‹ De l'Esprit des loisChapitre 90 sur 935 · LIVRE VI, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE VI

'par leur importunité , ses jugements. Quelques empereurs romains eurent la fureur de juger : nuis règnes n’étonnèrent plus l’univers par leurs injustices.

« Claude, dit Tacite ayant attiré à lui le jugement des <* affaires et les fonctions des magistrats, donna occasion à « toutes sortes de rapines. » Aussi Néron , parvenant à l’empire après Claude, voulant se concilier les esprits, déclara-t-il : « Qu’il se garderoit bien d’étre le juge de toutes les affaires, « pour que les accusateui’S et les accusés, dans les murs d’un « palais, ne fussent pas exposés à l’inique pouvoir de quelques « affranchis *. »

« Sous le règne d’Arcadius, dit Zo/ime ’ , la nation des « calomniateurs se répandit, entoura la cour et l’infecta. Lors- « qu’un homme étoit mort, on supposoit qu’il n’avoit point « laissé d’enfants * ; on donnoit ses biens par un rescrit. Car, U comme le prince étoit étrangement stupide, et l’impératrice « entreprenante à Tcxcès, elle servoit l’insatiable avarice de « ses domestiques et de ses confidentes; de sorte que, pour « les gens modérés, il n’y avoit rien de plus désirable que la « mort. »

« Il y avoit autrefois, dit Procope *, fort peu de gens à la « cour; mais, sous Justinien, comme les juges n’avoient plus « la liberté de rendre justice, leurs tribunaux étoient déserts, « tandis que le palais du prince retentissoit des clameurs des « parties qui sollicitoient leurs affaires. » Tout le monde sait comment on y rendoit.les jugements, et même les lois.

Les lois sont les yeux du prince, il voit par elle ce qu’il ne pourroit pas voir sans elles. Veut-il faire la fonction des tribunaux, il travaille non pas pour lui, mais pour ses séducteurs contre lui.

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