‹ De l'esprit des loixChapitre 164 sur 313 · CHAPITRE Y II · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y II

Réflexions.

ijES ennemis d'un grand prince qui a si longtemps régné l'ont mille fois accusé , plutôt , je crois , sur leurs craintes que sur leurs raisons , d'avoir formé et conduit le projet de la monarchie universelle. S'il y avoit réussi , rien n'auroit été plus fatal à l'Europe, à ses anciens sujets , à lui , à sa famille. Le ciel , qui connoit les vrais avantages, l'a mieux servi par des défaites qu'il n'auroit fait par des victoires. Aulieu de le rendre le seul roi de l'Europe , il le favorisa plus en le rendant le plus puissant de tous. Sa nation , qui , dans les pays étrangers , n'est jamais touchée que de ce qu'elle a quitté,

)Ô DE L ESPRIT DES I. Oli.

qui, en j)arttint de cli?z elle, regarde la gloire comme le souverain bien , et, dans les pays éloignés, comme un obstacle à son retour; qui indispose par ses bonnes qualités mêmes , parcequ'eîle paroît y joindre du mépris; qui peut supporter les blessures, les périls, les fatigues, et non pas la perte de ses plaisirs ; qui n'aime l'ientant que sa gaieté,et se console de la perte d'une bataille lorsqu'elle a clianté le général ; n'auroit jamais été jusqu'au bout d'une entreprise qui ne peut manquer dans un pays sans manquer dans tous les autres , ni manquer un Dioraent sans manquer pour toujours.

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