‹ De l'Esprit des loisChapitre 115 sur 935 · CHAPITRE .\X1 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE .\X1 I

De la cléiueDcc du prince.

La clémence est la qualité distinctive des monarques. Dans la république, où Tou a pour principe la vertu, elle est moins néce.ssaire. Dans l’Etat despoti(iue, où règne la crainte, elle est moins en usage, parce qu’il faut contenir les grands de TEtat par des exemples de sévérité. Dans les monarciiies, où Ton est gouverné par l’honneur, qui souvent exige ce que la loi défend, elle est plus nécessaire. La disgrâce y est un équivalent à la peine; les formalités mêmes des jugements y sont des punitions. C'est là que la honte vient de tous côtés pour former des genres particuliers de peines.

Les grands y sont si fort punis par la disgrâce, par- la perte Souvent imaginaire de leur fortune, de leur crédit, de leurs habitudes, de leurs plaisirs, <iue la rigueur à leur égard est inutile : elle ne peut servir qu’à ôter aux sujets Taniour qu’ils ont pour la personne du prince, et le respect qu’ils doivent avoir pour les places.

Comme l’instabilité des grands est de la nature du gouvernement despotique, leur sûreté entre dans la nature de la monarchie.

Les monarques ont tant à gagner par la clémence, elle est suivie de tant d’amour, ils en tirent tant de gloire, que c’est i presque toujours un bonheur pour eux d’avoir l’occasion de l’exercer; et on le peut presque toujours dans nos contrées.

On leur disputera pcut-êti'e quelque branche de l’autorité, presque jamais l’autorité entière ; et si quelquefois ils combattent ])Our la couronne, ils ne combattent point pour la vie.

Mais, dira-t-on, quand faut-il punir? quand faut-il pardonner? C’est une chose qui se fait mieux sentir qu’elle ne peut se prescrire. Quand la clémence a des dangers, ces dangers sont très -visibles. On la distingue aisément de cette foiblesse qui mène le prince au mépris et à l’impuissance même de punir.

L’empereur Maurice * prit la résolution de ne verser jamais

) . Au lieu (le le» punir, diaoil Platon, leur père. (Liv. IX de» Loit.) il faut les louer de ne pas ressembler à 2. ïlvagrc» lihtoire.

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