‹ De l'esprit des loixChapitre 95 sur 313 · LIVRE Vr, eu A p. XIII. ao · texte numérisé non relu

LIVRE Vr, eu A p. XIII. ao

jusqu'à ce qu'il eût pu parvenir à la modiiior dans tous les cas.

Mais le tlespotisme ne connoît point ces ressorts; il ne mené pas par ces voies. Il peut abuser de lui-même; mais c'est tout ce qu'il peut faire. Au Japon il a fait un effort; il est devenu plus cruel que lui-même.

Des âmes par-tout effaroucliées et rendues plus atroces n'ont pu être conduites que par une atrocité plus grande.

Voilà l'origine , voilà l'esprit des lois du Ja- ]on. Mais elles ont eu plus de iureur que de force. Elles ont réussi à détruire le christianisme; mais des efforts si fnouis sont une preuve de leur impuissance : elles ont voulu établir une bonne police, et leur foiblesse a paru encore ndeux.

Il faut lire la relation de l'entrevue de l'empereur et du daïro à Méaco i). Le nombre de ceux qui y furent étouffés ou tués par des garnements fut incroyable. On enleva les jeunes filles et les garçons; on les retrouvoit tous les jours exposés dans des lieux publics, à des heures indues, tout nuds, cousus dans des sacs de toile, afin qu'ils ne connussent pas les lieux par où ilsavoient passé; on vola tout ce qu'on voulut; on fendit le ventreàdesclievaux pour faire tomber ceux qui les inontoienl ; on renversa des voitures pour dépouiller les

(i) Recueil des voyaf;es qui ont servi à l'étalilissèment île la coni|ia<i;L:ic dos Tnde.s, Inme V, p. •>. PSPK. DF.s i.ois. I . 1 i

2o6 DE l'esprit DES LOIS.

dames. Les Hollandais, à qiii l'on dit qu'ils ne pouvoient passer la nuit sur des écliafauds sans être assassinés, en descendirent, etc.

Je passerai vite sur un autre trait. L'empereur, adonné à des plaisirs infâmes, ne se marioit point: il couroit risque de mourir sans successeur. Le daïro lui envoya deux filles très belles: il en épousa une par respect, mais il n'eut aucun coramei'ce avec elle. Sa nourrice fit chercher les plus belles femmes de l'empire ; tout étoit inutile. La fille d'un armurier étonna son goût (i) ; il se détermina : il en eut un fils. Les dames de la cour, indignées de ce qu'il leur avoit préféré une personne d'une si basse naissance, étouffèrent l'enfant. Ce crime fut caché àl'empereur : il auroitverséuntorrentdesang. L'atrocité des lois eu empêche donc l'exécution. Lorsque la peine est sans mesure, on est souvent obligé de lui préférer l'impunité.

Page 1