‹ De l'esprit des loixChapitre 87 sur 313 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Des accusations dans les divers gouvernements.

A Rome (2) , il étoit pei'mis à un citoyen d'en accuser un autre : cela étoit établi selon l'esprit de la république , où chaque citoyen doit avoir pour le bien public un zèle sans bornes , où chaque citoyen est censé tenir tous les droits de la patrie dans ses mains. On suivit sous les empereurs les maximes de la république ; et d'abord on vit paroitre un genre d'hommes funestes, une troupe de délateurs. Quiconque avoit bien des vices et bien des talents , une ame bien basse , et un esprit ambitieux *cherchoit un criminel dont la condamnation pût plaire au prince ; c'étoit la voie pour aller aux honneurs et à la fortune (3), chose que nous ne voyons pas parmi nous.

Nous avons aujourd'hui une loi admirable, c'est celle qui veut que le prince , établi pour faire exécuter les lois , prépose un officier dans chaque tribunal pour poursuivre en son nom

(i) Quod pater puellse abesset, locum injurias rsse ratus. Tite-Live , décade I , liv. III. — (2) Et dans l)ien d'autres citrs. — (3) Voyez dans Tacite les rérompenses accordées à ces débiteurs.

iq6 de l'esprit des lois.

tous les crimes : de sorte que la fonction des

délateurs est inconnue parmi nous; et, si ce

vengeur public étoit soupçonné d'abuser de

son ministère, on l'obligeroit de nommer son

dénonciateur.

Dans les lois de Platon (i) , ceux qui négligent d avertir les magistrats ou de leur donner du secours doivent être punis. Cela ne conviendroit point aujourd'hui. La partie publique veille pour les citoyens; elle agit, et ils sont tranquilles.

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