‹ De l'esprit des loixChapitre 23 sur 313 · LIVRE m, CHAI', m. yg · texte numérisé non relu

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blique , n'allerent-ils pas l'accuser devant les Romains ? Malheureux , qui vouloient être citoyens sans qu'il y eût de cité, et tenir les richesses de la main de leurs destructeurs ! Bientôt Rome leur demanda pour otages trois cents de leurs principaux citoyens ; elle se fît livrer les armes et les vaisseaux, et ensuite leur déclara la guerre. Par les choses que fit le désespoir dans Cartilage désarmée (i) , on peut juger de ce qu'elle auroit pu faire avec sa vertu lorsqu'elle avoit ses forces.

CHAPITREIV.

Du principe de l'aristocratie.

C< o M M E il faut de la vertu dans le gouvernement populaire, il en faut aussi dans l'aristoci-atique. Il est vrai qu'elle n'y est pas si absolument requise.

Le peuple , qui est à l'égard des nobles ce que les sujets sont à l'égard du monarqvie , est contenu par leurs lois : il a donc moins besoin de vertu que le peuple de la démocratie. Mais comment les nobles seront-ils contenus ? Ceux qui doivent faire exécuter les lois contre leurs collègues seiitiront d'abord qu'ils agissent contre eux-mêmes. Il faut donc de la vertu dans ce corps, par la nature de la constitution.

Le gouvernement aristocratitpie a par lui-

(t) Cette guerre dura trois ans.

ino DE L ESPRIT û K S LOIS.

même une certaine force que la démocralie n'a pas. Les nobles y forment un corps , qui, par sa prérogative et pour son intérêt particulier , réprime le peuple ; il suffit qu'il y ait des lois , pour qu'à cet égard elles soient exécutées.

jMais autant qu'il est aisé à ce corps de réprimer l?s autres, autant est-il difficile qu'il se ré})rime lui-même (i). Telle est la nature de cette constitution , qu'il semble fp'elle mette les mêmes gens sous la puissance des lois , et qu'elle les en retix'e.

Or, un corps j)areil ne peut se réprimer que de deux manières ; ou par une grande vertu , qui fait que les nobles se trouvent en quelque façon égaux à leur peuple , ce qui peut fonner une grande république ; ou par une vertu moindre , qui est une certaine modération qui rend les nobles au moins égaux a eux-mêmes , ce qui fait leur conservation.

La modération est donc l'ame de ces gouvei'nements. J'entends celle qui est fondée sur la vertu , non pas celle qui vient d'une lâcheté et d'une paresse de l'ame.

(i) Les crimes publics y pourront être punis, parceque c'est l'affaire de tous : les crimes particuliers n'y seront pas punis , parceque l'affaire de tout est de ne les pas punir.

iivr. K m, eu Al'. V. loi

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