‹ De l'Esprit des loisChapitre 344 sur 935 · LIVRE XVII, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE XVII, CHAPITRE V

La raison en est que le peuple tartare, conquérant naturel de l'Asie, est devenu esclave lui-nième. Il conquiert sans cesse dans le midi de l’Asie 5 il forme des empires; mais la partie de la nation qui reste dans le pays se trouve souiîiise à un grand maître, qui, despotique dans le Midi, vent encore l’ètrc dans le Nord, et, avec un pouvoir arbitraire sur les sujets conquis, le prétend encore sur les sujets eomiuérants. Cela se voit bien 'aujourd’hui dans ce vaste pays qu’on appelle la Tartarie chinoise, que l’euqiereur gouverne i)res(iue aussi despotiquement que la Chine même, et qu’il étend tous les jours par ses conquêtes.

On peut voir encore dans l’histoire de la Chine (jue les empereurs ‘ ont envoyé des tolonies chinoises dans la Tartarie. Ces Chinois sont devenus Tartiires, et mortels ennemis de la Chine; mais cela n’empêche pas qu’ils n’aient porté dans la Tartarie l’esprit du gouvernement chinois.

Souvent une partie de la nation tartare (pii a conquis est chassée elle-même; (;t elle rapporte dans ses déserts un esprit de servitude qu’elle a acquis dans le climat de l’esclavage. L’histoire de la Chine nous en fournit de grands exemples, et notre histoire ancienne aussi *.

C’est ce qui a fait que le génie de la nation tartare- ou gétique a toujours été semblable à celui des empires de l’Asie. Les peuples, dans ceux-éi, sont gouvernes par le b;\ton ; les peuples tartares, par les longs fouets. L’esprit de l’Europe a toujours été contraire à ces mœurs; et, dans tous les temps, ce que les peuples d’Asie ont appelé punition, les peuples d’Europe l’ont appelé outrage *.

Les Tartares, dcHruisant l’empire grec, établirent dans les pays conquis la servitude (ît le despotisme, les Goths, conquérant l’empire romain , fondèrent partout la monarchie et la liberté.

Je ne sais si le fameux Iludbeck, qui, dans son Atlantique, a tant loué la Scandinavie, a parlé de cette grande iirérogative qui doit nu'ttrc les nations ipii l'habitent an-dessns de tous les peuples du inonde : c’est qu’elles ont été la source de la liberté de l’Euroiic, c’est-à-dire de presque toute celle qui est aujourd’hui pai'ini les hommes.

1. Comme Ven-ly, cinquième empereur de la cinquième dynastie.

2. Les Scythes contrent trois fois l’Asie , et en furent trois fois chassés. (Justin, liv. II.)

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