoit pas à rendre la guerre nationale , car ce qu'il y auroit de plus difficile au monde seroit d'empêcher qu'elle ne le devînt.
Je sais tout ce qu'on attend de la sagesse dç notre armée , et j'admets cette sagesse dans le plus haut degré qu'on puisse l'espérer ; généraux et soldats prendront pour modèle de raison , d'humanité , de générosité l'illustre chef que le Roi a choisi pour les commander. Mais est-on toujours maître d'être équitable à coups de canon , et le courage armé , au milieu des périls et des privations , met-il la patience au nombre des vertus qui lui sont faciles ? C'est la guerre que nous faisons , c'est la guerre que nous portons sur le territoire espagnol ; je ne dirai pas que la guerre est sujette à des chances variées ; on croiroit que je doute de nos succès réguliers et sans interruption. Mais la guerre offre des combinaisons infinies parmi lesquelles on peut faire entrer, de la part des
Espagnols combattant pour Findcpendanco de leur territoire , le projet hardi de violer le nôtre » non pour avancer vers le centre , iK>n pour nous donner des conseils politiques , mais pour porter le fer , le feu ^ tous les ravages d'une horde barbare dans nos possessions ouvertes. L'incendie du Palatinat sera toujours un exemple de ce qu'on peut oser dans des coifnbinaisons militaires. Le but des chefs espagnols armés pour lesCortès seroît d'exaspérer notre population , d'exalter les esprits , de les faire sortir de cette sagesse qu'ils doivent redouter,, d'attirer de cruelles représailles, et dé rendre la guerre nationale au point d'en faire un combat à mort partout où un Fraa^ çais et un Espagnol se rencontreroient. Les Cor lès savent l'effet qu'a produit, méjne à Paris , la nouvelle répandue que notre territoire avoit été violé; ils nous ont entendus avouer que Buonaparte n'a succombé que parce qu'il avoit contre lui l'Espagne entière dans chacun des individus qui la composent ; que nous allons à eux dans une autre situation et d'autres desseins ; que c'est sur ces différences que nous risquons notre entreprise * et que nous fondons l'espoir de nos succès; ils doivent tout tenter pour exciter les méihe^
passions qui ont fait échouer Buonaparte ; et cela n'est pas hors de possibilité s- ils sont dirigés par ce qu'il y a de plus redoutable en Europe, toutes les fois que la profondeur des calculs peut s'unir aux actions de la guerre. Nous ne prétendons pas attaquer l'indépendance territoriale de l'Espagne ; nous allons seulement au secours d'un Roi et d'une nation opprimés; je n'en doi>te pas; mais, par' l'effet du système politique de Philippe II , les Espagnols sont de leur nation exclusivement. Tout consiste donc, de la part des chefs et dès soutiens de la ^évolution , à faire croire et sentir à ce peuple qu'une armée étrangère , qui occupe ses provinces, attaque J'indépcndance de son territoire. Les malheurs qu'entraîne nécessairement la guerre , le ressentiment français provoqué par des cruautés , peuvent rendre cette idée populaire.
En unissant nos soldats à un des par(is qui divisent l'Espagne , nous sera-t-il possible de servir des passions , même légitimes, et de ne pas les partager ? Quand les passions légitimes prennent les armes, elles ressemblent, dans leurs effets , à toutes les passions armées. En lisant l'histoire de nos guerres civiles et religieuses , pourroit-on dire qui , du parti catho-
Uque oadu parti protestant, avoit le bon droit de son côté, si on ne consuttoit que la férocité des actions ? Hélas ! les meilleures opinionsr n^ont jamais été une garantie des moyens qu'on emploiera pour les faire triompher , dès qu'on est réduit à en appeler à la force ; et ceux qui souffrent n'ont jamais manqué de raisons pour se sanctifier dans leurs vengeances , tant qu^ils ont encore à combattre pour le succès de la cause qu'ils ont embrassée. Dans; ces situations terribles , où tous les liens sont rompus , même ceux de famille, l'histoire gémît et n'accuse pas. Nos soldais regarderont-ils, de sang-froid les vengeances duparti qu'ils auront fait triompher ? ils ne le pourront pas. Tenteront-ils de s'y opposer , et le pourront-ils ? Mais aussitôt que ce parti se croira triomphant ( et on Test bien souvent dans les guerres civiles avant de l'être tout-à-fait) , la fierté naturelle aux Espagnols leur permettra-t-ellc de croire que leurs succès ne sont pas dus à leur courage seul , ef qu'en acceptant les Français pour auxiliaires, ils ont consenti à les reconnoître pour juges de ce qu'ils se doivent à eux-mêmes? Inévitablement nous partagerons toutes les chances de réaction que les évenemens de la guerre peuvent amener ^ et la sagesse , la modéralion
(55) de notre armée , cédant. dcTftnt le besoin d'une juste défense, la guerre que noua ne voulons pas faire à la nation espagnole n'en deviendra pas moins nationale en Espagne contre nous.
Le parti des Cortès aie pouvoir; il peut en user jusqu'à établir l'unité parmi tes siens ; la terreur produit cet effroyable effet ; tous les peuples en ont offert des exemples , et, nous, le plus mémorable de tous. Le parti auquel la France porte secours , ou qui offre ses secours à la France , est divisé et doit l'être , puisqu'il manque d'unité de pouvoir, qu'il est libre de reconnoitre ou de répudier alternativement la même direction, sans autre molif, pour les dissidens, que leurs vues personnel les et lanutr nière de considérer la conduite de leurs chefs; sans autre effort que de se séparer de ceux auxquels ils s'étoient ralliés ; sans en rien re-> douter dès qu'ils les abandouuc'ront , puisque ^ ,guerriers volontaires, ils pourroient se tourner contre qui voudroit les contraindre , et mettre la guerre civile dans le parti comme elle est déjà dans la nation. Je ne présenterai pas ces chances seulement comme probables ,' mais comme à peu près impossibles à éviter pour peu qu'on n'atteigne pas le but de l'iateïven-' tion armée avec la rapidité de YécVavt.^ou»
savoDs déjà ]es^ divisions qui existent entre les agens civils et les dgens militaires; elles ont éclaté par des défaites, et s^augmenter oient par des succès, puisque les succès ne peuvent que donner plus d'activité aux prétentions. Ce sont de terribles obstacles que les agens civils dans les guerres de partis ; Je ne connois pas de •cause quHls n'aient contribué à faii^e perdre. Si on ajoute les trois intentions distinctes qcii se réunissent chez nous sous la bannière de Fintervention armée, l'impossibilité qu'elles s^açcordent quand la victoire forcera de déclarer un résultat , on connoîtra combien de divisions fatales peuvent éclater avant, pendant et après les combats. L'effet inévitable de ces divisions sera de rendre la guerre nationale en Espagne; alors tout ce qu'on aura dit pour décider l'intervention armée, tombera de fait j il ne restera qu'un combat de peuple à peuple qui ne pourra fmir que par le triomphe dea Cortès ou le rétablissement du po\ivoir absolu^ deux chances qui nous seront également défa* vorables en Espagne, puisque d'autres puis* sance^ y auront soutenu , dans des vues parti* eulières, ou la cause du pouvoir absolu , ou la cause des Cortès , et que notre cause à nous e$t un terme moyen qui se pcid dans le vague ^
(57) et D'en sortira jamais. Cela ne rétablira pas les relations de commerce interrompues entre les provinces frontières , et attaquera dans tous ses élemens notre fortune industrielle et commerciale. Mais il est temps de laisser les petits intérêts marchands et locaux qu'on a mis en avant pour se donner Fapparence d'une raison de plus, et d'aborder franchement la quefstion d^e haute politique renfermée dans la nécessité de repousser la contagion morale.
La première fois que î'ai <^ntendu* dire qu'il - falloit s'armer pour renverser la constiiu^
tion des Corlès, parce qu'elle pouvoit être contagieuse pour la France , je me suis demandé si nous vivions sous un pouvoit absolu et tyraniïîque ; si nous avions une révolution à faire pour obtenir de la fixité dans nos lois fondamentales; si nous en étions encore à désirer la déclaration solennelle de nos droits publics ; s'il manquoit quelques promesses royales à l'accomplissement des vœux formés par l'immense majorité des Français à travers les trente années qui ont agité si violemment notre existence. J'ai ouvert la Charte donnée par Louis XVIIl, je l'ai lue de nouveau; et, la comparant à la conslilulion faite par les Çprlès, j'ai trouvé que notre Charte étoit pgr*
(58) faite dans ses bases et dans la distribution des pouvoirs, tandis que la constitution espagnole, plus soignée , plus achevée dans des détails qui ne tiennent pas à l'ordre constitutif, pèche essentiellement dans la formation des pouvoirs et dans la liberté nécessaire à leur action. Si on donnoit les deux ouvrages à juger, comme ouvrages, aux esprits éclairés de l'Europe, il n'y auroit point partage de voix ; tous conviendroient que la Charte
peuple dont la révolution est terminée , et que 1^ constitution des Cortès n'est applicable qu'à un peuple qui entre en révolution. La Charte royale est bonne en ce qu'elle répond aux besoins connus de la société pour laquelle elle a été faite ; la constitution des Cortès a des défauts qui frappent, positivement parce qu'elle a été faite pour des besoins et dans des circonstances qui aujourd'hui ne sont plus les mêmes. Ces vérités sont d'une évidence telle que personne ne les a niées jusqu'ici, pas plus ceux qui blâment l'intervention armée, qui en redoutent les conséquences , que ceux qui l'approuvent et en attendent les plus heureux résultats. On peut donc demander sur quoi on suppose que la France îroit chercher, dans la
(59) constitution écrite des Cortès , des garanties gu'elle n'y trouveroit pas, et qu'elle trouve écrites clairement dans la Charte royale .
Pour qu'on pût craindre que la France, profondément instruite par les évencmens , se jetât dans une révolution «ouvelle'pour tenter de nouvelles expériences constitutives il faudroit avouer que la France tremble pour ses libertés, qu'elle «-st blessée dans ses intérêts et ses /*i»tes prétentions, qutui •..^;^ menaçant s'avance vers elle , et semble l'avertir que les meilleures constitutions ne sont rien tant qu'elles ne sont qu'écrites, qu'elles n'ont de valeur qu'autant qu'exécutées franchement elles remplissent les vœux du législateur supréme, en calmant toutes les alarmes, consolidant tous les intérêts, et faisant la part de toutes les vanités. Qui oseroit dire que telle soit la situation de la France 'i Et cependant que dit-on quand on présente la révolution active de l'Espagne comme une contagion morale qui peut nous atteindre? En sommesnous déjà à ce point qu^ les malheurs de la guerre civile , l'agitation d'un peuple en révolution , le désordre et *les cruautés inséparables des troubles domestiques, au lieu de nous inspirer de la pitié, cxcileroicnt nos
(6o) désirs? Quelle nation libre et heureuse a jamais envie' pour elle Tinfortune d'une nation plongée dans un état d'incertitude et de confusion? Car enfin , tel est Tétat positif de rÈspagne ; cjt qîi constitution qui , en théorie , ne vaut pas la nôtre , n'^ rien offert Jusqu'ici de si rassurant dans la pratique que les faits puissent éveiller les espérances , et faire naître de séduisantes illusions. Otez des événemens ^jtir se passent en Espagne cette lûé^ généralement répandue , et trop hautement avouée par un parti imprudent , que c'est le commencement d'un combat général fentre le système du pouvoir absolu et le système des libertés ilationaies , vous ne trouverez pas , en France , un homme sûr mille qui porte aux Espagnols un autre intérêt que celui qui est dû à leurs malheurs présens , intérêt agrandi par la conduite héroïque qu'ils ont tenue pendant l'absence de leur Roi. '
Mais toutes les idées changent, tous les sentiinens se déplacent, s'il est possible en effet de considérer l'Espagne comme une arène où les diverses formes de gouvernement, que l'Europe adcnettoit autrefois, doivent se combattre jusqu'à ce que le pouvoir absolu écrase toutes les libertés, ou que les libertés triomphent du
poBvoir absolu ; car alors les premiers intérêts de la civilisation se tronveroient compromis. Dans ce cas , on auroit raison de craindre que les passions qui agitent TEspagne ne se com^ muniquassent , et cette crainte pourroit être calculée avec précision dans les divers pays qui prennent hautement parti pour le maintien des libertés constitutionnelles. Elle seroit nulle en Angleterre où les lois fondamentales sont depuis long-temps a£Eermies ^ où elles sont défendues par tous les partis, où tous les dissenti*mens disparoissent dès qaUl faut Fassentiment de tous pour conserver ce qui est ; elle seroit grande en France où nos lois fondamentales ont à peine eu le temps de s'affermir, où les partis ne sont pas également convaincus de la nécessité de les conserver , de les défendre ; où surtout l'intervention armée contre des opinions politiques excite d'autant plus d'appréhension, qu'il est impossible de croire qu'elle fera triompher en Espagne un parti modéré qui n'y existe pas ; dès lors il est permis de redouter qu'elle ne tourne, bien qu'involontairement, au profit du pouvoir absolu considéré comme système général. A l'idée d'un avenir aussi épouvantable , il n'y a plus d'esprits neutres ; quelque chose de plus sinistre que ce qu'on appelle
contagkm morale âppai oit dans un samhrc nuage ; on sent que la révolution pourroit renaître en France, clierchant un point cFappui au dehors, et assez malheureuse pour îè rencontrer en Ëspagfie , et peul-^étre encore autre part.
Loin de dissimuler cetle appréhension , les cœurs les plus dévoués à nos princes légilimes Fexaltent avec douleur; les esprits les plusmo^ narchiques en sont Continuellement préoccur^ pés. Les hommes qui s^animent dans les discours publics pour écarter ces pensées accablantes n'ont plus la même assurance dans les conversations particulières ; ils airrangcnt les événemens comme si on étoit maître des événemens dans le mélange de la guerre et des discordes civile!» ; ils essaient de justifier les intentions comme si les intentions avoient jamais garanti Ta venir ; ils se portent caution de la pureté des sentimens des souverains ; mais qui les accuse? personne. Les événemens les ont transportes sur tous les points de l'Europe ; partout oh les a vus , on a communiqué familièrenouent avec eux ; on sait qu'ils ont les lumières de leur siècle^ et (|u'ils n'en ont pas les vices ; mais les vices sans les lumières s'agitent quelque part ; ils se coalisent ; on le sent ^ on s'inquiète ; ^
la prévoyance des événemens ne sert qu'à les rendre tous plus faciles. Faut-il qu'ils soient entames pour commencer à réfléchir sur les moyens de les arrêter ? Loin que la guerre que nous portons en Espagne puisse paroître une garantie contre ce qu'on appelle la contagion morale, qui peut nier qu'elle n'ait divisé les esprits , donné plus d'ardeur aux passions ^ qu'elle n ait fait naître entre les partis des soupçons qui les aigrissent réciproquement , ' et surtout qu'elle n'ait mis la discorde dans le camp des royalistes ? Ce malheur est plus grand qu'on ne le pense ; il effraie ceux qui savent que les Rois ne tonibent entre les mains san*glantes des révolutionnaires qu'après que les monarchies ont été perdues par l'incapacité et la division des partisansde la royauté. -Qu'on lise l'histoire , on apprendra que les révolutions signalent quelquefois plus de destructions déjà opérées qu'elles n'en causent , et que le petit nombre d'amis actifs que les souverains trouvent au dernier moment du danger ne pourroit se comprendre , si on ne se rappeloit en combien de fractions les royalistes s'étoient déjà brisés pour des intérêts qui n'étoient pas ceux des Rois.
€e qui se passoit en Espagne avant l'éta-
bK^sement d'^ine armée d'observation , n'avoit pas, été contagie^ux pour bous, çt n'auroit pu le devenir tant que les Espagnols auroient été abandonnés à eu?[-mémes, et qu'aucune influence étrangère n'auroit été présumée active dans leurs malheut*eux débat$; mais ce qui se passe en Espagne, considéré, dans la généralité des intéi'êts qu'y aperçoivent et les partisans avoués du pouvoir absolu, et les amis sincères des libertés nationales , ne peut être présenté comme une contagion morale ; les noms les plus nobles rendroient à peine justice aux sentimens qui se rattachent au succès de l'indépendance de la nation espagnole; et s'il y avoit le moindre courage à les avouer, aucun honnête homme n'oseroit garder le silence. C'est surtout à ceux qui ne coiinoissent les dates de la révolution française que par lés arrêts de mort dont ils ont été frappés, par les proscriptions qui les ont atteints, par les emprisonnemens qu'ils ont subis ; c'est à ceux qui ont lié leur existence à la conciliation sincère dd pouvoir et des libertés publiques, et qui n'ont démenti leurs doctrines ni par leurs paroles , ni par leurs actions , qu'il est perniis de demander qu'on s'explique enfin sur ce mot résolution avec
kquel on prétend faire reculer le bon sens , la prévoyance, la saine politique, et étouffer l'esprit généreux de tous les peuples civilisés de l'Europe, Avant la révolution, avions-nous donc été plevés pour ne sentir que comme des esclaves? Pour^ui rédamoit-on les mouyemens de notre cœur en nous initiant aux premières connoissances de ThistoîiiePE toit-ce pour ceux qui attaquoient les libertés ou pour ceux qui les défendoient? Quelles pensées faisoient pleurer le grand Condé aux vers du grand Corneille ? Dans quel livre français trbuveroit-on le plus léger blâme porté contre les Suisses bravant les plus grands dangers pour échapper à l'oppression , contre les Pays-Bas combattant pour leur indépendance , et J)rêts à s'engloutir plutôt que de céder à Yette politique rétrograde aussi offensante pour la raison humaine qu'effroyable dans ses conséquences matérielles? Toute l'histoire des grands mouvemens du monde est renfermée dans deux mots : religion et liberté , parce qu^'il n'y a que la religion, et la liberté qui répondent aux besoins des esprits. Avant la révolution , quoi qu'on ose dire aujourd'hui , tous les setitimens étoient généreux , et on n'auroit pu sans honte avancer les maximes dont on ne rougit -pas * 5
maiaiefianlr Si FËuf ope civilisée admiroit franchement le courage des peuples contre la. tyrannie ^ elle blâmort avec la même franchise les excès et les crimes popolarlres^ Des tétes^ ' étroites ou dos cœurs pervers ne peuvent plû^ comprendre le pouvoir cjwe corameenBenri des libertés, ou les libertés conmie ennemies^ du pouvoir. ; est-ce «n motif po«r que nous ^ royalistes eonslitutionnels , ftons n^ayons'pas toujours la même horreur pour les crimes popu-laires que lliistoire présientoit à notre enfance , une fcorrenr plus vive pour les crimes populaires a» milieu desquels nous avons véca^ sans* cepeisidant renoncer aux^ sentimens de libertés publiques avouées par TEu^ope civ>lîsée bien des siècles avant la révolution:? iSi ôe& probabilités nous montrent ces libertés- €om{^omi6es d^one manière générale, nous»
n'aitett^ens p«s que des hommes du pouYoir nous disent si nous avons tort^ou raison de prévoir les dan^gers , si notre intérêt légitimen'est qu'une contagion morale ; vtovB n'attenrd^ons pas quHls nous révèlent et les paroles ^ofi^entielks des Hois, et le nombre des soldats que la Providence leur a donhés ; nous consulterons les fa-its publics , naos les rap>p^rojcbéi^ôns ; et si notre jugemeM ne se forme
pas de sirilé d'une manière îri^vot^tble , il ne ^e laissera dn itK^ins sédnire ni éjyouvanter par dc^ mots sonores qni n*<?toaf dissent que ies fmbtes sur Tincohérence drs rafisonncmcns. Venons aux faits pubUts, et commençons
p^r ceuiL qui sont consignés dans ïe discours de M. de Chateaubtiand. « Poufc^oi, diï cet n éloquent écrivain , ne sepîaîgnoit-on pas dé ir la perte de notre indépendance, lorsque îté >* étrangers exerçoientutiè si grande influence » sur notre sort, lorsque Ton consultort leé >y ambassadeurs sur les lois mêmes qu^on » apportait aux: deux Chambres ? L'Europe , » nous? disôit-on alors, a^ptâudît à Fordon- A nance dix 5 septeml)re ; TRurope approuvé fi \e traitement qtt'on fait subir aux royalistes ; >> FEuropfe, dans des acieï» pubKcs, vient de dé- >• clarcr qu'elle est sarlisfeite do système qn*on • >r sui! ; et, par eonskïération pour ce système, >> elte retire' ses soldats ^ ctfe fait remise des » stibvenliôns. Qui à celte époque , Messieurs, » aï protesté contre cet aban<ton de la dignité » de la France ? » Je nommeroîs les homihes qui on* alors protesté non seulement en favcnr de la dignité, mais de PinddpendaiMîe de la France, si je croyois que \t public eût pu O^Alier les réil^ttf^uu d^Cousêtça^e^tr ; mais
ce n'est pas d'eux qu'il est question» J'ai î^noncé l'intention de rechercher si des faits publics justifioienl l'appréhension des royalistes constitutionnels qui ne crient pas en faveuf de la paix, mais qui voient, dans l'intervention armée contre l'Espagne , la possibilité d'un combat général entre le système du pouvoir absolu et le système des libertés publiques ; et je n'ai cité cetle partie du discours de M. de Chateaubriand que pour les faits qui s'y trouvent relatés.
C'est donc un fait que les puissances , qui se réunissent si souvent en congrès pom' régler les affaires des nations que Dieu ne les a pas appelés à gouverner , ont applaudi à l'ordonnance du 5 septembre; que leurs ambassadeurs étoient consultés sirv les lois qu'on apportoit aux deux Chambres; qu'elles ont approuvé le traitement qu'on a fait subir aux royalistes^ et donné bon certificat en faveur du système qu'on suivoit alors. Pourquoi ces puissances approuvoient- elles à cette époque "le contraire de ce qu'on fait aujourd'hui ; et comment donne-t-on.leur approbation à ce qu'on fait maintenant comme une garantie de l'avantage qu'il y a à le faire ? Les hommes instruits de tout ce que la politique renferme
( 69 ) de contradictions qui cependant vont au même but, ignorent-ils que le cardinal de* Richelieu , en frappant en France ce qui nuisoit à Faction de la royauté , n'en excitoit pas moins en Angleterre les mouvemens qui embarrassoient Faction du pouvoir royal , et qui finirent par offrir au monde le sp<ictacle effroyable d'un Roi périssant juridiquement sur un échafaud ? Qui ne sait encore que le . même cardinal , assez bon catholique pour poursuivre les protestans en France , les sout^noit au dehors partout où il pouvoit arrêter la marche des gouvernemcns? Si l'ordonnance du S^septembre renfçrmoit des conséquences embarrassantes pour notre pays , si le traitement ^u'on faisoit subir aux royalistes laissoit entrevoir une réaction qui pourroit, à son tour, enfanter d'autres réactions, pourquoi les étrangers^ cités par M. de Chateaubriand, auroient-ils refusé de pousser à ces mesures , dans le cas où il seroit entré dans leurs projets ' de nous occuper de nos propres divisions, pour rester plus complètement maîtres d'agir sur d'autres points de l'Europe sans craindre d'y rencontrer notre influence ? Et si ces mêmes . étrangers a voient aujourd'hui un intérêt politique à compromettre , dans une intervention
Jt-
ai*mée, réimmântepraspcrité qui se réveilloit .
•difCz nous, à nous catraînerjlans des dc-r HiaixhQs qui re«idroient long - temps difficile notre alliance avec rAnglelei-re , et qui même pourroient aèus mettre en bastilité avec .elle., seroie^l'-ilâ lilâmable$, d'après mille exemples qu'offre l'histoire, de nous pousser dans le sens de leurs intérêts plus que datas le sens
. des nâtres ? Qopi qu'on puisse dire des mer- -veUlçux effets que produiront une politique générale , il n^ aoia )amais qu£ des politiques nationales. Si Dieu avoit voulu qu'il n'y eût qu'une seule direction des affaires de ce monde, il n'auroit pas séparé \t^ peuples de mœurs , de langages , d'intérêts et de pn'jugés; il n'a promis Iq rciuiion de l'univers qu'à iftiie seule doctrine, jamais sous un seul pou* voir ; il a fait des nations^ et ncm des mdtyidus n'ayant que l'espace pour patrie. N'estce pas déjà quelque chose d'assez miraculeux que trente ou quarante mitlioDs d'hommes ooncpjurant ensemble au même but, sous les mêmes lois et la même volonté ? Vouloir plus, ce serait tenter la Providence. Si la Sainte- Alliance prétend réunir toutes les nations à un seul principe de gouvernement, elle sait sans doute que les dominations étendues ne
(70 f)ouvent «'affermir quVn ployant les esprits so«8 des doctrines de soumission absolae« Croit-elle que TAngleterre puisse ignorer y de «on tôté , la puissance des doctrines sar fâ durée des alliances entre les nations î Croît- <4k <i[ue les peuples libves ne sentent pas aussi ie besoin qu'ils ont de se rapprorfier? Dès lors seroit-il difficile de supposiîr on but à l'influence des étrangers qui nous pousseroient ^n Espagne , où nous trouverions les Anglais ^n opposition plus ou moins déclarée à notre inlervcmtion armée , ce qui mcttroit la discorde là où les doctrines tendent à un rap^ prochement dans l'intérêt général de la civilisation ? Et si TAn^eterre accepte le Vosu de M. Canning : Liberté civile et rdigieiise dans iout F univers , qui peut nier ïa possibilité latatle d'événcmens bien, au-dessus de ceux qifon fait entrer aujourd^ui dans le domaine de la contagion morale ?
Bes faits cités dans le -discours de M. de Chateaubriand, je n'ai voulu tirer que cette conclusion, que nous ayant lui-même montré-, plus clairement qu'un ministre du Roi de .
France ne devoit peut-être lé faire à la tribune , faction des étrangei's sur notre régime intérieur, et cela en faveur d'un système pros-
( 70 crit maintenant par ces mêmes étrangers , il ne falloit plus les faire intervenir , même confidentiellement , pour rassurer ceux qui craignent que la cause de Thumanite entière ne se mêle au projet d'une intervention arjnée dans les affaires d'Espagne. La contradicUon dans les influences politiques n'est pas de sa nature une chose fort rassurante.
Je crois sincèrement que les souverains voudroient voir l'Europe raffermie; je crois ^ comme les souverains, que £ela ne se peut que par la paix générale entre les grandes puissances, et par la tranquillité intérieure de chaque nation ; mais il ne m'est pas possible de croire qu'une intervention armée ne menaceroit pas la paix générale , et que la tranquillité de chaque nation soit indépendante de la satisfaction donnée aux peuples, selon le degré de civilisation où ils sont arrivés ; car tous n'ont pas besoin de liberté, et surtout n'ont p^s besoin d'pne égale portion de liberté* Partout où la civilisation n'est pas assez avancée pour que la société ait une volonté, et puisse l'exprimer, Jes p/îuples trouvent dans le pouvoir des ,Rois le premier mobile <et la plus sûre gi^rantîe des développemens vei's lesquels ils tendent. Tous les Etals de l'Europe
(73) ont été dans cette situation. Ceux qui y sont encore vont en avant, et les Rois lès guident; ceux qui sont riches d'industrie, d'expérience, et par conséquent de situations indépendantes, prêtent le secours de leurs lumières aux gou^ vernemens , en vertu des lois fondamentales qui lés appellent, dans des Formes déterminées, à délibérer sur les intérêts généraux ; certes , il n'y a pas là de quoi diviser l'Europe. Et ce-" pendant c'est vers une division redoutable que les «vénemeris semblent l'entraîner, posilivcment parce que lés opinions sont entrées dans la politique bien au-delà de ce que la raison avoue; or, dès que le pouvoir absolu convient qu'il redoute les opinions, ri y a défaut de logique a ne pas admettre qu'à leur tour elles ont le droit de s'alanmer. Au lieu de confondre ce qui appartient au mouvement naturel de la civilisation avec ce qu'on appelle d'une manière trop générale la révolution^ il auroit fallu distinguer, afin de ne pas blesser l'orgueil des établissemens fondés, de ne pas heurter les sentimehs généreux dans toutel'Europe , de ne pas irriter les amours-propres , en ayant l'air de croire que les exagérations qui ont fait le succès des révolutionnaires, s'adressant aux passions de la multitude , réus-
( 74 ) sirmeal auprès des gens kislrails et démnté*^ riîsscs dont FkiflueAce est d^aut^»it flUjs déd^ $tye qu'ils interrogent les faits , plus frapcs en Qfkiér^X que les paroles*
Or, c'est «n fait public que i'Earope chré* itenne , &aus la direction dhine Alliance^ qui 3^^ appelée Sainte , a repousse les chitelièns ite la ^rècc , et que les royalistes français qui, de pf^ittier moaivement , avoiefit pris intérêt k <«ttejCiause sacrée , se sont tus aussitôt qu'an )ounial,défenseur officiel de laSaînte-Âtlianc^, leur a donne pour mot d'ordre que le soulèlïemcnt de •dbrétiens , opprimés par dés Tuiles; ne lioit à la rétHJuUan ; et a^oit été tramé dans l'ombre par le comité directeur. Dans cet aban^ don général d'un peuple madbcureitx « ^ans celle accusation portée par les souverains , que pouYott faire alors ua homme de bon sens ? Lire l'Ecrtture^Sainte , en substituant partout Je mot résolution au mot reUff^m , et le nom de comité directeur au nom de V Etemel; car rien ne devoit plus rester vrai da-ns ies temps passés \ si les Grecs de nos jours n'étoient que des révohitionnaires soulevés contre un pouvoir légitime. Que n'a^t-on pas dit contre eux ? Que la patience avec laquelle ils avoient supporté le joug des Ottomans les avoit tellement
avilis <(«i^jyis ne pouvaient inspirer aucun iatérêt , même l^^rsque ieura Sexnme» et leurs enfans ^étçipnt /égorgée , ou livrée , à prix d'ar* gcnl, la,prafânation4e<5 Turcs ^ qu'ils jétoient divises el s'ugoïigeoient «nutueHeirieftt en présence de leurs ©nneinisi qu'ils étoient fanfa-, rons et lâche^; qu'ils hiassolent les catholiques pïus que les jfnu^lœans, <la»ô res|)oir sans doute de nous laire haïr les Grecs pkis encore que leurs bouirreaux. Déclarés avilis pour avoir iRupporté l'esclavage » ^t révolutionnaires pour tenter d'en briser le jOiUg, avec quelle prescience hostile on annonçoijt leur ruine totale ! avee^ quelle joie barbare on gros^issmt leurs défaites i lieurs efforts vers la liberté cioient condaoïnés d'autant j>lus sévèrement qu'ils dévoient, dismt-on » troubler la paix de VEurope;' aussi les i^poussoit-on sans pUié; et» s'ils avoient tous diaparu de la surface de la ten'e , je crois qu'on auroit fait des feux de joie dans tous les pays chrétiens. Us vivent ; ils seront libres ; la paix de l'Europe n'en sera pas autrement troublée; et nous verrons ceux qui les avoient condanmés, travailler dhacun à les faire entrer dans leur poiijtiqae particulière , tout en ne parlant que des intérêts de la politique générale. Croit -on
(76) que ces faits soient sans moralilé ? Oublie-t-on que nous vivons à une époque où les événemens de chaque jour sont mieux jugés par les contemporains , que l'histoire ne juge autun des événemens passés ? Que doivent donc souffrir les peuples avant d'avoir le droit de se plaindf'e et l'espoir d'inspirer de l'intérêt, si les Grecs n'ont pas trouvé grâce devant la politique quia pris sur elle le repos des nations ? Loin de moi la pensée d'accuser l'humanité des gouveraemens. Je sais combien il y a de choses impérieuses dans la direction des affaires de ce monde, et combien les événemens imprévus déconcertent sduvent les pensées les plus généreuses ; aussi n'est-ce qu'aux écrivains qui se sont fail3 interprètes de la conduite des souverains que je m'adresse, et je leur dis qu'en calomniant une cairse sacrée, qu'en accusant de louables efforts vers la liberté, qu'en attaquant les plus nobles résultats de la civilisation sous le nom de révolution, ils ont jeté dans trop d'esprits l'idée pénible que Talliance des Rois n'étoit pas assez pénétrée des besoins des peuples ; qu'un parti dangereux pouvoît abuser de l'horreur légitime que doivent leur inspirer les mouvemens populaires , pour leur montrer des complots ré-
(77) volutionnaires là où il y a des causes que nos aïeux appciloient d'un nom honorable; et que par conséquent la civilisation européenne se troiiveroit plus en sûreté par la combinaison d'alliances formées comme autrefois entre d^ intérêts qui se comprennent, que sous la direclion d'une politique générale qui verroît de trop haut les^ intérêts propres à chaque nation ^ pour pouvoir les comprendre.
Et de combien d'autres faits ne pourroit-on pas appuyer de légitimes alarmes , si tout ce qui s'est passé en Europe depuis la formation de la Sainte-Alliance étoit auàsi à découvert pour tout le monde ^ que le soulèvement desi Grecs et la manière dont il a été jugé ! Mais il faut éviter d'aborder ce qu'on peut encore contester, et s'arrêter àJ'Espagne où assez de choses sont publiques , pour qu'il ne soit pas nécessaire d'aller jusqu'à celles qui restent dans l'ombre. Est -il un homme raisonnable qui ne se soit demandé quelle étoit la force réelle de ce qu'on appelle la politique gêné" raie , dès qu'elle n'avoit pas pu amener le Roi Ferdinand à donner à ses peuples les institutions qu'il leur avoit promises? Car on ne peut pas supposer que tous les Rois étoient d'accord pour le maintenir dans le pouvoir absolu ;
(7») ridce en sei^ott effrav^tite * et h d^noâtnent assez^ 9ingttliet\ Est-^ii àii kcntifâfire raii^aniiable qai ne ^ soit dcmasidé i^uéJle étoît lu §ot€6 réelle de ht politique géâtéhik po«n^ ameïier kâ Cortèà à rendre à leur Roi la liberté ddftt il a besoin pour gouverïier? eeta*, sans reeoo^ir ii lai force des armes ; car »'il s'agit d'armer dt dé taer pour awtserver la paix de TEiirope , el maintenir la traitqinUilé intérieure des nations, c'est €!ei|âr'ofva vd daiss» tottô ks temps^; dès lors la poiiâqae général ne se dêslingueroit en rien despolitiques partieiriières ; la Saîrile-Alîiânee re^fembleroit à tcj^eâ te^ ttgwes qni se son* fiorniée^ e^i E^rospe, et qu'ow «*» pas appeloeià ifàmtesi r ^Ue ne seroil retni^rqnafele daas î*his* toé^ du Montée qu'en ee qu'elle n« voiidroi^ pad adi»etire de con^e'-poddd-, cdmbi'lta^n û noavelle en politique qti*o<* ne peat en aper^ ceToir le but^ ni eA p^éjtfger les effets. Ceux? qâin^'enlendrcMM t^aHfertcc générale desJ Rois que par oppôsitïoïï à Peàprit révolutionnaire qu'on suppose à tous- les peufpJes , aurbienf avancé, peut-éire sâils le vouloir, îa possibilité à^mt^ guerre tcrriW(y entre tes difterses formes et gouvernement ; ils auroient ainsi justifié l'Angleterre si elle se plaçoit à la tête de l'aifittnce dtes peuples; car cWe seroït con-
( 79 ) ^ ir^vm^ à opérer de 9 rapprocbem^ns par des^ doctiTïi€fâ ySùw pdifé At se trouver itoMe en Europe. Les gens qui vôiit yiie Im oitt dojà fmt h cet ég»à d'étyanges révélations et dcs^ menaces- plus^ étranges encore. Il faut donc toujours en revenir à cette vérité fondamen^* taie cpœ FAngleterre né pouvant rester n«uti*e, il n'y aura pas de guerre entre la Fraivcc et l^Espagne , ou qte la gmrre entre la France et TE^agne sera Toccasioa d'une guerre gé^ uéralë dans laquelle: se. décideront les grands intérêts de la civilbation. Dès lors peut-on^ appeler contagion morale lessentimens géné-^ Feux, les hautes pensées qui se rattachent à 1« possibilité d'un débatpolitique sans exemple àùm^ Ffaistoire du Monde ? Cesseroit-ott d'être royaliste pour savoir €pse la civilisa/tion ne peut rétrograder maintenant , positivement parce que sa conservation n'est pas coafiée ^ \u^ seul peuple 'y et que s^il est vrai , comme le répète chaïque jour le parti ardent, que ks trônes soicnrt solidaires , ils le seroienfc des dé* faites conzme des victoires^ car la sotidarité ne se comprend pas autrement. Cette idée est d^autant plus déchirante ppur les Français , qoc les Sourbons de France sont , par le fait ,. désintéressés dans !a guerte de principes qui
menace TEurope , qu'ils n'y ont rien à gagner, • et que par conséquent ils y risquent trop.
En effet, lorsqu'il s'agit de décider, les armes à la main , s'il est permis aux peuples de se donner des lois que les Rois accepteroient , ou si les Rois seuls ont le droit de constituer les peuples comme il leur plaît , et quand cela leur plaît, la France se trouve ,*par le fait, entièrement désintéressée. A travers toutes lA révolutions que nous avons subies depuis 1789, aucun établissement politique n'ctoit resté entier ; et lorsque les Bourbons sont revenus en 1814, nous n'aurions pu leur proposer de jurer la constitution sous laquelle nous vivions , car ils nous auroient répondu : « Sous » quelle constitution vivez- vous ? .et quelles » sont les libertés établies que vous voulez w mettre sous la garantie de nos sermens ? »
Le Sénat conservateur se jeta en avant, et osa parler au nom de la France ; mais il tomba devant le ridicule ; il n'avoit jamais représenté pour les intérêts nationaux; il n'avoit rien défendu , rien cooservé ; et le bon sens ; l'esprit des convenances , si naturel aux Français, disoient généralement que , dans l'absence de tout établissement politique fondé , il y avoit de l'honneur à recevoir du Roi une Charte
présentée comme lih acte ilë pacmcation générale. Cela h'éfablîssoit pas un droit positif, car tbut droit est diiratle ; el aucune nation ne
pdurroit, sans folîe , admettre qu^un Roî ^fit là constitue!* sans cesse et à volonté : aucun Kbî né voudroit accepter ce iiàrigerëux privilège; aussi Louis ]iVlît, avec la sagesse pré- Fondé qui le distingue, posa lui-même des Dorhès immuables au pouvoir constituant d'iih seul, donna de la fixité a nos lois iFondàmèntaies, en déclarant qu'il ne J)ôurr6ity être fait dés modifications qiie dé l'accord et Jpar la coopération des trois pouvoirs de la société. L'es circonstances, l'assentiment général, lè besoin d'élever de siiite le Roi au plus haut pointa estime qu unsouverampuisse atteindre, se sont rencontrés j^ovir que nous ayons re^ii de Louis XVIII la Charte qui nous re^t. Une' ibîs promulguée , elle a appartenu à là France ' comme un bien qui lui est propre , cotnm'e rexprèssion de la volonté publique; tous les esprits sages , même ceux qui ont plus dé respect que d'enthousiasme pour là royauté , se sont accordes pour repousser toute discussioA ultérieure siir lés droits constitutifs. En effets il est digne de rémàrq[ue que , depuis lon^temps , on n imprimoit plus en Irance d où-
vrages où il fût question de la souveraineté du peuple ; que nos divisions se renfermoient dans le cercle tracé par la Charte ; que nous interprétions plus ou moins bien ses articles dans le sens du pouvoir, ou dans le sens des libertés ; mais on ne' remonioit pas plus haut. Il n'en est plus de même depuis qu'on a fait , des troubles qui ont lieu en Espagne^ une querelle dé principes dans laquelle tous les peupljes sont intéressés, et qui n'admet plus de terme moyen. Les esprits se sont émus ; ils sont retombés dans ces réflexions creuses qui n'ont jamais été et ne seront jamais sans danger, parce qu'il est impossible de les séparei^ de l'application qu'on peut en f^ire. C'est en étudiant l'histoire qu'on apprend dans xjuel ordre les pensées politiques annoncent ries
^événemens.
La France , constituée par son Roi, ne peut
servir d'exemple à aucune nation, à moins que les événemens ne se produisent de même, pas plus que la dynastie des Rois d'Angleterre, acceptant et jurant l'établissement politique fondé à $on avènement , ne pouvoit servir de modèle à la France. Où les circonstances sont différentes » les procédés sont autres; C'est en l'absence de son Roi, et pour
la plus -noble cause, que TËspagne s^éloit constituée ; la constitution n'y a pas été, comme en France, un traité de paix entre des partis nationaux , mais , au contraire , une déclaration de guerre à mort contre ^usurpation d^un étranger ;. elle a rempli sa destinée. Tout annonçoit qu'elle seroit modifiée , même quand la prévoyance n^en auroit pas été admise dans la constitution^ parce qu'elle ne pouvoit convenir long^temps à un état de paix intérieure. Le Roi et la nation se seroient trouvés d^ac^» cord sur cette nécessite , et rien ne se seroit opposé à ce que Ferdinand eût Thonneur public des améliorations dans l'intérêt de tous. Mais la guerre civile a ajourné les améliorations ; et , la guerre étrangère venant exiger ce que les circonstances auroient amené sans honte et sans violence , tout s'est compliqué pour ce malheureux pays. La constitution des Gortès y reste ce qu'elle étoit lors de son établissement ,. un moyen militaire , et, de plus, un moyen révolutionnaire. Si on ajoute l'idée trop répandue qu'un combat général entre les formes de gouvernemens doit naître de l'intervention armée , puisqu'elle est admise ou récusée par des nations capables de se tenir tête, on sentira tout ce qui agite les esprits
en Fl-ance. Et Cependant la Frantë 4 considé-* rée comtne constitutionnelle ^ étoit ta âeule puissance yéritablemetit désintéressée dan»
cette discussion de principes y puisqu'elle a reçu de son Roi, sans contestation ^ la Charte qui la régit , et que depuis, long-temps se»
vœux se bornoient à en voir rexécùtioïk franchement assurée. QuîBlle espérance secrète a; donc entraîné les premiers i;notëurs de la.
guerre ? Sâvént-ils tout ce qu'ils peUTenÉ eom*promettre si le succès ne répond pas à leurs désirs? '
C'est parcei que les esprità pénètrent arec horreui:* les çonSéquetices possibles de fceltfe guerre ^ qu'ort n'y croit pas , bien qu'elle devienne chaque jour plus imminente. En effets si TËspagne doit être la caœe d'un noutel çmbr.asément en Europe ,, il sera permis jirsqu'aii . dernier moment d'espérer que les souverains s'eniendrolit pour éviter un premi-er éclat dont les suites^ seroîent incalculables., Dans les guerres de principes ou d'opinions^ quelque-^ fois on né sait pas oà l'on va ; quelquefois aussi on n^ le sait c^e trop bien ; et si Vhtn gleterre étoit coi^duite à se mettre à* la téDe des principes on des opiràcm^ favorables à l'indépendance des natioils , la conta^io» hio*
raie s^éieiulroit d^autaat plus vite que tout le CDOUde saisiroit de suite (|tiel est Iç but , quels sont les moyens. Qu'on pèse bien les paroles , ooutroavera que toutes les conversations sont d'àc€ord sur ce pôin^ , qu'il faut qu'en laisse le débat militaire entce la France et TEspagne , aix que FEi^rope entière s'en métie. Efe bien , il 6st une vérité que sayent l'es hommes qui ne sonAplas étrangers à lapoli tique-, c'est que si le d«bal; SL3r.oït puj se renfermer entre la France ot l'Espagne , on n'en auroit pas phis parlé en. 182.2. et 1823, qu'on n'en parloît en- if820 ^h i8zi . Dans la derpière session , ks royalistes ])es.plu& ardens se bornèrent à offrir des fondisr pour sècourirla misèredesroyalistesespagnol^ réfugiés; en France ; ce n'étoit qu'un» appel> s^ Hbuinanitéde la nation française. H y a eu QH congrès depuis , et nous voyons le chemin qn'ôn^ a fiait.
Jl^raoniie ne peut donc affirmer si la guerre^ sfi feoa 6a ne s© £era. pas; personne ne.peutî divQ s'iLccste desi mpyèns de conciliation, eteniqa.eUË&n0Bains,ces moyens se trouveroient ; n\ai& on peut examiner, au moment où on a proiçlamé pour la première foia la possibilité d^ l2( ^iei^rtC , dans quelle situation étoiont les pjDigsances qui interviennent jusqu'ici dans les
dcbals relatifs a l'Espagne /et ce <ju'<*lles ont perdu ou gagné avant le comihehcenient des hoslilîtés.
S'il n'y avoît pas eu de fièvre jaune en Es-^ pagne, nous n'aurions pas établi de cordon sanitaire; et s'il n'y avoitpas eu un cordon sanitaire sur les frontières d'Espagne , nous n'aurions pas pu dire que nous en avions fait une armée d'observation. On ne croira jamais l'illusion que le mot armée a produit sur les hommes qui , loin des affaires depuis trente ans, n'ont jamais pu juger les choses poli* tiques que parles paroles qui arrivoient à leurs oreilles. Quand Buonaparte avoit une armée, il faisoit la guerre ; dès que nous avions mie armée , il est clair qu'il f ail oit faire la guerre ; 'et comme notre armée étoit vers les Pyrénées ,' c'étoit aux Espagnols qu'il fall oit s'attaquer. L'bonneur l'ordonnoît ; et le ministère qui ne poussoit pas de sujte notre* armée à Madrid, pour délivrer Ferdinand, cessoit d'être un ministère royaliste. Au jugement des hommes qui voient une armée dès qu'ils en entendent prononcer le nom, le ministère restera toujours responsable de ne pas avoir commencé la guerre aussitôt qu'il a eu une armée { le succès, assurent-ils, étoit infaillible. Si on
( 8? ) leur demandoit le succès de quoi , ils seroient fort embarrasses de repondre; car ils jugent Fintcrieur de l'Espagne comme ils jugeoient Tarméc d'observation , par les mots. Cependant trois mois se sont bientôt écoulés depuis que le Roi de France a énuméré les forces qu^il croyoit nécessaires pour effectuer notre intervention militaire , et tout le monde sait quel est le noïnbre des soldats réunis maintenant avec tous les moyens indispensables pour entrer en campagne. Les lettres qu'on reçoit à Paris , écrites par des militaires dévoués , expriment la surprise qu'ils ont éprouvée en arrivant sur les frontières; et cette surprise se communique parmi tous ceux qui avoient pris Tarmée d'observation pour une armée , et qui croyoîent apparemment iqu'on alloit former une armée de cent mille hommes qui étoit déjà formée.
Cette pétulance des esprits» qui précéda le congrès de /Vérone, mit la discussion de la paix et de la guerre à la merci des Journaux , bien avant que le gouvernement français eut pu prendre une résplution fixe ; ce fut un malheur. Le parti guerrier et \c parli pacifique étant formés dans les salons et dans la Chambre , le ministère se vit comme obligé
( 88 ) de» se prononcer dans le discours du trône ;,
.1 * .îl ^ ■* ' . > \ . . • î t . • » ■ , •
inconvénient fort grave , puisque l Espagne ^ rAneleterre furent mises dans la confidence de nos proîets, avant qu'ils fussent sùffisamment arrêtes. L'usage de *ous les cabmets a toujours été de laisser de Tincertilude sur leurs desseins, iusqu au moment où ils ont les moyens de les accomplir ; et q^upique tout se devine à peu près entre les gouyerneniens, il y a cependant une grande différence , pour les conséquences et la possibilité des négocia-
i-'-.'rt;!'.; -, . tv t .»i<.. '* • ' ' ^ .
tions, entre une déclaration faite publique-
, './ ■ .. .• • " 1. '''*'"•■ V '^ ^•- •?'••'• ,;• ment et les explications diplomatiques qui
peuvent naître sur des^proîets seul/ement soup-
çonnés. Mais les e:jçaltadQS monarchiques
avqient décidé que leur politique ne ressem-
bleroit à rien , parce qu'elle ne reposoit que
sur des sentimens. Ils ont fait comme ils
avoîeat dit, L'Angleterre ayant agi conime une puissance calme , qui ne livre ses secrets et ses paroles que selon le besoin , ils affirment qu'ils ne comprennent rien à la conduite de l.Angleterre. Cela est croyable.
Les paroles guerrières , qui se trouvent dans le discours du Roi, furent une concession faite au parti de Ja guerre ; elles lui donnèrent une force qui n'étoit pas en lui , et jetèrent de
" ( 89 ) profonde^ a|)pre)l><ensio(iis parmi \e$i:^oinJt)reux partisans de I4 P^ix* Les esprits s'aLigrirçyt. L'éyé^nen^ent restant suspendu nçç^ssairenijpnt jusqu^a la formation et la réunion d'uoe armée véritable, le ministère se yh plus d'-une fois rér duit à donner des expliç^tÎQ'^Sî ^ livrer ksi^çret de ses^ espérances; et s;es (^^j^ér^(^c^^t^^ese%pUcatiop$ yarierejitpar de|^ çi.çcorjstauçes indççepdaijtçs^delui , ce qyijui fit l^oçt Çeç.ç^c^ant celaarriye toujours ain^iDarrçffetdçs^çg;9ci.a; tioi)s et des intrigiiejs sççrètçs qui préjtjèdent ordinairenient les hoslilités; mais, le public Tien or e tant que. les débats restent çnt^e les cabinets. Chez noqs, tout étoit à déqouvej:t; et nptçe ppliti(îjje , poipp,^q$,efl?.çnt
portée à.l^ t,rib^ne, dçîvi^t,, ci^.^r^ajjce com%c * Qn. E^roçe, une ^fpir^. dfi parti;, ui? çl^jet dç crit^qiie , un éveil ,k tous les intqrcis cornmç u toutes les passions. Une déclamation pqblique dje nos volontés et de. iios dc^scjirjs nou?
ôloit doi^o beaucoup de lib(|rt^é daps l^s nf?,gpciations.; en nous forçant à, noqs, i:çtr^(jhçr ' dans rhonneijr dp^ soiiterii^ Ip Qng^gf;mcn^ qije nops 2|yipiïSi pri?^ a^vec ijpus-rpprpei^ , die nous gênpit, sans p.ouvoip c.tre d'aucupç CjOusidération auprès des puissances qui ajloieot
(9o) paroles qu^il nous avoit plu de dire tout haut.
On motivoît le discours diu trône , en disant qu'il forceroit le parti des Cortès à mettre plus de modération dans sa conduite « et quMt amèneroit des changemens dans la constitution ; on annonçoit que ce parti reçuleroit devant des menaces sérieuses et la retraite des ambassadeurs. On sait Févénement.
La guerre civile a pris plus d'activité; les royalistes espagnols ont éprouvé des défaites sanglantes ; ils se sont divisés entre eux. Les Cortès ont ôes troupes qui se sont plusieurs fois présentées au combat , et qui ont été victorieuses, des chefs qui ont pris Thabitudedu commandement et acquis de la confiance ; les Portugais se sont prononcés pour une cause qu'ils ont déclarée être la leur. Tout cela n'est pas cohsidérable sans doute ; mais rien de cela ^ n'étoit quand on a parlé d'hostilités , et n'existeroit au méïhe degré si on n'en avoit point, parlé trop tôt, et d'une manière si solennelle. C'est ce que je voulois faire remarquer, en examinant les changemens qui se s'ont opérés^ d'un côté comme de l'autre , depuis que la probabilité de la guerre est devenue un objet de discussion publique.
Nous avons espéré qu'un mouvement inté-
( 9» ) rieur s'opéreroit à Madrid , et rendroit à Ferdinand I9 liberté dont il a besoin pour exercer le pouvoir qui lui est confié; deux mouvemens ont eu lieu h Madrid^ et nous avouons que Ferdinand a complètement perdu sa liberté. N'est-ce p^s convenir qu'il en avoit encore un peu avant les témoignages d'intérêt ai*mé que nous avons donnés^ à ses malheurs?
Nous avons annoncé que la ville de Madrid ne sçuffriroit pas le départ de Ferdinand, ou bien que l'ambassadeur anglais s'éloigneroit comme avoient fait les autres ambassadeurs, Ferdinand quittera Madrid , et l'ambassadeur anglais restera en Espagne.
Je fais des vœux bien sincères pour qu'il ne s^loîgne pas; car je ne comprends pas assez la politique de sentimens pour m'unir à ceux qui disent : « Qu'importe le Roi , si on saqve la royauté! » Je suis né trop bourgeois pour saisir ce qu'il y a de sublime dans cette distinction; et je me rappelle le temps où, nous autres Français de l'intérieur, nous aurions donné notre vie pour sauver la personne de Louis XVI, où nous aurions peut-être cru , un moment , à la possibilité de la république , si elle avoit commencé par cet acte de justice.
Dans la nécessité où se trouvèrent les Cortès
sJijL éÇo^l a^spnt , h Roi djexei;^oi^^ i^mb^rof^a^:- . IWiA \^ actes, de.la rég^c^ d^'Ucgf Ij , et, ^çt^t
n^^Ç^ , 1^ Rçi étoit dç^yç»^ Qicoia^ça^tt quoique tç^ijpfirjs aji^ pQuvpif de cwx q^i. s^v^içi^t à le r^j^<9ji/^çj:, Gçtjç ai^uati^çja es^ tçKifc^e; et rhisfoiife a <;oiîiS.ijgqjé Igs: ^reu;^ résjulWs/ q^i^'ellç aq^èoe. Ça;^ la pp^!^i,p^ de VAqglfÇtçri;e, G^ia.riçs P'^s^mprt ^^^ ; l^Fi:apjce
se. s^i^t a^^ç;^ fp;çtç. çoyr rompre louées sejs ai^^a^.çe§,^I^P¥i^XVlincMarut isplé. Çn vpja^t les ambassadeurs de^ Rpis s'dLD^eç au^rap-,
vp^t. , jp. xnç ^is dit qu'il étoijt ijçr^gps^ible^qaVj? rçgi.ci4<ç çi)t lifu, tîint qu'up. Roi. ço^ççrvevoit
aypçè^dçlWi^iÇ^P^^^^*^^ i'ajiliappe en Europe axeç Hçj^.i§5ftPf5es,m.pn^ï;chiqpes ; et qupiqijp j'aie la^coaviç:tipn,qjae IJ)ij2u çlpig;nera du.ccjeiuv diî^,iÇsç?^pl3 tpu}.e pfia^ee. dlun aus^i gr^nd; C!;i^p,, j'^i (Jf^sire. quç; rapli^ssadeiii; anglais , res Jâjt awpp^.du Roi,d'Esp3gue. Si j'^^i eu tort, je sfjiçjpin de m'ei|.r^pf;ntif ; et jjeii appelle à .1,'éysqe.mçjit.
( 93 ) !à positibh màlhéutèuSè dé Ffekliilàhcl s'est âggrdvéfe ; «JuC noué h*àvbhè ^b évèv là àîrëciion de la k-évol'utîoh Ûèà thdiris dé ceux qîit iMtli taitè , t|ûbiquè ndUâ h'eu^àîoiis pas étë difficiles sur Ites fhbyens iil*âtTiVéi" 3 ce bùl;-; iJUé îe t)àrti dès Coftês à ^Hs (ië là fôrcé ; de l'àiidâte ; qu'il s*'ést hibritrê fcdiiâbl'è <ië prévoyance et dé cbiiibihtliàons ; t]ti'il ptùt ttttàptér Sur ùtié àtlidhtë pfabliqUé aVec le t>6î^tbgâl , ijo'U éii à^âilré de cbiiseHér dëà rëlâtlbiis i(vèc l'Aflglétëiré , te (^Ui btise le Système dfe la pd^ Htie/iiè générale \ et irouHrrfe tcfûtëà IfeS ÊHdfites heuÉ'eliseâ qiii se trouvent ddlis la cbnfbiriài-
àon de^ pbliticjaés tiàtldriàles.
Poxii tioiis , noé àWiÛoA^ itîtéHeùrêS éë îàiii aètriie^ ; et cèùi qui t±ôiiverit (jiiè rîèh île vàië- !oh Id l^rdtiiptittrde de leiirs (i^slri , sÊméht pâr^ tdttt des ioUpçohé, ptep'àrérît deà à(èciiâi(tî6*h'$ , îriéàpâWeà t[\£ïU èoiit dé tôriiprferidrè qoc ce dortt îb seplâigheM è^ lé HiàirMât foréé daiê^^stème hnbétillé qu'ik ont mis â ïa mode. En riè vowlàht que de btmttés ôJiiiWo'ri^ , dit Mît ^oii^ vétft ^àf ë tfë réduit à de.<^géfiè<jWî n'o'fit qtfè cela dé bott, ce qui rie Suffit p^à {iôxit U^ affâïf-ès , et Wioiiis' cncote pour celles qiiî iïèxiiikiii à la fôWri'aiîôi* d'ttne afnnfée. S'îlvehoiC deS éirèotnSlancés^ difficiles , oh dpprcridroît trô"^ tard
(94) combien il et oit fou de mettre les boniiéS ou les mauvaises opinions entre le choix d^uné poule d'eau ou d'une poule de terre. Il faut que les nations dorment quaoïd elles en sont là , car elles ne peuvent plus agir.
^ A la rigueur, j'aimerois mieux un trapiste sortant de son couvent poiir aller combattre (du moins il y a action), que des congrégandistes et des marguiliers arrêtant le mouvement naturel de la société, et la jetant cependant au milieu des événemens les plus graves. Nous avons augmenté nos charges financières, ce qui ne scroit rien, si, eh même temps , nous n'avions arrêté l'activité de nôtre industrie. Il y avoit, dans noti*e prospédté, quelque chose de hardi qui tenoit plus de l'irréflexion que de la confiance, mais qui, en poussant toutes les classes à la consommation , dirigeoit tous les calculs vers la production. Quand on auroit la certitude que nos prépa*.
ratifs guerriers ne sont plus utilespour le moment, et qu'ils soBii par conséquent un avantage acquis pour l'avenir, notre industrie *ne retrouveroit pas le mouvement qu'elle a perdu. Dca qu'on croit que la politique d'un parti a pu compiromettre une fois nos moyens intérieurs de richesses , on restera toujours dans
( 95 ) Tappréhension qu'il ne les compromette de nouveau. Les conséquences de cette appréhension sont incalculables , puisqu Viles remontent jusqu^aux intérêts politiques les plus élevés.
Nous ignorons la part que prendroient les Bois delà Sainte- Alliance dans les suites d^une intervention armée; ils ont fait un acle en retirant leurs ambassadeurs ; le reste est un mystère enseveli dans les cabinets. Comme ils n^ont rien prcJclamé^ ils n'ont rien perdu jusqu'ici , pas même des paroles. Mais nous savons que l'Angleterre n'admet pas l'intervention armée en principe; et soit qu'elle reste aussi neutre qu'elle l'a été depuis la révolution de Cadix ^ soit qu'elle intervienne plus directement^ comme elle est active dans nos discussions, nqus devons examiner les résultats de la conduite qu'elle a tenue, depuis que ces discussions sont ouvertes.
L'Europe a poussé les Espagnols dans les bras dé l'Angleterre ; l'Angleterre en a profité pour régler les comptes qu'elle avoit avec l'Espagne , et pour faire un traité qui lui livre le commerce des- possessions coloniales de ce royaume. L'Angleterre s'est donc assurée du travail pour ses manufactures , indépendamment des querelles qu'elle peut avoir avec
quelques parties du conlînertl de TÊiirope ; et on sait a Londres que le radicalisme ne court Jes rues que lorsquiL n a rien de mieux a taire. Quand les brà^ sont. occupes, ce n est plus quune opinion. Ert jFrance, on repetp souvent que le peuple a donne sa démission^ cela est vrai ; il 1 a donnée a 1 aisance dont il jouit; et cette aisance avoit ses causes. Si les causes disparoissent , la disposition tranquille peut cesser ; car la misère met toujours ses victimes à la disposition àes fâètîeux. Ii^
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hommes que Tindustrie offetise , 'et qui s'imaginent que les nations paiivres sont plus^cîles à conduire que les nations rïcfies , oublient de faire une distinction fort importante ; savoir que les peuples pauvres de longue daté sont^ effectivement dociles au joug , ipais qu il n enpeut être ainsi de ceux qui tombent âe l'aisance dans la pauvreté. Cette réilexîbn àvort ' été offerte à Èubnaparte , en lui {raçant ï'état misérable où il avoit réâuit la Prusse ; lés evenemens Tont justifiée. Ils juslineYont toujours cette prévoyance , parce qu'elle répôèe sur la connoissance du cœur numain \ qui né change ni par les lieux , ni par les temps. Né pas faire de pauvres est la principale condition aé la tranquillité publique dans les pays industrieux;
( 97 ) cVst effectivement le premier cakul que FAnglelerre ait fait. Pmir le reste , elle attend , ne disant chaque jour que ce qu'il faut pour être entendu , ne faisant que des préparatifs^ qui ne {Seront pas perdus pour Tavenir , et qui suffiront au présent, quelque rapproché qu'on le suppose.
Si la guerre imminente entre la France et rïlspagne peut être ou ne paroître pendant quelque temps qu'une guerre ordinaire (et c'est ce que notre ministère essaie de prouver)^ l'Angleterre gardera la neutralité selon ses convenances ; tel est le système actuel des hommes qui restent attachés à ce qu'il y avoit d'anglais dans la conduite du marquis de Londonderry, et qui consiste à laisser son adversaire se faire à lui-même tout le mal qu'il peut eC veut se faire. Si cette guerre ne pgut parvenir à effacer sa couleur naturelle, et prend les caractères d'une guerre de principes , comme les opinions deviendront alors des armes , l'Angleterre se mettra à la tête des opinions favorables* à l'indépendance des nations ; c'est le système de M. Canning, système plus sûr, plus noble que ce qu'on appellera provisoire* ment de la neutralité. 11 y a eu assez de paroles dites à cet égard pour qu'on ne puisse se faire
sions pour dormir quelqu/es joors de plus*
CVst à nos ministres qu'il appartient de prévoir les événemens dans toutes leurs eoant- $équencfes, avant de lancer la Frsuice dau3 un avenir où tout peut se perdre. S'ils sont assez forts pour être maîtres de leur parti, qu'ils commencent par le soumettre, ils penseront après à soumettre TËspagne ; car le danger n'est pas seulement au-delà des Pyrénées. S'ils ne sont pas maîtres de leur parti, qu'ils le disent franchement au Roi, e^ l^; France sera rassurée.
TSéSt dépit de toutes le^ préventions politiques il reste ime vérité qui prouve la tendance que les gpuyernemens constitutionnels ont à s'entendre, c'est que la France etl'Ar^gleterresont ^ deux seules puissances qui, aient un intérêt réel ^ ce que l'Espagne n^ retombe pas souà le région <)u pouvair absolu* Alors pourquoi^ et ail* profit de qui se diviseroieat-elles?
Extrait du Catalogue Le NottiMANT.
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(Ces Proverbes, dît le Drapeau blanc du 12 mars, ont fait Tagrément des sociétés de Paris , où Von a le droit d'être difficile , et ils y ont obtenu un succès général. JNous les aurons assez foués aujourd'hui , en disant c^u^ils ne craignent pas la comparaison avec ceux de Carmontelle , et que souvent ils présentent des intentions et des traits comiques beaucoup plus prononcés.)
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■ pccleui'-général des éludes ; et M. De La Place ,. professeur d'éloquence latine à la Faculté des leUres de TÂcadémie d9 Paris. Avec celle épigraphe :
L» meilfeure- théorie de l'art sera toujours l'analjse At% bons modfcfes.
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Histoire de France depuis Pharamond jusqu'à la vingf-
' quatrième année du règne de Louis XVIIL Par J. C. Royou. Six vol. in-B**. 36 fr. ' ' . .
Leçons Anglaises de LirriRATURS et de Morale , sur le plan des Leçons Françaises et des Leçons Latines ; par M. Noël, inspecteur-général des études; et M. Chapsal , professeur de belles-lettres, auteur du nouveau Dictionaaire Grammatical. Deux vol. in--8**. la fr.
Leçons I^atinbs de Littsr atcrs et de Morale, ou Recueil , en vers et en prose, des plus beaux morceaux des auteurs btins anciens, .avec n^i modèles d'exercice , par Rollin ; à l'usage dés classes de troisième et de seconde. Ouvrage classique adopté par TUniversité royale, pour les collèges et les pensionnats. ParMM.Noël et I)e La Place» Nouvelle édition, revue et corrigée. Dedx vol. in-8". 10 fir.
Leçons I^tines modernes de Littérature et de Morale, ou Recueil . en prose et en vers , des plus beaux morceaux des auteurs les plus estimés qui ont écrit en cette laneuè depuis la renabsanre des lettres. Par JVIM. Noè'I et De La Place. Deux vol. in-8^. la fr.
Nouvel AbriI^gé cbronologique de l'Histoire de Frav ce, depuis
Pharamond jusqu'à Ijouis XVIII, dédié à la jeunesse, par
' M. deMouliàres, membre de plusieurs Académies et Sociétés
littéraires françaises et étrangères. Trois vol. in-ia de 600 pag.
cbacun , en y comprenant (es tableaux. 12 fr.