CHAPITRE PREMIER
Changements dans les ofnces et les fiefs.
D’abord les comtes n’étoient envoyés dans leurs districts que pour un an; bientôt ils achetèrent la continuation de leurs offices. On en trouve un exemple dès le règne des pt'tits-enfants de Clovis. Un certain Peonius étoit comte dans la ville d’Auxerre'; il envoya son fils Muminolus porter de l'argent à GontraiL pour être continué dans son emploi ; le fils donna de l’argent pour lui-môme, et obtint la place du père. Les rois avoient dtqà commencé à corrompre leurs propres grâces.
Quoique, par la loi du royaume, les fiefs fussent amovibles, ils ne se donnoient pourtant ni ne s’ôtoient d’une manière capricieuse et arbitraire; et c’étoit ordinairement une des principales choses qui se traitoient dans les assemblées de la nation. On peut bien penser que la corruption se glissa dans ce point, comme elle s’étoit glissée dans l’autre; et que l’on continua la possession des fiefs pour de l’argent, connue on continuoit la possession des comtés.
Je ferai voir, dans la suite de ce livre *, qu’indépendamment des dons que les princes firent pour un temps, il y en eut d’autres qu’ils firent pour toujours. Il arriva que la cour voulut révoquer les dons qui avoient été faits : cela mit un mécontentement général dans la nation, et l’on en vit bientôt naître cette révolution fameuse dans l’histoire de France, dont la jiremière époque fut le spectacle étonnant du supplice de lirunehault.
Il paroit d’abord extraordinaire que cette reine, fille, sœur, mère de tant de rois, fameuse encore aujourd’hui par des ouvrages dignes d’un édile ou d’un proconsul romain, née avec un génie admirable pour les affaires, douée de qualités qui avoient été si longtemps respectées, se soit vue tout à coup