‹ De l'esprit des loixChapitre 174 sur 313 · LIVRE X, CHAP. VI. G · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAP. VI. G

Hannon n'auroit jamais pu persuader au eénat de ne point envoyerde secours à Annibal s'il n'avoit fait parler que sa jalousie. Ce sénat , qu'Aristote nous dit avoir été si sage (chose que la prospérité de cette république nous prouve si bien) , ne pouvoit être déterminé que par des raisons sensées. Il auroit fallu être trop stupide pour ne pas voir qu'une armée , à trois cents lieues de là , faisoit des pertes nécessaires qui dévoient être réparées.

Le parti d'Hannon vouloit qu'on livrât Annibal aux Romains ( i ). On ne pouvoit pour lors craindre les Romains , on craignoit donc Annibal.

On ne pouvoit croire , dit-on , les succès d' Annibal : mais comment en douter? Les Carthaginois , répandus par toute la terre, ignoroient-ils ce qui se passoit en Italie ? C'est parcequ'ils ne l'ignoroient pas qu'on ne vouloit pas envoyer de secours à Annibal.

Hannon devient plus ferme après Trébie , après Trasimene, après Cannes : ce n'est point son incrédulité qui augmente , c'est sa crainte.

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