LIVRE II, CIIAinTUE II
(liii auroitôté élu seroit examiné par des ju"e.s et que chacun pourroit l’accuser d’eu èti-e indigne * : cela tenoit eu même temps du s<ut et du chuix. Quand en avoit lini le temps de sa magistrature, il falloit essuyer un autre jugement sur la manière dont on s’étoit rumporU*. Les gens sans capacité dévoient avoir bien de la répugnance à donner leur nom pour être tirés au sort.
•La loi qui fixe la manière de donner les billets de suffrage est encore une bji l'ondamentale dans la démocratie. C'est une grande question, si les suffrages doivent être publics ou secrets.
(;icéi-on 3 (Vrit (fue les lois qui les rendirent secrets dans les derniers temps de la républitpie romaine furent une des grandes causes de sa chute. Comme ceci se praliipie diversement dans différentes républiques, voici, je crois, ce qu’il en faut penser.
Sans doute que, lorsque le peuple donne scs suffrages, ils doivent être publics ‘ ; et ceci doit être regardé comme une loi fondamentale de la démocratie. 11 faut que le petit peuple soit ,
éclairé par les principaux, et contenu par la gravité de certains ,
personnages. Ainsi, dans la république romaine, en rendant ^ les suffrages secrets, on détruisit tout; il ne fut plus possible d’éclairer une populace qui se perdoit. Mais lorsque dans une ^ ^ '
aristocratie le corps des nobles donne les suffrages®, ou dans une démocratie le sénat comme il n’est là question que de • prévenir les brigues, les suffrages ne sauroient être trop secrets.
La brigue est dangereuse dans un sénat; elle est dangereuse dans un corps de nobles : elle ne l’est pas dans le peuple, dont la nature est d’agir piu' ])assion. Dans les Etats oii il n’a point de part au gouvernement, il s’échauffera pour un acteur comme il auroit fait pour les affaires. Le malheur d’une république, c’est lorsque il n’y a plus île brigues; et cela arrive lorsqu'on * a corrompu le peuple à prix d’argent : il devient de sang-froid,’’ il s’affectionne à l’argent, mais il ne s’affectionne plus aux affaires : sans souci du gouvernement, et de ce qu’on y propose, il attend tranquillement son salaire.
1. Voyez l'oraisou de Démostbène, de falsa I.egat,, et l’oraison contre Timarqne.
2. Un tiroit mfmc pour chaq^ne place deux billets : l'Qn,qni doniioit la place; l’antre, qni nomiuoit celai qui ileToit succéder, en cas que le premier fût rcicti. — Ces deui bulletins suftisoient lorsque le peuple avoit à délibérer sur une loi qni lui étoit proposée ; mais lorsqu'il a'agisBOit de l'élection des magis-
trats, on donnoit à ciiaqnc citoyen autant de bulletins qu’il y avoit de candidats. (Crév.)