‹ De l'Esprit des loisChapitre 841 sur 935 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Quel était à l’égard des maires le génie de la nation.

l Tl gouvernement, dans letpiel une nation qui avoit un roi élisoit celui qui devoit exercer la puissance royale, paroît bien extraordinaire; mais, indépendamment des circonstances où l’on se trouvoit, je crois que les Francs tiroient à cet égard leurs idées de bien loin. ,

Ils étoient descendus des Germains, dont Tacite dit que, dans le choix de leur roi, ils se déterminoient par sa noblesse, et, dans le choix de leur chef, par sa vertu. Voilà les rois de la première race, et les maires du palais: les premiers étoient héréditaires, les seconds étoient électifs.

On ne peut douter que ces princes, qui, dans l’assemblée de la nation, se levoient et se proposoient pour chefs de quelque entreprise à tous ceux qui voudroient les suivre, ne réunissent pour la plupart, dans leur personne, et l’autorité du roi et la puissance du maire. Leur noblesse leur avoit donné la royauté ; et leur vertu, les faisant suivre par plusieurs volontaires qui les prenoient pour chefs, leur donnoit la puissance du maire. C’est par la dignité royale que nos premiers rois furent à la tète des tribunaux et des assemblées, et donnèrent des lois du consentement de ces assemblées ; c’est par la dignité de duc ou de chef qu’ils firent leurs expéditions, et commandèrent leurs armées.

Pour connoître le génie des premiers Francs à cet égard, il n’y a qu’à jeter les yeux sur la conduite que tint Arbogaste, Franc de nation, à qui Valentinien avoit donné le commandement de l’armée *. II enferma l’empereur dans le palais; il ne permit à qui que ce fût de lui parler d’aucune affaire civile ou militaire, Arbogaste fit pour lors ce que les Pépins firent depuis.

Voyez Sulpicius Alexander, dans Grégoire de Tours, liv. II.

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