‹ De l'Esprit des loisChapitre 342 sur 935 · LIVRE XVII. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. CHAPITRE III

« quatre ou cinq vers la mer orienUle, et quelques-unes que « les Chinois, par des raisons de politi(jue, ont hàties pri s de M la Chine; ([ue, dans le reste de la grj|iide Tartarie, il n’y en « a (|ue (|uelqiies-unes placées dans les Boucharies, Turkestan « et Charisme; que la raison de cette extrême froidure vient « de la nature du terrain nitreux, |)lein de salpé-tre, et sahlon- « lieux, et de plus, de la hauteur du terrain. Le l*. Verhiest « avoit trouvé qu’un certain endroit, à quatre-vinpLs lieues au « nord de la grande muraille, vers la source de Kavamhuram, « excédoit la hauteur du rivage de la mer, prés de Pékin, de « trois mille pas géométritpies; (|iic cette hauteur' est cause M que, (juoique quasi toutes les grandes rivières de l’Asie aient « leur source dans le pap, il manque cependant d’eau, de fa- « »;on qu’il ne peut être hahité (pi’auprès des rivières et des « lacs. »

Ces faits posés, je raisonne ainsi : l’Asie n’a point proprement de zone tempérée; et les lieux situés dans un climat trèsfroid y touchent immédiatement ceux qui sont dans un climat tri-s-ehaud, c’est-à-dire la Turquie, la Perse, le Mogol, la Chine, la Corée et le .Iai>ou.

Eu Europe, au contraire, la zone tempérée est très-étendue, quoiipi’elle soit située dans des climats tri's-dilTércnts entre eux, n’y ayant point de rapjiort entre les climats d’Espagne et d’Italie, et ceux de Norwége et de Suède. Mais, comme le climat y devient insensihlcmetH froid en allant du midi au nord, à peu pri'S à proportion de la latitude «le chaque |»ays, il y arrive que chacpie pays est à peu pi*ès scmhlahlc à celui <|ui en est voisin ; qu’il n’y a pas une notable dilférenee ; et que, comme je viens de le dire, la zone tempérée y est très-étendue.

i)e là il suit ((u’en Asie les nations sont opposées aux nations du fort au foihle ; les peuples guerriers, braves et actifs, touc.lient immédiatement des peuples efféminés, paresseux, timides : il faut donc que l’un soit conquis, et l’autre conquérant. En Europe, au contraire, les nations sont opposées du fort au fort;' celles ipii se touchent ont à pop près le même courage. C’est la grande raison de la foihlesse de l’Asie et de la force de l’Europ<*, de la liberté de l’Europe et de la servitude de l’Asie: cause que je ne sache pas que l’on ait encore rcmar- (juée *. C’est ce qui fait ([u’en Asie il n’arrive jamais que la

1. La Tartarie est donc conimo une de cœur: de là vient qu'iU obéissent et

espèce de montagne plate. servent toujours. liv. Yll t

2. Les Asialique-s dit Aristote, sont chap. vii.) (P.) adroits et ingénieux, mais ils n'ont point

liberté augmente; au lieu qu’en Europe elle augmente ou diminue, selon les circonstances.

Que la noblesse niosco,vite ait été réduite en ser>itude parmi de ses princes, on y verra toujours des traits d’impatience que les climats du Midi ne donnent point. N'y avons-nous pas vu le gouvernement aristocratique établi pendant quelques Jours? Qu’un autre royaume du Nord ait perdu ses lois, on peut s'en fier au climat ; il ne les a pas perdues d’une manière irrévocable.

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