Liy. .XXIV, chap. vi
roient très-bien les droits de la défense naturelle : plus ils croiroient devoir à la religion, plus ils penseraient devoir à la patrie. Les principes du christianisme, bien gravés dans le cœur, scroient infiniment plus forts que ce faux honneur des monarchies, ces vertus humaines des républiques, et cette crainte servile des Etats despotiques.
« Il est étonnant que ce grand homme n’ait pas su distinguer les ordres pour l’établissement du christianisme, d’avec le christianisme môme; çt qu’on puisse lui imputer d’avoir méconnu l'esprit de sa propre religion. Lorsque le législateur, au lieu de donner des lois, a donné des conseils, c’est qu’il a vu que scs conseils, s’ils étoient ordonnés comme des lois, seroient contraires à l’esprit de ses lois. » Qu’a-t-on fait pour ôter à l’auteur la gloire d’avoir combattu ainsi l’erreur de Bayle? on prend le chapitre suivant', qui n’a rien à faire avec Bayle:
« Les lois humaines, y est-il dit, faites pour parler à l’esprit, doivent donner des préceptes et point de conseils; la religion, faite pour parler au cœur, doit donner beaucoup de conseils, et peu de préceptes. » Et de là on conclut que l'auteur regarde tous les préceptes de l'Evangile comme des conseils. Il pourroit dire aussi que celui qui fait cette critique, regarde lui-même tous les conseils de l’Evangile comme des préceptes; mais ce n’est pas sa manière de raisonner, et encore moins sa manière d’agir. Allons au fait : il faut un peu allonger ce que l’auteur a raccourci. M. Bayle avoit soutenu qu'une société de chrétiens ne pourroit pas subsister : et il alleguoit pour cela l'ordre de l’Evangile, de présenter l’autre joue , quand on reçoit un soufflet; de quitter le monde; de se retirer dans les déserts, etc.
L’auteur a dit que Bayle prenoit pour des préceptes ce qui n’étoit que des conseils , pour des règles générales ce qui n’é- i
toit que des règles particulières : en cela, l’auteur a défendu i
la religion. Qu’arrivc-t-il? On pose, pour premier article de sa i
croyance, que tous les livres de l'Evangile ne contiennent que (
des conseils. 1