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LIVRE XXV, CHAPITRE III

plus iï elle iiu’uli autre qui l’est moins; ou tient heaucoup aux choses dont on est continuellement occupé : témoin l’olistination U'iiace des Mahométans et des Juifs, et la facilité (lu’ont de changer de religion les peuples iiarhares et sauvages (|ui, uniquement occupés de la cha.sse ou de la guerre, ne se chargent guère de pratiques religieuses *.

Les hommes sont extrêmement jairtés à c.spérer et à craindre, et une religion qui n’auroit ni enfer, ni paradis, ne sauroit guère leur i)laire. Cela se prouve par la facilité (pi’oiit eue les religions étrangères à s’étaldir au Japon, et le zèle et l’amour avec lesciuelles on lis y a reçues*.

Pour qu’une religion attache, il faut qu’elle ait une morale pure. Les hommes, fripons en détail , sont en gros de trèslionnétes gens; ils aiment la morale; et si je ne traitais pas un sujet si grave, je dirois que cela se voit admirahlement Ideu sur les théâtres : on est sûr de plaire au peuple par les sentiments que la morale avoue, et on est sûr de le choipier par ceux qu’elle réjirouve.

Lorsque le culte exti'ricur a une grande magnificence, cela nous flatte, et nous donne beaucoup d’attachement pour la religion. Les richesses des tenqdes et celles du clergé nous all’ectent beaucoup. .Ainsi la misère môme des peuples est un motif qui les attache à cette religion qui a servi de prétexte à ceux qui ont causé leur misi're.

CHAPlTRfc; III

Des temples.

Presque tous les peiqiles policés habitent dans des maisons. De là’est venu naturellement l’idée de bâtir à Dieu une maison ' où ils puis.sent l’adorer, et l’aller chercher dans leurs craintes ou leurs espérances *.

En effet, rien n’est plus consolant pour les hommes tiu’un lieu où ils trouvent la divinité plus présente, et où tous ensem- Ide ils font parler leur foiblesse et leur misère.

Mais cette idée si naturelle ne vient qu’aux peuples qui cultivent les terres ; et on ne verra pas b;Uir des temples chez ceux qui n’ont pas de maisons eux- mômes.

1. Cela se remarque par toute la terre, gions des Indes; celles-ci ont un eurvr Voyez, sur les Turcs, Ica missions du et un paradis, an lieu que la religion des Levant ; le Itecueit iltaVoyagrs qui ont Sinloa n’en a point.

scrui à l’établissement de la compa- 3. Dans le christianisme, il y eut ces j/nie des Indes, l. III, part. I, p. 2UI, raisons particulières que la célébration sur les Maures de Batavia; et le P. La- des mystères y fut fréquente, et qu’on bat, sur les nègres mahométans, etc. no la permit que dans lu temples. (Uha-

2. La religion chrétienne et les reli- brit,a« lo 4fon./'ronç.,liv.I,ch.xv. (P.)

C’est ce qui fit que Gengiskan marqua un si grand mépris pour les mosquées*. Ce prince* interrogea les Maliométans; il approuva tous leurs dogmes, excepté celui qui porte la nécessité ' d’aller à la Mecque : il ne pouvoit comprendre qu’on ne pût pas adorer Dieu partout. Les Tartares n’habitaient point de maisons, ne connoissoient point de temples.

Les peuples qui n’ont point de temples ont peu d’attachement pour leur religion : voilà pourquoi les Tartares ontété de tout temps si tolérants*; pourquoi les peuples barbares qui conquirent l’empire romain ne balancèrent pas un moment à embrasser le christianisme; pourquoi les sauvages de l’Amérique sont si peu attachés à leur propre religion, et pourquoi, depuis que nos missionnaires leur ont fait bâtir au Paraguay des églises, ils sont si fort zélés pour la nôtre.

Comme la divinité est le refuge des malheureux, et qu’il n’y a pas de gens plus malheureux que les criminels, on a été na- * turellement porté à penser que les temples étoient un asile* pour eux ; et cette idée parut encore plus naturelle chez les Grecs, où les meurtriers, chassés de leur ville et de la présence des hommes, sembloient n’avoir plus de maisons que leS temples, ni d’autres protecteurs que les dieux.

Ceci ne regarda d’abord que les homicides involontaires; mais, lorsqu’on y comprit les grands criminels, on tomba dans une contradiction grossière : s’ils avoient olfensé les hommes, ils avoient à plus forte raison offensé les dieux.

Ces asiles se multiplièrent dans la Grèce. Les temples, dit Tacite", étoient remplis de débiteurs insolvables et d’esclaves méchants ; les magistrats avoient de la peine à exercer la police; le peuple protégeoit les crimes des hommes, comme les cérémonies des dieux; le sénat fut obligé d’en retrancher un grand nombre.

Les lois de Moïse furent très-sages. Les homicides involontaires étoient innocents, mais ils dévoient être ôtés de devant les yeux des parents du mort : il établit donc un asile pour

I. Entrant dans la mosquée de Bu- impériale, les cuisines et les écuries du chara, ii enleva VAlcoran, et le jeta roi; et ces derniers lieui-ci sont des sous les pieds de ses chevaui. {Histoire asiles partout, soit 1 la ville, soit à la des Tnllars, part. 111, png. 273.) campagne. Le roi seul en peut tirer, ou

2i pag. 3t2. son ordre spécial; mais quand le rot

3. üette disposition d’esprit a passé donne cet ordre, ce n'est pas directejnsqii’ani Japonois, qui tirent leur ori- ment, ra.ais en défend.ant de porter à

f;ine des Tartares, comme il est aisé de manger au lugitif dans le lien on il est : e prouver. ee qui le réduit enfin a en sortir. (Char-

4. Les mosquées ne sont point des din. Voyage en Perse, iom. ll,pag. 3t, asiles en Perse, ni les autres lieux sa- édition d’Amst., niiS, in-iu.) (F.) cr^. On n’y connolt d’autre asile que 5. Annales, Uv. III. les tombeaux des grands saints, la porte

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