LIVRE XXXI, CHAPITRE X
« les évêques qui régnent ; ils sont dans la grandeur, et nous « n’y sommes plus. »
Cela fit que les maires, qui n’osoient attaquer les seigneurs, dépouillèrent les églises; et une des raisons qu’allégua Pépin pour entrer en Neustrie, fut qu’il y avoit été invité par les ecclésiastiques pour arrêter les entreprises des rois, c’est-à-dire des maires, qui privoieiit l’Eglise de tous ses biens.
Les maires d’Austrasie, c’est-à-dire la maison des Pépins, avoient traité l’Eglise avec plus de modération qu’on n’avoit fait en Neustrie et en Bourgogne; et cela est bien clair par nos chroniques, où les moines ne peuvent se lasser d’admirer la dévotion et la libéralité des Pépins. Ils avoient occupé euxmêmes les premières places de l’Eglise. « Un corbeau ne crève « pas les yeux à un corbeau, » comme disoit Chilpéric aux évêques.
Pepiii soumit la Neustrie et la Bourgogne ; mais ayant pris, pour détruire les maires et les rois, le prétexte de l’oppression des églises, il ne pouvoit plus les dépouiller sans contredire sou titre, et faire voir qu’il se jouoit de la nation. Mais la conquête de deux grands royaumes, et la destruction du parti opposé, lui fournirent assez de moyens de contenter ses capitaines.
Pépin se rendit maître de la monarchie en protégeant le clergé : Charles-Martel, son fils, ne put se maintenir qu’en l’opprimant. Ce prince, voyant qu’une partie des biens royaux et des biens fiscaux avoient été donnés à vie ou en propriété à la noblesse, et que le clergé, recevant des mains des riches et des pauvres, avoit acquis une grande partie des allodiaux mêmes , il dépouilla les églises ; et les fiefs du premier partage ne subsistant plus, il forma une seconde fois des fiefs ‘. Il prit, pour lui et jwur ses capitaines, les biens des églises et les églises mêmes, et fit cesser un abus qui, à la différence des maux ordinaires, étoit d’autant plus facile à guérir qu’il étoit extrême.