‹ De l'esprit des loixChapitre 299 sur 313 · CHAPITRE XI IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI IL

Effets qui résultent du climat d'Angleterre.

j )a n s une nation à qui une maladie du climat affecte tellement l'ame qu'elle pourroit porler le dégoût de toutes clioses jusqu'à celui de la vie, on voit bien que le gouvernement qui conviendroit le mieux à des gens à qui tout seroit insupportable sei'oit celui oîi ils ne pourroient pas se prendre a un seul de ce qui causeroit leurs cliagrins; et oîi les lois gouvernant plutôt que les hommes , ii faudroit , pour changer l'état, les renverser elles-mêmes.

Que si la même nation avoit encore reçu du climat un certain caractère d'impatience qui ne lui permît pas de souffrir long-temps les mêmes choses , on voit bien que le gouverne-

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ment dont nous venons de parler seroit encore le plus convenable.

Ce caractère d'impatience n'est pas grand par lui-même; mais il peut le devenir beaucoup quand il est joint avec le courage.

Il est différent de la légèreté, qui fait que l'on entreprend sans sujet, et tpie l'on abandonne de même ; il approche plus de l'opiniâtreté, parcequ'il vient d'un sentiment des maux, si vif, qu'il ne s'affoiblit pas même par l'habitude de les souffrir.

Ce caractère, dans une nation libre, seroit très propre à déconcerter les projets de la tyrannie (i), qui est toujours lente et foible dans ses commencements, comme elle est prompte et vive dans sa fin ; qui ne montre d'abord qu'une main pour secourir, et opprime ensuite avec une infinité de bras.

J.a servitude commence toujours par le sommeil. Mais un peuple qui n'a de repos dans aucune situation , qui se tàte sans cesse et trouve tous les endroits douloureux , ne pourroit guère s'endormir.

La politique est une lime sourde qui use et qui paivient lentement à sa fin. Or les hommes dont nous venons de parler ne pourroient soutenir les lenteurs , les détails, le sang froid

(i)..Te prends ici ce mol pour le dessein de renverser le pouvoir établi, et sur-tout la démocratie. C'est la sijrnificatiou que lui donnoient les Grecs et les Romains.

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