‹ De l'esprit des loixChapitre 17 sur 313 · LIVRE II, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. IV

vage; ainsi les monarques, dont le pouvoir paroît sans bornes , s'arrêtent par les plus petits obstacles , et soumettent leur fierté naturelle à la plainte et à la prière.

Les Anglais , pour favoriser la liberté , ont ôté toutes les puissances intermédiaires qui formoient leur monarchie. Ils ont bien raison de conserver cette liberté : s'ils venoient à la perdre , ils seroient un des peuples les plus esclaves de la terre.

M. Law, par une ignorance égale de la constitution républicaine et de la monarchique, fut un des plus grands promoteurs du despotisme que l'on eût encore vus en Europe. Outre les changements qu'il fit , si brusques , si inusités, si inouis, il vouloit ôter les rangs intermédiaires et anéantir les corps politiques: il dissolvoit (i) la monarchie par ses chimériques remboursements , et seinbloit vouloir racheter la constitution même.

Il ne suffit pas qu'il y ait dans une monarchie des rangs intermédiaires, il faut encore un dépôt de lois. Ce dépôt ne peut être que dans les corps politiques , qui annoncent les lois lorsqu'elles sont faites, et les rappellent lorsqu'on les oublie. L'ignorance naturelle à la noblesse , son inattention , son mépris pour le gouvernement civil , exigent qu'il y ait un corps qui fasse sans cesse sortir les lois de la

(i) Ferdinand , roi d'Arag-on , se fit grand-maître des ordres, et cela seul altéra la consiitution.

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poussière où elles seroient ensevelies. Le conseil du prince n'est pas un dépôt convenable : il est , par sa nature , le dépôt de la volonté momentanée dn prince qui exécute , et non pas le dé})ôt des lois fondamentales. De plus , le conseil du monarque change sans cesse ; il n'est point permanent; il ne sauroit être nombreux ; il n'a ])oint à un assez haut degré la confiance du peuple : il n'est donc pas en état de l'éclairer dans les temps difficiles , ni de le ramener à l'obéissance.

Dans les états despotiques , où il n'y a point de lois fondamentales , il n'y a pas non plus de dépôt de lois. De là vient que , dans ces pays , la religion a ordinairement tant de force : c'est qu'elle forme une espèce de dépôt et de permanence : et , si ce n'est pas la religion , ce sont les coutumes qu'on y vénère , au lieu des lois.

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