CHAPITRE IX
De la rareté relative de l'or et de l'argent.
Outre l’abondance et la rareté positive de l'or et de l’argent, il y a encore une abondance et une rareté relative d’un de- ces métaux à l’autre.
L’avarice garde l’or et l’argent, parce que, comme elle ne veut point consommer, elle aime des signes qui ne se détruisent point. Elle aime mieux garder l’or que l'argent, 'parce qu’elle craint toujours de perdre, et qu’elle peut-mieux cacher ce qui est en jilus petit volume. L’or disparoit donc quand l’argent est commun, parce que chacun en a pour le cacher; il reparoit quand l’argent est rare, parce qu’on est obligé de le retirer de ses retraites.
C’est donc une régie : l’or e.st commun quand l’argent est lare, et l’or est rare quand l’argent est commun. Cela fait sentir la diffiirence de l’ationdancc et de la rareté relative, d’avec l’altondance et la rareté’ réelle, (;hose dont je vais beaucoup parler.
CHAPITRU; X
Ua change.
C'est rabomlancc et la rareté relative des monnoies des divers pays qui forment ce qu’on appelle le cliange.
Le change est une fixation de la valeur aetuclle et momentanée des monnoies.
L'argent, comme métal, a une valeur comme toutes les autres marehandisesj et il a encore une valeur qui vient de ce qu'il est capable de devenir le signe des autres marchandises; et, s’il n’étoit qu’une simple marchandise, il ne faut pas douter qu’il ne perdit beaucoup de son [)rix.
L'argent, comme monnoie, a une valeur que le prince peut fixer dans quelques rapports, et qu'il ne sauroit fixer dans d’autres.
î.c prince établit une proportion entre une quantité d’argent comme métal, et la même quantité comme monnoie; il fixe celle qui est entre divers métaux employés à la monnoie; ilétablit le poids et le titre de chaque pièce de monnoie; enfin, il donne à chaque pièce cette valeur idéale dont j’ai parlé. J’appellerai la valeur de la monnoie , dans ces quatre rapports, valeur positive, parce qu’elle peut être fixée par une loi.
Les monnoies de chaque Etat ont, de i)lus, une valeur relative, dans le sens qu’on les compare avec les monnoies des autres pays ; c’est cette valeur relative (juc le change établit. Elle dé()end beaucoup de la valeur positive : elle est fixée par l’estime la plus générale des négociants, et ne peut l’être par l’ordonnance du prince, p.arce qu’elle varie sans cesse, et dépend de mille circonstances.
Pour fixer la valeui; relative, les diverses nations se régleront b(;aucoup sur celle qui a le plus d’argent. Si elle a autant d’argent que toutes les autres ensemble, il faudra bien que chacune aille se mesurer avec elle ; ce qui fera qu’elles se régleront à peu près entre elles comme elles se sont mesurées avec la nation principale.
Dans l’état actuel de l’uni vers, c’est la Hollande ’ qui est cette nation dont nous parlons. Examinons le change par rapport à elle.
11 y a en Hollande une monnoie qu’on a|)pelle un florin : le florin vaut vingt sous, ou quarante demi-sous, ou gros. Pour simplifier les idées, imaginons ipéil n’y ait point de florins en
1. Les Hollandois règlent le change (le de délibération entre cm, selon qu’il pre»que toute l’Europe par une espèce convient à leurs intérêts.
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