CHAPITRE XX
Eiplicalion d'un pai aduxe sut' les Cliiuui».
Ce qu’il y a do siii',nilior c'est que les Chinois dont la vie est entièrement dirijïée par les rites, sont néanmoins le peuple le plus fourbe de la terre. Cela paroit surtout dans le commerce, qui n’a jamais pu leur inspirer la bonne foi qui lui est naturelle. Celui qui achète doit porter ‘ sa propre balance: chaque marchand en ayant trois, une forte pour acheter, une légère- pour vendre, et une juste pour ceu\ (jui sont sur leurs gardes. Je crois [louvoir expliquer cette conti adiction.
Les législateurs de la Chine ont eu deux objets: ils ont voulu que le peuple fùt soumis et tranquille, et qu’il fût laborieux et industrieux. Par la nature du climat et du terrain, il a une vie préjcaire ; on n’y est assuré de sa vie qu’à force d’industrie et de travail.
Quand tout le monde (d»éit, et que tout le nntnde tiavaille, l’Etat est dans une heureuse situation. C’est la nécessité, et peut-être la nature du climat, qui ont donné à tous les (ihiuois une avidité inconcevable pour le gain; et les lois n’ont pas songé à l’arrêter, 'font a été défendu, quand il a été question d’acquérir par violence; tout a été permis, quand il s’est agi d’obtenir i>ar artifice ou par industrie. Ne comi)arons donc pas la morale des Chinois avec celle de l’Europe. Chacun, à la Chine, a dû être attentif à ce qui lui étoit utile; Si le fripon a veillé à ses intérêts, celui qui est dupe devoit penser aux siens. A Lacédémone, il étoit perinisde voler; à la Chine, il est permis de tromper.