‹ De l'Esprit des loisChapitre 253 sur 935 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Des tnirurs du inniiarque.

Les mœurs du prince contribuent autant à la liherté que les lois : il peut, comme elles, faire des hommes des bêtes, et dos bêtes faire des hommes. S’il aime les âmes libres, il aura des sujets; s’il aime les âmes basses, il aura des esclaves. Veut-il savoir le grand art de régner, qu’il approclie de lui l’honneur et la vertu, qu’il appelle le mérite personnel. Il peut même jeter quelquefois les yeux sur les talents. Qu’il ne craigne point ces rivaux qu’on appelle les hommes de mérite : il est leur égal dès qu’ii les aime. Qu’il gagne le cœur, mais qu’il ne captive point l’esprit. Qu’il sè^reude populaire. Il doit être llatté de l’amour du moindre de ses sujets : ce sont toujours des hommes. Le peuple demande si peu d’égards qu’il est juste de les lui accorder; l’infinie distance qui est entre le souverain et lui empêche bien qu’il ne le gêne. Qu’exorable à la prière, il soit ferme contre les demandes; et qu’il sache que sou peuple jouit de scs refus, et ses courtisans de ses grâces.

Page 1