‹ De l'Esprit des loisChapitre 615 sur 935 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

D«s loU (livines cl des lois liuuiaines.

Op ne doit point statuer par les lois divines ce qui doit l’être par les lois humaines, ni régler par les lois humaines ce qui doit l’être par les lois divines.

Ces deux sortes de lois different par leur origine, par leur objet et par leur nature. ^

Tout le monde convient bien que les lois humaines sont d’une autie nature que les lois de la religion, et c’est un grand principe; mais ce principe lui-mènie est soumis à d’autres qu’il faut cherchei .

1“ La nature des lois humaines est d’être soumises à tou-,

434 DK L’ESPRIT DES LÜKS.

les aecicleiils'qui an ivcnt, et de varier à mesure que les volontés des hommes changent : au contraire, la nature des lois de la religion est de ne varier jamais. Les lois humaines statuent sur le bien; la religion, sur le meilleur. Le bien peut avoir un auti'e objet, parce (ju’il j a plusieurs biens; mais le meilleur n'est qu’un, il ne peut donc pas changer. On peut bien changer les lois, parce qu’elles ne sont censées qu'être bonnes; mais les institutions de la religion sont toujours supposées être les meilleures.

2" 11 y a des Etats où les lois ne sont rien, ou ne sont qu'une volonté capricieuse ou transitoire du souverain.' Si dans ces Etats les lois de la religion étoient de la nature des lois humaines, les lois de la religion ne seroient rien non plus : il est pouilant nécessaire à la société qu’il y ait quelque chose <le iixe; et c’est cette religion ipii est quelque chose de lixe.

3° La force |)rincipalc de la religion vient de ce qu’on la croit; la force des lois luimaines vient de ce qu'on les craint. L’antiquité convient à la religion , parce que souvent nous croyons plus les chosfis à mesure ((u’elles sont plus reculées, car nous n’avons pas dans la tête des idées accessoires, tirées de CCS temps-là, qui puissent les contredire. Les lois humaines, au contraire, tirent avantage de leur nouveauté, qui annonce une attention particulière et actuelle du législattair, pour les faire observer.

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