‹ De l'Esprit des loisChapitre 284 sur 935 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

(Juc les mauvais législateurs sont ceux qui ont favorisé les vices du climat,

^ et les bons sont ceux qui s’y sont opposés.

Les Indiens croient que le repos 'et le néant sont le fondement de toutes cho3e.s et la fin où elles aboutissent. Ils regardent dmic l’entière inaction comme l’état le plus parfait et l’objet de leurs désirs. Ils donnent au souverain Être * le surnom d'immobile. Les Siamois croient que la félicite » suprême consiste à n’être point obligé d’animer nue maebino et de faire agir un corps.

Dans ces pays où la chaleur excessive énerve ou accable, le repos est si délicieux et le mouvement si pénible, que ce système de métaphysique jiaroit naturel; et Foé, législateur des Indes, a suivi ce qu’il sentoit lorsqu’il a mis les hommes dans un état extrêmement passif; mais sa doctrine, née de la paresse du climat, la favorisant à son tour, a causé mille maux.

Les législateurs de la Chine furent plus sensés lorsque, considérant les hommes non pas dans l’état paisible où ils seront quelque jour, mais dans l’action propre à leur faire remplir les devoirs de la vie, ils firent leur religion, leur philosophie et leurs lois toutes pratiques. Plus les causes physiques portent les hommes au repos, plus les causes morales les en doivent éloigner.

I. Oa voit, par un fragment de Ni- dn temps des Mèdes. colas de Damas, rccoeilli par Conslanlin 2. l’anamanak. Voyez Kirclicr. Porphyrogénète, que la conluinc étoit 3. La Lüubère, Relation de Siam, ancienne en Qriciit d’envoyer étrangler pag. é<6. un gouverneur qui dèplaisoit; elle étoit

CPIAI'ITKE VI

De la culture des terres daus les dinials chauds.

I.a culture des terres est le plus {jriiiid travail des hommes. l*lus le climat les perte à fttir ce travail, plus la religion et les lois doivent y exciter. Ainsi, les lois des Indes, qui donnent les terres aux princes et ôtent aux particuliers l’esprit de itropricté, augmentent les mauvais effets du climat, c’est-à-dire la paresse naturelle.

CH.APITUE Ml

Du inoiiacbisme.

Le monachisme y fait les mêmes maux; il est né dans les pays chauds d’Orient, <jù l’on est moins porté à l’action qu’à la spéculation.

En Asie, le nombre des ilerviches ou moines semble augmenter avec la chaleur du climat; les Indes, où elle est e,vcessive, * en sont remplies : on trouve en Europe cette môme différence. 4

Pour vaincre la paresse du climat, il faudroit que les lois idierchassent à ôter tous les moyens de vivre sans travail; mais, dans le midi de l'Europe, elles font tout le contraire; elles donnent à ceux qui veulent être oisifs des places propres à la vie spéculative, et y attachent des richesses immenses. Ces gens, qui vivent dans une abondance qui leur est à charge, donnent avec raison leiii' supei flu au bas peiqde ; il a perdu la propriété des biens; ils l’en dédommagent par l’oisiveté dont ils le font jouir; et il parvient à aimer sa misère môme.

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