Société amicaledes Damcs( Friendly Fcmale Society
qui leur apporteront des secours; des hommes de l’art, qui leur prodigueront les remèdes, et leur éviteront le séjour des hôpitaux , et ces séparations si cruelles, si onéreuses dans les pauvres ménages, où le moindre dérangement est une perle affreuse , le moindre secours un avantage commun.
Préservés ainsi dans leurs maux, ils résisteront au désespoir, qui suit presque toujours les accès du malheur; et, lorsque l’âge viendra enlin paralyser leurs efforts, qu’ils pourront se croire à charge au monde, et vouloir renoncer encore une fois à une existence pénible, une main bienfaisante les arrachera encore à ce délire coupable; elle se chargera de leurs derniers jours ', que le calme d’une bonne conscience et d’une vie à l’abri du besoin peuvent encore
fondée en i8ou, sous la présidence de la princesse de Galles. Société maternelle pour les femmes enceintes, fondée en 175a. Société bienfaisante des Dames ( Bénévole ni Institution ) , en 1750. Société pour les Dames, pour l'éducation des jeunes filles ( Ladies Society). Société de l'accouchement , pour les secours à domicile ( Lying-in Charity) , fondée en 1757 , etc., etc.
1 . Collèges et Hospices de chaque profession , pour les personnes infirmes et âgccs des deux sexes ( Atms-Houscs), etc., etc.
rendre doux à supporter. Là , des consolations morales se joindront aux soins physiques; ils trouveront dans ce livre divin, qu’une générosité sans exemple multiplie à l’infini les lumières de la foi et les consolations de l’espérance
Ces institutions, protectrices de tous les instans de la vie du pauvre , ne doivent pas se borner aux liabitans de son pays; elles s’étendent à tous les êtres souffrans que le sort y a conduits : la patrie du malheur n’est-elle point partout où existent de bons coeurs 9 !
Mais il est un mal plus terrible que les infirmités passagères, que les peines momentanées , que les maux de l’enfance ou de la vieillesse ; c’est l’état permanent de misère auquel , malgré tous leurs efforts , un certain nombre d’in-
1. Société de la Bible , ayant pour a millions de francs de souscription annuelle, et ayant déjà distribué i ,800,000 Bibles dans toutes les langues. D’autres sociétés sont fondées pour publier des écrit» religieux ( Religions Tracts ) et propager la religion ( Christian Knowledge), en 1780.
2. Société pour les étrangers dans le malheur {/or Foreigners in distress) , instituée en i8ot>. Société samaritaine [Samaritan Society) , en 1791 , destinée principalement à secourir les malheureux de tous les pays qui sortent des prisons , des hôpitaux , à leur paver le voyage pour retourner chez eux , etc. etc.
dividus, laborieux et honnêtes , semblent condamnés dans tous les pays , et que les secours particuliers peuvent seuls soulager ; c’est la disproportion qui existe alternativement dans presque toutes les professions , entre la quantité de travail possible aux forces d’un homme , et le salaire suffisant pour soutenir sa famille, en raison du prix des denrées. Une masse de misère est répandue , chaque année , dans le monde, par les mauvaises récoltes, les événemens politiques , les variations dans les affaires du commerce, dans la circulation des produits; c’est alors que la société tout entière est passibled’une redevance aux membres qui souffrent dans son sein, comme une famille doit le soutien à des parens infirmes.
La taxe pour les pauvres est une charge sociale , une espèce de loi agraire des temps civilisés , qui balance les vicissitudes du sort, et permet à une société d’exister sans envie , sans trouble, sans crime. Cette taxe existait à Athènes comme en Angleterre , comme elle existera dans tout état municipal qui voudra assurer son repos et son industrie ; elle était , dans cette ville, de deux oboles par jour pour tous ceux qui ne pouvaient gagner leur vie. Les cpulœ et les distributious de blé et d’huile à
Home, les anapes des premiers chrétiens, laissaient le même effet. Elle s’élève, en Angleterre, à une somme énorme, et entraine beaucoup d’abus, de plaintes et de réclamations; mais elle n’en est pas moins juste et nécessaire , pourvu qu’elle soit répartie avec intelligence et discernement.
Ce qui est singulier, c’est quelle n’a commencé à s’établir que dans le moment où l’industrie prit un grand essor 1 ; elle fut alors la suite de ces revers subits que cause le grand mouvement des affaires, et de l'impossibilité où sont les hommes élevés promptement à l’aisance, de se soutenir en retombant tout à coup dans la détresse; elle est ordinairement du dixième du revenu, quelquefois du cinquième, dans des circonstances malheureuses *. Son effet est également avantageux à l’ouvrier et à l’entrepreneur ; il supplée à leur égard à l’in-
i . Le poor-rate ne fut établi que dans les premières années du règne d'Elisabeth , mais il s’accrut bientôt prodigieusement.
a. Cela dépeud des circonstances , car cet impôt ne forme pas un fonds commun , mais une contribution provinciale et paroissiale, relative aux maux des provinces et des villes ; souvent il est presque nul, et quelquefois if s'élève au quart du reveuu.
suffisance des lois. Le premier qui, réduit à la misère, serait à fa merci de l’autre, ayant par ce moyen de quoi subvenir aux premiers besoins , peut faire ses conditions meilleures , ou parvenir plutôt à se passer d’un secours toujours pénible à la fierté , et difficile par les formalités qu’il exige ; d’un autre côté , trouvant dans les secours publics le moyen d’aider ses enfans en bas âge, ses pareils âgés', de ne point souffrir de leur maladie , de leurs infirmités, il peut mettre un prix moindre à son travail; ainsi la taxe qui, d’un côté, enchérit la main d’œuvre, la fait baisser de l’antre-
Lâ bienfaisance se trouve donc, pour ainsi dire ^ associée à tous les genres de commerce et d’industrie; ses dons se répandent , comme une pluie salutaire , dans tous les rangs de la société, se glissent dans toutes les familles, semblables à l’électricité qui , né frappant souvent que dans un point, se fait néanmoins sentir à toute la chaîne des êtres qui se tiennent. L,’homme bienfaisant n’est pas seulement industrieux, il est administrateur, car il corrige volontairement ce que les lois sur la propriété ont de trop sévère, de trop exclusif; il est magistrat, car il prévient et éloigne le vol; il est financier, car, en activant le travail, il per-
met de payer plus facilement les impôts et d’en établir de nouveaux sur les consommations; il est surtout ami des hommes, puisqu’il rend toutes les conditions meilleures.
Le poor-rate fait qu’en Angleterre les pauvres vivent irtieux , qu’ils y goûtent plus les douceurs de la vie que la moitié de ce qu’on appelle ailleurs des gens aisés. Les fermiers ou métayers en France, ainsi que les ouvriers ou cultivateurs de toute espèce , mangent rarement de la viande , boivent peu de vin et de mauvais vin, sont mal habillés, mal logés; leur nourriture ordinaire est un morceau de pain de ménage noir , du fromage mou , assez fade , et une soupe au choux ou aux légumes, quelquefois un peu de lard ; tandis que , dans tous les dépôts de mendicité, en Angleterre et en Amérique, le pain est blanc et distribué en abondance, la boisson de la très bonne bière, et la soupe faite avec de la viande. On peut, en effet se figurer une société où il y aurait assez d’industrie , de production ou de bienfaisance , pour que tout le monde fût également bien vêtu , bien nourri et bien logé ; les pauvres seraient ceux qui n’auraient pas le moyen d’acheter des confitures : on quêterait du sucre pour ces infortunés.
Le poor-rate se monte annuellement à a4° millions , qui se répandent dans les familles pauvres , de manière à suppléer , au défaut de travail, à la différence de salaire , au temps de maladie. Sans doute, un impôt semblable , ajouté à tous les autres, est une grande cala- , mité pour ceux qui le supportent , et il entraîne nécessairement de grands abus ; il serait bien à désirer qu’on pût y suppléer par une portion plus forte de travail , par une résignation dans tous les êtres plus courageuse , par l’excellente institution surtout des banques d’épargnes , saving banfcs ' ; et c’est ce qu’on
1. Ces banques proviennnent d’une souscription de chaque individu qui lui donne le droit à des secours dans les momens où il éprouve des malheurs. Ces fonds sont placés sur-le-champ et rapportent intérêt ; c’est en quelque sorte une caisse d’assurance mutuelle de tous les individus en danger d’éprouver des pertes ou des infirmités, et qui sont trop fiers pour recourir à la charité publique ; il y en a dans toutes les provinces et toutes les professions. Les banques d’épargnes servent encore à garantir et à faire fructifier les économies des pauvres ménages, et à leur assurer un fonds pour l’avenir ; cette institution les accoutume à l’ordre , k l’économie et à un caractère de prévoyance utile dans toutes les situations de la vie ; ces placemens sont opérés par des syndics nommés par les principaux habitans des lieux et approuvés par les individus
i-oit en Écosse et dans quelques provinces' d’Angleterre ; mais en attendant, il prévient les maux qu’entraînent la misère et le désespoir'.
A quoi la France doit-éife d’être préservée de ce fléau ? est-ce à l’abondance qui règne dans les classes inférieures? Hélas ! il est peu de pays où elles souffrent davantage , où l'homme gagne plus son pain vraiment à la sueur de son fVônt, où il vit plus mal , parvenu même à une SOrte d’aisance : elle le doit à un courage indomptable , qui est le propre de notre natîôn, coulage qui se porte aussi tien contre les coups du sort, les privations, que contre l’ennemi ; elle le doit à une gaîté magnanime au milieu des souffrances, à une résignation sublime qu’aûcun peuple n’a peutêtre autant qué nous, que les étrangers taxent de légèreté, et qu’ils devraient plutôt appeler une philosophie naturelle, capable des; plus nobles sacrifices. Le Français est léger et inconséquent dans la fortune , mais hardi et dédaigneux dans l’adversité. S’il est heureux , il se néglige, il dispute avec le travail ; s’il souffre, il reprend courage. On remarque que la main-
(|iti déposent leurs fonds entre leurs mains et à qui il» rendent annuellement compte de leur gestion.
<d'a;uvre est meilleur marché dans les campagnes lorsque le blé est plus cher , ce qui est le contraire ailleurs; tout le monde alors s’offre au travail et redouble d’efforts. Mais plus il existe en France de nobles sentimens et de vertus dans le malheur, plus les gens riches doivent trouver de plaisir à la bienfaisance. Puissions - nous voir se former , comme en Angleterre, cette quantité d’associations charitables, d 'amphixionies généreuses , pour subvenir aux accidens du malheur , surtout dans les provinces où tout est négligé à cet égard !
Déjà la capitale offre l’exemple de plusieurs de ces excellentes institutions; quelques sociétés y sont depuis long-temps en possession de nombreux bienfaits.
La plus ancienne et la plus importante , la société maternelle, avait cessé d’exister pen-r dant la révolution ; elle a été rétablie depuis et richement dotée. Par sa nouvelle organisation, du 20 juillet 1811 , elle comprenait autant de sociétés particulières qu’il y avait de départemens ; et, dès la première année, plus de mille femmes en couches furent secourues et leurs enfans soignés. Deux cent cinquante nulle livres d’aumônes spéciales ont été distribuées ,
daus les divers arrondissemens de Paris , pendant l’hiver de 1812 ' j et, quoique les fonds appartenant à cette société soient beaucoup diminués aujourd’hui, elle fait cependant beaucoup de bien encore. Que ne puis-je nommer toutes les dames charitables qui la composent! La liste en est trop considérable, et ceux qui lisent les annales de la charité , les trouveront dans les rapports publiés par celte société ; au moins ne passerai-je pas sous silence les noms de mesdames de Lastic , de Montaigu , Pasquier , Choiseul , Audry de Soucy, Gautier Delessert, Jolivet , Barthélemy, Bondi , de Courcelles , Gamon , Tarbé , le Marcys , Gontaut-Biron , de Damas , etc. , et surtout celui de la vertueuse et aimable dame qui préside cette société , madame la marquise Pastoret, à qui toutes les vertus, comme tous les talens , sont faciles, et qui met dans l’occupation du bien un discernement , un zèle et une persévérance au-dessus de tout éloge. Outre les occupations que demandent les travaux de la société maternelle, elle préside le comité des dames pour les écoles des filles ; elle a établi elle-même à ses frais, dans le fau-
i . Voyez le Rapport imprime de l'année 1 8 1 3.
bourg Saint-Honoré, un hospice destiné aux enfans que leurs mères laissent dans l’abandon, soit en allant au travail, soit pendant qu’elles sont dans les hôpitaux : institution excellente, qui n’existe pas en Angleterre , et qui mériterait d’être encouragée.
Un établissement de ce genre , mais plus considérable, et qui, chaque année , s’est prodigieusement accru , est celui qui porte le nom d 'Asile de la Providence , dû également aux soins de quelques personnes charitables. JWf. le marquis de La Vieuville et quelques-uns de ses amis conçurent l’idée , en 1 804 , d’établir un hospice de vieillards infirmes et d’orphe^ lins. Ils commencèrent avec très peu de fonds , en prenant pour exemple cette pauvre femme de Sauinur qui, avec le produit de quelques quêtes, et au grand étonnement des habitans , parvint à londer le seul hôpital qui existe dans cette ville; ils admirent d’abord dix vieillards et quelques pensionnaires dans une maison que possédait M. de La Vieuville près de Montmartre ; bientôt , à force de persévérance et de zèle, ils augmentèrent le nombre de leurs associés, de leurs souscripteurs; ils intéressèrent le gouvernement, les sociétés philanthropiques et maçonniques, et furent en état dercce\oir
environ cent individus par an ; ils ne bornèrent point là leurs bienfaits; ils commencèrent à porter des secours à domicile , et méritèrent enfin que leur établissement fut adopté par le gouvernement et devint un grand hospice national dont ils ne cesseraient pas cependant d’avoir l’administration
Je ne passerai pas sous silence quelques fondations qui existent encore dans la capitale, telles que les écoles de madame de Kercado daôs le faubourg Saint-Honoré, de madame Dubois de Lamotte , rue d’Argenteuil ; les sociétés charitables des 2' et to* arrondissemens , réunies depuis peu aux comités de bienfaisance de ces mêmes arrondissemens * ; la société instituée par madame de Lastic pour placer en
1. Voyez les Rapports annuaires de cet établissement, imprimés.
2. Cette association ^est formée eu iSog ; elle est composée des curés et marguillers des paroisses, des maires et adjoints de l’arrondissement et d’un nombre considérable de personnes charitables ; elles donnent des secours à domicile , entretiennent des écoles des deux sexes ; leurs commissaires visitent les malades, les prisonniers, consolent et secourent les pauvres familles , et sont les intermédiaires des bienfaits dit gouvernement et de la distribution des quêtes et aumônes générales.
apprentissage les jeunes filles abandonnées; la société pour l’éducation des petits Savoyards, présidée jadis par le respectable abbé Duval ; une autre non moins utile, mais seulement commencée par un ecclésiastique courageux , qui affrontait tous les jours la fatigue, le danger, et surtout la calomnie pour arracher au vice ses victimes ; une autre , pour l’éducation des enfans emprisonnés pour vol , établie et dirigée autrefois par M. le duc de Liancourt, le modèle des hommes éclairés et bienfaisans en France; une autre pour secourir les prisonniers pour dettes; mais une société qui, à elle seule, réunit presque tous ces avantages , est la sor ciété philanthropique, fondée en 1780, recomposée en f’an X, et qui, depuis ce temps , s’occupe constamment à suppléer à l’insuffisance des établissemens publics : c’est cette société qui, la première, a introduit le système des soupes économiques, des dispensaires et des sociétés de bienfaisance mutuelle , imparfaitement connues avant la révolutiQn. Son but, ainsi que l’a très bien exprimé un de ses plus fidèles et plus respectables fondateurs, M. le vicomte de Montmorency , est de fournir aux besoins des vrais pauvres sans leur donner de l'argent : principe excellent a la fois de bien-
faisance et d’administration. Cette société, dès la première année de sa formation , a distribué 1,613,199 soupes , secouru à domicile un nombre infini de malades , et encouragé l’organisation de sociétés de prévoyance ou autrement de secours mutuels, qui, aujourd’hui, forment déjà 80 petites corporations dans Paris, composées chacune de 100 membres environ; ce sont donc 9,000 personnes qui, moyennant une légère contribution remise chaque semaine entre les mains de syndics nommés par elles , s’assurent à la fois un secours abondant pendant leurs maladies , un appui pour leur famille, en cas de mort, et pour eux-mêmes dans des malheurs imprévus. Les premières sociétés de ce genre eurent lieu parmi les ouvriers des chantiers , les bonnetiers, les imprimeurs. L’ordre le plus parfait règne dans leurs assemblées et dans la tenue de leurs registres ; mais il serait à désirer cependant que des gens du monde, des propriétaires ou négocians riches, fussent mêlés à ces institutions, ainsi que la chose a lieu en Angleterre, pour leur donner plus de poids, les encourager, inspirer plus de confiance aux souscripteurs , et augmenter le montant de leurs souscriptions. Ce concours cpii flatterait les classes inférieures,
aurait beaucoup d’influence sur l’esprit public dans la capitale.
En traçant l’esquisse de nos institutions, pourrais-je oublier les nombreuses fondations nouvelles de sales, d’asiles, d’hospices divers, d’écoles, dus aux soins éclairés de MM. Cochin, Delessert, d’Aligre; l’habitude où l’on était de tout temps de laisser au gouvernement le soin des malheureux, fait que peu de personnes ont l’idée de s’en occuper; on l’aura davantage un jour , et il sera temps alors d’écrire l’histoire de chaque institution; le but de cet ouvrage a été seulement d’en caractériser l’esprit et de montrer combien le principe d’association peut être utile dans la bienfaisance comme dans tou tes les autres combinaisons sociales.
Cet esprit d’association pour faire le bien n’empêche pas l’élan de la charité particulière qui préfère se soustraire au joug collectif des bonnes œuvres; il restera toujours assez de marge à l’homme délicat et modeste qui ne veut trouver qu’en lui-même le choix et la récompense de ses bienfaits , qui jouit de ses bonnes actions par la seule idée qu’on les ignore et qu’il est au-dessus même de la reconnaissance.
Le désintéressement est une recherche dans
La bienfaisance , comme le goût est un perfectionnement de l’esprit; mais les vertus ont, ainsi que les talens, besoin de s’exercer, pour arriver à ces degrés d’élévation et de pureté ; il faut d’abord qu’elles soient communes avant qu’on puisse établir de rangs parmi elles, et nous n’en sommes pas encore à ces heureuses subtilités; Ijï bienfaisance a encore besoin d’être entourée d’éclat pt de considération pour se propager, et on ne saurait trop lui accorder les. honneurs et les encouragemens qui peuvent la faire naître.
Pourquoi n’y aurait-il pas auprès du trône la charge de grand-hospitalier , confiée à un personnage important , à un prince de la maison régnante, qui daignerait présider ainsi à tous les bienfaits du royaume? Dans chaque département serait également un hospitalier, choisi par les membres du conseil général , pour présider la section de ce conseil consacré aux bonnes œuvres, et chargé de correspondre avec le grand-maître; de lui rendre compte de ses travaux , et de recevoir de lui toutes les faveurs qui pourraient émaner du trône. Les évêques se trouveraient souvent revêtus de cette charge, et auraient par là le moyen de faire aimer davantage leurs fonctions, trop rps-
trèintes sous ce rapport, par le peu d’émoi umens qu’ils reçoivent; ils retrouveraient le ministère le plus utile à la religion, celui qui fait connaître Dieu dans les bienfaits des hommes , qui élève les regards des malheureux vers leur éternel protecteur : la bienfaisance ouvre les cœurs à tous les sentimens doux , si près des pensées sublimés; elle serait l’interprète de la religion , S’il était possible de la méconnaître. « Il n’y a que la charité , dit «< Nicolle 1 , qui puisse nous faire entendre n l’Ecrituré-Sainte , parce qu’il n’y a qu’elle « qui puisse nous donner les sentimens expri- « mes par l’Écriture , sans lesquels on n’y « voit rien que de confus, d’obscur et de rf vaguç . »
La bienfaisance , en effet , attire à Dieu par le sentiment, comme la religion fait secourir les hommes par devoir. Mais que la réunion de ces deux mobiles est puissante sur les cœurs vertueux ! Que de charme elle répand dans la ^ie, et quel trésor n’amasse-t-elle pas au-delà même du tombeau ! Je fus témoin un jour de cet admirable concours de la religion et de la charité. Sortant de l’hôpital de Guy, l’un des
r. Pensée , tom. I , p. 96.
plus célèbres de Londres , et fondé par un particulier ' , j’entrai dans la chapelle située au milieu de la cour; il n’y avait dans cet édifice que trois femmes à genoux; l’une d’un âge avancé, et les deux autres de quinze à seize ans; elles étaient prosternées non loin d’une statue qui représentait, à ce que m’apprit mon guide, le fondateur de cette maison. La dame âgée élevait les yeux au ciel , et semblait remercier Dieu avec ferveur de lui avoir rendu la santé ; mais les deux jeunes filles avaient les yeux pleins de larmes et fixés sur le biënfaiteur de l’humanité à qui leur mère devait les soins qu’elle avait reçus; elles contemplaient avec
i . Cet hôpital est dû à la philanthropie d’un ouvrier , nommé Guy , qui , ayant fait une immense fortune , et n'ayant point de famille , conçut le dessein de former un grand établissement de bienfaisancc.il fut quelque temps avant de s’y déterminer, et une circonstance singulière le décida. Il était au moment d’épouser uue jeune fille qui faisait son ménage, lorsqu'en rentrant chez lui, la veille de ses noces, il aperçut quelques réparations faites au pavé de la rue. Il s’informa d’oii provenait ce changement ; on lui répondit que c’était madame qui V avait ordonné. Ces mots, madame et ordonné lui donnèrent tellement d’inquiétude sur l'avenir qu’il rompit son mariage , donna une somme considérable à sou épouse future, et employa tout son bien à fonder l'hôpital.
attendrissement son visage * et le comblaient de bénédictions. Homme généreux , si , du séjour céleste, où sans doute tes vertus t’ont placé, tu portes tes regards vers la terre, quel charme ne dois-tu pas éprouver tous les jours à un pareil spectacle ! Tu partages avec la Providence ces hommages des malheureux , qui ne sont l’effet ni de la crainte ni de la flatterie. Ah! puisse ton noble exemple être imité parmi nous! puisse l’excellent principe d’association, qui supplée à la faiblesse et à l’isolement, s’établir dans notre pays , comme dans le tien , pour secourir les hommes , les défendre , les éclairer, les enrichir !