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LIVRE V, CUAP, XIV. l5y

craindre d'exposer au grand jour sa stupidité naturelle. Il est cacli,é , et l'on ignore l'état où il se trouve. Par bonheui' les hommes sont tels dans ces pays , qu'ils n'ont besoin que d un nom qui les gouverne.

Charles XII, étant à Bender, trouvant quel que résistance dans le sénat de Suéde , écrivit qu'il leur enverroit une de ses bottes pour Commander. Cette botte auroit gouverné cr-snme un roi despotique.

Si le prince est prisonnier , il est censé être mort , et un autre monte sur le trône. Les traités que fait le prisonnier sont nuls ; son successeur ne les ratifieroit pas. En effet , comme il est les lois , l'état et le prince , et que sitôt qu'il n'est plus le prince il n'est l'ien , s'il n'étoit pas censé mort, l'état seroit détruit.

Une des choses qui détermina le plus les Turcs à faire leur paix séparée avec Pierre I fut que les Moscovites dirent au visir qu'en Suéde on avoit mis un autre roi sur le trône(i).

La conservation de l'état n'est que la conservation du prince , ou plutôt du palais où il est enfermé. Tout ce qui ne menace pas directement ce palais ou la ville capitale ne fait point d'impression sur des esprits ignorants , orgueilleux et prévenus ; et , quant à l'enchaînement des événements , ils ne peuvent le suivre, le prévoir , y penser même. La politique , ses

(i) Suite de Pnffendorff, Histoire universelle , an ttaiîé de lu Sviedo, (h w». X.

iGo i>E l'esprit des lois.

ressorts et ses lois , y doivent être très bornés ; et le gouvernement politique y est aussi simple que le gouvernement civil (i).

Tout se réduit à concilier le gouvernement politique et civil avec le gouvernement domestique, les officiers de l'état avec ceux du serrai!.

Un pareil état sera dans la meilleure situation lorsqu'il pourra se regarder comme seul dans le monde , qu'il sera environné de déserj;s , et séparé des peuples qu'il appellera barbares. Ne pouvant compter sur la milice, il sera bon qu'il détruise une partie de luimême.

Comme le principe du gouvernement despotique est la crainte , le but en est la tranquillité : mais ce n'est point une paix , c'est le silence de ces villes que l'ennemi est près d'occuper.

La force n'étant pas dans l'état, mais dans l'armée qui l'a fondé , il faudroit, pour défendre l'état, conserver cette armée; mais elle est formidable au prince. Comment donc concilier la siireté de l'état avec la sûreté de la personne ?

Voyez, je vous prie , avec quelle industrie le gouvernement moscovite cherche à sortir du despotisme , qui lui est plus pesant qu'aux peuples mêmes. On a cassé les grands corps de troupes , on a diminué les peines des crimes , on a établi des tribunaux, on a com-

(i) Selon 'M. Ciiarcliii. il n'y a poiut de conseil d'ctat eu Tcise.

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mencé à connoître les lois , on a instruit les peuples ; mais il y a des causes particulières qui le ramèneront peut-être au malheur qu'il voudroit fuir.

Dans CCS états la religion a plus d'influence que dans aucun autre ; elle est une crainte ajoutée à la crainte. Dans les empires mahométans c'est de la religion que les peuples tirent en partie le respect étonnant qu'ils ont pour leur prince.

C'est la religion qui corrige un peu la constitution turque. Les sujets qui ne sont pas attaches à la gloire et à la grandeur de l'état par honneur , le sont par la force et par le principe de la religion.

De tous les gouvernements despotiques , il n'y en a point qui s'accable plus lui-même que celui où le prince se déclare propriétaire de tous les fonds de terres et l'héritier de tous ses sujets : il en résulte toujours l'abandon delà culture des terres ; et , si d'ailleurs le prince est marchand , toute espèce d'industrie est r.uiuée.

Dans ces états on ne répare , on n'améliore lùen (i); on ne bâtit de maisons que pour la vie ; on ne lait point de fossés , on ne plante point d'arbres 5 on tire tout de la terre, on ne lui rend rien ; tout est en friche , tout est désert.

Pensez- vous que les lois qui ôtent la pro-

( I ) Toye/. Kioaut, Etat de reinpire ottoman, p. 1 96 .

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{(rlété des fonds de terre et la succession dts biens diminueront l'avarice et la cupidité des grands ? Non ; clies irriteront cette cupidité et celte avarice. On sera porté à faire mille vexations , parcequ'on ne croii'a avoir en propre que i'or ou l'argent qu'on pourra voler ou cacher.

Pour que tout ne soit pas perdu, il est bon que l'avidité du prince soit modérée par quelque coutume. Ainsi, en Turquie, le prince se contente ordinairement de prendre trois pour cent sur les successions ( i )des gens du peuple : mais, comme le grand- seigneur donne la plupart des terres à sa milice , et en dispose à sa fantaisie; comme il se saisit de toutes les successions des officiers de l'empire ; comme , lorsqu'un homme meurt sans enfants mâles , le grand-seigneur a la propriété , et que les filles n'ont que l'usufruit; il arrive que la plupart des biens de l'état sont possédés d'une manière précaire.

Par la loi de Bantam ^ 2 ) le roi prend toute la succession, même la femme, les enfants et la maison. On est obligé, pour éluder la plus cruelle disposition de cette loi, de marier les

(i) Voyez, sur les successions des Tttrcs, Lacédémone ancienne et moderne. Voyez aussi Ricaut, de l'Empire ottoman. — (2) Recueil des voyages qui ont servi à l'éfaLlissemeut de la compagnie des Indes, tome I. La loi du Pégu est moins cruelle: si on a des enfants , le roi ne succède qu'aux deux tiers. IbiJ. tome III, page i.

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