CHAPITRE PREMIER
De l'agriculture.
Ne oderis laboriosa opéra et rusticationem qu* venit ab Altissimo. Eccles. , cap. -? , v. 6.
Diligenter exerce agrum tuum. Prov. s4, 27.
Et împlebuntur horrea tua saturitate et vino torcularia tua redundabunt. Prov., c. 3, v. 10.
±jES pays ne sont point cultivés en raison de leur fertilité 9 dit Montesquieu , mais en raison de leur liberté {\) y observation si vraie qu'elle pourrait être érigée en maxime ; et cependant quel rapport semble-t-il exister entre la vie simple, obscure, ignorée d'un laboureur, et les institutions qui assurent ou compriment la liberté? Que fait le gouvernement de son pays, de sa province, de
(1) Esprit des Lois.
son canton même, à cet homme courbé au joug du travail par la iiature et la pauvreté , à ce malheureux occupé sans relâche à se défendre contre les besoins? Mais lorsque Ton considère la foule de circonstances en apparence étrangères aux travaux des champs, et qui pourtant influent sur leurs produits, soit par le défaut de communication pour les ventes , soit par le haut prix des outils et objets nécessaires à la vie que l'homme ne peut se procurer que par des échanges, soit par les charges sociales qui diminuent encore ses revenus. On voit que la valeur du travail, le prix de la peine , sont plus relatifs qu'on ne le pense à la masse de tous les produits, à leur circulation, au mouvement qui les dirige. Les abus de l'autorité, les fausses mesures du gouvernement retentissent sous le chaume sans que le pauvre connaisse ni l'origine ni le remède de ses maux (1 ). Partout il existe à peu près la même dose de travail ; partout la terre est arrosée de la sueur des hommes, et cependant le bien-être n'habite que certaines con-
(1) Aucune disposition ne peut être faite, aucune entre- * prise ne peut être formée en administration qu'elle n'influe sur l'agriculture. L'inégalité dans la répartition des impôts lui ôte son ressort et son éoergie ; elle se ranime lorsque le fardeau est distribué avec justice et proportion. L'ouverture d'une route ou d'un canal de navigation peut tripler et quadrupler la valeur territoriale de tout un canton et
trées privilégiées, souvent sous un climat rigoureux, sur une terre ingrate, mais où l'industrie* s'est montrée supérieure à la nature , les lumières à l'ignorance, les institutions à l'arbitraire.
Là' ce ne sont point les classes inférieures seulement qui se consacrent à ce premier des arts, à cette noble profession, sœur de la sagesse et de la philosophie (1), mais tous les propriétaires , à quelque titre qu'ils le soient, soit comme usufruitiers, sous le nom de fermiers, soit comme possesseurs du sol. Là il n'est pas un coin de terre qui soit négligé, pas un genre de culture qui soit omis; la terre rapporte tout ce qu'elle peut produire et tout ce qu'elle aide à créer; elle est la caisse générale du pays qui verse tous les ans ses trésors dans la circulation et anime toutes les autres industries. Chaque découverte
d'une province entière ; ainsi l'agriculture souffre de tous les abus et profite de tout le bien qu'on opère. Les assemblées provinciales saisiront tous ces rapports -, elles sentiront d'ailleurs que le moyen le plus naturel d'alléger les charges publiques est d'augmenter la richesse territoriale, et elles dirigeront vers ce but une partie de leurs soins et de leur activité. (Instruction de M. Turgot sur Fédit du mois de juin 1787 relatif aux assemblées provinciales.)
(\)Proxima et quasi consanguinea s api eut iœ. (Columel.) Cicéron rapproche également les plaisirs de 1 agriculture de ceux de la philosophie.
nouvelle se répand rapidement, car elle trouvé dans chaque circonscription un ou plusieurs ipdividus occupés à la saisir, à la développer, à là faire servir de modèle , et une administration qui n'en contrarie jamais l'application.
Que de changemens se sont opérés depuis le moment où les hommes cultivaient leurs champs à la bêche, jusqu'au génie des inventions modernes! Il dut, en effet, passer pour un dieu, celui qui imagina d'attelerdesbœufsà une charrue et des chevaux à une meule (i). Femmes , dit le poète (2), vous qu'on a employées jusqu'à présent à moudre lefc grains, laissez désormais reposer vos bras ; ce n'est plus pour vous que les oiseaux annonceront par leurs chants le lever de l'Aurore, Cérès a ordonné aux Naïades de remplir vos travaux, de mouvoir rapidement les meules pesantes (3) , etc.
L'histoire de l'agriculture est facile à apprendre;
(1) On croit généralement que l'Angleterre sacrifie tout à l'industrie manufacturière, c'est le contraire, c'est à l'agriculture qu'elle accorde toutes les faveurs, et qu'elle exempte d'impôt.
(2) Minerve était adorée sous le nom de Boarmia, pour avoir enseigné aux hommes ce précieux avantage* Diodor. ,lib. 3, cap. 64.
(S) Authologie epiq. d'Antipater de Thessalonique»
le tableau de ses progrès, dans tous les siècles, existe encore sous nos yeux, suivant le degré de civilisation des peuples , et il est facile de savoir à quel temps on appartient. Les nations les moins avancées en connaissances utiles suivent la vie pastorale; elles passent de là à l'état agricole, mais les champs sont pour eux comme étaient les pâturages; ils les abandonnent, lorsqu'ils les ont cultivés quelque temps, po.ur en labourer d'autres. L'usage des jachères est une conséquence naturelle d'une grande étendue de territoire et d'une faible population ; mais lorsque l'échange des productions a pu s'opérer facilement, que la population s'est accrue , le système de culture a gagné sur le soin du pâturage. Tous les jours, les terrains vagues opt été eqvabis , et le domaine des bestiaux a diminué. Il a bientôt fallu imaginer pour eux un nouveau moyen de subsistance, et perfectionner la culture faute de pouvoir Tétendre. De là sont nés ces systèmes féconds d'assolemens et d'engrais, de prairies artificielles et*de cultures potagères. On s'aperçut qu'il existait des substances qui, ayant un principe de sève différent des autres, et trouvant, dans une terre en apparence épuisée, les sucs qui leur conviennent, laissent le temps à cette terre de se refaire pour ses premières productions ; on parvint ainsi, par
le mélange et la variété des engrais , à éternise? la culture sur un même point, et maintenir la terre dans une érection constante. Lorsqu'on fut arrivé au point de ne pouvoir plus gagner sur l'espace, ni améliorer davantage le sol , on songea à perfectionner les races d'animaux qui vivaient de l'un ou del'autre» Enfin l'on voulut suppléer par des machines à la cketté de la main-d'œuvre (1).
Tous les progrès en agriculture consistent donc : i.° dans la généralité de la culture, pour ne rien laisser d'improductif; 2.° dans la perfection de la culture, pour atteindre tous les accroissemens possibles,- 5.° dans la beauté des races, pour ne rien nourrir de défectueux ; 4° enfin dans l'emploi des machines, pour diminuera main-d'œuvre. L'agriculture est perfectionnée en raison de ces quatre degrés d'avancement.
La France n'est parvenue encore qu'au premier, et les trois autres lui manquent entièrement; elle a tout ce que le travail peut procurer, et rien de ce qufc les lumières ajoutent au travail : cette activité même, elle ne la doit qu'au mouye-
(i) Le b<feuf est le travail de l'homme perfectionné ; lé cheval , celui du bœuf; la machine , celui du cheval: entre ees trois moteurs, le cheval est le moins parfait, car le boeuf a l'avantage qu'on peut le manger; et la machine, qu'elle ne mange pas.
ment opéré par la révolution. Le cri de la liberté sembla être alors l'appel au développement des facultés et aux moyens de les exercer. La popula-
. tion toute entière se précipita sur le soi, comme s'il eût été amélioré pour elle ou qu'elle fût régénérée pour lui; les moindres parcelles de terrain suspendues au haut des précipices, furent acquises à la culture ; les environs des habitations devinrent autant de jardins potagers. La franchise des redevances et la remise, pendant quatre ans, des impôts, se répandirent comme un capital immense en faveur de toutes les productions, et prépapèrent le moyen de payer plus facilement, peu d'années après, des impôts plus onéreux. A l'exception de quelques grands desséchemens qui demandent des capitaux considérables et des associations, tout est fait en ce qui concerne l'étendue, la généralité de la culture , mais il n'en est pas de même de sa perfection. La France est arriérée non seulement de la Flandre et de l'Angleterre , mais de beaucoup de pays qui lui sont inférieurs en civilisation, tels que la Bavière, la Bohème,
T Autriche;, le Palatinat, l'Italie. Il n'y a pas en France le quart des terres cultivées comme elles devraient l'être, c'est-à-dire en permanence de production par les assolemens, et pas le quart de bestiaux que le sol pourrait nourrir, et par con-
«équent de richesses qu'il pourrait rapporter (1) ;
(7) L'acre en Angleterre , qui équivaut à l'arpent français , rapporte net , terme moyen , 3j fr. 5o c. , tandis que l'arpent français n'en rapporte que i5,et cependant le climat en France est plus favorable; le territoire rapporte des productions plus précieuses, tels que les vins, les huiles, les fruits, etc. Il faut donc qu'il y ait généralement un vice de culture, et il n'y a rien d'exagéré quand on estime que la France pourrait rapporter aisément le double, le triple de ce qu'elle produit, seulement par l'introduction de meilleures méthodes, sans même opérer des desséchemens ou des défrichemens coûteux. Elle pourrait alors payer le double de ses impositions sans être à moitié autant surchargée , car il est aisé de se figurer que celui qui paye par exemple 5 fr. sur une étendue de terre rapportant a5 fr. , n'en a plus pour lui que 20 ; mais si cette terre rapporte 5o fr. et qu'il en paye 10 , il lui en reste 4o. C'est le même calcul en sens inverse qu'on peut faire pour les dîmes. Le tableau ci-joint donnera une idée du produit comparatif du travail en France et en Angleterre.
Etat comparatif de V étendue, la population, le revenu, la dette publique et les produits agricoles et manufacturés de la France et de l'Angleterre, établis par approximation,
France. Angleterre.
Etendue du territoire : 108,000,000 arpens. . . .— 55,ooo,ooo arpens.
Population: ' Population: Agricole 17,500,000 ind. | Agricole 6,129,142 indiy.
Manufacturière. 6,200,000 | Manufacturière . 7,071,989
Indigente 800,000 (Indigente i,548,4oo
Diverse 4,5oo,ooo | Diverse. 2,547,5oo
Total : 28,5oo,ooo ind. Total: 17,096,803 indiv.
( *72 ) enfin l'usage si important des machines y est. à peu près inconnu.
Une ferme, en Angleterre et en Flandre, est un immense potager divisé de même en compartimens ; la moitié de cet espace est cultivée en plantes céréales , l'autre ert herbages, carottes , navets, et en pâturages divers (ï). Les terrains
Suite de l'État comparatif:
Franc*. Angleterre*
iProcLuitt agricoles ânnilcfe 3,354,ooo,ooo fr.. —5,419,6:22,976 fr.
Produit* manufacturas «nuuels. 906,666,666 — 3,741, &o,ooo Revenus publics permanens. . . . 703, 199.550 — i ,54 i> 763, 000 Dette publique 100,000,000 — 750,000,000
Ce tableau synoptique a été établi , pour ce qui regarde -l'Angleterre , d'après l'ouvrage de Colquhoun , et , pour la France, d'après les rapports du ministère de l'intérieur, en i£ i3. Il demanderait à être développé et discuté dans chacune de ses parties, ce qui serait hors des bornes et du sujet de cet ouvrage; mais, tel qu'il est, il fait naître bien des réflexions, et prouve surtout ce que le génie peut ajouter au travail , puisqu'une population d'un tiers moins considérable qu'une autre , habitant un sol dé près de moitié moins étendu , sous un climat contraire aux productions précieuses, trouve le moyen de créer trois fois plus de valeurs, de supporter une dette six fois plus forte et de nourrir une classe indigente du double.
(1) Le pain ne mérite vraiment pas sa réputation , il doit beaucoup de la faveur dont il jouit à l'absence des autres productions et à l'ignorance des moyens de se les procurer; les peuples qui en mangent beaucoup sont tou-
côïïsacrès atix premiers produits ont été améliorés par la culture des autres pendant plusieurs années, et par l'abondance du fumier provenant 4e abondance des bestiaux (i). On y récolte .alors plus de blé que si la totalité avait été cultivée en grains sans cette espèce de rotatiort (2), et on a de plus toute la valeur des autres productions qui excède de beaucoup celle-ci. Les différentes espèces de navets forment à eux seuls une richesse incomparable, soit qu'on les laisse sur le sol pour la nourriture des bestiaux, soit qu'on les récolte pour s'en servir l'hiver (3). Le
jours tourmentés de la crainte de n'en avoir pas assez * il ;t la cause des émeutes, des réglemens maladroits;1 on s'est jamais battu pour de la viande, on n'a jamais ivoyé un ministre pour des navets, ni fait une révolupour des pommes de terre. Quand il y aura partout is d'abondance et de variété dans la production , l'im- • tan ce du pain diminuera en proportion. .) Tout est employé en engrais, jusqu'aux os d'animaux l'on broie avec des machinés pour cet usage, t) La rotation ordinaire , dans la plus grande partie 'Angleterre, est à peu près comme en Flandre, c'estlire en navets ou pommes de terre, orge, fèves ou sainnu, blé, avoine j ou bien orge, colza, blé, luserrie, avoine , chanvre , et chaque fois la terre est nettoyée et parée : c'est dans ce soin principalement que consiste la bonté d'une* récolte. Voyez Âppendix N.
(3) Les raves suédoises donnent un produit dé 48o quin-
talent consiste à alterner ces productions et à varier également la nature des engrais , suivant la disposition et la qualité du terrain.
Le perfectionnement des bestiaux n'est pas d'up moindre avantage; eh effet, comme il n'en coûte guère plus de nourrir une belle race d'animaux qu'une défectueuse, il est d'une importance trèsgrande de les bien choisir , et en cela les races de Flandre, d'Angleterre , de Normandie, ne laissent rien à désirer ; dans chaque partie de ces pays , on trouve la nature de bestiaux qui convient le mieux à son sol. On est parvenu à les grandir et à les perfectionner à force de soins , comme on aurait amélioré le sol même. Ainsi, on trouve en Angleterre six espèces de vaches différentes, dont les unes produisent un volume énorme de lait, les autres des élèves d'une grandeur et d'un
taux par arpent , ou autrement 48,ooo , qui Talent 45 louis ; les patates rapportent 18,000 livres pesant par acre; et, comme il n'en faut guère que 4 à 5 livres par individu, on voit la quantité d'hommes et de bestiaux qu'une semblable culture peut nourrir. La culture des betteraves , établie en grand , ainsi qu'on le voit chez M. le comte Chaptal, MM. Delessert et le baron Roger, est d'un bénéfice encore plus considérable , mais elle demande des usines et ua établissement qui n'est pas à la portée de tout le monde. Ces végétaux reçoivent toutes leurs substances de la surlace de la terre, ce qui fait que le fonds ; qui doit servi» «ux céréales , a le temps de se reposer.
poids prodigieux (i); quatorze espèces de moutons, les uns portant une laine aussi fine que les mérinos, les autres destinés au marché et construits de manière à donner une masse de graisse €t de chair disproportionnée aved la petitesse de leurs os (2) ; chacune de ces espèces a été créée par la main des hommes, ou plutôt par le soin minutieux à en épurer la race, qui se transmet aujourd'hui sans dégénération.
Le quatrième degré de perfectionnement, celui qui fait le plus d'honneur au génie de l'homme, l'invention des machines , a réduit la fatigue à un simple exercice salutaire, les opérations pénible» à une direction plutôt qu'à un travail. L'ouvrier a sous ses ordres des instrumens adroits et soumis ,
(1) Les Taches à petites corues du Yorkshire et d'Ayrshire, donnent communément 24 quarts de lait par jour, faisant 3 firkins de beurre, pendant la bonne saison; les boeufs de cette espèce pèsent ordinairement de neuf à treize cents livres ; ou en a tu peser jusqu'à dix-sept cents, et en tout il est certain qne les bestiaux en Angleterre ont doublé de poids depuis cent ans.
(3) On compte quatorze espèces de moutons , qui tous sont d'un grand rapport et sont adaptés aux différentes natures du sol. La recherche est si grande pour en améliorer la race, qu'on a tu louer un bélier jusqu'à mille guinées pour une saison. Les mérinos ont réussi parfaitement, et il s'est formé sur-le-champ une àociété pour en encourager la propagation,
qui suppléent à ses efforts; le fermier s'élève au rang d'ordonnateur , de savant de culture qui, délivré du travail manuel , porte toutes ses idées vers l'augmentation des produits. Ce sont des machines qui nettoient le terrain (1) , sèment (2) , moissonnent (3) , battent le grain (4), vannent,
(1) Machine nommée grubber, qni nettoie le terrain , enlève les mauvaises herbes , coupe les mottes de terre en petites parties, évite plusieurs labours en entrant aussi profondément en terre que la charrue ; c'est une espèce de grande herse de fer montée sur des roues. Voyez article Agriculture dans le supplément de l'encyclopédie britannique
(2) Plusieurs semoirs perfectionnés, drill-machines , en usage en Ecosse , et qui économisent plus de moitié de la semence et de la main-d'oeuvre ; il y en a quelques-uns adaptés aux charrues.
(3) Reaping- machine , invention de MM. Boyer , Blucknel, Salmon, et enfin de M. Smith, restée long-tenfps imparfaite, mais aujourd'hui perfectionnée de manière à devenir bientôt d'un usage général; cette machine est poussée en avant par un seul cheval, elle moissonne par* faitement un arpent de fèves de marais en une heure. Voye% l'article ci-dessus mentionné*
(4) La machine à battre le grain , thraefang-mackine, ç&t aujourd'hui partout employée; elle consiste en un 4oubla cylindre i travers lequel on glisse les gerbes; elle retire tout le grain exactement, tandis que, par les anciens procédés , il s'ait perd environ la dixième partie. On calcule que cette machine fait la différence de tout le grain
( »77 > coupent la paille et les légumes (1), préparent le chanvre et le lin (2). En diminuant de moitié les frais de culture , elles font le même effet que si elles bonifiaient le sol et doublaient les récoltei» Les produits deviennent par-là plus communs* et par conséquent d'une acquisition plus facile pour les cultivateurs pauvres, sans diminuer le
nécessaire aux semailles, et qu'elle ne prend pas la dixième partie de temps et de main-d'œuvre : depuis qu'elle a £t$ perfectionnée, elle gâte moins la paille. Le grain qui en sort tombe immédiatement après dans une autre machine à vanner, qui le nettoie et le rend dans un couloir de communication avec le grenier où il doit être renfermé* Ainsi toute une récolte peut être réalisée en peu de jours , et préservée des temps humides, des souris, etc., et, dans des temps de disette, être livrée sur-le-champ au marché. Ces machines sont ordinairement conduites par des courans d'eau , des pompes à feu ou des chevaux. La machine à battre le foin n'est pas moins ingénieuse, elle fait en un jour l'ouvrage de vingt fanneurs. Voyez Farmer's Magazine^ vol. xiii, p. 279.
(.1) Les machines à: couper la paille, les navets*, etc. , sont aujourd'hui cfun usage général.
(2) La machine de M. Lee a fait une révolution* daiW les arts- mécaniques et agricoles; elle tient lieu à la fois doi rouissage et de tous les autres procédés pour là préparation si pénible du chanvre; et du lin ; elle a encore été perfectionnée k Paris par M. Christian* Tous le» autres instrumens sont également perfectionnés en Angleterre, tels qu» les charrues, les herses, les moulins, les charrettes, ete.
profit da propriétaire; ou, si le commerce permet de lés vendre à l'étranger, et par conséquent de hausser leur prix , il en résulte une augmentation de fortune pour le propriétaire, qui est à même alors de reverser dans la circulation plus de capitaux, d'augmenter les salaires, et , en définitif, ce sont toujours les classes inférieures qui profitent de ce surcroît d'aisance et de rétribution.
C*estdonc une grande erreur que la prévention où l'on est encore partout contre les machines , non seulement dans le peuple , mais parmi les trois quarts des gens instruits ; on croit toujours qu'elles diminuent la main-d'œuvre et font mourir de faim les classes ouvrières , tandis qu'en définitif c'est un bien-être qui tend à se répartir principalement parmi elles(i). Une des causes de cette erreur, qui a échappé aux écrivains d'économie politique , est l'habitude de confondre toujours V inaction avec le loisir j l'une est, sans doute ,
(i) Lorsque le duc de Clarence visita la monnaie à Paris , il demanda à l'un des principaux employés s'il ne te servait point de la pompe à feu pour faire mouyoir les balanciers. Dieu merci, Monseigneur, lui répondit celui-ci, nous avons en France assez de bras pour nous passer de machines ; le duc aurait pu lui répondre : dieu merci, Monsieur, nous avons en Angleterre assez de machines pour éviter d'employer des bras partout où cela n'est pas nécessaire^
( 279 ) une perte pour le pauvre , mais l'autre fait partie de la fortune du riche, et l'introduction des machines tend à multiplier le loisir sans jamais créer l'inaction, c'est-à-dire qu'elles se bornent à élever chaque ouvrier à un rang plus haut d'industrie, qui le rapproche de l'aisance, et à ne reporter l'inaction qu'au sommet de la hiérarchie sociale, où alors elle est un loisir, un repos justement acquis. L'invention de la charrue , qui est la première de toutes les machines, n*a pas retranché un individu du travail, mais elle a permis de cultiver le double de terrain, de doubler tes récoltes, par conséquent de 'mieux payer les cultivateurs; celle du laminoir dans les forges n'a pas fait renvoyer un seul hotûme, mais elle a produit le décuple de fer en barres, et enrichi un plus grand nombre de personnes, qui ont acquis comme loisir tout le temps que les machines ont gagné sur la masse du travail. Une partie même de ce loisir s'est arrêtée dans les classes inférieures pour diminuer leur fatigue. Il s'établit toujours insensiblement une diminution de travail avec les mêmes salaires quand un produit augmente, ou une augmentation de salaire lorsque le travail devient plus productif (1). Ce
(i) L'invention des machines à filer de- ML Arkwrighi^. loin de diminuer remploi des bras industrieux, tripla le*
qui a Kea pour les particuliers tourne également 3» profil de l'État y et on peut dire que les madunes Rétablissent pas une inaction dans la société, ce qui serait une perte, mais augmentent la masse du loisir , ce qui est une acquisition; elles semblent être, dans toute espèce d'industrie, autant d'individus qui travaillent sans manger, comme si l'homme possédait cette quantité de bras et de jambes qu'on voit aux divinités indiennes , et dont chacun est employé à quelque chose. En effet, si Dieu avait voulu que nous eussions sur le dos deux mains qui tricoteraient des bas pendaitf que les autres conduiraient une charrue , il n'y aurait rien de ridicule, et ce serait très- avantageux. Il est peu d'opérations matérielles qqi ne laissent la pensée libre, et par conséquent une seconde action disponible, si les mains étaient là pour l'exécuter* Les femmes de la campagne filent en gardant les vaches, en instruisant leurs enfatis ou en querellant leurs ' majré* On se figure aisément que Voltaire aurait
ouvriers nécessaires aux fabriques et améliora leur sort, parce qu'elle tripla en même teiups la consommation des étoffes en les produisant à meilleur marché. Les machines ont toujours fait l'effet d'élever le prix des salaires et de baisser celui des étoffes. Dans les manufactures de coton, les salaires s'élevèrent de 2 à 5 , et les étoffes baissèrent de i5 k 7* Annales des arts et manufactures, T. XVI, p. 8
pu composer la moitié de ses ouvrages en tournant des tabatières ou des pommeaux de cannes. Saint-Benoît d'Aniane dictait bien les siens en faisant la cuisine, et il est difficile de penser que ses ragoûts ne valussent pas ses écrits (i).
La France, ainsi que nous l'avons dit, est extrêmement arriérée dans la perfection de l'agriculture. A l'exception de la Normandie et de la Flandre, provinces qui, par leur voisinage de l'Angleterre et des Pays-Bas, ont participé à leurs lumières , la plus grande partie de notre territoire est livrée à l'ignorance , à la routine, et ne rapporte pas la moitié de ce qu'il pourrait produire; de vastes étendues de terrains, trop éloignées des habitations et affermées par des baux trop courts pour être cultivées avec soin, sont encore livrées au système honteux de jachères, plus connues sous le nom de sombres, et si bien qualifiées de paresse périodique (2) , tandis que
(1) Acta S. Bened. monast. , tom. 1er, p. 200. Rétif de la Bretonne , qui était imprimeur, imprimait ses ouvrages sur-le-champ en les composant, sans manuscrits; à peine corrigeait-il les épreuves.
(2) M; Birkheçk, dans son Voyage agronomique en. France; en 181 4, estime que le quart environ de la terre est encore improductif, par le défaut d'engrais, et le système de jachères en labour ou de pures jachères; sur les cinq classes dans lesquelles il partage très-justement le
les autres sont divisées en petites métairies mesquines , qui peuvent à peine nourrir leur propriétaire et leurs métayers , où les capitaux d'épargnes ne peuvent pas se former, et par conséquent aucune amélioration s'introduire; une race de troupeaux grêles, chétifs, est clair-semée sur cette surlace immense (1) ; et si quelquefois ou rencontre des parties plus soignées , telles que la Iimagne , le Graisivaudan, la Tou raine, etc., c'est pour faire regretter davantage la négligence des antres; dans la moitié de la Bourgogne, de la Champagne , de la Franche-Comté , on ne sait ce que c'est que de faire parquer les moutons, on ne connaît point de praieries artificielles ; tout est livré aux récoltes épuisantes ou à la rotation
territoire , les deux premières seulement ont une rotation continue de produits, et encore cependant une jachère en six ans; maïs Jes autres les ont habituellement. F.Birkbeck's Journey through France, Londres, i8i5, in-8»°. Le produit des terres , sous les Romains , était de 4 pour 1 -, en France il est de 6, en Angleterredeg, quoique le terrain et le climat de ce dernier pays soient moins favorables que ceux des deux autres.
(î) Je ne parle pas des belles races de Normandie et de quelques autres provinces , mais de la généralité. Non seulement les bestiaux en France sont d'une petite espèce, mais il y en a peu; jusqu'en 1785 , on en tirait de la Suisse et des Pays-Bas. Colbert, en 1667, fit des lois pour leur conservation, en défendant qu'Us passent être saisis.
des mauvaises herbes (1); on connaît à peine •l'art de distiller les grains et les plantes farineuses (2); les dents des herses sont en bois; les charrues, comme il y a quatre cents ans, et 011 n'a même d'autre manière de broyer le chanvre que de le rompre brin à brin avec les doigts, ce qui s'appelle tiner. Les fermiers y sont, comme les cultivateurs , des paysans grossiers, ne sachant ni écrire ni compter, mangeant toute l'année du pain noir, et ne surmontant que par le courage leur triste destinée.
Cette division du territoire, trop étendue dans un point et trop partagée dans l'autre, cette absence de lumières et de capitaux , qui arrêtent toute amélioration, existeront jusqu'au moment où les hommes riches et éclairés se livreront, comme en Angleterre , à la culture en grand (3) ,
(1) Il n'existe point, à vrai dire, de jachères, car la terre recèle toujours quelques germes qu'elle fait éclore \ et , lorsqu'on ne la cultive pas, ce sont de mauvaises herbes qu'elle produit, et qui la fatiguent à peu près autant, et on a de plus la peine de les ôter.
(2) Invention admirable qui fixe la valeur précaire des denrées, mobilise les produits, concentre dans un petit espace et un faible poids des valeurs souvent périssables sans ce moyen.
(3) Dès le quinzième siècle , les nobles , en Angleterre , regardaient comme au-dessous d'eux d'habiter dans les
les uns par la passion si noble de l'utilité, d'autre* pour améliorer leur fortune , d'autres enfin par la considération que l'opinion attachera un jour aux services de tous genres rendus à l'humanité (1).
De cette impulsion dans les classes élevées, naîtra dans les provinces une race de fermiers bourgeois ou hommes d'affaires de culture, qui porteront dans les lieux de leur exploitation des capitaux, et qui, encouragés par de longs baux (2)*
villes; ils vivaient retirés dans leurs domaines, qu'ils faisaient exploiter sous leurs yeux. Poggi Opéra, p. 69. Ce Poggi habitait l'Angleterre et vivait chez le cardinal-évéque de Winchester.
(1) Optima sUrcoratio , disaient les anciens , gressu* domini.
(2) U faut que les baux soient assez longs pour que l'intérêt du fermier soit de rendre à son propriétaire les terres en bon état , et que par conséquent il ait eu le temps d'en jouir avant ; on voit en Angleterre la différence des baux à volonté ou des baux a terme par la manière dont les terrains sont cultivés. Un fermier, dans ce pays, est un homme du monde {gentleman-f armer) 7 qui est habillé à la mode, qui prend son thé le matin, visite à cheval ses champs, a un comptoir pour tenir ses registres, critique Arthur Toung , chasse le renard l'hiver ,. fait apprendre la musique à ses filles, influe sur les élections et quelquefois fait banqueroute comme un banquier* il est ardent à défricher, à perfectionner la culture, et le mouvement qu'il donne, les capitaux qu'il répand, activent toutes les affaires du voisinage»
enrichiront à la fois leur famille , leur propriétaire et leurs provinces. La terre, en Angleterre, est une grande matière première qu'un riche manufacturier exploite avec ses ouvriers, où il applique son génie, ses machines, ses capitaux, dont il échange les nombreux produits avec d'autres objets manufacturés. En France, au contraire , les propriétés sont de petits compartimens où chaque famille fait paître une vache, récolte quelques grains, ramasse un peu de bois, sème du chanvre pour faire ses vêtemens, et a été, au bout de Fan , mal nourri , mal vêtu , mal chauffé. Les Anglais manufacturent des blés , des boeufs, des moutons , comme du drap et des toiles. Les Français cultivent des bas et des toiles , comme des choux et des carottes. Le temps , sans doute , est employé également chez les deux peuples, mais la division du travail fait que l'un parvient plus vite à la richesse que l'autre n'atteint le bienêtre. En France , on est grand ou petit propriétaire, deux états stationnaires ; en Angleterre, on est entrepreneur ou ouvrier, deux professions ascendantes (1).
(1) Les cultivateurs, en Angleterre, ont une petite maison et un jardin , mais ils ne portent pas plus loin leurs vues, et, en effet, le gain qu'ils font dans une grande exploitation est bien au-delà du produit de quelques misé-
Une passion irréfléchie de la propriété, une ambition prématurée d'indépendance ont précipité les cultivateurs dans une fausse direction pour satisfaire un moment leur orgueil. D'ouvriers dominateurs de la terre, ils sont devenus ses propriétaires esclaves. En détruisant les centralités de culture, ils se sont placés éternellement sous le joug du travail manuel et des privations.
En Angleterre, on cherche à agrandir les fermes pour éviter les faux-frais d'exploitation ; en France, au contraire, on détruit à présent les fermes pour en vendre en petite partie les terrains (i). La
râbles arpens qu'ils auraient beaucoup de peine à cultiver ou à faiie cultiver; ils acquièrent alors des capitaux qui leur servent à entreprendre bientôt quelque chose par eux-mêmes. Une famille vivant seule sur une ferme , produit de quoi nourrir vingt familles dans d'autres professions ; mais lorsque cette ferme se répartit entre elles, il faut que les vingt familles cultivent à la main le même champ qu'une seule exploitait , et alors tout le temps et le travail qui étaient employés par elles dans d'autres opérations qui leur procuraient un moyen d'échange au-delà de leur besoin , est consommé improductivement.
(1) D'après une correspondance fort curieuse entre le chef de la caisse hypothécaire projetée, M. de Leuze, et les maire et juge de paix de plus de mille communes dans les différens départemens de la France, il résulte que les biens-fonds emménages se vendent un tiers environ moins,
( *87 ) révolution , avec son grand rabot de nivellement et la loi du 17 nivôse, ont encore plus divisé les propriétés, et la bêche bientôt remplacera la charrue. Une agriculture démagogique , une égalité agraire, empêcheront tout développement d'industrie et toute création de richesses; car la paralysie de capitaux dans l'agriculture se fait sentir également au commerce et aux manufactures ; les propriétaires éclairés peuvent seuls arrêter cette tendance dangereuse en s 'adonnant à l'amélioration de leurs biens , en y occupant fortement leurs pensées ; les cultivateurs des environs, employés par eux , deviendraient alors des ouvriers aisés au lieu d'être des propriétaires pauvres , et les gens dti monde seraient des cultivateurs industrieux on des fermiers éclairés au lieu d'être des consommateurs oisifs.
J'ai vu le moment où ce changement désirable avait lieu et allait devenir général. En 1804 et i8o5, après la loi d'amnistie, les émigrés rentrés ne pouvant occuper d'emplois militaires ni civils , privés d'ailleurs depuis long-temps du plaisir de la propriété , s'attachèrent fortement à celle qu'ils retrouvèrent ou aux biens de leur famille. Chacun voulut s'industrier à en tirer un
qae leur valeur, et les arpens séparés plus d'an tiers en sus de cette même valeur , d'où résulte le profit de ce honteux dépècement qui a lieu partout.
meilleur parti, pour, à la fois, augmenter son aisance et occuper son temps.. La mode des moutons mérinos se répandit partout; on ne parlait plus que de laine et de clavelée dans les salons, comme aujourd'hui de budget et de pensions ; les parcs, long-temps inutiles , devinrent productifs par le pâturage des troupeaux ; bientôt la nécessité de nourrir ces animaux, l'hiver, à l'étable, fit réserver , dans les baux des fermiers, un certain nombre d'arpens pour cet effet; et quelque temps encore de cette passion, on en serait venu à faire valoir la ferme entière pour y trouver plus d'avantages. Une mesure impolitique du gouvernement d'alors arrêta cette tendance des idées, qu'il serait bien heureux de voir reparaître.
Est-il en effet une plus noble existence que celle d'un propriétaire retiré dans ses terres , employant son esprit, ses soins, à multiplier autour de lui les belles et utiles productions de la nature, imposant à ses subalternes un nouveau genre de respectpar un nouveau genre de supériorité, consolant la faiblesse par un partage, sinon égal, du moins semblable de ses travaux, faisant honte au désœuvrement par une activité volontaire, à l'ignorance par des produits plus considérables , à l'orgueil enfin par la dignité des lumières et des bienfaits?
Je n'oublierai jamais une circonstance qui
m'arrita en Pologne lorsque je servais dans l'armée autrichienne : voyageant avec mes chevaux ; je traversai un village dominé par un château dont le propriétaire avait la manie de Faire inviter à diner, sans les connaître, les voyageurs qu'il apercevait sur la grande route à cette heure; ayant reçu son message, je m'y rendis par curiosité et fus introduis dans une grande salle où je trouvai beaucoup de monde rassemblé. 13 n homme âgé, la tète rase , vêtu à la polonaise, vint au-devant de moi et m'accueillit d'un Sahe kospes à la manière des anciens; un moment après entra une jeune personne de dix-huit ans environ , fort belle et dans un costume moitié français , moitié oriental , qui lui allait à merveille ; elle dit un mot d'obligeant à quelques personnes, et présenta, suivant l'usage du pays, de là liqueur à tout le monde. Je me croyais transporté dans ces temps anciens de l'hospitalité ; le vieillard ne retraçait pas mal Ménélas(i) serrant la main de l'étranger, et la belle Hélène lui offrant le fameux népenthes (2). Après le dîneif, le vieux Polonais sachant que j'étais Français, me prit en affection, et voulut me faire voir son habitation; il me conduisit dans des écuries immenses dépendantes de ses haras, dans des étables pleines d'animaux
(1) Le shakç-hands de ce temps, ewsraÇgfrSot/. II. x,54a«
(2) Qui procurait l'oubli des maux. Odyss. iv, 5o.
( «9° ) du plus beau choix et soignés par des gens mal vêtus» mais qui paraissaient heureux; un petit écrivain nous accompagnait , qui notait sur des tablettes toutes les observations de son maître; bientôt nous descendîmes dans la plaine; c'était au moment de la moisson; de tous côtés s'élevaient des meules de grains, on entendait les chants des moissonneurs , et la campagne était couverte d'enfans rassemblant pour leur famille les épis oubliés. Cet homme respectable, appuyé sur le bras de sa jeune fille et entouré de ses nombreux serviteurs , retraçait l'image de ces patriarches de l'Ecriture, de ces pasteurs des hommes dont parle Homère; les paysans se prosternaient % de tous côtés sur son passage > ils baisaient le bas de la robe de leur jeune maîtresse. Un sourire de cet ange les consolait de leurs chaux ; les paroles obligeantes du vieillard les rassuraient sur leur sort; le petit écrivain prenait note de toutes les demandes qui étaient faites au seigneur, et. ces bonnes gens reportaieut dans leurs chaumières le dictame de tous les maux , la consolation et l'espérance.
Ah ! que nos provinces éloignées auraient besoin d'être ainsi habitées par des hommes capables d'y porter des conseils et des exemples, d'y paraître biillans des lumières de leur siècle et des améliorations inventées chez leurs voi-
( agi )
sïns , d'y être à la fois bons citoyens et grands seigneurs , comme le disait Louis XV du duc de Roban! Triptolèmes nouveaux, ils régneraient par les moissons ; ils connaîtraient combien ces hommages volontaires des hommes, la considération des lumières et des bienfaits, sont supérieurs aux froids égards rendus à la naissance et à la fortune; ils rappelleraient les hauts faits de leurs pères par de nouveaux services rendus aux hommes , leur amour de la gloire par l'amour du bien, plus nécessaire encore. Tous les héros jadis lurent utiles , tous les grands hommes (i) brillèrent par leurs travaux autant que par leurs ex* ploits. Allez dans vos terres , dit Henri IV, c'est là où vous pouvez faire du bien y où vous pouvez vous montrer ce que vous êtes^ et rendre service à votre pays (2).
Mais si cette existence convient aux favoris de la fortune , que de dédommagemens n'offre-t-elle pas à ceux qu'une déviation quelconque dans la
(1) UtiîUas magnos hominesque deosque efficib, dit Ovide. Thésée se jetait sur les médians sans qu'ils lui eussent fait du mal, uniquement pour le bien des autres* (Plutarque, tom. i*er, p» 57.) Les chevaliers modernes se distinguaient de même , non orbem toncupiscendo f sed vindiccmdo. (Sénèque, de Ben. lib. 1, cap. i3.) Ils protégeoient les femmes , les prêtres, les voyageurs. C'étaient les compagnies d'assurance de ce temps.
(2) Péréfixe, Vie d'Henri tV. r<ys* Olivier de Serres,
ligne des partis a éloignés de celui qui domine ? Est-il une plus noble indépendance que celle du travail dans ime belle campagne? Qui pourrait sacrifier cette douce existence au tourment d^eflacer un tort par une boute , de mendier un pardon pour dévorer peut-être un refus, de rechercher enfin une laveur qui vous brave au lieu de s'attacher à la fortune qui vous appelle? Que demandait Ovide dans son exil? Quelques champs labourables qu'il aurait pu* cultiver 4e ses mains (1). Que regrettait Pétrarque dans le temps de sa faveur ? Les lieux tranquilles où il vivait avec .ses pensées et ses souvenirs :
Dalcia praeteritse renovaus suspiria vite (s).
Sous cette voûte céleste , au- milieu de l'air libre des champs , l'homme industrieux sent naître son courage, développer ses facultés. Qu'il soit propriétaire , intendant ou fermier de la terre qu'il cultive, il porte dans ses travaux les lumières, les connaissances acquises par l'éducation et ce zèle ardent des améliorations. L'intérieur de sa maison offre le soin* d'un homme du monde, et ses champs sont labourés, ensemencés avec l'ordre qu'il aurait mis dans un parc, dans
(1) Ipse ego ne aolitis insistant peçtora ciiris Ducain ruricolas subjuga Panda boves.
OvicL, lib. I , ep. 8, v. 53,
(2) Pétrarque, lib. I, ep. Lcelio.
tjnemanrrafactiire, une caserne, on bureau ; il né laisse rien d'imparfait : dès la pointe du jour i\ est dans les champs comme l'habitant descampagnes; mais il y est sans .préjugé et avec des connaissances supérieures. Ses voisins l'observent d'abord avec méfiance , et bientôt l'admirent et l'imitent. L'intérêt , cet auxiliaire si ■ utile An talent, ne quitte point ses pas; et c'est souvent à un de ses habkans les plus obscurs qu'un pays entrer doit sa richesse, et an état sa tranquillité (1). Que de jouissances de ce ge«re n'éprouve point ce propriétaire du Norfolk, qui a refusé la pairie pour ne pas quitter ses amis de la chambre des communes, et qui préfère aux plaisirs de Londres ses travaux des champs* M, Coke, héritier des comtes de Leicester, possesseur d'une fortune énorme, l'emploie toute entière à porter au plus haut degré les améliorations de culture: c'est à lui que sont dues ces races d'animaux précieux dont nous avons parlé, ces machines dont l'effet est si étonnant, cette rotation de culture
(i) M. Helliot , dans ses Essais, dit spirituellement que rien ne contribua plus efficacement à remédier à tous les maux causés par les guerres civiles et- à appaiser les raécontentemeus, que l'introduction des prairies artificielles dans l'agriculture, par l'attrait qu'une innovation si utile répandit généralement parmi la classe de citoyens la plus nombreuse. Elémensdu commerce, tom. I, p» 2t3j*
fnerveîHeuse ,' et cela dans une province qu'il semblait impossible d'améliorer (1). Tous les ans, au moment de là tonte des laines, il appelle cher lui de toute l'Angleterre les hommes instruits en agriculture, les fermiers éclairés, les propriétaires passionnés comme lui pour ce premier des arts; ils y arrivent quelquefois au nombre de deux cents; et là, réunis sans distinction de rang; ou de situation, ces hommes industrieux se font part de leurs observations, de leurs découvertes , de tout ce qu'ils ont gagné sur la nature ou les préjugés , conquête également difficile ; ils s'apprennent les changemens , les améliorations ; enfin , tout ce qu'il y a de nouveau dans l'empire (de l'utilité. Lie maître delà maison visite avec eux ses champs , ses troupeaux, écoute leurs observations , leur propose des questions, et préside ces banquets dignes des premiers jours , où l'union règne avec la confiance et la gaîté , où l'on rend hommage , où Ton porte des toasts aux belles productions , aux découvertes utiles et aux fondateurs du bien-être des hommes (2). De semblables réunions existent dans tout le pajs ; et , comme jadis
(1) Charles II disait que le comté de Norfolk n'était bon qu'à découper en grandes routes pour tout le royaume.
(a) Plusieurs ont établi des prix pour le mode de culture le plus rapide et le plus efficace , et les expériences
les frères Àrvaux, elles président aux moissons ej honorent la culture (1). C'est au milieu d'elles que brille dans toute son étendue, dans toute sagrâce , cet esprit d'association dont nous avons célébré les merveilles; une province, un pays entier voit ainsi les représentai de ses campagnes, les guides de ses travaux, puiser dans leurs utiles relations de nouvelles lumières et acquérir un nouveau zèle; mais ces entrevues passagères seraient trop rares pour l'amitié, trop courtes pour l'instruction , et il a fallu leur fixer des époques déterminées, leur donner un caractère légal, et de là sont nées en Europe les sociétés d'agriculture auxquelles on doit de si grarids et <le si utiles travaux: dont la considération, te poid», la persévérance obtiennent ce que ne pourraient la puissance , les richesses et l'exemple ' même ; ce sont elles qui établissent un foyer de lumières , un point de départ d'où se répandent toutes les améliorations ^ celle de Londres a suppléé eu quelque sorte au cadastre, à la statistique, par les doc u mens précieux qu'elle a recueillis
ont lieu à Pépoque même des réunions : de ce nombre était la société fondée par le duc de Bedfort , qui se rassemblait-à sa belle ferme expérimentale de Woburn.
(1) Voyez Marini fra très arvales, 2 vol. in-4.° Ce collège ou cette confrérie parcourait les champs et dirigeait les fêtes dans le temps des moissons»
(296) dans presque toutes les provinces ; les faits qu'elle raconte, les conseils qu'elle donne sont crus, et les prix qu'elle accorde sont fort recherchés (1). J'ai vu décerner à la belle duchesse de Rutland une médaille d'or pour un succès particulier dans les plantations , et cet hommage, différent de ceux qu'elle' recevait, ne lui était pas moins sensible (i); d'autres sociétés secondent celle»ci, et, se bornant à un but spécial, y parviennent rapidement ; de ce nombre est la société des mérinos, qui est parvenue, à force de raisonnemens et d'exemples, à détruire les préjugés contre ces animaux précieux.
Quoique de semblables institutions ne fussent guère en harmonie avec les anciennes habitudes eu France, on en sentit dès long-temps le besoin, et elles y produisirent de bons effets. Déjà, en i556,
(1) On trouve déjà; dans les ouvrages de Mil ton et Cowley , l*idée des sociétés et des écoles d'agriculture, qui ont été si utiles et qui ont acquis à la mémoire de Tuli et d'Arthur Young les hommages qui leur sont rendus. C'est . à ces sociétés que les gouvernemens ont recours pour toutes les* mesures utiles, dans les temps de disette ou de surabondance, et auxquels on doit les ouvrages élémentaires sur l'agriculture qui nous manquent en France , et que sollicitaient déjà, en 1786, MM. de Lamoignon et de Charrot. Mem. de la Société d'ag. , tom. I.
(1) Société des arts et manufactures de Londres r distribution des prix de 1816, Monthly Magazine , avril 1816.
( *97 ) sous le règne de Henri II , Raoul Spifame demandait rétablissement de chambres agraires, rurales pt arpentaires pour gouverner et régenter les terres négligées (i); mais la première société d'agriculture ne fut fondée qu'en 1767 , en Bretagne ; elle portait dans ses réglemens cet article remarquable : « Quand une pratique aura été reconnue « bonne, chaque associé dans son district, s'atce tâchera à la répandre en l'éprouvant lui-même, « en engageant ses amis à la suivre > et surtout « en démontrant aux laboureurs les avantagés « qui en résultent. »
Une semblable institution devait produire encore plus de bien dans la capitale ; et , en effet , à peine fut- elle fondée en 1 761 qu'on vit se former à Paris une réunion des hommes les plus distingués par leur naissance et leur savoir , qui s'établirent en guerre ouverte avec les pr éj ugés e t les mauvaises méthodes. Cent mille arpens de jachères furent bientôt couver lis en culture; les prairies artificielles partirent de tous côtés; la race des bestiaux s'améliora ; les brebis espagnoles furent recherchées avidement; des arbres exotiques et jusque-là réservés à la curiosité devinrent communs dans les campagnes, et on alla jusqu'à semer
' (1) Rapporta François de Neufcfaàteau, année i8i5, Mém. de ta Soc* d'agricult.
(*9») entre les arbres des routes des pommes de terre laissées à la discrétion des riverains pour donner le goût de cet excellent végétal. Les mémoires publiés par cette société et répandus avec profusion, portèrent partout les connaissances nouvelles, et surtout les preuves des résultats, notions plus capables de convaincre que tous les discours.
 son exemple se formèrent des sociétés dans les différentes provinces, qui correspondaient avec la société de la capitale et recevaient d'elle f impulsion, sorte de relation indépendante et douce que nous avons vu produire tant de bien dans le système général d'associations municipales et industrielles, et qui agit avec autant de force dans chaque branche particulière d'industrie.
La société de Paris fit plus; elle établit, en 1784 et 1785, sous le nom de comices-agricoles, des sociétés particulières dans les principaux districts delà généralité, dont les réunions périodiques se tenaient à Thôtel-de-ville des différend chefs-lieux ou dans le château de quelques propriétaires zélés pour le bien. Là se rassemblaient les laboureurs des environs, les gros fermiers, les propriétaires habitant leurs terres, et les commissaires envoyés par la société; on se faisait part mutuellement de tout ce qui intéressait les progrès de la culture; les commissaires s'occupaient
( 299 ) tnoins d'endoctriner que de recueillir les renseignemens utiles, que de redresser certaines erreurs qui pouvaient encore se rencontrer ( 1 ) ; les séances se terminaient par un banquet où les rangs étaient ' confondus, et où s'établissaient ces relations douces, si utiles alors, si nécessaires aujourd'hui. C'est dans un de ces repas qu'un ^étranger demanda au maître de la maison , en lui montrant un des convives, si ce n'était pas un de ses vassaux (2). Monsieur, répondit-il, je ne vois ici que des amis; paroles qui partaient à la fois d'un hoh esprit et d'un bon cœur. Platon voulait aussi qu'on vécût avec ses inférieurs comme avqp des apis moins heureux (3), et Sénèque étendait jusqu'aux esclaves cette disposition bienfaisante: Ils sont des des hommes , disait-il , ils sont d'humbles arnisj admettez-les à votre table lorsqu'ils sont dignes d'y paraître ou pour les en rendre dignes (4). Loin que cette familiarité nuise au respect , elle l'inspire ; loin qu'elle encourage à manquer aux égards, elle les rend plus faciles; elle laisse à la dignité de l'homme à régler elle-même ses sacri-
(1) Procès- verbaux des assemblées provinciales, a vol» in-4.° , pag. 122, part. 1/ , et a.do page 87.
(2) Mém. de la Société d'agriculture du département de la Seine , Compte rendu , p. 1 69.
(3) De Leg. , lib. 4 et 6.
(4) Ep. 47.
( Soo )
ûces, qui sont toujours plus grands • étant plus volontaires. L'exemple de la révolution, qu'on oppose éternellement aux bons sentimens, est encore ici mal appliqué; écoutons, sur ce sujet, jun des hommes qui a le mieux connu cette révolution el qui lui fut sagement opposé lorsqu'il vit qu'elle dépassait les bornes de la raison*
L'amour de l'égalité, dit-il, n'est pas, plus que la liberté, une invention des temps modernes, c'est une inclinaison naturelle du cœur humain, qu'il faut régler et .concilier avec l'ordre public. Là où les principes de la justice sont méconnus. Je^hommes puissans s'efforcent de détruire cette inclination et d'abaisser leurs semblables pour s'élever au-dessus d'eux. Il est même des pays •tellement barbares, que la dernière classe du peuple est plus vile que les plus vils des animaux ; mais à mesure que la civilisation fait des progrès, on se demande compte de cet excès d'orgueil et de bassesse; il arrive, une époque où> sans renoncer au respect qu'on doit a la mémoire des grands hommes et à l'intérêt qui en résulte pour leurs familles, on ne consent plus •à reconnaître à leurs descendans le droit d'humilier les autres, en vertu d'un mérite qui ne leur est pas personnel, où l'on ne confond plus avec la véritable illustration l'ancienneté de pouvoir ou de privilège. Lorsque le commerce et l'indus-
( Soi )
trie font passer trae partie des richesses dans les mains de ceux qui ne sont pas appelés nobles, et qu'ils n'ont plus de supérienrs en lumière et en sentimeos d'honneur, il devient par degré néces-4 saife de les associer aux mêmes avantages; c'est ainsi que, depuis long-temps, en Angleterre, une éducation libérale, sans preuves généalogiques, donne la qualité de gentilhomme. On aperçoit maintenant, dans tonte l'Europe, la même tendance vers une égalité modérée dont nous venons d'indiquer le caractère , elle est la suite inévitable des progrès de l'esprit humain, elle peut causer à l'avenir, dans différens états, des changemens successifs , mais elle ne peut renverser un gouvernement s'il n'a pas en lui-même d'autres causes de destruction (i).
C'est donc pour diriger cette tendance inévitable et qui s'accroît tous les jours davantage, qu'il faut des réunions dans un but utile, des associations qui préviennent, par une égalité d'égards, le désir dangereux de l'égalité de rangs, qui préparent surtout à la véritable égalité de jouissance, celle qui résulte des moyens prompts d'arriver au bien-être par de meilleures méthodes e t u n travail plus éclairé.
(1) De l'Influence attribuée aux philosophes sur la révolution française , par M. Mounier de l'assemblée constituante, in-8° , Tubiogen, p. 49.
La société d'agriculture , supprimée dans la révolution , n'a été rétablie depuis que très-imparfaitement. Recomposée en 1801 , et confirmée en 181 4 9 elle a repris ses travaux et continué la publication de ses mémoires ; elle a toujours été composée d'hommes distingués ; mais n'ayant que peu de fonds à sa disposition , et aucun moyen pratique de répandre ses lumières, elle n'a pas produit tous les . résultats qu'on pouvoit en attendre. Les sociétés des provinces ont peut-être été plus avant dans certains départemeps; encouragés par elles, les commices agricoles ont réparu dans quelques subdivisions, et entre autres dans l'arrondissement de Ville- Franche, près de Lyon (i) ; tous ces résultats sont faibles en proportion du bien que pourrait produire ce système établi en grand , soutenu et protégé par le gouvernement. L'esprit public «st disposé à le favoriser ; les propriétaires ont acquis plus de lumières et plus d'habitude des affaires et de tous les genres d'administration; les gens de la campagne fréquentent davantage les marchés , les lieux de rassemblement ; il s'est fait un
( 1) Les propriétaires de l'arrond issemen t deVille-Franche, près de Lyon, au nombre de quarante, se réunirent, en l8o3, chez M. de Lecluze, et, en i8oi, au château de la Chaise, chez M. de Montaigu»
changement considérable dans leurs mœurs sous ce rapport, et qui influe même sur leur caractère et leur organisation. En devenant plus riches, ils sont devenus plus sociables, plus confians, plus faciles à persuader dans leur intérêt, plus accessibles à toute innovation utile (1).
H faudrait que la société centrale de Paris reçût une nouvelle organisation plus étendue, plus prépondérante ; qu'une sorte d'éclat lui fût donné qui engageât les personnes les plus considérables à en faire partie et à en établir de semblables dans les provinces ; qu'il fût établi dans chaque département une ferme expérimentale, dans laquelle le système d'assolement reconnu le meilleur pour le pays fût suivi, où les plus belles races de bestiaux seraient élevées et vendues comme à Rambouillet (2).
Cest en vain qu'on voudra faire marcher les doctrines sans les faits et sans les exemples frappans, placés sous. les yeux; le succès d'un seul
(1) Voyez Appendix O.
(2) Le comte François de Neufchâteau avait déjà manifesté cette opinion et proposé de consacrer le parc de Chambort à la création d'une grande ferme expérimentale contenant nn haras de toute sorte de bestiaux ; mais cet établissement serait trop éloigné de la capitale, il faudrait, pour les progrès de l'instruction , une propriété dans le
individu produit plus de bien dans un canton que tonte l'éloquence des livres et des journaux , que les travaux fastueux des académies. Il suffit de parcourir les environs de tout établissement de ce genre , en tous pays , pour juger que les terres y sont mieux cultivées, les bestiaux plus beaux , mieux soignés : la dépense d'une ferme semblable, de 3oo arpens environ, ne serait pas très à charge à un département , et, au bout de quelque temps , elle couvrirait ses frais , ainsi que la ferme de Rambouillet qui , pendant plusieurs années , a rapporté des bénéfices. Le comité d'agriculture , dans les conseils généraux du département, serait spécialement chargé de la comptabilité de cet établissement et s'entendrait avec la société d'agriculture pour porter au plus haut point son utilité; on pourrait établir dans plusieurs de ces fermes une école d'agriculture pratique, comme à Hofwill, pour, un nombre de jeunes gens , fils de fermiers , ou se destinant à cet état, et, dans l'école centrale de Paris, une école normale pour les fermiers des départemens.
genre de celle de M. de Vindé à la Selle , ou de M. Yvart à Maisons. Voyez Mém. de la Société d'à g rie. , année i8i5. On trouve le même plan dans les régleruens de la société d'agriculture de Philadelphie. L^ ferme expérimentale devait être établie près de cette vilie ; et, à son imitation, une semblable dans chacune des provinces des Etats-Unis»"
La pension qu'ils paieraient compenserait facilement le surplus de dépense , et de là sortiraient ces hommes utiles et entreprenans qui, en Angleterre, et surtout* depuis quelque temps, en Ecosse, ont porté si loin la perfection de la culture. Ne pourrait-il pas être également établi une chaire d'agriculture dans les principales universités.
Cette marche combinée de la théorie et de la, pratique du premier des arts, le porterait en peu de temps à son plus haut point de perfection ; elle encouragerait les propriétaires riches à suivre ou devancer cette impulsion , les princes même à s'y consacrer dans leurs momens de loisir. Quel est le voyageur qui, passant aux environs de Windsor, dans les cent voitures publiques qui traversent ce canton tous les jours, ne s'est pas fait montrer avec intérêt la ferme que le bon , le respectable Georges III faisait valoir dans le temps le plus agité de son règne, dont il réglait les assolemens, suivait lui même les labours, et faisait vendre, comme Charlemagne , les produits. La ferme expérimentale de Rambouillet , due à la philantropie de Louis XVI, est la première institution connue de ce genre; elle a été imitée plus en grand par l'empereur d'Autriche actuel, à Mannersdorf , et ces deux établissemens ont eu le singulier mérite d'être les premiers d'où sont sorties ces belles races de moutons espagnols qui
( 3o6 ) ont doublé la valeur des laines dans les deux pays et ont excité l'attention de tous les propriétaires.
Que la puissance souveraine employée de la sorte , attire avec raison les respects et la reconnaissance, quel admirable moyen d'amélioration que l'arbitraire s'il consentait à diriger ses vues vers le bonbeur des hommes! Il y aurait des pays heureux officiellement , jouissant, par ordre, de toutes les douceurs de la vie. Un tel état de choses aurait assez de séduction pour discréditer la liberté, s'il était plus commun; malheureusement pour les peuples ou heureusement pour les principes, si on peut séparer ces deux choses, il n'est pas dangereux , et la contagion du bien ne se fait pas trop sentir.