LIVRE XI, CHAPITRE IV. I4I
longlt'iiips pris la liliertr pour l'usage de porU'r une longue hai-hc'. Ceux-ci ont attaché ce nom à une forme de gouvernement, et en ont exclu les autres. Ceux qui avoient goûté du gouvernement républicain l’ont mi.se dans ce gouvernement; ceux qui avoient joui du gouvernement monarcliiqiK! l’ont placée dans la monarchie*. Enün chacun a api)clé /eôerfê le gouvernement ipii étoit conforme à s(‘s coutumes ou à ses inclinations; et comme, tlans une répuhlique, on n’a pas toujours devant les veux, et d’une manière si présente, les instruments des maux dont on se plaint, et (pie même les lois |)aroisscnt y parler plus, et h's ex(*cut(“urs de la loi y parler moins, on la |dace ordinain'ment dans les répiihlicpies, et on l'a exelue (les monarchies. Enfin, comme dans les démocratii's le p(»uple paroit à peu pri^s faire ce (pi’il veut, on a mis la liherté dans ces sorh's de gouvernements, et on a confondu le pouvoir du peuple avec la liberté du peuple.
CHAPITUE III
Ce que c’est que la liberté.
Il est vrai que dans h's démocraties le peuple paroit faire ce ([u’il veut; mais la liberté politique ne consisbî point à faint ce que l’on veut. Dans un Etat, c’est-à-dire dans une sociéti'! où il y a des lois, la liherté ne peut consi.stcr (pi’à pouvoir faire ce que l’on doit vouloir, et à n’être point (jontraiut de faire ce que l’on ne doit pas vouloir.
Il faut se mettre dans l’esprit ce (pie c’(>st que l’indépendance, et ce que c'est que la liberté. I..a liberté est le droit (h; fain; tout ce que les lois perm(^ttent*; et si un citoyen pouvoit faire ce qu’elles défendent, il n’auroit plus de liberté, parce (jue les autres auroient tout (le même ce pouvoir.
CH.VPITKE IV
CunlinuatioD du même sujet.
*La démocratie et l’aristocratie ne sont point des Etats libres par leur nature. La liberté politique ne se trouve que dans les
• terminer entre eux leurs difTérends,
• selon leurs lois ; ce qui lait qu'ils se « regardent comme des peuples libres. »
1. I.es Moscovites ne pouroient souffrir que le ciar Pierre ia leur fil oouper. — Voyex présent de lu Grande-
Russie, par Perry, p. ISI, 188 ; La Haye, l'in. (P.)
Les Cappadociens refusèrent l'état
républicain , que leur offrirent les Romains.
3. Omnes legum servi sumus ut liberi esse possimus. (Gicoro, pro Cluenlio, g 33.) — Il est inniilv d'ajouter qu'il no s'agit ici que des boones lois : car des lois absurdes ou cruelles pourroicnl détruire jusque dans son principe toute espèce de liberté. (P.)
gouvernements modérés. Mais elle n'est pas toujours dans le» Etats modérés : elle n’y est -que lorsqu’on n’abuse pas du pouvoir; mais c’est une expth ience éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est i)ort(; à en abuser; il va jusqu’à ce qu’il trouve d»'s limites. Qui le diroit! la vertu môme a besoin de limites.
Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la dispositi(tii des choses, le pouvoir arrête le pouvoii’. Une constitution peut être telle que personne ne sera contraint de faire les choses auxquelles la loi ne l’oblige pas, et à ne point faire cellesque la loi lui j)ermet.
CHAPIIRE V
De l’ubjel de* E(ats dÎTers,
Quoique tous les Etats aient en général un même objet, qui est de se maintenir, chaque Etat en a pourtant un qui lui est particulier. L’agrandissement étoit l’objet de Rome; la guerre, celui de Lacédémone; la religion, celui des lois judaïques; le commerce, celui de Marseille; la tranquillité publique, celui des lois delà Chine'; la navigation, celui desRhodiens; la liberté naturelle, l’objet de la police des sauvages; en général, les délices du prince, celui des Etats despotiques; sa gloire et celle de l’Etat, celui des monarchies; l’indépendance de chaque particulier est l’objet des lois de Pologne, et ce qui en irsulte, l’oppiTssion de tous*. ^
il y a aussi une nation dans le monde qui a pour objet direct de sa constitution la liberté politique. Nous allons examiner les principes sur lesquels elle la fonde. S’ils sotit bons, la liberté y paroitra comme dans un miroir.
Pour dé(^ouvrir la lila'rte politique dans la constitution, il ne faut pas tant de peine. Si on peut la voir où elle est, si on l’a trouvée, pourquoi la chercher?