‹ De l'esprit d'association dans tous les interêts de la communautéChapitre 74 sur 77 · Associations de bienfaisance, cap · texte numérisé non relu

Associations de bienfaisance, cap

«i ses attributions se bornaient à maintenir Tordre, à diriger les opérations générales, à veiller au soutien du trône et à Thçmneur national ; si ses agens n’étaient pas accablés par un fardeau d’affaires disproportionné aux forces d’un homme, qui rendent incapables d’aucunes vues élevées, qui paralysent même les lalens et rendent excusable l’ambition des gens médiocres. La plus grande des impostures, dit Xénophoü, est de prétendre gouverner les hommes lorsqu’on n’en a pas la capacité ' .

11 n’en serait pas ainsi lorsqu’une partie des affaires serait laissée aux lieux mêmes qn’elles intéressent, lorsqu’elles seraient confiées à des hommes choisis par leurs concitoyens. L’administration serait alors débarrassée de la routine des détails , et pourrait s’élever à de hautes conceptions; les fautes mêmes qu’elle ferait alors seraient réparées par l’action des intérêts secondaires; les hommes trouvent toujours le moyen de remédier aux mesures de leurs gouvernemens ou de s’y soustraire ; et s’ils se trompent eux-mêmes dans leur intervention, iis ne s’en plaignent pas. Les malheurs qu’on se cause, sont

i . Anacliarsia , li». "V I! , p. 87.

comme les coups qu'on se donne; ils font souffrir sans irriter.

Un changement remarquable s’est opéré de* puis vingt ans dans le caractère , les mœurs , les habitudes des Français; ils sont devenus sérieux, appliqués, observateurs; on croit qu’ils ont moins de vertus qu'autrefois , et il ne se commet presque plus de crimes ou de vols; on prétend qu’ils ont moins de probité et de délicatesse en affaires, et il n’y a pas moitié autant de procès. L’armée même qui , dans d’autres pays , a causé des troubles , lorsqu’elle est rentrée dans ses foyers, n’a pas excité en France une seule plainte; il semblait que tous ces braves craignaient d’imprimer la moindre tache À leurs nobles souvenirs.

’ Mais un changement plus important s’est encore opéré dans les idées, c’est l’absence de préjugé et la disposition à adopter toute innovation utile ; c’est la connaissance de ses droits ; de sa dignité, de ses moyens qui s’est étendue à toutes les classes , et les a toutes disposées aux améliorations de tous genres, lesquelles reposent toutes sur un gouvernement libre et l’intervention des hommes dans leurs intérêts. A mesure que les associations politiques ou autrement les institu.-

lions constitutionnelles se sont consolidées , on a vu naître les merveilles que ce principe de la raison et de la justice doit toujours produire. Les progrès qui ont eu lieu depuis quinze ans sont miraculeux. Le crédit public, ignoré dans les temps les plus glorieux ou les plus brillans de notre histoire, a paru au milieu de nos malheurs ; il a suffi pour acquitter en deux ans des engagemens qui auraient autrefois absorbé pour toujours la fortune publique. Des milliards ont été fournis pour réparer les maux , et d’autres sont encore offerts pour créer les biens. Chacune des institutions que nous avons énoncées dans çet ouvrage , a trouvé des hommes éclairés et entreprenant qui ont cherché à les naturaliser dans notre patrie et qui sans doute y parviendront après quelque effort. Un coup d’œil rapide sur ces heureuses tentatives ne paraîtra sans doute point déplacé à h fin de cet ouvrage ; il servira de preuve aux argumens qu’il contient et aux espérances qu’il a pu faire concevoir. Nous suivrons dans ce récit l’ordre qui a été observé dans l’ouvrage.

Les premières associations , celles que nous avons conçues commela base de toutes les autres, les associations municipales ou autrement l’organisation de conseils de communes, d’arron—

disse mens et de départemens, ont reçu l’organisation qu’on demandait pour elles ; et si même la loi rendue, à cet égard, n’est point parfaite, elle est toujours un grand pas de fait vers un meilleur ordre de choses.

Il en est de même des associations militaires ou des gardes nationales qui participent si puissamment à l’action de la communauté; elle forme une armée nationale servant à la fois de pépinière pour l’armée active et de réserve énorme pour agir au besoin directement , et tout cela sans rien coûter à l’État. Trois millions de guerriers seraient toujours là , prêts à défendre l’indépendance de leur patrie et assurer sa prépondérance relative , sans peser par des charges sociales sur leurs concitoyens.

Si de là nous passons aux associations industrielles , depuis long-temps comprimées, il semble qu'elles n’avaient besoin que de la paix et d’un régime assuré, pour se développer; des maisons de banque se sont réunies pour remplir nos engagemens, et ne plus laisser aux étrangers l’avan tage d’intervenir dans nos opérations, et de nous vendre nos propres valeurs à un taux plus élevé qu’ils ne les avaient reçues. Elles ont fait plus; fortes de leur crédit européen elles se sont, à leur tour, chargées des emprunts étran-

gers , et les ont placés dans toutes les villes de l’Europe, et ont fait ainsi bonifier à la France la commission et la différence qui est attachée à ces sortes de négociations. D’autres maisons ont payé les dettes de la ville de Paris , ont fourni les sommes pour terminer les canaux, les abattoirs , les marchés, ont offert des capitaux considérables pour d’autres travaux plus utiles encore; et si l’administration qui régit cette ville l’eût accepté, elles auraient contribué puissamment à la beauté et l’assainissement de ses édifices. D’autres compagnies se sont forcées pour redonner à notre commerce extérieur une partie de l’éclat dont il brillait autrefois; elles ont été jusque dans les parages les plus éloignés renouer nos anciennes relations, et faire connaître la supériorité de nos nouveaux produits. Pendant ce temps, le système si avantageux des assurances s’est répandu sur tout le pays; il a compris les entreprises maritimes, les incendies, les combinaisons deplacemens ou assurances sur la vie, les dommages delà grêle, de l’épizootie , etc. Par d’heureuses combinaisons ce système s’est perfectionné et a multiplié ses garanties en variant ses opérations. Ainsi , par exemple , le propriétaire d'une maison qui pe voudra pas se soumettre aux chances de la

mutualité, trouve dans l'assurance à prime une garantie directe qui lui coûte un peu plus cher , mais ne l'expose à aucun sacrifice : la compagnie à prime prend alors pour elle les chances de la mutualité et voit diminuer par là considérablement ses risques, ou ce qui est de même, augmenter ses capitaux. Les tontines , ce jeu immoral et pourtant nécessaire à beaucoup de situations, reçoit une utile amélioration, et en quelque sorte une excuse , par les compagnies d'assurances , sur la vie , qui , moyennant une légère rétribution sur la plus value de l’intérêt viager , assure au tonlinier le capital qu’il avait consenti à sacrifier; il jouit alors de tous les avantages de l'extinction de ses co-sociétaires , sans perdre la somme primitive qu’il avait aliénée : les réversions sur plusieurs têtes , qui assurent l’existence des familles , les annuités qui attendent la vieillesse pour la soutenir, la jeunesse pour lui procurer un état, sont variées de plusieurs manières. Les caisses foncières, les caisses d’épargnes et d’économie, encouragent au travail , à l’ordre, à la prévoyance, et réparent le vice inhérent aux tontines ; elles rendent facile le paiement des dettes usuraires, et faisant connaître la puissance de l’intérêt composé , elles accoutument à l’épargne, à l'économie, et

pour peu, qu’en petit comme en grand, elles soient conservées avec persévérance , elles acquitteront une grande partie des dettes de l’état, et celles des particuliers : admirable combinaison qui s’opère indépendamment de l’industrie, et seulement secondée par elle.

L’esprit d’association a produit partout ces rapides merveilles. Il est peu d’opérations utiles qui ne voient se former une société pour l’entreprendre; l’agriculture, le commerce, les manufactures, l’instruction publique et surtout l’amour de la bienfaisance voient de nombreuses réunions unir leur zèle, leurs lumières et leurs capitaux pour donner plus de force , plus d’impulsion à leurs travaux. Puisse cet enthousiasme pour le bien-être et la richesse de notre patrie, ne pas se ralentir par quelques difficultés qu’on éprouve encore, et résister à ces oscillations politiques , si filiales aux développemens de l’instruction et des choses utiles.

Si jamais il y eut un temps favorable pour fonder des institutions, c’est celui où, sortis à la fois de la révolution et de l’arbitraire , où débarrassés des entraves de Fancien ordre de choîoset revenus des erreurs du nouveau, nous sommes disposés à saisir avec ardeur toutes les innovations utiles; nous sommes en avant de la

liberté sur les Anglais par la suppression de nos anciennes coutumes, et ils ne nous sont supérieurs que parles institutions qui les consacrent.

Adoptons ces institutions ; ne rougissons point d’imiter nos rivaux, pour les surpasser en richesse et en puissance. Fas est ab hoste doceri. N'est-ce pas en adoptant l’épée espagnole que les Romains ont conquis l'Espagne. Mou amour pour ma patrie, a dit Voltaire , ne in’a point fermé les yeux sur le mérite des étrangers; au contraire, plus je me crois bon citoyen, et plus je cherche à enrichir mon pays des trésors qui ne sont pas nés dans son sein,

L’esprit d’association suffirait pour faire naître ces institutions et les faire adopter; mais il ferg plus, il éteindra à jamais tous les germes de dissensions qui peuvent les détruire; du mé-r lange des rangs, il passera à l’accord des opinions ; il réunira tous les coeurs comme tous les intérêts, il formera un point de ralliement entre ceux qui croient de bonne foi que la liberté est nécessaire au maintien du trône, et ceux qui pensent que le trône est compatible avec la liberté. On a beau argumenter sur les causes diverses des révolutions, les véritables se trouvent

i . Préface de Mcropc , lettre à Maflei.

toujours dans la misère et le mécontentement ; les événemens n'en sont que l'occasion , et des administrateurs qui croiraient sauver un pays en parant toujoursauxcirconstancesdumoment, ressembleraient à ces médecins qui s’imaginent guérir les maladies en se bornant à traiter leurs symptômes. Un écrivain, homme d’état, a dit aux peuples: Soyez meilleurs , vous serez plus heureux. Les peuples auraient pu répondre: Ren dez-nous plus heureux , nous serons meilleurs.

La révolution de juillet a été le point de départ de l’émancipation populaire ; l'instruction générale sa première conséquence. La loi rendue en i83a fera pénétrer les lumières dans les moindres hameaux; elle donnera aux hommes, à la fois, le sentiment de leur dignité, de leurs droits et dé leurs devoirs, et la France, régénérée par ces excellentes institutions, ne sera bientôt plus qu’une seule famille d’ouvriers laborieux, de citoyens éclairés, d’hommes heureux.

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