LIVRE VI, CH A p. IX. I
nii'; il s'appliquera plus à donner des mœurs (j(i';i infliger des supplices.
C'esl; une remarque perpétuelle des auteurs chinois ( i ) , que plus dans leur empire on voyoi t augmenter les supplices, plus la révolution étoit prochaine. C'est qu'on augmentoit les supplices à mesure qu'on manquoil de mœurs.
Il seroit aisé de prouver que , dans tous ou presque f^^ous les états de l'Europe, les peines ont diminué ou augmenté à mesure qu'on s'est plus approché ou plus éloigné de la liberté.
Dans les pays despotiques , on est si malheureux que l'on y craint plus la mort qu'on ne i-egrette la vie ; les supplices y doivent donc être plus rigoureux. Dans les états modérés, on craint plus de perdre la vie qu'on ne redoute la mort en elle-même ; les sup])lices qui ôtent simplement la vie y sont donc suffisants.
Les hommes extrêmement heureux et les hommes extrêmement malheureux sont également portés à la dureté ; témoins les moines et les conquérants. Il n'y a que la médiocrité et le mélange de la bonne et de la mauvaise fortune qui donnent de la douceur et de la pitié.
Ce que l'on voit dans les hommes en particulier se trouve dans les diverses nations. Chez les peuples sauvages qui mènent une vie très
(i) .Te ferai voir dans l.i suite que la Chine, à cet égard, est dans le cas d'iiae république, on d'une monarcliie.
»y8 DE l'esprit des lois.
dure, et diez les peuples des gouvernements despotiques où il n'y a qu'un liomme exorbitarament favorisé de la fortune, tandis que tout le reste en est outragé , on est également cruel. La douceur règne dans les gouvernements modérés.
Lorsque nous lisons dans les liistoires les exemples de la justice atroce des sultans, nous sentons avec une espèce de douleur les maux de la nature humaine.
Dans les gouvernements modérés, tout, pour un bon législateur , peut servir à former des peines. IN'est-il j^asbien extraordinaire qu'à Sparte une des principales fût de ne pouvoir prêter sa femme à un autre, ni recevoir celle d'un autre ; de n'être jamais dans sa maison qu'avec des vierges ? En un mot , tout ce que la loi appelle une peine est effectivement une peine.