‹ De l'Esprit des loisChapitre 249 sur 935 · LIVRE Xll, riIARlTRK XXII l. 18l · texte numérisé non relu

LIVRE Xll, riIARlTRK XXII l. 18l

CHAriTHE XMl

Des choses qui altaqueut lu libel lé dans b uimiarchie.

I,a diose du monde la plus inutile au prince a souvent afToibli la liberté dans les monarchies : les commissaires nommés quelquefois pour juger un particulier.

Le prince tire si peu d’utilité des commissaires qu’il ne vaut pas la peine qu’il change l’ordre des choses pour cela. 11 est moralement sur qu’il a plus l’esprit de [u-obité et de Justice que scs commissaires, qui se croient toujours assez justifiés par ses ordres, par un obscur intérêt de l’Etat, par le choix qu’on a fait d’eux et par leurs craintes mêmes.

Sous Henri VllI , lorsipi’on faisoit le procès à un pair, on le faisoit juger par des commissaires tirés de la chambre des pairs : avec cette méthode , on lit mourir tous les pairs qu'on voulut.

CHAPITHE .X.XIll

Des espious dans la nionardiie.

Faut-il des espions dans la monarchie'? Ce n’est pas la pratique ordinaire des bons princes. Quand un homme est fidèl.? aux lois, il a satisfait à ce qu’il doit au prince. 11 faut au moins (ju'il ail sa maison pour asile et le reste de sa conduite en sûreté. L’espionnage seroit peut-être tolérable s’il pouvoit être exercé par d’honnêtes gens ; mais l'infamie nécessaire de la personne peut faire juger de l’infamie de la chose. Fn prince doit agir avec ses sujets avec candeur, avec franchise, avec confiance. Celui qui a tant d’inquiétudes, de soupçons et de craintes, est un acteur qui est embarrassé à jouer son rôle. Quand il voit qu’en général les lois S(»nt dans leur force et qu’elles sont respectées, il peut se juger en sûreté. L’allure générale lui répond de celle de tous les particuliers. Qu’il n’ait aucune crainte, il ne sauroit croire combien on est porté à l’aimer. Eh! pourquoi ne l’aimeroit-on pas? Il est la source de presque tout le bien qui se fait; et quasi toutes les punitions sont sur le compte des lois. Il ne se montre jamais au peuple qu'avec un visage serein : sa gloire même se communique à nous, et sa puissance nous soutient. Une preuve qu’on l’aime, c’est que l’on a de la confiance en lui , et que , lorsqu’un ministre refuse, on s’imagine toujours que le prince auroit accordé. Même dans les calamités publiques, on n’accuse point sa personne; on se plaint de ce <pi’il ignore, ou de ce qu’il est obsédé

par (les pcns corrompus. Si le prince savait ! dit le peuple. Ces paroles sont une espi-ce d’invocation, et une preuve de la conliauce (ju’on a en lui.

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