LIVRE VIII, CHAP. XI. 3l
Une institution pareille , qui établissoit la sédition pour empêcher l'abus du pouvoir, sem bloit devoir renverser quelque république que ce fût : elle ne détruisitp^s celle de Crète. Voici pourquoi (i).
Lorsque les anciens vouloient parler d'un peuple qui avoit le plus grand amour pour la patrie, ils citoient les Cretois. La patrie, disoit Platon (2), nom si tendre aux Cretois. Ils l'appeloient d'un noni qui exprime l'amour d'une mère pour ses enfants (3). Or, l'amour de la patrie corritçe tout.
Les lois de Pologne ont aussi leur insurrection. Mais les inconvénients qui en résultent fontbien voir que le seul peuple de Crète étoit en état d'employer avec succès un pareil remède.
Les exercices de la gymnastique établis chez les Grecs ne dépendirent pas moins de la bonté du principe du gouvernement. « Ce furent « les Lacédémoniens et les Cretois , dit Pla- « ton (4) , qui ouvrirent ces académies fameu- « ses qui leur firent tenir dans le monde un « rang si distingué. La pudeur s'alarma d'a- « bord, mais elle céda à l'utilité publique. « Du
(i) On se réunissoit toujours d'.ibord contre les ennemis du dehors ; ce qui s'appeloit syncrétisme. Plutarque, Moral, p. 88. — (2) licpulilique, ]. IX. -. — (3) Plut., Moral., au traité, Si l'homme d'dge doit se m.éler des affaires publiques. — (4) Rébup. liv. V.
3a HE l'esprit des lois.
temps (le Platon ces institutions étoient admirables (i); elles se rapportoient à un çirand objet, qui étoit l'art militaire. Mais, lorsque les Grecs n'eurent plus de vertu, elles détruisirent l'art militaire mêine : on ne descendit plus sur l'arène pour se former, mais pour se corromj)re (a).
Plutarque nous dit (3) que, de son temps, les Romains perisoient que ces jeux avoient été la princij)ale cause de la servitude où étoient tombés les Greci. C'étoit au contraire la servitude des Grecs qui avoit corrompu ces exercices. Du temps de Plutarque (4), les parcs où l'on combattoit à nu, et les jeux de la lutte, rendoient les jeunes gens lâches, les portoient à un amour infâme, et n'en faisoient que des baladins. Mais , du temps d'Epaminondas ,
( I ) La gymnastique se divisoit en deax parties , la danse et la lutte. On voyoit en Crète les danses armées des Curetés ; à Lacédémone , celles de Castor et de Pollux; à Athènes, les danses armées de Pallas, très propres pour ceux qui ne sont pas encore en âge d'aller à la guerre. La lutte est l'image de la guerre, dit Platon, des Lois , 1. VII. Il loue l'antiquité de n'avoir établi que deux danses , la pacilîque et la pyrrhique. Voyez comment cette dernière danse s'appliqnoit à l'art militaire. Platon, ibid,
■ — ^9.) Aut libidinosas
Lcdxas lacedœmonis palestres.
Martial, 1. IV, cpig. 55.
— (3) OEuvres morales, au traité Dei demandes des choses romaines. — (4) Plutarque, iOid.