‹ De l'Esprit des loisChapitre 37 sur 935 · LIVRE IV, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE II

L’air do la cour consiste à quitter sa fn’andeur propre pour une grandeur empruntée. Celle-ci flatte plus un courtisan que la sienne même. Elle donne une certaine modestie superbe qui SC répand au loin, mais dont l’orgueil diminue insensiblement, à proportion de la distance où l’on est de la source de cette grandeur.

On trouve à la cour une délicatesse de goût en toutes choses, qui vient d’un usage continuel des superfluités d’une grande fortune,, de la variété et surtout de la lassitude des plaisirs, de la multiplicité, de la confnsion même des fantaisies, qui, lorsqu’elles sont agi’éablcs, y sont toujours reçues.

C’est sur toutes cos choses que l’éducation se jjorte pour faire ce qu’on appelle l’honnête homme, qui a toutes les qualités et toutes les vertus que l’on demande dans ce gouvernement.

Là l’honneur, se mêlant partout, entre dans toutes les façons de penser et toutes les luaiiières de sentir, et dirige même les principes.

Cét honneur bizarre fait que les vertus ne sont que ce qu’il veut, et comme il les veut; il met de son chef des règles à tout ce qui nous est prescrit ; il etend ou il borne nos devoirs à sa fantaisie, soit qu’ils aient leur source dans la religion, dans la politique ou dans la morale.

Il n'y a rien dans la monarchie que les lois, la religion et riionncur prescrivent tant que l’obcissance aux volontés du jn-iiicc; mais cet honneur nous dicte que le prince ne doit jamais nous prescrire une action qui nous déshonore, parce qu’elle nous rendroit incapables de le servir.

Ci’illon Tefusa d’assassiner le duc de Guise; mais il offrit à Ileni i ni de se battre contre Un. Après la Saint-Barthélemi, Charles IX ayant écrit à tous les gouverneurs de faire massacrer lesliuguenots, le vicomte d’Ortc, qui commandoit dans Baionne, écrivit du roi ' : « Sire, je n’ai trouvé parmi les habitants et « les gens de guerre que de bons citoyens, de braves soldats,

« et pas un bouiTcau : ainsi, eux et moi supplions votre ma- « jesté d’employer nos bras et nos vies à choses faisables. » Ce grand et généreux courage regardoit une lâcheté comme une , chose impossible.

Il n’y a rien que l’honneur prescrive plus à la noblesse que de servir le prince à ‘la guerre : en efl^et, c’est la profession distinguée, parce que scs hasards, ses succès et ses malheure même conduisent à la grandeur. Mais, en imposant cette loi,

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